VERRE

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Histoire

Les précurseurs d'Égypte ou de Mésopotamie ignoraient tout de la structure de la matière. Le verre y fut découvert, bien avant 1 500 avant notre ère, probablement par hasard, soit comme scorie de métallurgie, soit comme glaçure de céramique dont on rend brillante et lisse la surface par apport de composés alcalins qui permettent de la fondre au moins partiellement. C'est vers le viie siècle avant notre ère que la technique se répand au Moyen-Orient et que l'on sait préparer des compositions à base de sables, contenant des coquillages (apport de calcaire), et de natre, dépôts naturels des zones arides (apport de carbonate de sodium). Le verre obtenu n'est pas toujours complètement vitrifié (il est alors opaque), mais, dans tous les cas, on sait déjà le colorer en vert par le fer, en bleu par le cuivre.

Une révolution technique d'une importance exceptionnelle, parfaitement datée au ier siècle de notre ère, est l'invention du soufflage du verre. Ce procédé n'est devenu viable qu'en raison de la meilleure qualité de la pâte, mieux fondue dans un four plus chaud, affinée plus longtemps et produite dans des creusets de terre qui n'abandonnaient pas de pierres dans le verre.

Les objets de verre alimentaient des courants commerciaux dans tout le Moyen-Orient. Le phénomène au ier siècle s'intensifie mais les courants ne se limitent plus au commerce : il y a transfert de technologie, pour employer l'expression moderne ; les verriers syriens ou carthaginois s'installent en Italie et font de Cumes et d'Aquilée d'importants centres de production. Puis ils suivent la conquête romaine, gagnent Lyon, où se trouve la stèle du Carthaginois Julius Alexander, opifex artis vitriae, puis se déplacent vers le nord, créant la puissante branche rhénane de cette industrie orientale qui apporte ses techniques, ses formes esthétiques et certaines matières premières : natre ou son produit de substitution, cendres de plantes du désert ou du littoral. Les formes et les couleurs connaissent une variété prodigieuse. Au ier siècle, le soufflage se combine au moulage. Des vases reproduisent les visages de soldats romains, l'objet-souvenir en verre se répand, des estampilles apparaissent qui donnent une sorte de garantie d'origine. De plus, les verriers retrouvent le goût de la taille et réalisent les prodigieux diatrètes de la région de Cologne.

Le iiie siècle marque ainsi l'apogée d'un art dont les invasions barbares vont compromettre la vitalité. Les difficultés d'approvisionnement deviennent considérables, et l'on remplace les soudes d'Orient par les cendres de fougères ou de bois des forêts de Gaule et de Germanie. Ces cendres sont essentiellement formées de carbonate de potassium : il faut adapter la technique, et ce n'est que grâce à une prodigieuse ingéniosité que le verre survit dans ces siècles troublés. Si l'on a cru qu'il avait disparu pour un temps, vers le ixe siècle, c'est en raison de l'interdiction (concile de Reims) de disposer des objets dans les tombes, seuls abris capables de protéger jusqu'à notre époque les pièces fragiles.

Le Moyen Âge

Après cette période incertaine de l'histoire du verre, celui-ci retrouve toute sa vitalité dès le xie siècle à Venise, où il revient de Byzance, et en Normandie, à laquelle il a été transmis de Rhénanie par la Belgique. Ce n'est, en revanche, qu'au xive siècle que la verrerie de Bohême se développe brillamment, résurgence des ateliers de Germanie centrale issus de Rhénanie, et essaimera en Lorraine aux xve et xvie siècles.

L'existence de fabricants de verre creux, de fioles ou de flacons, les phiolarii, est attestée à Venise dès 980. La profession se donne un statut en 1271 et exporte largement. La concentration des verriers dans l'île de Murano résulte de leurs nuisances (fumées) et des risques d'incendie. Le confinement dans une zone industrielle devait permettre aussi une très stricte surveillance des secrets et le respect de l'interdiction pour les verriers de s'expatrier. Cette rigueur – le départ à l'étranger était puni de mort – avait comme contrepartie d'importants privilèges. Elle n'a pas empêché cependant Altare, près de Gênes, de devenir un centre verrier rival important. Les Altaristes émigraient volontiers temporairement et constituaient des équipes qui se louaient en France pour conduire des fours. Altare pratiquait la coopération technique quand Venise visait à la seule suprématie commerciale.

Les secrets de Venise reposaient sur un choix rigoureux des matières premières, une alimentation régulière en soudes d'Orient, l'emploi en bonne proportion de débris de verre – le calcin – dans la composition, mais aussi sur des tours de main de façonnage tels que la fabrication de torsades opaques ou transparentes, monochromes ou polychromes, enfin et surtout sur un art des formes et une finesse du travail qui utilisaient à fond les propriétés de ce verre très pur, le « cristallin » de Venise, objet d'envie à partir du xve siècle et qui assurera sa prééminence jusqu'au xviie siècle. Venise eut, en outre, un rôle important dans la fabrication des miroirs. Le verre «  plat », par opposition au verre «  creux » du flacon, est produit comme lui par soufflage : le cylindre obtenu est ouvert suivant une génératrice, déroulé à chaud, puis poli pour en éliminer les défauts. À la qualité de son verre Venise sut ajouter la finesse du polissage (sans qu'on connaisse la date exacte d'apparition de cette technique) et le brillant de la couche réfléchissante, grâce à un amalgame formé sur la surface même du verre par réaction d'un bain de mercure sur une feuille d'étain appliquée sous pression (ce procédé semblant bien avoir été mis au point à Venise).

Bien que le prestige de Venise ait eu pour effet, dès le xvie siècle, un appel en France de verriers italiens, venus le plus souvent d'Altare, pour implanter des fabrications de gobelets de luxe, l'industrie verrière française avait su approvisionner le pays en gobelets plus ou moins luxueux, qui, à partir du xve siècle, par une mutation assez brusque, se sont substitués aux verres à pied. Le gobelet, bas et lisse au début du xve siècle, s'agrandit puis fut côtelé, en spirales vers 1450, en lignes droites vers 1500.

L'originalité des verreries normandes

Ce qui est original en France, c'est la naissance du verre plat, pour vitrage, ou plus exactement du « plat de verre », obtenu par soufflage d'une sphère que l'on perce et ouvre, comme une tulipe, sous l'effet de la force centrifuge qui la transforme en un cercle plan, plus épais au centre, et portant la marque de la tige à laquelle i [...]

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Pour citer l’article

Pierre PIGANIOL, Micheline PROD'HOMME, Aniuta WINTER, « VERRE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/verre/