CONGO RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU

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Nom officielRépublique démocratique du Congo (CD)
Chef de l'ÉtatFélix Tshisekedi (depuis le 25 janvier 2019)
Chef du gouvernementJean-Michel Sama Lukonde Kyenge (depuis le 27 avril 2021)
CapitaleKinshasa
Langue officiellefrançais 1
Note : Le kongo, le lingala, le swahili et le tshiluba sont langues nationales
Unité monétairefranc congolais (CDF)
Population105 059 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)2 345 410

Le Congo dans la guerre et la difficile sortie du conflit

Le nouveau régime est poussé, sous la pression des bailleurs de fonds, à entreprendre une clarification de la situation issue de la déliquescence de l'État zaïrois et des débats de la Conférence nationale (1991). En mettant en place une commission constitutionnelle, il s'oriente vers un projet qui accorde au président des pouvoirs prédominants, au détriment des contrepoids parlementaires. Les perspectives fédéralistes qui avaient été dessinées durant les années de transition sont abandonnées au profit d'une décentralisation de portée limitée, compte tenu d'une faible rétrocession de ressources de la part de l'État. Une Conférence nationale sur la reconstruction est mise en place à la fin de 1997. Son objectif n'est pas d'organiser une transition hors du régime antérieur, comme durant les années précédant la chute de Mobutu, mais de réunir les acteurs dispersés par cette transition impossible et par la guerre qui y a mis fin. Après quelques mois de fonctionnement, cette nouvelle Conférence est interrompue.

Le chantier mis en place pour la réhabilitation de la fonction publique territoriale est suivi avec plus de constance, car il est appuyé par les bailleurs de fonds. Cependant, il ne rencontre pas un écho favorable auprès des élites locales qui se méfient d'un projet fortement centralisateur mené par un pouvoir lointain dominé par des nouveaux venus. La question de la nationalité est d'ailleurs le sujet le plus sensible. En faisant consacrer par le projet de Constitution le principe introduit en 1981 selon lequel il faut être issu d'ascendants installés au Congo avant l'indépendance pour être citoyen congolais, Laurent-Désiré Kabila donne des gages à une population qui lui reproche d'avoir été porté au pouvoir par des forces extérieures venues de l'est et d'être entouré de membres des diasporas.

Cette volonté d'indépendance conduit à une tentative de renversement du régime en août 1998. Après que Kabila eut demandé aux troupes rwandaises de quitter le territoire qu'elles occupaient, puis limogé les officiers tutsi de son état-major, les commandants militaires de l'est du pays se rebellent. Ils bénéficient de l'appui d'une partie des ex-forces armées zaïroises (mobutistes) ainsi que de la logistique en provenance de Kigali. Simultanément, une audacieuse action aéroportée est organisée sur Kinshasa en vue de renverser le pouvoir. Si cette dernière opération échoue (entraînant une chasse « anti-tutsi »), ces événements sont à l'origine d'une nouvelle guerre qui s'installe de manière durable dans la partie orientale du pays. Le conflit a changé les équilibres régionaux. Alors que Kabila avait reçu l'appui de la quasi-totalité des voisins du Zaïre afin de renverser Mobutu, il ne dispose désormais que du soutien régional de l'Angola, du Zimbabwe et de la Namibie, alors que le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi soutiennent ses adversaires.

Laurent-Désiré Kabila à Paris, 1998

Photographie : Laurent-Désiré Kabila à Paris, 1998

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La guerre s'étend depuis la province de l'Équateur, au nord du pays, jusqu'au Kasaï-oriental. Dans le Kivu, à l'est, le Rassemblement pour le Congo démocratique (R.C.D.), dirigé par d'anciens alliés de Kabila, anime la rébellion avec l'appui du Rwanda. Ce mouvement subit une première scission en février 1999 opposant les satellites de Kigali (qui deviendront le R.C.D.-Goma) à un groupe qui revendique son autonomie (R.C.D.-Kisangani). Les territoires sont abandonnés aux milices qui s'affrontent entre elles et se livrent à des massacres de civils. Par ailleurs, Jean-Pierre Bemba, fils d'un riche homme d'affaires proche de Mobutu, ouvre un nouveau front à partir de l'Équateur. Son Mouvement de libération congolais (M.L.C.) s'appuie sur les ex-F.A.C (Forces armées congolaises, armée régulière du régime Mobutu). Il bénéficie du soutien de l'Ouganda.

Le début d'un règlement tarde à intervenir. Un accord de paix est signé en mai 1999 en Libye entre la R.D.C., l'Ouganda ainsi que l'Érythrée et le Soudan qui s'étaient retrouvés parties prenantes d'un conflit en chaîne. À Lusaka (Zambie), le 10 juillet suivant, des accords de cessez-le-feu sont passés. Ceux-ci dressent le plan d'un retour à la paix durable. Face au gouvernement de Kinshasa se retrouvent les pays voisins impliqués : Ouganda, Rwanda, Angola, Zimbabwe, Namibie ainsi que les trois principaux groupes rebelles : les deux R.C.D. et le M.L.C.

Ces accords s'accompagnent d'une prise en charge de la résolution du conflit par l'O.N.U. La Mission de l'O.N.U. au Congo (Monuc) est crée le 30 novembre 1999. C'est la plus importante et la plus coûteuse des missions de paix menée par l'O.N.U., avec un budget annuel de près d'un milliard de dollars US. Son mandat se répartit entre : application du cessez-le-feu, processus de désarmement, de démobilisation et de réinsertion des combattants et, enfin, facilitation de la transition pour l'organisation d'élections crédibles. Ce dernier point s'accompagne du lancement d'un « dialogue national » élargissant le débat à l'ensemble des partis politiques (l'opposition « non armée ») et des organisations dites de la « société civile ». Une force de maintien de la paix de l'O.N.U. en liaison avec l'O.U.A. est mise en place.

Ce plan, prévu pour être exécuté en 360 jours, se heurte à l'inertie des parties, qui campent sur leurs positions malgré les pressions du Conseil de sécurité (qui proroge à plusieurs reprises le mandat de la Monuc) et l'implication de plus en plus directe des États-Unis. C'est dans ce contexte, aggravé par une situation économique désastreuse (hyperinflation, augmentation des dépenses publiques), qu'est perpétré, le 16 janvier 2001, l'assassinat de Laurent-Désiré Kabila, dans des conditions demeurées obscures. L'entourage du président impose son fils Joseph (jeune militaire qui n'a pas encore trente ans) comme successeur. Ce changement est suivi de signes de déblocage. Le nouveau président annonce que le « dialogue congolais » va être relancé et il rappelle le médiateur désigné par l'O.U.A. (Ketumile Masire) que son père avait récusé. La reprise des négociations aboutit à un repli partiel des troupes rebelles. Du côté des alliés de Kinshasa, le Zimbabwe et l'Angola sont réticents à se retirer. Le premier parce que ses généraux tirent des profits des richesses minières, le second parce qu'il contrôle les bases arrière de ses propres rebelles (l'U.N.I.T.A.).

Après une tentative infructueuse à Addis-Abeba (octobre 2001), le dialogue est renoué en février 2002 entre les parties congolaises, à Sun City, en Afrique du Sud. Il s'agit de parvenir à un protocole de réconciliation nationale, passant par une Constitution de transition et aboutissant à l'élection d'institutions définitives. À la différence de Lusaka, ces discussions sont élargies au-delà des protagonistes [...]

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Congo (République démocratique du) : carte physique

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Congo (République démocratique du) : drapeau

Congo (République démocratique du) : drapeau
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Léopold II

Léopold II
Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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Indépendance du Congo belge, 30 juin 1960

Indépendance du Congo belge, 30 juin 1960
Crédits : Hulton Getty

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Écrit par :

  • : directeur général du Centre de recherche d'information sociopolitique, Bruxelles
  • : professeur à l'Université libre de Bruxelles
  • : directeur de recherche à la Fondation nationale des sciences politiques, Centre d'étude d'Afrique noire, Bordeaux
  • : professeur à l'université de Kinshasa
  • : professeur à l'université du Wisconsin, États-Unis

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Pour citer l’article

Jules GÉRARD-LIBOIS, Henri NICOLAÏ, Patrick QUANTIN, Benoît VERHAEGEN, Crawford YOUNG, « CONGO RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/republique-democratique-du-congo/