RAUSCHENBERG ROBERT (1925-2008)

Robert Rauschenberg est, avec Jasper Johns, l'un des artistes qui, autour des années 1950, opéra une remise en question radicale du mode d'expression lié à l'art gestuel, tel que le pratiquait la première génération de l'école de New York. En intégrant à la peinture la réalité sociologique sous sa forme la plus évidente et la plus agressive, l'artiste annonce la crise de valeur qui va succéder à l'action painting et la nouvelle orientation que vont privilégier un certain nombre de créateurs. Au début des années 1950, Rauschenberg se place d'emblée au delà des frontières et des hiérarchies et invente les Combine Paintings, à mi-chemin entre peinture et sculpture. Entre la génération des grands maîtres de l'expressionnisme abstrait et celle des artistes du pop art, Rauschenberg a joué un rôle d'initiateur à l'égard du développement futur de l'art des objets. Pleinement conscient du maniérisme dans lequel sombraient les suiveurs de Pollock, il ouvre la voie à une nouvelle orientation de la vision, tendant au réalisme, et montrant par là même que l'expression picturale n'excluait nullement l'insertion d'objets hétéroclites ou d'images empruntées à la réalité quotidienne. Il affirme alors : « La peinture est liée à l'art et à la vie. Ni l'un ni l'autre ne peuvent être fabriqués. J'essaye d'agir dans la brèche qui les sépare. »

Du monochrome aux Combine Paintings

Robert Rauschenberg est né à Port Arthur (Texas) en 1925. Sa formation de plasticien le conduit successivement au Kansas City Art Institute et au Black Mountain College en 1949. Il y suit l'enseignement de Josef Albers et se lie d'amitié avec Merce Cunningham, David Tudor et John Cage qui avait coutume de dire : « même le banal contient un potentiel esthétique ». Il y participe à un certain nombre de performances, dont la Theater Piece No 1 (1952) de John Cage, considérée comme le premier happening. Par la suite, Robert Rauschenberg travaille régulièrement avec le monde du théâtre et de la danse, créant costumes et décors pour Merce Cunningham, Paul Taylor et Trisha Brown, sans compter les spectacles qu'il monte lui-même.

Dès ses premières œuvres, Rauschenberg se situe par rapport à ce que l'Europe a connu de plus libre : le collage et l'esthétique du Merz de Kurt Schwitters, les Ready Made de Marcel Duchamp. D'un geste radical, qui rappelle celui de Duchamp affublant la Joconde d'une paire de moustaches, il demande à De Kooning un dessin qu'il efface et titre Erased De Kooning (1953, Musée d'art moderne, San Francisco). « Pour Dada, il s'agissait d'exclure, affirme l'artiste, c'est la censure contre le passé. Pour nous, il s'agissait d'inclure, d'introduire le passé dans le présent, la totalité dans le moment ». À partir de 1952, les premières œuvres que Rauschenberg expose sont des monochromes : All Black Paintings et All White Paintings, dont la seule image est l'ombre réfléchie par la spectateur, équivalent pictural des plages de silence de John Cage. En 1954, il réalise une série de Red Paintings (Solomon R. Guggenheim Museum, New York) composés de morceaux de journaux ou de tissus, grossièrement découpés enduits de peinture, et incorporés ensuite à la surface de la toile.

Dans le même temps, il entame la série des Combine Paintings qu'il expose en 1958 à la galerie Leo Castelli à New York. À leur propos, John Cage écrit : « Il n'y a pas davantage de sujet dans une Combine Painting qu'il n'y en a dans la page d'un journal, tout ce qui s'y trouve est sujet ». Quant à Rauschenberg, il ajoute : « on fait des tableaux par désespoir pour échapper au connu, à la facilité, pour être un aventurier ». Entre peinture et sculpture, le plus souvent très colorées et[...]

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Classification

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • COCA-COLA PLAN (R. Rauschenberg)

    • Écrit par Hervé VANEL
    • 220 mots

    D'emblée, le côté comique de Coca-Cola Plan (1958) de Robert Rauschenberg est frappant. Flanquées des ailes de l'aigle américain, trois bouteilles de Coca y sont exposées surmontant une boule d'escalier en bois qui évoque immanquablement un petit globe terrestre. À une époque où se développe...

  • BROWN TRISHA (1936-2017)

    • Écrit par Bernadette BONIS, Jean-Claude DIÉNIS, Agnès IZRINE
    • 1 815 mots
    • 1 média
    ..., à la gestuelle rapide, fringante, qui propulse les danseuses, à grande vitesse, d'un point à un autre de l'espace. Pour cette pièce, elle intègre l'espace scénique traditionnel, en collaboration avec le plasticien Robert Rauschenberg qui a conçu un décor mouvant de diapositives projetées.
  • COLLAGE

    • Écrit par Catherine VASSEUR
    • 2 227 mots
    ...de l'assemblage et de la performance provoquent un déplacement de l'expérimentation artistique dans une dimension plus « environnementale », les Combines de Robert Rauschenberg – qui associent collage, peinture et assemblage – préfigurent le brouillage des concepts qui sera systématiquement...
  • CUNNINGHAM MERCE (1919-2009)

    • Écrit par Agnès IZRINE
    • 2 654 mots
    Ainsi, il collabore avec des artistes de tout premier plan comme les peintresRobert Rauschenberg, qui sera conseiller artistique de la compagnie Cunningham jusqu'en 1964, ou encore Jasper Johns, qui prendra sa suite jusqu'en 1967. Il privilégie l'invitation d'artistes extérieurs comme Franck Stella...
  • DÉVELOPPEMENT DU HAPPENING SELON ALLAN KAPROW - (repères chronologiques)

    • Écrit par Hervé VANEL
    • 724 mots

    1922 Projetant la future dissolution de l'art dans la vie, Piet Mondrian écrit : « L'art est déjà en partielle désintégration – mais sa fin serait prématurée. Les conséquences du Néoplasticisme sont effrayantes. » Allan Kaprow prolongera cette intuition.

    1943 Quelques années...

  • Afficher les 17 références

Voir aussi