AMÉRIQUE (Histoire)Découverte

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La recherche des « passages »

Colomb se demandera toute sa vie ce qu'il avait au juste découvert. Lors de son troisième voyage (1498), où il atteint les bouches de l'Orénoque, il a le pressentiment d'avoir trouvé quelque chose d'absolument nouveau (« un autre monde », « un nouvel hémisphère inconnu des Anciens », écrit-il), qui ne correspond pas à l'« œcumène » (la terre habitée) de Ptolémée. Par rapport à l'Asie, il situe ce nouveau monde à peu près dans la position qu'occupe l'Australie. Et il cherche, lors de son dernier voyage (1502-1504) où il longe les côtes d'Amérique centrale, un passage (qui serait le détroit de Malacca) conduisant à la Chersonèse d'Or (l'« Aurea » de la Géographie de Ptolémée).

Cet éventuel détroit, permettant d'atteindre l'Asie, continuera, après Colomb, à être recherché le long des côtes d'Amérique centrale et du continent Sud. On peut suivre les progrès de l'exploration à travers les récits du temps, par exemple le De orbe novo de Pierre d'Anghiera qui, membre du Conseil des Indes, a connu presque tous les acteurs de la découverte et disposé de leurs papiers. On peut également recourir à l'Historia de las Indias, de Fernández de Oviedo, fonctionnaire des Indes, qui eut une connaissance directe des faits, ou à Gomara, qui écrivit au milieu du xvie siècle, et fit en particulier connaître à l'Europe la geste de Cortés.

Le premier tour du monde

Voici quelques étapes de la connaissance du littoral. 1499 : Ójeda, servant de pilote à Vespucci, longe la côte du Venezuela. 1500 : Yañez Pinzón va du cap San Roque (40 lat. sud) à Pernambouc (80 sud). À peu près au même moment, le Portugais Cabral, parti de Lisbonne pour l'Inde, est jeté par les vents sur la côte du Brésil et la descend jusqu'à 170 sud. Cette énorme portion du continent Sud, le « Brésil », ainsi nommé parce qu'on y trouve en abondance du bois de brasil, bois de teinture « couleur de braise », sera attribuée à la couronne de Portugal en vertu du traité de Tordesillas qui, modifiant quelque peu la bulle Inter caetera, avait fixé à 370 lieues à l'ouest des îles du Cap-Vert la ligne de démarcation entre possessions castillanes et possessions portugaises. Sur une carte de 1508 (du Hollandais Ruysch) illustrant une Géographie de Ptolémée, on peut lire « Mundus novus » sur le continent sud-américain dont le contour s'ébauche. Le cartographe ajoute : « Certains pensent qu'il s'agit d'un nouvel hémisphère de la Terre. » 1501-1502 : deuxième voyage de Vespucci, cette fois pour le compte du roi de Portugal. Le 1er janvier 1502, il entre dans une grande baie qui, pour cette raison, s'appellera Rio de Janeiro (janeiro, janvier) ; puis il va jusqu'au sud de la Patagonie. Les cartes qu'il rapporte ont inspiré, entre autres, Waldseemüller dans sa représentation de la « 4e partie du monde » qu'il nomme « America ». 1512 : Ponce de León aborde en Floride le jour des Rameaux (« Pâque fleurie » d'où Florida). 1513 : Núñez de Balboa franchit l'isthme de Panamá et découvre le Pacifique, qu'il nomme « mer du Sud ». La proximité de l'Atlantique et de ce nouvel océan fait espérer de plus en plus la découverte du détroit. 1516 : Díaz de Solis pénètre dans le profond río de La Plata. 1517 : le Yucatán est reconnu par Hernández de Córdoba, qui le contourne. 1519 : le Portugais Magellan, qui avait été en 1511 à Malacca et y avait entendu parler des Moluques, part chercher, pour le roi de Castille, un passage méridional vers ces îles aux épices. 1520 : il franchit le détroit qui portera son nom. 1521 : il est tué aux Philippines, mais Sebastian El Cano termine le périple et rentre en Espagne en 1522. La preuve expérimentale est faite de la sphéricité de la Terre. L'immensité des parcours dans le « Pacifique » (c'est Magellan qui l'a nommé ainsi) fait prendre conscience de l'isolement du Nouveau Monde, de sa « nouveauté ». « C'est un événement extraordinaire et difficile à croire », écrit Pierre d'Anghiera au pape, en parlant du premier tour du monde.

Magellan (vers 1480-1521)

Photographie : Magellan (vers 1480-1521)

Portrait de Fernand de Magellan, navigateur portugais, découvreur en 1520 du détroit auquel on donnera son nom. 

Crédits : G. Dagli Orti/ De Agostini/ Getty Images

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Le mirage asiatique

Entre-temps, l'exploration du littoral atlantique s'était poursuivie au nord. En 1497, le Vénitien Jean Cabot, fixé à Bristol, cherchant pour le roi d'Angleterre un « passage vers Catay », avait touché terre aux environs de l'île du Cap-Breton. En 1500-1501, Gaspar Corte Real redécouvre le Groenland et relève la côte du Labrador (ainsi appelée en souvenir d'un mystérieux « laboureur » portugais, qui y serait parvenu quelques années plus tôt). Son frère Miguel, parti à sa recherche, se perdra l'année suivante dans les eaux de Terre-Neuve. 1508-1509 : Sébastien Cabot, fils de Jean, après avoir peut-être pénétré dans la baie d'Hudson, longe le littoral depuis le Labrador jusqu'à la Floride.

Les Espagnols, de leur côté, progressent vers le nord. Ayllon remonte jusqu'à 370 nord (Caroline). En 1525, Estebán Gómez, un déserteur de l'expédition de Magellan, se fait fort de trouver par le nord un passage vers les Moluques et poussera jusqu'à 420 sans rencontrer de détroit. En 1524, le Florentin Verrazzano part pour le compte de François Ier, et entre dans la baie de New York, qu'il appelle « Nouvelle-Angoulême ».

L'exploration du littoral atlantique de l'Amérique, depuis le détroit de Magellan jusqu'au Saint-Laurent, était terminée en 1527 : c'est en effet la date d'une carte de Diogo Ribeiro dans son Historia : « Les maîtres de l'art nautique, ajoute-t-il, croient que tout cela est une terre continue » (autrement dit un « continent »).

Les Espagnols abandonnent à peu près à cette époque la recherche du passage par le nord. D'ailleurs, au-dessus du 37e parallèle, il n'y a plus que des pêcheries de morue, « cosas de poco provecho », écrit sur sa carte Ribeiro, bonnes pour les Anglais et les Français. Vers 1530, Oviedo commence à entrevoir que l'ensemble des Indes forme un continent autonome. « Comme la partie occidentale de nos Indes n'a pas encore été explorée (descubierta), on ne sait si elle se termine par une mer ou une terre [...]. Mon opinion, et celle de quelques autres, c'est qu'elle n'est pas une partie de l'Asie ni ne se raccorde à l'Asie des anciens cosmographes. On pourrait même aller jusqu'à dire que la terre ferme de ces Indes est une autre partie du monde... Donc Pierre Martyr d'Angheira eut raison de la nommer un Nouveau Monde. »

Français et Anglais continueront, eux, à chercher le passage du nord-ouest vers l'Asie. En 1534, Jacques Cartier est mandaté par François Ier. En deux voyages successifs, le Malouin remonte le Saint-Laurent, arrive au Québec, prend possession de la région appelée « Canada » par les indigènes. Le Dieppois Roberval, en 1542, lieutenant général d'une nouvelle expédition, toujours pour découvrir le passage de Catay, se repr [...]

Jacques Cartier

Photographie : Jacques Cartier

L'explorateur français Jacques Cartier (1491-1557), premier Européen à remonter le Saint-Laurent, entouré de ses compagnons. Détail d'une carte de Pierre Desceliers, 1536 ou 1542. British Library, Londres. 

Crédits : British Library/ AKG

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Grandes découvertes : Espagne et Portugal à la conquête du monde

Grandes découvertes : Espagne et Portugal à la conquête du monde
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Magellan (vers 1480-1521)

Magellan (vers 1480-1521)
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Pour citer l’article

Marianne MAHN-LOT, « AMÉRIQUE (Histoire) - Découverte », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/amerique-histoire-decouverte/