Avicenne est un des plus grands noms de la philosophie islamique et l'avicennisme se situe au carrefour de la pensée orientale et de la pensée occidentale. La forme du nom sous lequel Avicenne est traditionnellement connu dans l'histoire de la philosophie et de la médecine en Occident résulte d'une mutation de la forme authentique Ibn Sīnā, advenue au cours du passage de ce nom à travers l'Espagne. Cette mutation est déjà un indice de la double perspective sous laquelle on peut envisager l'œuvre d'Avicenne et, d'une façon générale, l'avicennisme : perspective occidentale, telle que nous l'avait léguée la scolastique latine médiévale, et perspective de l'islam oriental ou, plus exactement, celle de l'islam iranien, où la tradition avicennienne a continué de vivre jusqu'à nos jours.
La perspective occidentale latine résulte de la pénétration d'une partie de l'œuvre d'Avicenne dans le monde médiéval. Dès le milieu du xiie siècle, à Tolède, on traduisit, avec quelques œuvres d'Aristote, un certain nombre de traités de penseurs musulmans : al-Kindī, al-Fārābī, al-Ghazālī (Algazel), Avicenne. Viendront ensuite les traductions des œuvres d'Averroès. Si importantes que fussent ces traductions, il ne s'agissait cependant que d'une entreprise fragmentaire par rapport à l'ensemble des œuvres d'Avicenne. Elle s'attachait, il est vrai, à un ouvrage fondamental : la somme qui a pour titre le Kitāb al-Shifā' (Livre de la guérison de l'âme), embrassant la logique, la physique et la métaphysique. Aussi cela suffit-il pour déterminer une influence considérable, telle qu'il est permis de parler d'un « avicennisme latin » médiéval, même si peut-être il n'y eut pas de penseur chrétien pour être avicennien « jusqu'au bout », au sens où il y eut des averroïstes pour qui l'œuvre d'Averroès s'identifiait avec la vérité philosophique tout court. La doctrine d'Avicenne put s'allier avec les formes de platonisme déjà connues (celles de saint Augustin, Denys, Boèce, Jean Scot Érigène) ; cependant, la cassure devait se […]
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