ROME ET EMPIRE ROMAINLa République

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La conquête romaine

L'expansion de Rome en Italie

Le travail historique permet aujourd'hui de suivre avec plus d'exactitude la progression lente et difficile de la conquête romaine. Derrière les récits souvent épiques de l'annalistique se profile une réalité moins facile et surtout moins glorieuse. Le départ des Étrusques du Latium provoque un affaiblissement de Rome qui, faisant partie de la Ligue latine, doit suivre la politique de cette ligue sans pouvoir lui imposer sa volonté. On est ainsi enclin à substituer, jusqu'en 350 environ avant notre ère, l'idée d'une conquête latine à celle d'une conquête romaine.

Rome, expansion

Dessin : Rome, expansion

La conquête et la domination romaine en Italie, IVe-IIe siècles avant J.C. 

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Au cours du ve siècle, les peuples de l'Apennin central multiplient leurs incursions en direction des plaines de l'Ouest ; il faut arrêter les mouvements répétés des Sabins, déjà ennemis de la Rome royale, des Eques, dont le territoire allait de l'Anio à Préneste, des Herniques et des Volsques, qui occupaient les monts Lepini et dirigeaient leurs assauts vers Ardée et Antium. Tant bien que mal cette pression dangereuse des peuples sabelliens fut contenue.

Mais c'est contre l'Étrurie que se dessine une action militaire de vaste portée. Un long conflit oppose Rome à la plus proche des métropoles étrusques, Véies, située sur la rive droite du Tibre. L'enjeu de la guerre est tout d'abord la ville de Fidènes, située sur le Tibre, à courte distance en amont de Rome. Longuement disputée par les deux adversaires, cette cité clé du commerce fluvial tombe entre les mains de Rome en 425 avant J.-C. En 405 commence le siège de Véies, qui dure dix ans. Le tableau qu'en donne Tite-Live, dans le livre V de son Histoire romaine, est d'une grande richesse et mêle certainement des traditions proprement étrusques aux souvenirs romains. Le dictateur Furius Camillus a l'allure d'un héros providentiel, d'un dux fatalis, guidé par le destin, et la fortune joue, dans sa carrière et dans les péripéties connues alors par la cité romaine, un rôle plus conforme, en vérité, à la psychologie toscane qu'à celle des Romains. Il demande l'appui de l'Apollon de Delphes auprès duquel il envoie une ambassade et auquel il promet, en cas de victoire, la dîme du butin. Grâce à un rite archaïque d'une magie efficace, l'evocatio, il invite la divinité tutélaire de la ville assiégée, la Junon étrusque, à quitter son domicile et à venir à Rome où elle sera accueillie avec honneur. L'assaut est donné, la ville tombe et la puissante déesse arrive sur le Palatin où elle va être honorée sous le nom de Junon Reine, Juno Regina.

À la prise de Véies succède, comme le second volet d'une tragédie, l'invasion celtique. La prise de Rome par les Gaulois, au début du ive siècle avant J.-C., est une catastrophe nationale et un événement de vaste portée. C'est la seule fois, jusqu'à sa ruine finale, près d'un millénaire plus tard, que l'Urbs tombe sous les coups d'une armée étrangère. L'affrontement entre Rome et les tribus gauloises prend dans l'histoire romaine une allure d'épopée. Ce sont effectivement deux mondes qui s'opposent, séparés par les coutumes, l'esprit et la forme de vie. Sur le plan de la guerre, les modes de combat sont opposés. La force de l'armée romaine reposait fondamentalement sur la discipline inflexible qui y régnait, sur la cohésion interne de la légion. Discipline, science tactique et stratégique du chef, telles étaient les causes essentielles des succès romains. Cela apparaîtra en toute clarté dans les étincelantes campagnes militaires de César qui en donne lui-même le détail. En face, le Barbare, ici le Celte, plus tard le Germain ou bien le Dace, attribue une importance essentielle au combat singulier par lequel deux champions qui représentent les armées en présence décident, par leur affrontement, du sort de leurs armées. Cette conception du combat demeurera vivante jusqu'au Moyen Âge. Mais déjà le récit de Tite-Live oppose avec force le duel celtique au ius armorum romain.

Le drame de l'occupation de Rome par les hordes gauloises, le pillage de la ville et son incendie, qui entraîne la disparition irréparable des archives les plus anciennes, sont décrits avec le sentiment aigu de la défaite et de l'abandon momentané de la ville [...]

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Pour citer l’article

Raymond BLOCH, « ROME ET EMPIRE ROMAIN - La République », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/rome-et-empire-romain-la-republique/