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ANGIOSPERMES

Origine des Angiospermes

L’origine des Angiospermes est l’un des axes de recherche les plus complexes et passionnants en biologie évolutive. Il comporte de nombreuses facettes. Déjà au xixe siècle, Darwin avait qualifié d’abominable mystère l’apparition soudaine des Angiospermes au Crétacé et la diversification rapide qui suivit pour conduire à la diversité actuelle du groupe. Les progrès effectués, tant sur le plan phylogénétique que pour la connaissance du registre fossile et des processus génétiques à l’origine du développement (issus de la biologie évolutive du développement, plus connue sous l’abréviation évo-dévo), ont permis d’élucider plusieurs points très importants, mais de nombreuses questions subsistent.

La théorie ancienne selon laquelle les Angiospermes pourraient avoir eu non pas une seule mais plusieurs origines (par exemple une origine diphylétique) a depuis longtemps été écartée par les analyses phylogénétiques qui montrent sans ambiguïté la monophylie des Angiospermes, que l’on tienne compte ou non du registre fossile. De même, la théorie plus récente des Anthophytes, selon laquelle les Gnetales [Gnétales] (petit groupe de Gymnospermes) seraient le groupe frère actuel (vivant) des Angiospermes et partageraient avec elles des structures florales homologues, est aujourd’hui invalidée par toutes les analyses moléculaires. Ces dernières montrent en effet que les Gnetales seraient plutôt un groupe de Gymnospermes très spécialisé, sans doute apparenté aux Conifères. Bien que la question fasse encore aujourd’hui l’objet de débats, un consensus émerge selon lequel le groupe frère actuel des Angiospermes serait l’ensemble des Gymnospermes actuelles (Cycadales, Ginkgoales, Gnetales et Conifères), ces deux groupes formant les Spermatophytes. En revanche, il existe dans le registre fossile plusieurs groupes éteints vraisemblablement plus apparentés aux Angiospermes que les Gymnospermes actuelles (Acrogymnospermes) : ce sont les Glossopteridales, les Bennettitales et les Caytoniales. Parmi ces groupes fossiles, les Caytoniales (datant du Jurassique) pourraient représenter le groupe frère des Angiospermes.

Une question indissociable de l’origine des Angiospermes est celle de l’origine de la fleur et du carpelle (bien que ces deux structures soient toujours associées dans les groupes actuels, elles n’ont pas forcément évolué au même moment). C’est une question particulièrement difficile à laquelle la connaissance des relations phylogénétiques des Angiospermes avec les autres Spermatophytes ne permet pas de répondre, en raison de la grande diversité des structures reproductrices mâles et femelles rencontrées dans ces groupes et de leurs interprétations variables. Les éléments de réponse les plus déterminants proviennent de l’étude même des Angiospermes. Tout d’abord, la résolution des relations phylogénétiques à la base des Angiospermes a permis de proposer des hypothèses complètement nouvelles concernant l’ancêtre de toutes les Angiospermes. Celui-ci aurait ainsi eu des fleurs pourvues d’un périanthe formé d’au moins deux cycles ou séries de tépales indifférenciés (c’est-à-dire sans distinction nette entre sépales et pétales), de nombreuses étamines et au moins deux carpelles ascidiés (en forme d’urne) contenant chacun un seul ovule. Ces résultats ont écarté définitivement l’ancienne théorie « pseudanthiale » selon laquelle les premières Angiospermes auraient eu des fleurs unisexuées, dépourvues de périanthe et regroupées en inflorescences condensées (telles que chez les Fagales actuelles : chênes et bouleaux). Ils sont au contraire plus cohérents avec l’ancienne théorie « euanthiale », qui présentait la fleur du Magnolia comme l’archétype de la fleur des Angiospermes. Il faut toutefois préciser que cette image, encore profondément ancrée dans de nombreux[...]

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Écrit par

  • : professeure au Laboratoire écologie, systématique, évolution de l'université Paris-Sud
  • : maître de conférences à l'université Paris-Sud, professeur au Laboratoire écologie, systématique, évolution de l'université Paris-Sud

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Angiospermes : coupe longitudinale d’une fleur et diagramme floral

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Angiospermes : étamine d’une fleur et coupe schématique d’un grain de pollen

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Angiospermes : ovule et sac embryonnaire

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Autres références

  • AIZOACÉES

    • Écrit par Chantal BERNARD-NENAULT
    • 1 272 mots
    • 2 médias

    Les Aizoacées sont des plantes dicotylédones caractéristiques de l'Afrique du Sud. Pour leur intérêt ornemental, elles ont été introduites dans les contrées chaudes et sèches d'Europe et d'Amérique : c'est le cas par exemple des Carpobrotus (Mésembryanthèmes) qui développent...

  • ARALES

    • Écrit par Chantal BERNARD-NENAULT, Jacques MIÈGE
    • 2 314 mots
    • 8 médias

    Ordre de plantes monocotylédones caractérisées par leurs inflorescences constituées par un axe apical, le spadice, produisant un manchon floral, qu'enveloppe une pièce foliacée appelée spathe. Les systématiciens placent les Arales non loin des Palmales, des Cyclanthales et des Pandanales...

  • ARISTOLOCHIALES

    • Écrit par Chantal BERNARD-NENAULT, Jacques MIÈGE
    • 1 479 mots
    • 2 médias

    On a longtemps rassemblé dans l'ordre des Aristolochiales, d'une part, les Aristolochiacées (aristoloches, asarets...), d'autre part, des plantes parasites curieuses à appareil végétatif rudimentaire, les Hydnoracées et les Rafflésiacées.

    La plupart des auteurs détachent maintenant...

  • BOIS

    • Écrit par Marie Elisabeth BORREDON, Édouard BOUREAU, Xavier DÉGLISE, Carlos VACA-GARCIA
    • 9 105 mots
    • 8 médias
    ...cellules verticales à ponctuations aréolées, appelées trachéides. On retrouve de tels éléments cellulaires effilés et ponctués dans de nombreuses espèces d'angiospermes dicotylédones (ex. : chêne), alors que dans des espèces plus évoluées comme les légumineuses les ponctuations aréolées sont...
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Voir aussi