ALLEMAGNE (Politique et économie depuis 1949)République démocratique allemande

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

La zone soviétique (mai 1945-oct. 1949)

La zone soviétique est née de la Seconde Guerre mondiale. Les Alliés, États-Unis, Grande-Bretagne, Union soviétique, ayant décidé de n'accepter du Reich hitlérien qu'une capitulation sans conditions (conférence de Casablanca, janv. 1943), durent envisager l'occupation totale du territoire ennemi. La zone attribuée à l'Armée soviétique comprenait la partie orientale du territoire allemand de 1937, jusqu'à une ligne Lübeck-Helmstedt-Eisenach-Hof. Mais l'Union soviétique transféra au gouvernement provisoire polonais l'administration des territoires allemands situés à l'est de la ligne Oder-Neisse et ne considéra plus ces territoires comme faisant partie de sa zone d'occupation. Celle-ci représentait ainsi 100 000 km2 environ, soit 23 p. 100 du territoire, 22 p. 100 de la population et du revenu national du Reich de 1937.

Churchill et Roosevelt lors de la conférence de Casablanca, 1943

Photographie : Churchill et Roosevelt lors de la conférence de Casablanca, 1943

Le Premier ministre britannique Winston Churchill (1874-1965) et le président des États-Unis Franklin D. Roosevelt (1882-1945) lors de la conférence de Casablanca, au Maroc, en janvier 1943. Ils décident notamment d'exiger la capitulation sans condition des puissances de l'Axe. 

Crédits : Fox Photos/ Hulton Archive/ Getty Images

Afficher

Le prix de la défaite

Le 5 juin 1945, les commandants en chef des armées victorieuses prenaient l'autorité suprême en Allemagne et le maréchal Joukov annonçait l'entrée en fonctions, sous son commandement, d'une administration militaire (Sowjetische militärische Administration : S.M.A.) chargée de la zone soviétique d'occupation (Sowjetische Besitzungszone : S.B.Z.).

Le maréchal resta en fonctions jusqu'au 10 avril 1946 et son action répondit à une double préoccupation : réparations et sécurité. L'U.R.S.S. avait, à Yalta, avancé une demande de réparations de 10 milliards de dollars ; d'accord sur le principe, les Anglo-Saxons contestèrent le montant. Dès leur entrée en Allemagne, les Soviétiques se payèrent sur le terrain (Trophäenaktion) : machines-outils, voies ferrées, installations sanitaires furent expédiées en Russie. Puis, conformément aux décisions de Potsdam qui leur permettaient de prélever 40 p. 100 de l'équipement industriel de leur zone, à partir de l'été de 1945 ils démontèrent de nombreuses usines.

La politique de sécurité comportait des clauses territoriales : cession à l'U.R.S.S. de Königsberg et du nord de la Prusse-Orientale, recul de la frontière orientale de l'Allemagne jusqu'à la ligne Oder-Neisse. La conférence de Potsdam du 17 juillet au 2 août 1945 entérina ces clauses, sauf à confirmer et préciser les frontières nouvelles au traité de paix. Au même souci de sécurité répondaient les décisions de la conférence relatives à la démilitarisation, à la dénazification, au contrôle de la production industrielle. Les Soviétiques agirent avec rapidité et vigueur : dès le 27 août, tous les nazis, policiers, officiers durent s'inscrire auprès des Komendatoura ; beaucoup furent arrêtés, internés dans les anciens camps de concentration ou transférés en U.R.S.S. pour y être jugés. Mais avant tout, les Russes, en marxistes, attendaient leur sécurité d'une destruction des « racines du fascisme » en Allemagne, c'est-à-dire d'une modification des structures de la société.

Première réforme agraire

Ce désir de sécurité est à l'origine de la « révolution antifasciste-démocratique », imposée assurément par les autorités d'occupation, mais réalisée par les « forces antifascistes » allemandes. Dès le 10 juin 1945, plusieurs mois avant les Occidentaux, Joukov avait autorisé la réorganisation des partis politiques. Le lendemain, le Parti communiste (K.P.D.) lançait un appel au peuple allemand, préconisant une « République parlementaire qui achèverait la transformation démocratique bourgeoise commencée en 1848 » et non pas un régime de type soviétique, non approprié aux conditions allemandes du moment. Dans les jours qui suivirent, le Parti socialiste (S.P.D.), l'Union chrétienne démocrate (C.D.U.), le Parti libéral démocratique (L.D.P.D.) reprirent leur activité, formant, à la demande de l'autorité occupante, un front uni. Beaucoup plus vite qu'à l'Ouest, dès juillet 1945, les Soviétiques leur confièrent les responsabilités de l'administration des provinces et de la Zone. Aux mains d'hommes sûrs, mais pas nécessairement communistes, ces organismes relancèrent la vie de la Zone, lui imprimant un caractère antinazi très marqué. La première des réformes fut la réforme agraire (Bodenreform). Réclamée depuis toujours par les partis ouvriers dans ces régions où la grande propriété dominait, puisque 1 p. 100 des propriétés couvrait 28 p. 100 du sol, elle avait été promise par les deux appels des 11 et 15 juin du K.P.D. et du S.P.D. D'autre part, il fallait régler avant les semailles d'automne le sort des nombreuses terres abandonnées par les Junkers qui avaient fui devant l'armée soviétique. Dès lors furent prises dans chaque province, en septembre 1945, des mesures prévoyant : la confiscation des terres des nazis et criminels de guerre, l'expropriation sans indemnité des domaines de plus de 100 hectares, la répartition de toutes ces terres en lots de 12 à 15 hectares aux paysans pauvres, ouvriers agricoles et expulsés des territoires de l'Est. Des commissions spéciales, animées le plus souvent par le Parti communiste, réalisèrent la réforme qui, pour l'essentiel, s'acheva en avril 1946 : 6 350 grands propriétaires, 4 000 nazis et criminels de guerre furent expropriés, et leurs quelque deux millions d'hectares, soit un tiers du territoire agricole, furent attribués à près de 500 000 familles. Le tiers de la population agricole en bénéficia et manifesta son accord aux élections de septembre 1946 : c'est dans le Mecklembourg agricole que le Parti socialiste unifié (S.E.D.) obtint son meilleur pourcentage.

Dans l'industrie, socialistes et communistes réclamaient des nationalisations, et les premiers la résurrection des conseils d'entreprise (Betriebsräte) de la période de Weimar. Mais en ce domaine la relance fut laborieuse : les destructions étaient importantes, aggravées par la fuite vers l'Ouest de nombreux patrons et par la politique de démontage des Soviétiques. On se contenta de mesures provisoires. Un an après la fin des combats, la production industrielle était à l'indice 43 par rapport à 1936.

Création du Parti socialiste unifié

À partir du printemps de 1946, le climat international se détériora : l'Allemagne devenait progressivement un enjeu de la rivalité entre l'U.R.S.S. et les Anglo-Saxons. Molotov en juillet 1946, Byrnes, en septembre, se prononçaient l'un et l'autre en faveur de la reconstruction d'une Allemagne unifiée et démocratique ; mais il était clair que les deux hommes ne donnaient pas le même sens au mot de démocratie.

La construction dans la zone soviétique d'u [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 29 pages

Médias de l’article

Churchill et Roosevelt lors de la conférence de Casablanca, 1943

Churchill et Roosevelt lors de la conférence de Casablanca, 1943
Crédits : Fox Photos/ Hulton Archive/ Getty Images

photographie

Blocus de Berlin, 1948

Blocus de Berlin, 1948
Crédits : National Archives

vidéo

Soulèvement ouvrier à Berlin-Est (juin 1953)

Soulèvement ouvrier à Berlin-Est (juin 1953)
Crédits : Keystone/ Hulton Archive/ Getty Images

photographie

Conférence de Berlin, 1954

Conférence de Berlin, 1954
Crédits : Hulton Getty

photographie

Afficher les 6 médias de l'article


Écrit par :

  • : professeur à l'Institut national des langues et civilisations orientales
  • : professeur d'université, docteur d'État, directrice de l'Institut d'études germaniques, université François-Rabelais, Tours

Classification

Autres références

«  ALLEMAGNE  » est également traité dans :

ALLEMAGNE (Géographie) - Aspects naturels et héritages

  • Écrit par 
  • François REITEL
  •  • 8 234 mots
  •  • 5 médias

L'Allemagne, qui s'affirme au xixe siècle comme une grande puissance économique, surtout après la victoire de 1870-1871 sur la France, connaît à cette époque une explosion industrielle et urbaine. De nouvelles villes apparaissent dans les Reviere (régions industrielles). La Gründerzeit fait croire que l'expansio […] Lire la suite

ALLEMAGNE (Géographie) - Géographie économique et régionale

  • Écrit par 
  • Guillaume LACQUEMENT
  •  • 12 050 mots
  •  • 7 médias

L'Allemagne de Berlin : différente et semblable : le titre de l'ouvrage du politologue Alfred Grosser (2002) exprime les paradoxes de la construction historique du pays et renvoie à leurs multiples implications sur l'organisation territoriale. Finalistes et déterministes, les théories explicatives du Sonderweg (la « voie particulière ») ne suffisent pas à ex […] Lire la suite

ALLEMAGNE (Histoire) - Allemagne médiévale

  • Écrit par 
  • Pierre-Roger GAUSSIN
  •  • 14 149 mots
  •  • 7 médias

Plus de six siècles séparent la Germanie héritée des Carolingiens de cette « fédération de princes » qu'est l'Allemagne de la Réforme. L'histoire de cette longue période offre le contraste entre une politique vainement hantée par l'idée d'empire et la lente formation de la société allemande.Le […] Lire la suite

ALLEMAGNE (Histoire) - Allemagne du XVIe et du XVIIe s.

  • Écrit par 
  • Georges LIVET
  •  • 6 502 mots
  •  • 6 médias

Entre 1519 et 1648 apparaissent en Allemagne de profondes transformations. Pendant qu'à l'ouest s'opère l'élaboration de puissantes monarchies, Espagne, France, Angleterre, persiste en Allemagne l'état féodal marqué par les progrès de l'oligarchie réduisant l'Empereur à l'impuissance et le peuple à la servitude. S'y ajoute au début du siècle la division religieuse, aux résonances sociales rapideme […] Lire la suite

ALLEMAGNE (Histoire) - Allemagne moderne et contemporaine

  • Écrit par 
  • Michel EUDE, 
  • Alfred GROSSER
  •  • 26 856 mots
  •  • 39 médias

On ne saurait exagérer l'importance de la date de 1648 dans l'histoire de l'Allemagne. Non que les traités de Westphalie, en dépit d'une légende tenace, aient instauré un « nouvel ordre européen » : ils sont avant tout un règlement des questions allemandes à l'issue de la longue période – quelque 1 […] Lire la suite

ALLEMAGNE (Politique et économie depuis 1949) - République fédérale d'Allemagne jusqu'à la réunification

  • Écrit par 
  • Alfred GROSSER, 
  • Henri MÉNUDIER
  •  • 16 229 mots
  •  • 10 médias

Stabilité et changement rythment l'évolution de la république fédérale d'Allemagne (R.F.A.), fondée en 1949.Stabilité n'est pas synonyme d'immobilité. Le jeu des partis politiques allemands s'est considérablement simplifié en passant du pluralisme au tripartisme, en évoluant du centre droit vers le centre gauche après 1969 puis en revenant au centre droi […] Lire la suite

ALLEMAGNE (Politique et économie depuis 1949) - Le processus de réunification

  • Écrit par 
  • Henri MÉNUDIER
  •  • 2 709 mots
  •  • 4 médias

Pour la seconde fois en cent vingt ans, l'Allemagne retrouve son unité, en 1990. C'est la Prusse qui a unifié le pays après les guerres contre le Danemark, l'Autriche et la France. L'unité n'a été proclamée ni à Berlin ni même sur le territoire allemand, mais dans la galerie des Glaces du château de Versailles, le 18 janvier 1871, pendant que les troupes prus […] Lire la suite

ALLEMAGNE (Politique et économie depuis 1949) - L'Allemagne unie

  • Écrit par 
  • Anne-Marie LE GLOANNEC
  •  • 7 695 mots
  •  • 1 média

La guerre froide a fait de l'Europe un théâtre majeur des relations Est-Ouest, où s'affrontent États-Unis et Union soviétique. Au cœur de cette Europe, l'Allemagne, divisée, n'est pas souveraine, mais elle n'en est pas moins essentielle, en tant que pièce maîtresse de l'Alliance atlantique, principale […] Lire la suite

ALLEMAGNE (Politique et économie depuis 1949) - L'économie allemande depuis la réunification

  • Écrit par 
  • Hans BRODERSEN
  •  • 6 021 mots
  •  • 7 médias

La réunification économique interallemande de 1990 est-elle un échec, un semi-échec ou une réussite ? Quel bilan économique tirer après plusieurs décennies d'efforts pour intégrer les territoires de l’ancienne république démocratique allemande (RDA) dans la compétition mondiale ? L'Allemagne a-t-elle digéré ces efforts et sera-t-elle en mesure de maintenir, voire d'accroître, ses positions alors q […] Lire la suite

ALLEMAGNE - Les institutions

  • Écrit par 
  • Stéphane SCHOTT
  •  • 4 225 mots

Les institutions de la république fédérale d’Allemagne sont définies par la Loi fondamentale (L.F.), ou Grundgesetz, du 23 mai 1949. Pensé à l’origine comme une Constitution provisoire pour l’Allemagne de l’Ouest, le Grun […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

22-25 mai 2014 Union européenne. Élections européennes

politique réformé (droite protestante), 2 ; Gauche verte (écologiste), 2 ; Parti pour les animaux, 1. Le 23, l'Irlande désigne ses députés européens. – Irlande, 11 sièges : Fine Gael (démocrate-chrétien), 4 ; Fianna Fail (libéral), 1 ; Sinn Fein (gauche nationaliste), 3 ; Indépendants, 3. Les 23 et 24, la République tchèque désigne ses députés européens […] Lire la suite

4-29 avril 1990 République démocratique allemande. Entrée en fonctions de Lothar de Maizière

Le 4, les cinq formations politiques issues des élections du 18 mars – le Parti chrétien-démocrate (C.D.U.) de Lothar de Maizière et les deux autres composantes conservatrices de l'Alliance pour l'Allemagne ainsi que le Parti social-démocrate (S.P.D.) et le Parti libéral – tombent d'accord pour former un gouvernement de coalition. Disposant au Parlement […] Lire la suite

18 mars 1990 République démocratique allemande. Succès chrétien-démocrate aux élections

Plus de douze millions d'électeurs sont appelés à désigner au scrutin proportionnel à un tour leurs quatre cents représentants à la Chambre du peuple. Vingt-quatre partis participent à ces premières élections législatives libres depuis l'avènement du nazisme, les plus importants d'entre eux étant massivement soutenus par les partis frères de R.F.A […] Lire la suite

10-26 septembre 1989 République démocratique allemande – République fédérale d'Allemagne. Ouverture de la frontière austro-hongroise et exode des Allemands de l'Est

Le 10, la Hongrie annonce l'ouverture de sa frontière avec l'Autriche : plus de dix mille Allemands de l'Est, qui attendaient impatiemment cette décision depuis plusieurs jours dans des camps en Hongrie, franchissent aussitôt la frontière pour gagner l'Allemagne de l'Ouest, où les structures d'accueil préparées depuis le mois précédent en Bavière […] Lire la suite

13-31 août 1989 République démocratique allemande – République fédérale d'Allemagne. Afflux d'Allemands de l'Est en R.F.A.

Le 13, le gouvernement ouest-allemand décide la fermeture de son ambassade à Budapest, occupée depuis près d'une semaine par quelque cent quatre-vingts Allemands de l'Est désireux d'aller s'établir en R.F.A. Bonn avait déjà procédé, le 7, à une mesure identique envers sa représentation à Berlin-Est, occupée par cent vingt et un réfugiés, avant d'agir […] Lire la suite

Pour citer l’article

Georges CASTELLAN, Rita THALMANN, « ALLEMAGNE (Politique et économie depuis 1949) - République démocratique allemande », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/allemagne-politique-et-economie-depuis-1949-republique-democratique-allemande/