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CHIMIE Histoire

La chimie est la science des transactions et des créations matérielles. Par elle se fonde la « cité culturelle » du matérialisme dont le champ est à jamais ouvert et illimité. La production d'idées et d'expériences qu'elle engendre dépasse, comme le rappelait opportunément Gaston Bachelard, la mémoire et l'imagination de tout homme.

Relativement à ceux des autres sciences physiques, les énoncés de la chimie n'ont atteint que tardivement le mode de la rationalité, après un long parcours de rationalisations frustes et naïves. C'est que l'application du rationalisme à la forme fut autrement directe et souveraine que son application à la matière. La connaissance discursive de celle-ci ne peut s'accommoder des premières apparences qui, cependant, désignent et nourrissent, dans l'expérience des substances matérielles, les désirs de l'imaginaire. Aussi l'origine de la chimie est-elle inséparable des intentions de la magie.

Tourmentant la matière, l'homme y projette les rêveries et l'insatisfaction de la subjectivité. À bon compte, il y trouve l'ivresse de manipuler des puissances obscures que manifestent la création de corps nouveaux et la production d'effets violents. Mais, en se rationalisant, la chimie assujettira les rêves de puissance aux exigences de la vérification objective et les réglera dans l'administration de forces uniformes.

Cependant, le désir de la puissance demeure lié à la volonté de savoir ; la chimie moderne, créatrice d'une complexité ordonnée de corps, inscrit cette liaison dans l'avenir de l'homme tandis qu'elle étend et enrichit l'ordre de la nature.

Des quatre éléments naturels au concept d'élément chimique

Au commencement de la chimie, l'homme, qui se croit à l'écoute des choses, déchiffre les qualités sensibles qu'il rencontre – c'est-à-dire invente – dans l'expérience de la matière. La connaître, c'est nommer ses variétés, mais aussi les inscrire dans un ordre cosmologique. L'évidence des traits manifestes les a d'abord fait tenir pour essentiels ; d'où l' antique distinction des quatre éléments, la terre, l'eau, l'airet le feu, inscrits dans l'ordre sensoriel ; quatre éléments qui ont leur lieu naturel et qui, par leur combinaison dans l'imaginaire cosmique, suffisent à faire un monde.

Mais, dans les vues de la « préchimie », ces éléments supportent davantage des conflits de principes et des échanges de propriétés que des transactions effectives de matières ; symboles de caractères sensibles, référés à des actions cosmiques, plus qu'identités inaliénables de substances. Dès lors, les agents chimiques sont plutôt des donateurs de propriétés et des révélateurs de puissances que des individus matériels.

Robert Boyle - crédits : Oxford Science Archive/ Print Collector/ Getty Images

Robert Boyle

Il faut peut-être attendre Jungius, puis, surtout, en 1664, le Sceptical Chymist de Boyle pour trouver une définition générique satisfaisante de l'élément, rapportée à une nécessaire rationalité instrumentale. Boyle attribue justement la qualité élémentaire à tout corps indécomposable. C'est la technique qui définit l'élément, à la limite de l'analyse. Mais cette conception correcte demeure longtemps sans effet, tant sont impérieuses les images primitives de la quaternité élémentaire, comme le prouvent les assertions de Macquer, en plein xviiie siècle, dans l'un des ouvrages réputés de la littérature chimique, le Dictionnaire de chymie (1766) : il déclare, tout comme Boyle cent ans plus tôt, qu'« on donne en chymie le nom d'élémens aux corps qui sont d'une telle simplicité que tous les efforts de l'art sont insuffisants pour les décomposer, et même pour leur causer aucune espèce d'altération ; et qui [...] entrent comme [...] parties constituantes dans les combinations des autres[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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Robert Boyle - crédits : Oxford Science Archive/ Print Collector/ Getty Images

Robert Boyle

Laboratoire de chimie au XVIII<sup>e</sup> siècle - crédits : Hulton Archive/ Getty Images

Laboratoire de chimie au XVIIIe siècle

John Dalton - crédits : Rischgitz/ Hulton Archive/ Getty Images

John Dalton

Autres références

  • ACIDES & BASES

    • Écrit par Yves GAUTIER, Pierre SOUCHAY
    • 12 364 mots
    • 7 médias

    Un acide est un corps capable de céder un ou des protons (une particule fondamentale chargée d'électricité positive) et une base est un corps capable de capter un ou des protons. Chacun a ses caractéristiques. Les acides ont une saveur aigre (l'adjectif latin acidus signifie « aigre...

  • AIR, élément

    • Écrit par Georges KAYAS
    • 719 mots
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    Anaximène (~ 556-~ 480), à la différence de Thalès, enseignait que toute substance provient de l'air (pneuma) par raréfaction et condensation ; dilaté à l'extrême, cet air devient feu ; comprimé, il se transforme en vent ; il produit des nuages, qui donnent de l'eau lorsqu'ils sont...

  • ANALYSE ET SYNTHÈSE, chimie

    • Écrit par Pierre LASZLO
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    Ces deux notions, en principe complémentaires et réciproques, ne le sont pas en fait. Certes, les deux tendances à l'analyse et à la synthèse s'opposent, la première visant à couper les entités chimiques en petits morceaux et la seconde se donnant pour objectif la reconstruction des ensembles mis à...

  • ANALYTIQUE CHIMIE

    • Écrit par Alain BERTHOD, Jérôme RANDON
    • 8 885 mots
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    « C'est dans les cas situés au-delà de la règle que le talent de l'analyste se manifeste. L'important, le principal est de savoir ce qu'il faut observer. » Edgar Allan Poe (Histoires extraordinaires, 1844)

    La chimie analytique est la branche de la chimie qui a pour but l'identification,...

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Voir aussi