PORTUGAL

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Portugal : carte physique

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Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Portugal : drapeau

Portugal : drapeau
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Polyptyque de saint Vincent, détail, N. Gonçalves

Polyptyque de saint Vincent, détail, N. Gonçalves
Crédits : G. Dagli Orti/ De Agostini

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Vallée du Douro

Vallée du Douro
Crédits : James Strachan/ The Image Bank/ Getty Images

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Nom officielRépublique portugaise (PT)
Chef de l'ÉtatMarcelo Rebelo de Sousa (depuis le 9 mars 2016)
Chef du gouvernementAntónio Costa (depuis le 26 novembre 2015)
CapitaleLisbonne
Langue officielleportugais
Unité monétaireeuro (EUR)
Population10 208 000 (estim. 2017)
Superficie (km2)92 212
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Situé à l'extrémité occidentale de l'Europe, le Portugal est bordé à l'ouest et au sud par l'océan Atlantique, et au nord et à l’est par l'Espagne, pays avec lequel il partage 1 215 kilomètres de frontière terrestre. Sa localisation privilégiée le place au carrefour des routes maritimes qui relient l’Europe à l’Afrique et à l’Amérique. Outre le territoire continental, le pays comprend deux régions autonomes, l’archipel de Madère – au large des côtes africaines – et celui des Açores – dont les neuf îles se situent entre les continents européen et américain. D'une superficie de 92 074 kilomètres carrés, avec une population de 10,29 millions d’habitants en 2017, le Portugal est l'un des États-nations les plus anciens d'Europe. Il partage la péninsule Ibérique avec l’Espagne, dont les cordillères centrale et cantabrique se prolongent au Portugal, descendant en gradins jusqu’à l’océan Atlantique. Il forme un pays de contrastes entre un Nord de montagnes et de plateaux et un Sud de plaines, séparés par le fleuve Tage. Néanmoins, le Portugal présente une homogénéité linguistique aussi bien que culturelle, et possède une identité nationale bâtie sur l’histoire. La langue officielle est le portugais – depuis 1999, le mirandais a obtenu ce statut dans son aire d’influence (le plateau du haut Trás-os-Montes).

Portugal : carte physique

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Carte physique du Portugal. 

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Portugal : drapeau

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Portugal (1911). À la jonction des deux couleurs nationales, le vert et le rouge, est posée la sphère armillaire manuéline, jaune rehaussé de noir, qui représente la Terre et a été choisie par le roi Manuel Ier (1495-1521) comme symbole de l'épopée maritime des Portugais. Cette sphère... 

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Héritier du brassage entre des populations autochtones et des peuples venus d’ailleurs, aux matrices culturelles diverses qui, depuis la préhistoire, sont au contact de la péninsule Ibérique, l’espace qui deviendra le royaume du Portugal ne commence à se singulariser qu’à la fin du ixe siècle. En 868, la terre de Portucale est conquise et intégrée dans le royaume de León. Le roi en fait un comté. Confié à Henri de Bourgogne par Alphonse VI, en 1094 ou 1095, pour assurer la défense de la frontière sud, il sut renforcer l’esprit d’autonomie de la noblesse portucalense. Lorsque, après la mort d’Henri, les intérêts du groupe sont menacés, celui-ci déclenche le processus qui aboutira à la naissance du royaume du Portugal, dont la date se situe entre les années 1139 et 1143. La consolidation du royaume se forge au long des xiie et xiiie siècles, au fil des guerres menées d'une part contre les musulmans pour l'élargissement du territoire et, d'autre part, contre le royaume de Castille pour asseoir l'indépendance.

La Reconquête achevée en 1249 et les frontières fixées en 1297, le royaume du Portugal poursuit son épopée guerrière sur la rive sud de la Méditerranée avec la conquête de Ceuta en 1415. Les résultats, décevants, poussent les embarcations portugaises à contourner le blocus musulman pour commercer dans les contrées situées encore plus au sud. Ainsi débute l’aventure maritime qui offrira au Portugal un empire commercial puis colonial, à l’échelle mondiale, et ouvrira l’Europe à l’« économie-monde ». Cependant, l’intégration du royaume au sein de la monarchie des Habsbourg met en péril l’empire portugais, car celle-ci se révèle incapable de le protéger de la convoitise des puissances européennes. À la suite du déclin de cet empire colonial en Asie et de la montée sur le trône de la nouvelle dynastie des Bragance, en 1640, le Portugal crée un nouvel empire transatlantique, bâti sur la colonisation d’une terre nourricière et de ses richesses minières, le Brésil.

Le Portugal suit de loin les affaires européennes, gardant une neutralité profitable à son commerce. Cependant, en 1792, rattrapé par le tourbillon révolutionnaire français, le destin du Portugal s’annonce sombre. À la fin de la guerre péninsulaire, en 1814, après trois invasions, le pays est dévasté, l’économie exsangue, et le Brésil, joyau de la Couronne, perdu. Pendant deux siècles, le Portugal s’attelle à construire un « nouveau Brésil en Afrique » mais ce troisième empire colonial ne connaîtra pas la splendeur des précédents. Le rêve impérial enterré, le 25 avril 1974, à la suite de la « révolution des œillets », le Portugal cherche dès lors son salut dans l’Europe. La divergence entre les projets politiques entraîne une période de troubles et de violence politique (1974-1976). Néanmoins, la démocratie parvient à s’installer durablement : elle est définitivement scellée par l’adhésion à la Communauté économique européenne (CEE), en 1986. Depuis, le visage du Portugal a profondément changé. La société a subi une mutation rapide, les comportements et les modes de vie s’accordent désormais aux standards européens. Pourtant, des handicaps structurels persistent dans l’économie dont la croissance reste fragile, comme l’a montré la crise de 2010, que le Portugal peine à dépasser.

—  Cristina CLIMACO

Marqué à son origine par le courant roman français de Cluny, l'art portugais s'est développé sous des influences culturelles fort variées où la peinture flamande des xve et xvie siècles, l'architecture italienne de la Renaissance, du baroque et du néo-classicisme, l'exotisme oriental, la somptuosité du xviiie siècle français et le naturalisme de l'école de Barbizon ont joué des rôles importants. Le dialogue international, bien que souvent réduit à des formules provinciales, lui a jusqu'à présent toujours convenu. Il a néanmoins rendu possible la définition de trois moments capitaux de l'art portugais, au sein de conjonctures socioculturelles originales. Le Polyptyque de Saint-Vincent (troisième quart du xve siècle, attribué à Nuno Gonçalves), peint au moment où le pays se lançait dans l'aventure des Découvertes, est un des chefs-d'œuvre de la peinture de l'époque, attachée au domaine septentrional. Si le style manuélin, à la charnière du gothique et de la Renaissance, style emblématique de l'expansion portugaise, vers le commencement du xvie siècle, demeure limité au décor, la reconstruction de Lisbonne, ordonnée par le marquis de Pombal après le tremblement de terre de 1755, constitue l'exemple majeur de l'urbanisme des Lumières en Europe. Mais deux phénomènes sui generis caractérisent en priorité l'art du Portugal : l'azulejo (carreaux de faïence peints) et la talha (sculpture sur bois dorée) qui mirent avec éclat l'accent sur les valeurs décoratives aux xviie et xviiie siècles. Un sens tardif du processus de la modernité (malgré l'action d'Amadeo, artiste cubiste et abstrait qui travaille à Paris vers 1913) n'a pu être satisfait intégralement que par la génération définie après 1945.

Polyptyque de saint Vincent, détail, N. Gonçalves

Polyptyque de saint Vincent, détail, N. Gonçalves

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Nuño Gonçalves, Polyptyque de saint Vincent, détail, vers 1460-1475. Peinture sur bois. Musée d'Art ancien, Lisbonne. 

Crédits : G. Dagli Orti/ De Agostini

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—  José-Augusto FRANÇA

L'histoire de la littérature portugaise est celle d'un effort constant pour se différencier de l'Espagne, pour réaliser une œuvre radicalement originale, irréductible aux stéréotypes du grand voisin. Le Portugal est sorti de l'Espagne. Si la littérature exprime l'âme d'une nation, celle du Portugal doit révéler l'impossible synthèse entre une hispanité qu'il lui faut assumer et l'hétérogénéité lusitanienne par laquelle elle s'affirme. Comme l'Espagne, le Portugal est un creuset où se fondent trois ethnies, trois religions, trois civilisations. Certes, la présence arabe s'effaça plus vite au Portugal ; cependant, l'empreinte civilisatrice de l'islam survit à sa domination ; on en trouve des traces durables dans les premiers textes littéraires portugais. De même, les juifs rencontrent dans les califes, nouveaux maîtres de la Péninsule, des protecteurs tolérants et éclairés. Les premiers ouvrages imprimés en Espagne et au Portugal le sont pour des juifs et par des juifs : traités de médecine ou de mathématiques, livres de prières, tous rédigés en langue et en caractères hébraïques. Le nombre impressionnant de nouveaux chrétiens (c'est-à-dire de juifs convertis, en apparence ou réellement), sous Manuel Ier et Jean III, donne la mesure de l'influence juive au Portugal. Il est même possible de hasarder l'hypothèse que l'un des traits les plus marquants de l'âme portugaise, la saudade (inapaisable mélancolie, pessimisme languide et nostalgique, déchirement entre l'appel de la mer, de l'aventure, et l'attachement au sol natal), est lié au judaïsme. Dominée par la poésie, la littérature portugaise épouse au fil des siècles la courbe des lettres européennes, sans jamais perdre pour cela sa spécificité, sans doute parce que les bouleversements sociaux n'ont pas affecté les structures séculaires d'un Portugal féodal et foncier.

Aujourd'hui, trois faits paraissent infléchir le devenir de cette littérature : la libéralisation, encore timide et fragile, des institutions politiques, qui accompagne l'entrée du Portugal dans l'ère industrielle et technologique ; la solidarité, à nouveau éprouvée, après une scission de plus d'un siècle, avec la civilisation brésilienne ; l'ouverture irréversible sur l'Europe et sur le monde d'un nombre sans cesse accru de jeunes Portugais, corollaires de l'intense alphabétisation des vingt dernières années et de la politique des échanges touristiques et culturels ; autant de circonstances capables d'intégrer davantage les lettres portugaises dans le contexte mondial. Mais une littérature n'a de chances de s'imposer que si elle puise aussi sa force dans sa terre et dans son ethnie. La continuité dans le renouveau, c'est là sans doute l'avenir d'une littérature dont le monde a pris conscience.

—  Roger BISMUT

Géographie

Le Portugal est un État de 91 600 kilomètres carrés qui comprend une population de 10,56 millions d'habitants (recensement de 2011). Situé sur la façade atlantique de la zone méditerranéenne, il en tire une forte originalité climatique et biologique. Ce finisterre situé à l'extrémité sud-ouest de l'Europe joua un rôle majeur dans les grandes découvertes maritimes de la fin du Moyen Âge et dans l'expansion européenne à travers le monde. La diffusion du portugais, langue officielle de huit États, utilisée par 150 millions de locuteurs, est un legs de ce passé.

Le territoire

Le Portugal continental est une bande de terre de 561 kilomètres du nord au sud, large de 130 à 218 kilomètres, située sur la façade occidentale de la péninsule Ibérique, dont elle ne représente que 15 p. 100 de la superficie (88 500 km2). S'y ajoutent deux petits archipels atlantiques : celui de Madère et celui des Açores, situés respectivement à 910 et à 1 700 kilomètres de Lisbonne, qui portent la zone maritime économique exclusive du Portugal à 1 600 000 kilomètres carrés. La frontière méridienne qui sépare le Portugal de l'Espagne est la plus ancienne d'Europe. Ces deux États ont à la fois des histoires parallèles, et des ressemblances géographiques dans leurs composantes régionales – à l'exception du littoral méditerranéen propre à la seule Espagne. Toutefois, les agencements régionaux diffèrent. En effet, les régions littorales, qui sont généralement plus peuplées que les plateaux intérieurs, sont plus importantes au Portugal qu'en Espagne, ce qui explique une densité moyenne plus forte au Portugal (116 hab./km2 contre 87 en Espagne, en 2006).

Similitudes et divergences régionales avec l'Espagne

Le socle ancien de schistes et de granits, aplani par l'érosion, puis soulevé, fracturé et basculé vers l'ouest présent en Espagne, se retrouve dans une large partie du Portugal. Il forme, à l'est du pays, de vastes plateaux aux paysages ouverts et aux horizons immenses qui prolongent ceux de l'Espagne voisine, avec un encaissement plus marqué des cours d'eau du côté portugais, comme la vallée du Douro. Ce sont les hautes terres du Trás os Montes au nord-est, les plateaux moins élevés de Basse Beira au centre et ceux d'Alentejo au sud. On relève la position isolée de la Serra d'Estrela, élément des sierras centrales ibériques, que le poète Miguel Torga comparait à une ronde.

Vallée du Douro

Vallée du Douro

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La vallée du Douro, au Portugal. 

Crédits : James Strachan/ The Image Bank/ Getty Images

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Le climat confère la plus forte originalité à la géographie portugaise. Le nord-ouest appartient à l'Ibérie humide, qui est le berceau historique de la nationalité portugaise et la partie la plus peuplée du pays. Cette région a alimenté un mouvement ancien et continu de peuplement du nord vers le sud, à l'origine d'un transfert de traits culturels plus nordiques que méditerranéens, qui se retrouvent jusque dans les archipels, à la fois dans les paysages de polyculture, les petites parcelles intensément cultivées, l'habitat dispersé, et les us et coutumes alimentaires. En revanche, au sud du Tage, les influences méditerranéennes deviennent prédominantes et, au-delà d'un ultime bourrelet montagneux, l'Algarve garde la marque d'une civilisation musulmane, à l'exemple de l'Andalousie. Dans cette région, la population nombreuse a depuis longtemps recours, comme en Kabylie, à une arboriculture sèche pour subsister.

Dans la péninsule Ibérique, les régions intérieures sont parmi les moins peuplées d'Europe et s'opposent, à cet égard, aux périphéries littorales. Au Portugal, elles constituent un arrière-pays, après avoir joué, durant plusieurs siècles, un rôle de marche frontière face au royaume de Castille puis d'Espagne. Alors qu'en Espagne l'énorme agglomération madrilène compense le vide relatif des régions centrales et assure l'équilibre dans la répartition des hommes sur l'ensemble du territoire, on chercherait en vain au Portugal le contrepoids d'une grande métropole, puisque la capitale se trouve en bordure de l'océan et que la macrocéphalie de Lisbonne, héritage historique, s'est amplifiée au point que l'agglomération rassemble désormais le tiers de la population du Portugal. Cet élément de déséquilibre pose un problème d'aménagement à l'échelle nationale.

L'évolution démographique

Le nord-ouest du Portugal semble avoir toujours été très peuplé. Il a fourni des émigrants aux terres méridionales, jusqu'au milieu du xxe siècle, et a alimenté l'émigration outre-mer lors des grandes découvertes aux xvie et xviie siècles. Dans la seconde moitié du xxe siècle, l'émigration s'est ensuite orientée vers les pays européens, notamment vers la France, la Suisse et le Luxembourg. Il subsiste de ce passé une véritable diaspora portugaise, en particulier en France et sur le continent américain. Les effectifs globaux de la première ou de la seconde génération, bien que difficiles à chiffrer, seraient de plusieurs millions de personnes, voire du même ordre que la population du Portugal. Toutefois, à l'exemple de l'Espagne, l'émigration s'est progressivement tarie jusqu'à faire place à un mouvement de retour au pays qui, entre 1975 et 1980, a pris de l'ampleur avec l'afflux de personnes en provenance des anciennes colonies africaines devenues indépendantes (Angola, Mozambique, Cap-Vert). Le Portugal est alors devenu, à son tour, un pays d'immigration. Ainsi, entre 1990 et 2003, les étrangers, qui représentaient 1 p. 100 de la population totale, sont passés à 2,3 p. 100 (de l à 6,6 p. 100, dans le même temps, en Espagne). Ce flux est donc relativement modeste et il est par ailleurs composé, pour plus de la moitié, de lusophones facilement assimilés, en provenance du Brésil et des anciennes colonies, en particulier du Cap-Vert. Parmi les autres immigrants se trouvent des retraités européens, notamment Britanniques, qui représentaient 6,7 p. 100 des immigrants en 2003. L'immigration ne soulève donc pas autant de problèmes qu'en Espagne et, compte tenu de l'infime excédent des naissances sur les décès (0,8 p. 100 en 2005), elle permet de maintenir une très modeste croissance de la population (0,1 p. 100 en 2006).

Identités et régionalisation

Le Portugal est le seul État européen qui ne compte aucune minorité linguistique. Les appartenances identitaires, fortes aux échelles locale et nationale, le sont beaucoup moins à l'échelle régionale, à l'exception des archipels atlantiques et, dans une moindre mesure, de l'Algarve.

Unité culturelle et linguistique et identités territoriales

Au début du xiie siècle, avant même qu'il ne devienne un royaume, le comté de Portugal était une puissance politique quasi autonome dans la mouvance du royaume de León. Établi à Guimarães (nord-ouest), le comte avait un prestige et une puissance militaire de premier plan, tandis que l'évêque de Braga avait une autorité religieuse indiscutable, et que les négociants de Porto, port situé à l'embouchure du Douro et sur sa rive droite, imposaient leur influence commerciale. À la fin du ve siècle, le nom de Portus était associé à celui de Calem, une forteresse qui dominait le site. Le nom de Portus Cale, légèrement déformé, s'étendit d'abord à la région environnante puis désigna l'ensemble du royaume du Portugal. C'est la Reconquête sur les terres de l'islam, dès la fin du xiiie siècle, qui assura, comme en Espagne mais deux siècles avant elle, le contrôle de tout le territoire actuel. Dès lors, le Portugal, devenu un royaume indépendant avec Lisbonne pour capitale, était défini dans ses frontières actuelles (traité d'Alcañices en 1297) : il est le plus ancien État d'Europe. Toutefois, le comté de Galice, berceau linguistique de la langue portugaise, était resté au sein du royaume de León. Cette région appartient actuellement à l'Espagne, bien que sa langue et sa culture soient très proches de celles du Portugal. L'Espagne n'est pas parvenue à incorporer le Portugal dans un ensemble ibérique. L'autoritarisme de Philippe II (1527-1598), roi d'Espagne et du Portugal, finit même par accentuer la divergence entre les deux États jusque-là très proches. La frontière méridienne devint alors une ligne de partage : la raya, entre deux nations sœurs qui se tournaient le dos. Lors des réformes administratives portugaises des années 1830, le nombre des conseils municipaux hérités du Moyen Âge fut réduit, permettant ainsi la constitution de véritables « pays » à l'origine de sentiments forts d'identité territoriale. En revanche, les districts, créés à l'exemple des provinces espagnoles dans un souci de contrôle du territoire par l'État, n'eurent pas le même poids et contribuèrent seulement au développement de bourgades, choisies pour être les chefs-lieux, ce qui explique l'existence d'un semis de petites villes plutôt qu'un véritable réseau urbain.

La difficile régionalisation

Le seul nom des anciennes provinces qui existaient au xvie siècle (Minho et Douro, Trás-os-Montes, les Beiras, Estremadure, Alentejo, Algarve) reflète l'étonnante variété des paysages, des parlers et des coutumes. Pour autant, ce n'est pas à l'échelle régionale que les sentiments d'appartenance territoriale sont les plus vifs. À l'exception des archipels, que l'éloignement et l'insularité contribuent à individualiser, la nécessité pour l'État de créer des régions afin d'assurer une gestion moderne des territoires n'a pas débouché, comme en Espagne, sur la constitution de régimes d'autonomie. La mise en place, en 1979, de cinq « régions de coordination » reprenait un projet de décentralisation antérieur à la « révolution des œillets » du 25 avril 1974. Le découpage des régions de coordination pouvait avoir pour base les aires d'influence des villes les plus importantes. Mais elles étaient toutes situées sur le littoral et, mis à part les deux métropoles de Porto et de Lisbonne, il ne s'agissait que de villes moyennes. Fallait-il associer littoral et arrière-pays ou bien, compte tenu des problèmes spécifiques qui les distinguent, en séparer les gestions territoriales ? La première solution fut retenue pour les régions Nord et Centre. En revanche, la région de Lisbonne ne fut pas associée à l'Alentejo, la région la plus dynamique fut ainsi séparée de la plus pauvre et de la moins peuplée. Seule l'Algarve, ancien royaume autonome, ne contesta ni sa légitimité ni ses limites territoriales, et constitua, en dépit de ses dimensions réduites (4 989 km2), une région à part entière.

Les espaces régionaux

La distinction s'impose entre les terres péninsulaires et les archipels atlantiques, en raison des profondes différences de leurs géographies et de leurs histoires. Cette différence fut consacrée, en 1976, par l'institution de statuts d'autonomie conférés à chacun des deux archipels qui demeurent, toutefois, partie intégrante du territoire national.

Le Portugal péninsulaire

À l'exception de l'Algarve, qui ne représente que 5,6 p. 100 du Portugal péninsulaire et seulement 3,3 p. 100 de sa population (2001), la constitution des quatre autres régions demeure discutée, compromettant ainsi l'efficacité de toute politique d'aménagement du territoire.

La région Nord

Elle rassemble actuellement, sur 21 278 kilomètres carrés, soit un peu moins du quart de la superficie du Portugal continental, environ le tiers de la population, soit autant que la région de Lisbonne, et dispose de la seule grande ville du pays en dehors de la capitale. L'agriculture intensive dans la partie nord-ouest, qui reposait sur l'exploitation de la chataigneraie et sur l'élevage bovin alimenté par des prairies irriguées, se transforma à partir du xviiie siècle avec l'introduction de la culture du maïs irrigué. Cette évolution permit à une population nombreuse de survivre. Jusqu'au recensement de 1960, cette région fut le principal foyer d'émigration vers l'outre-mer puis vers l'Europe. Sa capitale, Porto, dont l'aire métropolitaine dépassa le million d'habitants dès 1990, représente le seul autre pôle politique et culturel du pays après Lisbonne. Enfin, la région Nord est le berceau de la nationalité portugaise et c'est le comte Alphonse Henriques (ou Afonso Henriques) qui se proclama roi de Portugal en 1139. Ces atouts ne furent sans doute pas sans influence sur l'efficacité de la gestion territoriale. Le fleuve Douro constitue un élément d'unité avec les vignobles cultivés en terrasses sur les pentes schisteuses de la vallée moyenne et les chais d'élaboration dans la ville de Vila Nova de Gaia, face à Porto. L'aménagement du fleuve jusqu'à la frontière espagnole permet aussi le développement d'un tourisme fluvial.

Vignobles au Portugal

Vignobles au Portugal

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Vignobles de la vallée du Douro, au Portugal. 

Crédits : James Strachan/ The Image Bank/ Getty Images

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Toutefois, cette région n'a guère d'unité d'ensemble et les zones intérieures du Trás-os-Montes sont dix fois moins peuplées que le littoral, qui est lui-même en pleine crise. Celle-ci touche surtout les nombreuses industries implantées en milieu rural, notamment les industries textiles qui dominaient. Les célèbres conserveries de sardines de Porto, fermées dans les années 1980, laissèrent des friches industrielles dont l'étendue témoigne de leur ancienne importance. Enfin, l'énorme nébuleuse urbaine de Porto souffre de difficultés de communication avec le port artificiel à Leixoes (au nord), devenu exigu. Toutefois, la rénovation de la vieille ville, entreprise au début du xxie siècle, ainsi que l'amélioration des communications autoroutières, ferroviaires et aériennes entre Lisbonne et Porto, font de cet axe un élément structurant majeur pour le Portugal et confirment le maintien de Porto dans son rôle de capitale du nord du pays.

La région Centre

Cette région de transition entre le nord et le sud du Portugal a une superficie comparable à la précédente (23 668 km2) et associe, comme elle, régions littorales et régions intérieures. Elle correspond, en partie, à l'ancienne province des Beiras ordonnée autour du môle de la Serra da Estrela, point culminant du Portugal, (1 991 m) qui conserve des traits du modelé glaciaire et constitue un véritable château d'eau avec le seul grand fleuve dont le bassin est entièrement situé au Portugal : le Mondego. C'est une région très diversifiée où voisinent la montagne avec les plateaux et la plaine des Campos du Mondego. C'est également une région boisée d'immenses forêts de pins, périodiquement dévastées depuis quelques années (2006 et 2007 notamment). Les incendies commencèrent au début des années 1970 avec le fort exode rural. Dans certaines régions, l'émigration entraîna l'abandon des champs. La raréfaction de la main-d'œuvre rendit problématique l'entretien des boisements de résineux dont la desserte en laies forestières était souvent insuffisante. À l'exception de l'énergie hydroélectrique, l'économie de la région est faible. Il existe un semis de petites villes, et non une hiérarchie urbaine. La ville universitaire de Coïmbre, bien qu'elle soit la troisième aire urbanisée du Portugal avec plus de 100 000 habitants au début du xxie siècle, n'est qu'une ville moyenne dont les fonctions tertiaires sont stimulées par sa situation intermédiaire sur le grand axe Lisbonne-Porto.

La région de Lisbonne

La capitale du Portugal fut également, durant des siècles, celle d'un immense empire maritime s'étendant dans le monde entier. Lisbonne fut en partie détruite par le tremblement de terre de 1755 (notamment de nombreuses œuvres d'art lors des incendies qui suivirent la catastrophe). Toutefois, l'exploitation des mines d'argent du Brésil enrichit l'aristocratie dans la seconde moitié du xviiie siècle, comme en témoignent de somptueux palais, tandis que la reconstruction du centre historique par le marquis de Pombal donnait lieu à l'édification du modèle de la « ville humaniste des Lumières ». Lisbonne est un port d'estuaire en bordure du Tage, là où le fleuve constitue une petite mer intérieure. Cette position marginale par rapport à l'ensemble du territoire national rendit difficiles les relations avec le nord-est du pays. L'obstacle que représente le Tage ne facilita pas non plus la communication avec l'Algarve et l'Alentejo. Ce fut seulement dans les premières années du xxie siècle que fut établie une continuité ferroviaire avec le sud. La ville est étagée sur la rive droite et constitue un des plus beaux ensembles urbains d'Europe. La municipalité de Lisbonne stricto sensu, qui s'étend sur plus de 8 000 hectares, a vu sa population diminuer au cours du dernier quart du xxe siècle. Elle comptait encore 808 000 habitants en 1981 et seulement 529 000 en 2004. Depuis un siècle et, plus particulièrement, à partir de la seconde moitié du xxe siècle, la ville qui s'est étendue sur l'autre rive rassemble désormais aussi les quartiers industriels et ouvriers, faisant de Lisbonne le plus grand centre industriel du pays et assurant une forte ségrégation sociale entre les deux rives. Sa fonction de commandement (siège des grandes entreprises et des banques) demeure localisée sur la rive droite, mais elle s'est développée vers le nord, direction de l'aéroport. L'aire métropolitaine comptait, en 2001, 2,6 millions d'habitants, soit le quart de la population du Portugal ; et la région de Lisbonne, étendue sur près de 12 000 kilomètres carrés, connaît une proportion encore plus élevée (plus du tiers) contribuant de la sorte à accroître le déséquilibre démographique entre le littoral et les régions intérieures.

L'Alentejo

Cette région historique « au-delà du Tage » est constituée de bas plateaux et est soumise à la nuance méridionale sèche du climat méditerranéen. Bien qu'elle comporte une partie littorale, cette vaste région (29 p. 100 du Portugal) est faiblement peuplée (moins de 5 p. 100 de la population totale). Elle est dépourvue de grandes villes et sa capitale, Évora, est une ville moyenne de moins de 60 000 habitants (2000). La récupération de son ancienne fonction universitaire, le développement du tourisme lié à sa proximité de Lisbonne par l'autoroute et l'attrait de ses monuments, donnèrent à cette ville un regain d'activité à partir des années 1980. L'économie repose sur une agriculture extensive dans laquelle les aires cultivées (blé, vigne, olivier) alternent avec des forêts claires de chênes verts et de chênes-lièges où paturent moutons et chèvres. La prédominance de la grande propriété et d'une main-d'œuvre saisonnière d'ouvriers agricoles a longtemps entretenu un malaise social qui, en 1975, à la suite du changement de régime politique, suscita la mise en place d'une réforme agraire de grande ampleur (plus d'un million d'hectares de terres occupées, création de cinq cents unités de production gérées par 72 000 anciens journaliers). Dès 1977, l'État commença le démantèlement de cette réforme dont il ne reste plus trace.

L'Algarve

Cette petite région, située à l'extrêmité méridionale du Portugal, et dont le nom al Gharb désignait l'occident d'Al Andalus, possède une forte identité liée à l'islam qui y domina pendant plus d'un demi millénaire (714-1297) et à ses paysages où domine l'arboriculture sèche (oliviers, caroubiers, amandiers). À l'image du Portugal, l'Algarve est, sur une étendue limitée (4 989 km2), un pays très diversifié. Le rivage exposé au midi, l'océan abrité qui évoque la Méditerranée, la présence de nombreuses plages de sable fin sont autant d'atouts touristiques. Un effort important d'équipement (hôtellerie, terrains de golf, aéroport international de Faro, parc naturel da Ria Formosa) a conduit au développement d'un tourisme international hivernal et estival, ainsi qu'au développement du littoral dont les effets sont, toutefois, encore trop limités dans l'arrière-pays.

Falaises de l'Algarve

Falaises de l'Algarve

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Une des nombreuses criques dans les falaises calcaires de Praia da Rocha, en Algarve, au Portugal. 

Crédits : Hans Peter Merten/ Getty Images

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Les archipels atlantiques

Les archipels atlantiques diffèrent du Portugal péninsulaire tant du point de vue du relief et des climats que de l'histoire du peuplement. Incorporés au territoire national à la fin du Moyen Âge, ils jouèrent un rôle majeur dans l'histoire du pays, du fait de leur position sur les grandes routes maritimes. Le volcanisme est toujours actif aux Açores, îles proches de la dorsale atlantique, mais relève d'un passé lointain à Madère. En dépit de leurs dimensions réduites (2 335 km2 pour les Açores et 754 km2 pour Madère), ce sont des îles très peuplées dont la population représenta jusqu'à 10 p. 100 de celle du Portugal au milieu du xixe siècle.

Alors que les îles étaient désertes lors de leur découverte au xve siècle, les premiers colons reproduisirent les paysages ruraux de la métropole puis introduisirent successivement, à titre d'essai, des cultures de plantation (canne à sucre, banane, ananas, thé). En dépit d'une intense mise en valeur, la terre ne pouvait nourrir toute la population qui émigra : depuis Madère, elle s'orienta vers l'Afrique du sud et le Venezuela et, depuis les Açores, vers les États-Unis et le Canada.

L'archipel de Madère

La colonisation de l'île principale commença en 1425. Les conditions climatiques et nautiques favorables de la côte sud furent à l'origine du développement de Funchal, la capitale, qui devint rapidement une escale importante sur les routes maritimes. L'exiguïté de Madère s'accompagne d'un relief très accidenté en raison de l'énorme accumulation de couches alternées de cendres et de laves profondément entaillées par l'érosion. Une nombreuse paysannerie a méticuleusement mis en valeur la moindre parcelle cultivable et développé un ingénieux système d'irrigation. Aussi, la densité de la population de l'île principale est-elle très élevée, elle atteignit son maximum en 1950 avec 366 habitants par kilomètre carré ; elle est, en outre, fortement concentrée autour de Funchal, capitale macrocéphale sur la côte sud-est de l'île principale, dont la population de l'aire métropolitaine rassemblait en 2005 près de 200 000 habitants, soit les trois quarts de la population de Madère, devenue un grand centre de tourisme international.

L'archipel des Açores

Dotées d'une seule grande île, São Miguel (750 km2 et 120 000 hab. en 2000), éparpillées sur six cents kilomètres de longueur, et situées au milieu de l'Atlantique, les Açores sont victimes d'une insularité extrême.

L'archipel doit son nom à l'autour (Accipiter gentilis), rapace dont le nombre frappa les explorateurs. La colonisation débuta en 1439 et l'intérêt de l'archipel fut d'être sur la route de retour des Indes orientales. Ce rôle d'escale, que l'île retrouva jusqu'aux années 1960 avec la navigation aérienne transatlantique, relève du passé. L'agriculture, orientée en partie vers la production laitière, souffre de la concurrence continentale, en dépit des aides européennes octroyées au titre de région ultrapériphérique. Pêche et tourisme ne semblent pas pleinement exploités. Les paysages magnifiques d'origine volcanique : cône neigeux du Pico (2 351 m), caldeira (cratère) des Sept villes, et l'exubérance végétale des hortensias arborescents n'attirent guère les touristes, rebutés par un climat humide et venteux.

—  Michel DRAIN

Histoire

De la préhistoire à la révolution des œillets

Né des guerres de la Reconquête et des luttes entre seigneurs féodaux, le Portugal se dote dès le xiie siècle d’une unité territoriale et se lance, aux xiiie et xive siècles, dans un processus d’étatisation précoce. Cet État embryonnaire se révèle capable, dès le xve siècle, de générer des synergies fortes et de créer des liens entre les différentes composantes du royaume, dont les grandes découvertes sont une entreprise aboutie. Le Portugal se construit dans la relation aux autres, d’abord les Castillans et les musulmans, puis, après le xve siècle, dans la diversité culturelle des civilisations que, peu à peu, les navigateurs portugais intègrent dans le monde connu. La crise identitaire viendra avec la perte du Brésil et la difficulté de retrouver la grandeur des temps passés ; l'idée de décadence s'impose à la fin du xixe siècle. La nation se cherche depuis. La quête d'une issue le conduit à constituer une république, puis à l'aventure salazariste, pour finalement trouver son salut dans l'intégration européenne.

Le brassage des civilisations et des cultures : de la préhistoire à la formation du Portugal

La présence humaine sur le territoire actuel du Portugal remonte aux communautés nomades de chasseurs-cueilleurs, dont la date et l’origine restent incertaines. Néanmoins, des vestiges datant probablement d’un million et demi d’années furent trouvés sur le littoral, dans la région de Lisbonne et dans la vallée du Tage. Un crâne fossilisé, daté d’il y a 400 000 ans, constitue le vestige humain le plus ancien découvert au Portugal (grotte d’Aroeira, Torres Novas), et les ossements d’animaux carbonisés qui l’accompagnent laissent supposer que le feu était déjà domestiqué à cette période. Plus tard, l’homme de Néandertal occupe le territoire, il est déjà capable de construire des habitats complexes, comportant des foyers et des coupe-vent, comme ce fut le cas à Vilas Ruivas (Vila Velha de Ródão). À la fin du Paléolithique, l’occupation du territoire s’étend sur la quasi-totalité du Portugal actuel ; elle suit les cours d’eau, le Tage en particulier. Par ailleurs, la capacité cognitive des Néandertaliens se développe, ils deviennent capables de représenter le monde qui les entoure, et nous lèguent l’art rupestre de plein air de Foz Côa (dans la vallée des rivières Côa et Águeda, affluents du Douro), dont les gravures aux motifs zoomorphes datent de 22 000 à 8 000 ans av. J.-C., l’ensemble de Fratel (vallée du Tage) et, plus tardivement, les peintures de la grotte d’Escoural (Montemor-o-Novo). Dans la transition vers le Néolithique, les concheiros (« amas coquilliers », nécropoles composées de déchets coquilliers, d’ossements humains et animaux) de Muge et de la vallée du Sado, légués par les derniers chasseurs-cueilleurs (entre 8 000 et 5 000 ans av. J.-C.), révèlent une certaine complexité rituelle dans l’enterrement des morts et témoignent d’une société déjà dotée d’une certaine hiérarchisation sociale.

La néolithisation, dont les origines datent au Portugal de 5 400-5 000 av. J.-C., arrive dans l’Occident ibérique par les voies méditerranéenne et centro-européenne, et se diffuse du littoral de l’Alentejo et de l’Estremadura vers l’intérieur, par des contacts indirects et/ou l’installation de groupes humains exogènes. La sédentarisation et le passage à l’économie agro-pastorale entraînent de profondes modifications. La complexité croissante du lien social et la hiérarchisation des communautés favorisent l’essor d’une culture locale, pendant la première moitié du Ve millénaire av. J.-C. : la culture mégalithique se traduit par l’érection sur la façade atlantique de monuments, funéraires ou pas, qui, à partir du sud, couvriront l’ensemble de l’espace portugais. Au IIIe millénaire av. J.-C., l’intensification de la production agro-pastorale renforce l’enracinement des populations dans le territoire, aboutissant à une spécialisation par aires géographiques, stimulée par l’exploitation des ressources minières.

La péninsule Ibérique, dont le nom lui est légué par les Ibères, peuple autochtone du Sud-Est péninsulaire, reçoit durant le Ier millénaire av. J.-C. des influences à la fois continentales et méditerranéennes. Au tournant du xe siècle av. J.-C., des populations indo-européennes, préceltes, arrivent en péninsule Ibérique. Au sud, la région s’intègre dans la culture méditerranéenne, avec la civilisation de Tartessos, aux origines inconnues, et qui aurait été la première forme d’organisation politique autochtone. Dès la première moitié du viiie siècle av. J.-C., les Phéniciens viennent commercer sur la côte occidentale péninsulaire, ils fréquentent l’estuaire des fleuves Tage, Sado et Mondego et installent des comptoirs, dont le plus important est Alcácer do Sal. Ils apportent la métallurgie du fer et des techniques novatrices en matière de saliculture, d’extraction de ressources marines. La première forme d’écriture du Sud péninsulaire, dite du Sud-Ouest, surgit au viie av. J.-C. avec pour base l’alphabet phénicien.

Entre le ve et le ive siècle av. J.-C., une nouvelle vague de populations indo-européennes, les Celtes, pénètre dans la péninsule Ibérique dans les régions du Nord et de l’intérieur. Dans le Nord-Ouest péninsulaire et la façade atlantique se développe alors une culture autochtone, les castros, caractérisée par une économie reposant sur l’élevage et un habitat de villages fortifiés construits en hauteur – souvent protégés par des enceintes, de dimensions variables et de forme souvent circulaire (dont le plus connu est celui de Briteiros, Guimarães) –, par une société hiérarchisée, divisée en tribus et par l’individualisation d’une élite guerrière. Du contact avec les ethnies imprégnées d’influences méditerranéennes émerge la culture celtibère. Au iiie siècle av. J.-C., l’espace entre le Douro et le Tage est habité par une tribu de montagnards, les Lusitaniens, dont le territoire s’étendra ensuite jusqu’au littoral, et au sud par les Celtes.

La richesse minière de la péninsule Ibérique attire les Carthaginois. L’expansion de Rome en Méditerranée et la recherche du contrôle des ressources en matières premières conduisent à l’affrontement avec Carthage et aux guerres puniques (226-146 av. J.-C.), qui donnent lieu à l’invasion et à la conquête romaine de la péninsule Ibérique. Les premiers combats entre les légions romaines et les Lusitaniens datent de 194 av. J.-C., mais la conquête et la soumission de la Lusitanie ne s’achèvent qu’en 25 av. J.-C. La province romaine lusitanienne s’étend alors sur une grande partie du Portugal actuel, ainsi que sur l’Estrémadure espagnole et l’Andalousie ; Mérida devient la capitale de cette province, tandis que le territoire au nord du Douro intègre la Tarraconaise. La réforme administrative de Dioclétien, à la fin du iiie siècle, met en place un nouvel ordre administratif : le territoire portugais se trouve alors partagé entre la Gallécie (Gallaecia), dont Braga est la capitale, et la Lusitanie.

Avec la décadence de l’Empire romain, la péninsule Ibérique voit arriver dès 409 des peuples germaniques – Suèves, Vandales et Alains. Seuls les Suèves finiront par s’y fixer durablement. Dès 411, ils occupent le territoire situé entre Braga, Chaves, Porto et Lamego, qu’ils étendront jusqu’à Séville en 441. En 448, les Suèves se convertissent au christianisme et dotent le territoire d’une administration ecclésiastique, fondée sur les diocèses, dont les plus importants sont Braga (juridiction sur Porto, Lamego, Viseu, Coimbra, Castelo Branco) et Lugo. Dans les années 470, le royaume suève se stabilise, il comprend alors la Gallécie et la Lusitanie septentrionale, dont la frontière sud se trouve à Coimbra. Dans la seconde moitié du ve siècle, les Wisigoths s’installent à leur tour dans la péninsule Ibérique et finissent par l’occuper dans sa totalité, à l’exception du royaume des Suèves, qui sera toutefois annexé en 582. La conversion des Wisigoths au christianisme favorise la fusion entre les deux royaumes germaniques. Cependant, la monarchie wisigothe ne parvient pas à se stabiliser de façon durable et les crises politiques sont cycliques. C’est dans le cadre de la crise successorale de 710, à la suite du décès du roi Witiza, que les musulmans sont appelés en péninsule Ibérique : la noblesse wisigothe s’étant divisée derrière deux candidats, le duc Rodrigue et Akhila, ce dernier négocie l’intervention des troupes musulmanes de Ṭāriq ibn Ziyād.

En 711, les musulmans exploitent donc les luttes fratricides entre Wisigoths pour entreprendre la conquête de la péninsule Ibérique. Rodrigue est vaincu à la bataille du Guadalete ; l’avancée musulmane se fait rapidement, les troupes ne rencontrant pas d’obstacle majeur. Faro et Beja sont conquises dès 712, Viseu et Coimbra en 714, Braga en 715, mais les territoires plus au nord ne feront l’objet que d’incursions fugaces. Une partie de la noblesse se réfugie dans les Asturies, d’où elle se réorganise autour de Pélage le Conquérant, fondant le royaume asturo-léonais. La bataille de Covadonga, vers 722, marque symboliquement le début de la Reconquête chrétienne, mais n'est en fait qu’une échauffourée entre les deux belligérants qui, dans les années suivantes, garderont leurs positions respectives. Alphonse Ier (739-757) mène de fait les premières actions de cette reconquête et établit la frontière sur le Douro. La guerre contre les musulmans est alors conduite localement par des nobles et des seigneurs de guerre, sous l’égide du roi Alphonse Ier, sous forme d’expéditions de sac et de pillage, organisées pendant l’été lorsque les hommes sont libérés des travaux agricoles.

En 868, un seigneur de guerre, Vimara Peres, reprend aux musulmans la terre de Portucale, située à l’embouchure du fleuve Douro. Intégrée au royaume asturo-léonais, elle donne son nom à une entité politico-administrative qui atteint le sud du fleuve Douro à la fin du ixe siècle et s’étend par la suite jusqu’à Lamego (1055) et Coimbra (1064). Le gouvernement de ce comté de Portugal reste aux mains de la même lignée jusqu’à la révolte de Nuno Mendes, en 1071, contre le roi Garcia, héritier de la Galice et du Portugal à la suite du partage du royaume de León par Ferdinand Ier (1037-1065). Terre de frontière, dont la ligne ne cesse de bouger à la faveur des incursions musulmanes et des avancées chrétiennes, le Portugal est défendu par les échelons inférieurs de la noblesse, les infanções. Ceux-ci jouent un rôle primordial dans la défense des confins du royaume de León et s’y enracinent durablement, donnant lieu à une puissante noblesse régionale.

La formation du royaume du Portugal

La conquête de Tolède par Alphonse VI de León et Castille, en 1085, amène les Almoravides en péninsule Ibérique ; ceux-ci infligent au roi une écrasante défaite, l'année suivante, à la bataille de Zalaca (ou Sagrajas). La Reconquête est arrêtée et la frontière sud du royaume de León et Castille se trouve menacée. Dès lors, Alphonse VI fait appel aux seigneurs français, parmi lesquels Raymond de Bourgogne et son cousin Henri, qui apportent dans la péninsule Ibérique l’influence de Cluny et la réforme ecclésiastique. Raymond de Bourgogne épouse la fille légitime d’Alphonse VI et obtient en 1093 le gouvernement du royaume de Galice, auquel est alors intégré le comté du Portugal. Raymond est également chargé de la défense du Tage, mais il se révèle incapable d'empêcher la reprise de Lisbonne par les musulmans. En 1096, les comtés du Portugal et de Coimbra, ainsi que la place forte de Santarém sont détachés de la Galice pour constituer un fief indépendant. Le gouvernement de cette nouvelle entité est confié au couple formé par Thérèse, fille illégitime d’Alphonse VI, et Henri, fils cadet du duc de Bourgogne. Elle a pour vocation de renforcer la frontière méridionale du royaume de León et Castille. Le fief est concédé à titre héréditaire, Henri devant fidélité et conseil à Alphonse VI, dont il dépend directement, à l’image des seigneurs bourguignons, dans un cadre qui lui laisse un grand pouvoir de décision et une large autonomie. Les qualités guerrières d’Henri permettent d’assurer la défense de Coimbra et de stabiliser la frontière du comté du Portugal et du royaume de León sur le Mondego.

Henri s’attelle à renforcer la cohésion interne du comté en créant un sentiment d’appartenance. Ainsi, pour s’attacher la fidélité des infanções, il leur concède des terres et leur délègue l’exercice de fonctions publiques. Sur le plan ecclésiastique, il soutient l’action de l’archevêque de Braga auprès du pape et l’intégration de Coimbra et des diocèses dépendants (suffragants de Mérida au temps de la Lusitanie romaine) dans la province ecclésiastique de Braga, favorisant ainsi la construction d’un espace unifié par des frontières et des intérêts communs. Plus au sud, sur les terres mozarabes de Coimbra, Henri s’appuie sur les communautés d’hommes libres et le pouvoir des cavaleiros-vilãos (propriétaires non nobles), auxquels il concède l’autonomie municipale en 1111.

À la mort d’Alphonse VI, en 1109, la péninsule Ibérique sombre dans une crise profonde. Les rivalités internes favorisent l’affaiblissement de l’autorité monarchique et la multiplication des conflits régionaux, auxquels s’ajoute la rivalité entre les diocèses de Saint-Jacques-de-Compostelle et de Braga. Après le décès d’Henri en 1112, Thérèse aspire à soustraire le comté de la dépendance du royaume de León et Castille. En 1117, elle s'attribue le titre de reine, mais son projet politique reste indéfini. C'est la pression almoravide, sur la frontière sud, qui oblige Thérèse à le clarifier en tenant compte de l’arrivée de nobles galiciens, dans le cadre d'un soutien militaire. Ferdinand Pérez de Traba, l’un d’entre eux, exerce dès 1121 des fonctions militaires et de gouvernement. Le projet politique de Thérèse semble alors évoluer vers la création d'une entité régionale, englobant l'ancien royaume de Galice et le comté portucalense. L'ascension de la noblesse galicienne et le remariage de Thérèse avec Ferdinand Perez de Traba contrarient fortement la noblesse portugaise. Dès 1121, celle-ci se retire sur ses terres et se donne comme chef le jeune Alphonse Henriques, fils d’Henri et de Thérèse. Victorieux face à sa mère en 1128, Alphonse Henriques prend le gouvernement du comté et le titre de prince « de Portugal » ou « des Portugais ».

En 1137, les velléités d’expansion d’Alphonse Henriques sur la frontière nord amènent le roi de León et Castille dans la région pour la signature d’un accord de paix dont les termes, très imprécis, reconnaissent implicitement l’autonomie du comté du Portugal. Alphonse VII, qui vient de se faire proclamer empereur, peut se contenter d’un vague serment de fidélité qui accroît son prestige impérial, tandis qu'Alphonse Henriques peut continuer à gouverner sans encombre, surtout dans le contexte d’une nouvelle menace musulmane au sud. La victoire éclatante d’Alphonse Henriques sur les musulmans à Ourique, en 1139, donne naissance à la légende du « miracle d’Ourique », mythe fondateur de la nation, selon lequel le Christ est apparu à Alphonse Henriques avant la bataille pour lui assurer la victoire. Dès lors, celui-ci prend le titre de roi des Portugais, mais la date de fondation du royaume reste incertaine, entre l'été 1139 et avril 1143.

Lors du traité de paix de Zamora, en 1143, Alphonse VII confirme Alphonse Henriques en tant que roi sous le nom d’Alphonse Ier. Cependant, il faut asseoir l’indépendance du Portugal auprès de la papauté, entre-temps devenue source majeure de légitimité en Europe. Ce n’est qu’en 1179 que le pape Alexandre III confirmera l’indépendance du royaume et attribuera à Alphonse Ier et ses successeurs le droit de conquête.

L'apprentissage de la nation: de la Reconquête à la crise du xive siècle

Ce sont les guerres de la Reconquête qui consolident l’indépendance du royaume du Portugal. En 1147, Alphonse Ier reprend aux musulmans les villes de Santarém et Lisbonne, cette dernière avec l’aide de croisés en route vers la Terre sainte. La conquête de ces deux importants centres urbains lui fournit les ressources économiques nécessaires à l’expansion du royaume. Celle-ci se poursuit donc au sud du Tage, avec la prise d’Évora en 1165. La stabilisation de la frontière sur le Tage inverse le rapport de forces en faveur des chrétiens. Les musulmans ripostent en 1184 et font reculer la frontière jusqu’au fleuve, où elle se maintiendra, dans la stabilité, pendant près de vingt ans. La Reconquête se poursuit sous l’égide de la Couronne, mais elle sera dorénavant promue principalement par les ordres militaires, qui se taillent de grands domaines en Alentejo. En 1249, la conquête de Faro achève la Reconquête portugaise. Les frontières du royaume sont tracées, les zones en dispute avec la Castille sont définies par les traités de Badajoz (1267) – qui fixe les limites de l'Algarve – et d’Alcañices (1297) pour les secteurs du Guadiana et Riba Côa. Le Portugal s’établit dans des frontières qui ne subiront plus d’altération majeure jusqu’à nos jours.

Avec la fin de la Reconquête, la monarchie perd son caractère guerrier. Émerge alors la figure du « bon roi chrétien », dont les attributs deviennent la sage administration du royaume, l’application de la justice et la protection des sujets. C’est dans ce sens que sont compilées en 1211 les premières lois générales (leis gerais) et qu’Alphonse II met en œuvre de façon encore incertaine, dès 1220, le processus de contention de l'expansion seigneuriale, avec les confirmações (ratification des donations effectuées par les prédécesseurs) et inquirições (vérification des titres de propriété de la noblesse et du clergé) destinées à protéger le domaine royal. Mais il faudra attendre le règne d'Alphonse III et les inquirições gerais de 1258 pour voir se généraliser la fiscalisation des titres de propriété et l'efficacité de la loi. Peu après, les lois de mainmorte de Denis Ier (1279-1325) cherchent à empêcher les ordres ecclésiastiques d'augmenter leur patrimoine en leur interdisant l'acquisition de biens immobiliers (1286), et les ordres militaires d’hériter des biens de leurs membres (1291). Dans ce processus d’affirmation du pouvoir, le roi prend appui sur les juristes et les concelhos (communautés autonomes d'hommes libres). Les premiers, par leur maniement du droit, deviennent les principaux alliés du roi et un élément essentiel dans la nouvelle formulation du pouvoir. Les concelhos, par leur autonomie et leurs ressources, permettent au roi d’exercer plus directement l’autorité publique, de réorganiser le territoire et d’esquisser un embryon de centralisation du pouvoir. Par ailleurs, l’essor des concelhos favorise l’affirmation des élites urbaines qui, à partir de 1254, participent à des cortes (états généraux), lesquelles sont dorénavant composées des trois bras de la nation (nobles, clercs, bourgeois).

Denis Ier – tout en poursuivant les politiques de centralisation (le galaïco-portugais devient la langue officielle en 1284), de limitation du pouvoir seigneurial (plusieurs inquirições sont lancées entre 1284 et 1307) et de sécurisation des frontières (création d’une milice des concelhos, les besteiros do conto) – porte une attention particulière au développement des activités économiques, au commerce en particulier. Il continue d’étendre les réseaux régionaux et interrégionaux de circulation des produits en créant de nombreuses foires et en concédant des privilèges aux marchands, favorisant la formation de l’espace national. La mer prend une place de choix dans la politique de développement de Denis Ier. Pour stimuler et protéger le commerce maritime qui, à la fin du xiiie siècle, s’étend des Flandres au Levant espagnol, il fonde en 1293 la Bolsa dos mercadores (Bourse des marchands), une institution d’entraide et de solidarité, financée par les marchands et représentée à Bruges. Denis Ier met également sur pied une marine de guerre, destinée à combattre les pirates musulmans qui attaquent les côtes portugaises. Le développement de la construction navale et du commerce maritime sera soutenu par Ferdinand Ier (1367-1383) qui, en 1380, institue une sorte d’assurance maritime, la Companhia das Naus, destinée à compenser les marchands des pertes subies par les naufrages. La vocation maritime de la monarchie portugaise se confirme sous Alphonse IV (1325-1357). Durant son règne s’organisent les expéditions aux Canaries, archipel à l’enjeu géostratégique. Un premier voyage de prospection est effectué vers 1336, suivi d’une expédition en 1341 ; le conflit qui suit avec la Castille pour la possession de l’archipel ne sera définitivement clos qu’en 1480.

La crise européenne du milieu du xive siècle interrompt pendant un siècle l’aventure maritime portugaise. Par ailleurs, la pandémie de peste noire, qui se propage très rapidement en Europe, atteint le Portugal en 1348-1349 et provoque une saignée démographique. Le système de production des seigneuries, déjà en crise, est mis à mal et les transformations sociales s’accélèrent. Pour contrer l’abandon des terres et contraindre les paysans à retourner dans les campagnes, des mesures sont prises dès 1349 par Alphonse IV (lois du travail), mais il faudra attendre 1375 et la loi des Sesmarias pour une législation plus rigoureuse. Celle-ci introduit notamment le principe novateur d’expropriation des terres laissées en friche par leurs propriétaires. Sous le règne de Pierre Ier (1357-1367), l'autorité royale se renforce au détriment du pouvoir papal, le clergé portugais devant solliciter l'autorisation du roi avant la publication des bulles pontificales. La littérature s'emparera de la relation amoureuse de Pierre Ier avec Inès de Castro, une Galicienne de l’entourage de l’épouse de ce dernier, finalement assassinée pour préserver le royaume de l'influence castillane, et dont la mort tragique est célébrée par de nombreux poètes et écrivains jusqu'au xxe siècle.

À la fin du xive siècle, la situation financière et économique du Portugal est catastrophique. Si elle résulte de facteurs endogènes à la crise européenne, la politique extérieure du roi Ferdinand contribue à l’aggraver puisqu’il mène trois guerres, coûteuses et désastreuses, contre la Castille, entre 1369 et 1382. Ces guerres fernandines se soldent par le traité de Salvaterra de Magos (avril 1383) qui scelle une alliance matrimoniale très périlleuse avec la Castille. Celle-ci enlise le Portugal dans une crise à trois dimensions : économique, politique et sociale. En octobre 1383, Ferdinand Ier meurt en laissant l’héritière du trône, Béatrice, mariée au roi de Castille. La rupture dynastique provoque une crise successorale, qui évolue très rapidement vers une crise politique et sociale lorsque le royaume se divise entre les partisans de la légitimité de la succession et les adeptes d’une solution préservant l’indépendance du Portugal.

La fracture oppose d’un côté les vieilles familles aristocratiques, incarnées par la noblesse et le haut clergé, et de l’autre une multitude de groupes d’intérêt (juristes, fils cadets, petite noblesse, fonctionnaires royaux, élite des concelhos, bourgeoisie naissante, couches populaires urbaines). Une deuxième ligne de césure se dessine entre les mondes rural et urbain et, enfin, sur le plan religieux, elle sépare les partisans de l’antipape d’Avignon et les défenseurs du pape de Rome. La résistance à la domination castillane, soutenue par les Anglais en 1385 dans le cadre du traité de Windsor, signé par Ferdinand en 1373, obligeant les deux alliés à se porter secours mutuellement en cas de guerre, s’organise à Lisbonne, autour de Jean, maître de l’ordre militaire d'Avis, fils illégitime du roi Pierre Ier, à qui est attribué le titre de régent et défenseur du royaume. Les cortes de Coimbra l’intronisent roi du Portugal en 1385. La victoire contre les Castillans, notamment lors de la bataille d’Aljubarrota en 1385, devient ainsi le deuxième mythe fondateur de la nation. La crise politique et l'intronisation du maître d'Avis favorisent l'émergence de nouvelles élites issues des échelons intermédiaires de la noblesse, l’affirmation croissante des juristes et hommes de loi, et le pouvoir grandissant de la bourgeoisie, désormais capable de peser sur le gouvernement du royaume.

L'ouverture au monde : l'expansion maritime aux xve et xvie siècles

La conquête de Ceuta, menée en 1415, conduit le Portugal et, derrière lui, l’Europe, vers une nouvelle ère, celle de l’« économie-monde ». L’expansion vers le Maghreb répond à la nécessité pour Jean Ier de consolider le royaume, de légitimer la dynastie d’Avis et de s’affirmer face à la Castille. Mais elle doit être également rapprochée de la dynamique générale d’expansion de l’Europe. Stratégiquement située à l’entrée du détroit de Gibraltar, sur la rive sud de la Méditerranée, Ceuta est un port fleurissant et une ville commerciale, terminus des routes commerciales asiatiques et transsahariennes, dont les plaines regorgent de blé. Ses richesses attisent la convoitise du Portugal. Ce dernier souhaite également prendre le contrôle de la mer et mener la lutte contre la piraterie qui sévit sur les côtes portugaises. L’expédition est commandée par le roi lui-même, et la citadelle tombe le 22 août 1415, les Portugais ayant tiré profit de la crise sociale et politique qui ravage la dynastie mérinide depuis la seconde moitié du xive siècle. Mise à sac après l’entrée des troupes portugaises, la ville se dépeuple et perd sa prospérité économique. Ceuta, devenue citadelle chrétienne, est assiégée par les Sarrasins ; isolée, elle dépend entièrement de l’extérieur pour son approvisionnement et devient une source de lourdes dépenses pour le royaume.

1500 à 1600. Expansion ibérique et Réforme

1500 à 1600. Expansion ibérique et Réforme

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Espagnols et Portugais en Amérique et en Asie. Charles Quint. Luther. Le XVIe siècle marque l'apogée ottomane. En 1517, l'Empire détruit le pouvoir mamelouk d'Égypte ; puis, Soliman le Magnifique étend ses conquêtes en Orient, et jusqu'aux terres de l'empereur Charles… 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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L’élan conquérant s’essouffle après Ceuta. En 1437, le « désastre » de Tanger, lors duquel le prince Ferdinand est capturé, ajourne l’expansion portugaise au Maroc pendant deux décennies. Si Ceuta se révèle peu rentable financièrement, elle est toutefois un élément de forte cohésion sociale et nationale. Elle canalise l’intrépidité de la noblesse vers l’extérieur des frontières, où elle peut agrandir son patrimoine et gagner de nouveaux titres. L’approvisionnement de la place génère aussi de nouveaux flux pour la bourgeoise marchande déjà habituée au commerce avec le Levant espagnol. Sur le plan religieux, la conquête de Ceuta, placée sous le signe de la Reconquête et du nouvel idéal de croisade, renforce l’image et la légitimité de la dynastie portugaise au sein de la chrétienté. La Couronne, elle, met à profit l’expansion territoriale pour mieux asseoir son autorité sur l’ensemble du territoire et de ses sujets.

Commence alors la période des grandes découvertes et d'exploration des côtes africaines, avec notamment le rôle du prince Henri le Navigateur, qui a la charge de l’approvisionnement de Ceuta et dont les bateaux se livrent à la piraterie, source d’importants revenus. En 1419, des écuyers de sa maison prennent possession de l’île de Porto Santo et, l’année suivante, de Madère, dont le défrichement débute aussitôt sur le modèle féodal de la seigneurie. Appelée « capitainerie » et donnée à titre permanent et héréditaire à un capitão-donatário, elle servira de modèle pour la colonisation des nouvelles terres. Dès lors, le prince Henri le Navigateur organise des voyages de reconnaissance de la côte occidentale africaine, où se mêlent commerce, piraterie et contrebande. En 1434, Gil Eanes franchit le cap Bojador (aujourd’hui Boujdour, au Sahara occidental), limite méridionale du monde connu. En 1443 est installé le premier comptoir sur l’île d’Arguim. L’intérêt commercial de l’expansion maritime devient perceptible, il s’articule autour du blé et du sucre des îles atlantiques, de l’or et des esclaves de la côte africaine et des produits traditionnels du sud du Maroc. La gestion de l’espace atlantique est confiée au prince Henri, qui obtient de la Couronne le monopole du commerce au-delà de Bojador. En 1460, année de sa mort, l’exploration avait atteint l’actuelle Sierra Leone. La Couronne afferme alors le commerce africain à Fernão Gomes, un marchand de Lisbonne, pour une durée de cinq ans avec l’obligation d’explorer plus avant 100 lieues de côte chaque année. Ces voyages ouvrent le riche espace du golfe de Guinée, d’où viennent malaguette (poivre de Guinée), ivoire, or et esclaves. En 1474, pendant que son père conquiert des places marocaines, l’héritier du trône, le futur Jean II, prend la direction des affaires atlantiques, lesquelles sont dorénavant érigées en projet d’État.

Sous le règne de Jean II (1481-1495), les bases de l’État moderne sont posées, dont les piliers sont la centralisation du pouvoir et l’expansion ultramarine. Les ressources financières – en particulier l’or de Mina (aujourd’hui au Ghana), plaque tournante du commerce africain – générées par l’expansion et le développement de l’administration d’outremer – Casa da Guiné e Mina pour centraliser le commerce, système de comptoirs et de forts en Afrique, gouvernements militaires pour les places marocaines – fournissent à la Couronne les instruments de soumission et de fidélisation de la noblesse. Le traité d’Alcáçovas-Tolède (1479-1480) consacre le principe du mar clausum : en contrepartie des Canaries, la Castille reconnaît au Portugal l’exclusif de la conquête, de la navigation et du commerce au sud de l’archipel. Le voyage de Christophe Colomb, en 1492, rouvre le conflit avec la Castille. Une nouvelle mouture de l’accord est négociée : le traité de Tordesillas (1494) délimite deux zones d’influence au moyen d’une ligne méridienne qui passe à trois cent soixante-dix lieues à l’ouest du cap Vert.

Les expéditions dans l’Atlantique reprennent. Dès 1482, Diego Cão avait exploré les côtes du Congo et de l’Angola à la recherche d’informations sur le passage vers l’océan Indien. L’objectif de Jean II est désormais d’atteindre l’Inde par la voie maritime. Des émissaires du roi sont envoyés au Soudan et en Inde pour recueillir secrètement des informations sur le commerce et la navigation dans l’espace indien. En 1488, Bartolomeu Dias trouve le passage qu’il nomme des Tourmentes et que le roi renomme cap de Bonne-Espérance. Le voyage suivant, en 1498, commandé par Vasco de Gama, établit la liaison maritime entre l’Europe et l’Inde, mais il est froidement accueilli à Calicut. En 1500, une deuxième expédition est envoyée en Inde, sous le commandement de Pedro Álvares Cabral, pour y imposer la présence portugaise. Sur la route, la flotte prise dans une tempête découvre le Brésil.

En Asie, la lutte contre les musulmans, le commerce et l’évangélisation vont de pair. Le système articule le contrôle de points stratégiques sur terre – dont les pièces maîtresses sont l’île de Socotra, à l’entrée de la mer Rouge, Ormuz, porte d’accès au golfe Persique et Malacca, lieu de passage vers le Pacifique – avec la présence en mer d’une flotte mobile, moyen de coercition sur les potentats locaux lorsque les alliances échouent. Goa, sur la côte de Malabar, point d’arrivée de la route des Indes, devient le centre de ce vaste empire commercial, qui s’étend en 1517 jusqu’en Chine et en 1543 jusqu’au Japon. À Lisbonne, le négoce asiatique est géré par la Casa da Índia, les marchandises étant distribuées sur les marchés européens à partir du comptoir d’Anvers. Vers le milieu du xvie siècle, l’empire asiatique commence à donner des signes d’affaiblissement en raison du renforcement des résistances locales et de la convoitise des autres puissances européennes, qui veulent prendre place. Au Portugal, la crise financière mène à la banqueroute en 1560 et, en 1578, le roi Sébastien meurt, sans descendance, lors de la bataille d’Alcácer-Quibir contre les troupes marocaines. Après une extension territoriale maximale en 1570, l’empire portugais en Asie est peu à peu amputé de ses possessions.

Dès le xvie siècle, les intérêts portugais sont en Atlantique. Contrainte de se tourner vers les territoires américains face à la menace des corsaires français à partir de 1526, la Couronne portugaise introduit au Brésil le système des capitaineries, remplacé en 1549 par un gouvernement général. L’introduction de la canne à sucre stimule la colonisation au prix d’une main-d’œuvre esclave et de l’intensification de la traite. La prépondérance de la production sucrière se maintient jusqu’à la fin du xviie siècle, associée à celle de produits secondaires, comme le tabac et l’eau-de-vie, essentiels à la traite, et le coton.

Les temps sombres: la dynastie espagnole des Habsbourg et la Restauration

Après la mort du roi Sébastien en 1578, puis celle de son successeur en 1580, le Portugal est occupé par l’armée de Philippe II d’Espagne, proclamé roi du Portugal lors des cortes de Tomar en 1581, après négociation avec la noblesse portugaise. Il prend le titre de Philippe Ier du Portugal. Malgré l’intégration du pays dans la monarchie duale des Habsbourg en 1580, sous la forme d’une union dynastique, le royaume conserve ses institutions et son autonomie par le statut de Tomar. Celui-ci réserve aux Portugais l’exercice des charges publiques et assure leur présence dans les conseils de gouvernance du royaume. Le roi s’engage aussi à respecter les lois et coutumes, ainsi que les juridictions nationales. Cependant, entre avantages et inconvénients de l’union dynastique, l’équilibre se révèle précaire. Les avantages de l’ouverture de l’empire espagnol aux Portugais sont contrecarrés par le développement du millefeuille bureaucratique et l’éloignement de la noblesse portugaise du centre du pouvoir, Madrid. De plus, la rivalité entre l’Espagne et les autres puissances maritimes (anglaise et hollandaise notamment) fait de l’empire portugais une cible facile et privilégiée. La politique réformiste du comte d’Olivares, favori du roi Philippe IV, vise à transformer la structure complexe de la monarchie des Habsbourg en une entité plus unitaire et plus uniforme, ce qui présuppose la dissolution des institutions portugaises et l'imposition d'une autorité verticale, exercée depuis Madrid. C'est dans le cadre de cette réforme qu'est supprimé, en 1639, le Conseil du Portugal. Face à l'accroissement des dépenses militaires engendrées par la guerre de Trente Ans (1618-1648), la Couronne met en place une réforme fiscale dont la pression se fait sentir sur l'ensemble des territoires de la monarchie. Or, au Portugal, cette réforme fiscale se heurte aux lois nationales et à l'obligation de convoquer des cortes pour lancer de nouveaux impôts. Le comte d’Olivares augmente alors les impôts, ce qui génère des révoltes populaires, notamment à Évora, en 1637. Par ailleurs, une fracture émerge au sein de la noblesse portugaise entre partisans et opposants au comte d’Olivares, rendant plus complexe la situation politique au Portugal. Cette ligne de fracture est davantage centrée sur la personnalité et les méthodes autoritaires du favori du roi d’Espagne que sur la contestation des Habsbourg.

Si l'intégration du Portugal dans la monarchie espagnole ouvre de nouvelles perspectives de carrière à la noblesse, et si les routes commerciales américaines enrichissent la bourgeoisie maritime, la situation présente l'inconvénient de transformer les anciens alliés du Portugal en ennemis, les Hollandais, principaux distributeurs des produits coloniaux portugais dans les ports européens, en particulier. Or, Anglais et Hollandais passent le cap de Bonne-Espérance à la fin du xvie siècle et s'introduisent dans le commerce asiatique en fondant respectivement la Compagnie anglaise des Indes orientales (1600) et la Compagnie des Indes orientales (1602), mettant ainsi un terme au mar clausum portugais. Par ailleurs, dans l’Atlantique, dès 1598, les Hollandais occupent brièvement l'île de São Tomé, dans le golfe de Guinée ; il faudra néanmoins attendre les années 1620 pour qu'ils s'emparent des principales sources de production sucrière au Brésil et les années 1630-1640 pour qu’ils mettent la main sur les comptoirs africains du commerce des esclaves.

Au Portugal, les mécontentements servent de catalyseur, en 1640, à l’insurrection anti-espagnole, dite Restauration, qui se veut un mouvement de « défense d’un roi naturel ». Les cortes de 1641 intronisent Jean IV de Bragance roi du Portugal, mais l’indépendance ne sera définitivement assurée que par la paix de 1668 (traité de Lisbonne) et au terme d’une longue guerre, notamment pour la reprise des territoires aux mains des Hollandais. Dès 1644, les colons brésiliens aidés par la couronne récupèrent le Nordeste et, ensuite, les principaux comptoirs africains, en particulier Luanda en 1648. Mais, en Asie, la présence portugaise touche à sa fin ; Malacca est perdue en 1641, puis Ceylan en 1658, Cochin en 1662 et Bombay en 1665. Dans le golfe Persique, l'emblématique forteresse d'Ormuz était déjà tombée en 1622, et les Portugais sont contraints d'abandonner la région dans les années 1650. De la splendeur de l'empire portugais d'Asie, il ne reste plus que Goa, Daman et Diu, quelques forteresses mineures, Macau en Extrême-Orient, et l'île de Timor.

La construction de la modernité : le Portugal au xviiie siècle

Au début du xviiie siècle, pour protéger son empire colonial, le Portugal prend part à la guerre de Succession d’Espagne (1702-1714) au côté de la coalition anglaise. Il ne retire aucun bénéfice de cette participation coûteuse. Négocié en 1703, le traité de Methuen, qui réserve le marché anglais aux vins portugais contre l'entrée privilégiée des lainages anglais au Portugal, est perçu comme un obstacle au décollage de la manufacture nationale, même si la réalité est plus nuancée. Par la suite, le Portugal se recentre sur son économie outre-Atlantique au détriment de la politique continentale. Au Brésil, l’or et les diamants du Minas Gerais remplacent une production sucrière qui s’essouffle. La protection des circuits commerciaux transatlantiques et la délimitation des frontières brésiliennes deviennent les lignes maîtresses de la gouvernance portugaise. La monarchie poursuit sa marche vers l’absolutisme, surtout sous le règne de Jean V (1706-1750). Celui-ci met les richesses brésiliennes au service de la centralisation étatique, du culte du monarque et de la grandeur de la monarchie. Le baroque en devient l’expression artistique et culturelle majeure. Mais la rénovation scientifique et culturelle reste marginale ; l’influence des Lumières arrivera tardivement et de façon distillée par le biais de diplomates, voyageurs et exilés, les estrangeirados.

Le royaume a toutefois besoin de réformes. Celles-ci sont menées entre 1750 et 1777 par un diplomate passé par les cours de Londres et de Vienne, le marquis de Pombal, ministre du roi Joseph Ier. Partisan de la suprématie du pouvoir royal et du « despotisme éclairé », il s’inspire des Lumières pour renforcer le centralisme étatique. La loi dite de la Bonne Raison établit, en 1769, la primauté des lois portugaises sur toute autre source du droit ; elle est au centre de la politique de mise au pas de la haute noblesse et de l’Église, qui se concrétise notamment par l’expulsion des Jésuites et le contrôle de l’Inquisition. Réformée, celle-ci devient l’instrument du pouvoir central. Par ailleurs, partisan du mercantilisme, Pombal cherche à diminuer la dépendance économique et les déficits chroniques vis-à-vis de l’Angleterre et à protéger le commerce national en renforçant le pacte colonial par l’imposition du monopole des échanges avec l’empire. Dans la pratique, les réformes se traduisent par la réorganisation de l’appareil commercial et la stimulation de la production agricole et industrielle au moyen de la création de compagnies commerciales qui font émerger une nouvelle bourgeoisie. La reconstruction de Lisbonne, après le tremblement de terre de 1755, est l’œuvre la plus emblématique de la modernité du gouvernement de Pombal, parallèlement à la réforme de l’enseignement, en particulier de l’université, avec le renouveau des sciences exactes et naturelles et l’introduction d’un cours de droit naturel. D’autres mesures ont une portée symbolique importante, telles que la suppression de la distinction entre nouveaux et anciens chrétiens (1763), l’abolition de l’esclavage en métropole (1761) et la libération des Indiens d’Amérique (1755).

Le gouvernement de Marie Ire (1777-1816) est marqué par le retour au pouvoir des groupes lésés par Pombal, la haute noblesse et le clergé. Profitant d’un contexte international favorable et de sa neutralité, le Portugal s’étend à de nouveaux marchés vers la Baltique et tire avantage du conflit entre l’Angleterre et ses colonies nord-américaines. Le caractère atlantique de son économie est renforcé par le commerce des produits coloniaux, désormais centré sur les matières premières, en particulier le coton et dans une moindre mesure le cacao et le café.

La Révolution française de 1789 et les guerres révolutionnaires forcent le Portugal à abandonner sa neutralité. La participation à la guerre du Roussillon, en 1793, se solde par un échec et laisse le pays dans une situation très délicate. Les accords de défense mutuelle passés avec l’Espagne et l’Angleterre contraignent le Portugal à envoyer des troupes auxiliaires en Catalogne, intégrées alors dans l’armée espagnole, et la défaite empêche le Portugal de négocier la paix. Les dures conditions de paix imposées par la France mettent la Couronne face au dilemme de devoir choisir entre le maintien de l’empire ou la sauvegarde de la métropole. Le régent, futur Jean VI, cherche à temporiser face aux exigences françaises de fermeture des ports portugais aux marchandises et aux bateaux anglais. Un premier avertissement franco-espagnol se solde par la guerre des Oranges en 1801. S’ensuivent l’occupation du territoire en 1807-1808, l’invasion napoléonienne en 1809 et le siège des lignes de Torres Vedras – élevées pour défendre Lisbonne – en 1810-1811, où finalement le Portugal viendra à bout des Français.

Entre-temps, la prise de Lisbonne, en 1807, par le général Junot, oblige Jean VI à déplacer la cour et le siège de l’empire au Brésil. L’aide de l’Angleterre dans la lutte contre l’envahisseur français est chèrement payée par une présence pesante de celle-ci dans l’armée. Le général Beresford est nommé commandant en chef de l’armée portugaise, et l'ambassadeur anglais Charles Stuart prend part aux réunions du Conseil de régence. Le malaise s’accentue à la fin de la guerre péninsulaire car, malgré la paix, Jean VI renforce le pouvoir militaire. Dévasté par les invasions françaises, le pays manque de ressources pour la reconstruction et le redémarrage de l’économie, alors que les fonds alloués à l’armée augmentent. Par ailleurs, la préférence donnée aux militaires anglais au sein de l’armée portugaise suscite une forte contestation. En 1817, une première révolte est écrasée. Son chef, le général Gomes Freire de Andrade, est exécuté et devient le premier martyr libéral. La répression, notamment des loges maçonniques, n’empêchera pas de nouvelles conspirations. Le 24 août 1820, le soulèvement militaire à Porto l’emporte et instaure un régime libéral.

Junot

Junot

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Le général français Andoche Junot (1771-1813). La prise de Lisbonne en 1807 lui vaut d'être nommé duc d'Abrantès par Napoléon. 

Crédits : Hulton Getty

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Bâtir l’État-nation : de la révolution libérale à la Régénération

Les libéraux convoquent des élections et élisent une assemblée constituante (Cortes constituintes) dans laquelle prédominent la bourgeoisie commerciale et la magistrature. Les travaux de rédaction de la Constitution débutent aussitôt et se prolongent jusqu’en septembre 1822. La Constitution, inspirée par celle de Cadix, incarne désormais la nation et réserve au roi un rôle mineur, en le dépossédant de ses pouvoirs et de son caractère sacré. Jean VI adhère à la révolution libérale et rentre au Portugal en juillet 1821. Au Brésil, la nouvelle de la révolution suscite l’enthousiasme et les juntes commencent à élire leurs députés à la Constituante. La « question brésilienne », c’est-à-dire la place du Brésil dans la nouvelle monarchie constitutionnelle, se révèle insurmontable ; la montée des tensions conduit à la rupture et au départ de Lisbonne des députés brésiliens. Le 5 septembre 1822, les libéraux brésiliens proclament l’indépendance du territoire, laquelle ne sera toutefois reconnue par le Portugal qu’en 1825, à la suite de la médiation conduite par l’Angleterre.

Une fois le serment d’obéissance à la Constitution prêté par Jean VI, la contre-révolution se met en marche, sous l’égide de l'infant Miguel. L’expérience libérale s’achève par l’autosuspension des Cortes, le 2 juin 1823, à la suite de la révolte miguéliste et par la reprise en main du pouvoir par Jean VI qui, toutefois, ne restaure pas l’absolutisme. L’équilibre précaire entre libéraux et contre-révolutionnaires se maintient jusqu’à la mort du roi en 1826. Pierre IV, alors empereur du Brésil, ne peut prétendre au trône portugais. Il octroie au royaume une nouvelle Constitution, la Charte constitutionnelle, avant d’abdiquer en faveur de sa fille mineure. Le mariage de Marie et de son oncle Miguel doit sceller l’entente entre libéraux et absolutistes, mais elle mène le Portugal à la guerre civile et à la restauration de l’absolutisme. En exil, les libéraux se réorganisent pour reconquérir le pouvoir, mais des divergences profondes entre partisans de la Constitution de 1822 et de la Charte limitent leur action. L’arrivée de Pierre IV en Europe, en 1831, après son abdication du trône brésilien, donne un nouvel élan à la lutte libérale en rassemblant temporairement les courants et en apportant le soutien de l’Angleterre et de la France de Louis-Philippe.

La monarchie libérale et la Charte constitutionnelle sont restaurées en 1834, mais le régime n’est pas pour autant consolidé. La période, très instable politiquement, est marquée par les conflits entre libéraux radicaux et modérés, et les dernières guérillas miguélistes. Une révolte, en septembre 1836, porte les radicaux au pouvoir et une nouvelle Constitution est adoptée en 1838. Mais celle-ci se révèle incapable d'apporter la paix politique, et l'instabilité se prolonge. En 1842, une nouvelle révolte, fomentée par Costa Cabral, rétablit la Charte et ouvre la voie à un gouvernement autoritaire. Défendant un exécutif fort, Costa Cabral bénéficie du soutien de différents secteurs de la société, en particulier de la bourgeoise mercantile et financière et de la reine Marie II (1834-1853). Il entreprend la modernisation du pays et ébranle les structures traditionnelles du monde rural, tout en s'appuyant sur l'oligarchie constituée des groupes favorisés par sa politique financière. L’autoritarisme de Costa Cabral et la nature des mesures prises soulèvent le mécontentement d’un large éventail de groupes politiques et des communautés rurales. Une révolte populaire éclate en 1846 et fait tomber le gouvernement. Mais la contestation entre septembristes et chartistes s’enlise et glisse vers la guerre civile où viennent se mêler messianisme et contre-révolution. L'impasse militaire conduit à l'intervention des Anglais et des Espagnols en 1847, puis à la paix. Toutefois, à la suite des élections de décembre 1847, Costa Cabral revient sur le devant de la scène. Nommé à la présidence du Conseil en 1849, il rétablit la situation antérieure à la guerre civile. Finalement, un nouveau coup d’État, en 1851, réinstalle le calme au Portugal. S’ouvre alors une période de paix politique et de prospérité économique, la Régénération (Regeneração).

Les mesures introduites par l’acte additionnel à la Charte constitutionnelle, en 1852, renforcent le pouvoir des Chambres et le rôle de « modérateur » du roi, et apportent une nouvelle loi électorale. Celle-ci institue le suffrage direct et élargit l’électorat. L’alternance au pouvoir des deux partis libéraux stabilise le régime. Une fois écartées les franges libérales radicales, l’échiquier politique se transforme avec l’émergence au centre de deux grands partis : le Parti régénérateur, de tendance conservatrice, et le Parti historique, issu d'une dissidence du Parti régénérateur, à caractère plus libéral, tout en faisant place à d'autres formations politiques, notamment les chartistes de Costa Cabral. Le « rotativisme » s’installe durablement au Portugal, et perdurera jusqu’en 1906, tout en traversant quelques crises graves. La stabilité du système prend appui sur le roi et sa capacité à mesurer l’usure du gouvernement et à provoquer l’alternance. Ces partis de notables présentent peu de différences idéologiques, si bien que le passage de l’un à l’autre en raison d’intérêts politiques et de questions personnelles n'est pas rare. Le modèle repose sur une classe politique réduite en nombre et montrera ses limites lorsqu’en 1865 survient la première crise, puis lors de la crise de l’Ultimatum, en 1890. Dans les années 1860 et 1870, de nouveaux partis sont fondés, issus de dissidences et de fusions, signe du dynamisme grandissant de la société et de la vie politique nationales. En 1867 naît le Parti réformiste qui, en 1876, fusionne avec le Parti historique pour former le Parti progressiste ; en 1868, une dissidence chartiste fonde le Parti libéral progressiste. Dorénavant, les régénérateurs et les progressistes s'imposent comme les deux principales formations de gouvernement.

Une nouvelle génération d'hommes politiques émerge au milieu du xixe siècle, prête à relever le défi de la modernisation du pays. Celle-ci passe par le démantèlement des structures d’Ancien Régime et la sécularisation des biens du clergé, à la suite de l’abolition des ordres religieux. On cherche alors à constituer une classe moyenne de petits propriétaires pour servir de support au régime, mais c'est un échec, la vente des biens nationaux ayant renforcé la classe des grands propriétaires terriens. En 1852, Fontes Pereira de Melo, ministre des Travaux publics, s’efforce de construire un marché national, afin que la création d’infrastructures entraîne le développement économique et la création de richesses. L’endettement de l’État devient chronique et le déficit s’alourdit dans les décennies suivantes, conduisant à la banqueroute partielle de 1892. Néanmoins, la Régénération fut une période de croissance économique, même si les transformations structurelles sont restées limitées et que le pays n'a pas rattrapé son retard.

L'empire colonial africain et la crise de l’Ultimatum (1890-1910)

Le traumatisme provoqué par la perte du Brésil, en 1822, fut d’autant plus profond que les finances impériales reposaient en grande partie sur la rente brésilienne. Pour lui faire face, les Portugais affirment leur détermination à « créer un nouveau Brésil en Afrique ». Le projet colonial est relancé, mais l’État n’investit pas suffisamment en moyens humains et financiers. La bourgeoisie portugaise, peu encline au risque, préfère spéculer sous la protection de l’État plutôt qu’investir dans les colonies africaines, où d’ailleurs la traite empêche toute activité alternative. Le projet africain, qui peine à s’enraciner, repose alors essentiellement sur les élites créoles. Au tournant des années 1870 et surtout après la conférence de Berlin (1884-1885), qui pose les règles de la colonisation de l’Afrique entre les puissances européennes, le Portugal se décide à dégager les fonds et l’énergie nécessaires à la colonisation. Les colonies deviennent un marché protégé et exclusif pour les produits métropolitains en mal d’exportation.

La crise de l’Ultimatum britannique ravive le nationalisme portugais et ses conséquences dépassent le simple cadre colonial. Le 11 janvier 1890, le gouvernement britannique adresse à son homologue portugais un télégramme dans lequel il exige le retrait immédiat de ses troupes de la région comprise entre l’Angola et le Mozambique, sous peine d’intervention militaire. L’expansionnisme territorial et le rêve d’un empire portugais qui s’étendrait de façon continue de l’Atlantique à l’océan Indien se heurtent au projet de Cecil Rhodes, qui consiste en la liaison entre Le Cap et Le Caire. Le gouvernement portugais finit par céder à l’injonction britannique, mais la très forte réaction des partis de l’opposition et de l’opinion publique contre l’Angleterre et le Parti régénérateur alors au pouvoir transforme l’affaire coloniale en traumatisme national. Le Parti républicain portugais (PRP), fondé en 1876, exploite habilement le sentiment d’humiliation nationale pour s’implanter parmi les couches populaires urbaines. La crise de l’Ultimatum met fin au rotativisme et fait renaître l’instabilité au Portugal. Le 31 janvier 1891, le PRP tente vainement d’instaurer la république à Porto.

Le roi Charles Ier (1889-1908) essaie encore de restaurer le rotativisme en 1893, mais le modèle est épuisé et le système politique traditionnel se révèle incapable de se renouveler. La politique passe désormais par le pluralisme des groupes et courants, dont témoignent notamment les créations récentes du PRP et du Parti socialiste, et l’essor de l’anarcho-syndicalisme. Le développement économique, en particulier l’industrialisation amorcée dans les années 1870, accroît les masses urbaines et diversifie la composition des couches intermédiaires et populaires des villes et leur intervention dans l’espace public, jusqu’alors réservée aux élites. Les courants politiques se multiplient – républicanisme, socialisme, anarchisme –, mais le système bipartite leur interdit l’accès aux sphères du pouvoir, ce qui les pousse à l'agitation urbaine.

En 1906, Charles Ier tente de refonder le système politique, en confiant le gouvernement à João Franco, un dissident du Parti régénérateur, chef du Parti régénérateur libéral, qu'il avait fondé en 1903 pour créer une alternative aux partis traditionnels de gouvernement. Face aux contestations, Franco instaure une dictature (gouvernement sans Parlement), avec le soutien du roi. Le mécontentement suscité par les réformes, l’agitation sociale et les méthodes autoritaires du chef du gouvernement aboutissent à l’assassinat du roi et du prince héritier en 1908. L'instabilité politique et l'agitation s'intensifient. Deux ans plus tard, le 5 octobre 1910, la république est instaurée. Toutefois, les républicains se retrouvent au pouvoir sans aucune expérience de gouvernement.

L'avènement de la république au Portugal

L'avènement de la république au Portugal

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Soldats et marins révoltés lors de la révolution d'octobre 1910, à Lisbonne, qui déposa le roi Manuel II (1889-1932). La république triomphait et Teofilo Braga (1843-1924) était élu président. 

Crédits : Hulton Getty

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Espoirs et déceptions de la république (1910-1926)

À la veille de l’avènement de la république, le Portugal est encore un pays rural de 5,5 millions d’habitants, arriéré, peu urbanisé, peu industrialisé, et dont le taux d’analphabétisme frôle les 75 p. 100. La modernisation et la démocratisation du pays dépendront de la capacité de la république à se consolider et à obtenir l’adhésion de la nation. Or le régime reste fragile, essentiellement implanté en zone urbaine et perçu avec une farouche hostilité dans les campagnes. La Constitution de 1911 est la clé de voûte de l’édifice républicain, mais la praxis républicaine provoquera des fractures insolubles.

Marquée par le radicalisme, la république connaît des débuts difficiles en raison de l’adoption de mesures anticléricales et de l’institutionnalisation de la laïcité – consacrées par la loi de séparation de l’Église et de l’État promulguée en avril 1911 – ainsi que de la réaction royaliste. Malgré la désagrégation des partis monarchistes, la résistance des courants de la droite contre-révolutionnaire et légitimiste s’organise et, à partir de bases en Galice, deux tentatives d’incursion royaliste sont menées en 1911 et 1912. L’agitation ouvrière bat son plein en cette année 1912. De plus, la menace d’intervention espagnole et la convoitise allemande envers les colonies planent sur le Portugal républicain. Le gouvernement recourt à la répression pour contrer la contestation et s’aliène ainsi le mouvement ouvrier. La violence politique, inhérente à tout régime en quête d’affirmation, traverse l’histoire de la république.

Malgré l’envoi de troupes et les combats dans les colonies africaines dès 1914, le Portugal n’entre dans la Grande Guerre que le 9 mars 1916. La raison est plutôt d’ordre interne, le régime cherchant à se consolider par le biais d’un gouvernement d’union nationale, l’União Sagrada (l’Union sacrée), et à se légitimer auprès des Alliés. Cependant, la population comprend mal l’intervention portugaise en Europe, alors qu’elle subit la pénurie des moyens de subsistance et la hausse des prix. Un clivage, notamment au sein de la classe politique, se creuse, préparant le terrain pour le coup d’État de Sidónio Pais, sympathisant de l’Allemagne. En décembre 1917, ce dernier instaure un régime présidentialiste autoritaire, faisant de la police et de la censure les instruments de son pouvoir, et délaisse les soldats sur le front. Le régime, qui disposait initialement d’une base de soutien assez large, se trouve rapidement réduit aux secteurs les plus conservateurs de la société, à l’armée et à l’Église. Les monarchistes profitent de l’assassinat de Sidónio Pais, en décembre 1918, pour restaurer la monarchie dans le nord du pays. Cependant, le PRP, soutenu par le mouvement ouvrier, parvient à défendre la république et à revenir au pouvoir.

La « République nouvelle » est transformée. Des courants éphémères, issus de scissions au sein du PRP, essaient de s’ériger en alternative, mais le parti accapare le pouvoir, vouant à l’échec toute tentative de changement. L'instabilité gouvernementale et la violence politique caractérisent les dernières années de la république. L'armée semble désormais décidée à intervenir dans la vie politique et fomente en 1925 deux coups d'État antirépublicains.

La dictature militaire et les prémices de l'État nouveau (1926-1945)

Le 28 mai 1926, un soulèvement militaire dirigé par le général Gomes da Costa met un terme à la république. Le caractère dictatorial, antilibéral et antidémocratique du mouvement s’affirme et perd progressivement le soutien du centre, de la gauche et même d’une partie de la droite républicaine. À la république se substitue une dictature militaire en quête de projet politique. En 1928, António de Oliveira Salazar, professeur d’économie à l’université de Coimbra, est nommé ministre des Finances. Avec le soutien du général Óscar Carmona, qui vient d’être élu président de la République, Salazar entame son ascension vers le pouvoir en rétablissant l’équilibre budgétaire dès 1929 et en bâtissant le mythe du sauveur du Portugal. En 1932, il est nommé président du Conseil. La voie est ouverte pour l’Estado Novo (État nouveau) et à son projet de construction de l’« homme nouveau ».

Salazar

Salazar

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Le dictateur portugais Antonio de Oliveira Salazar (1889-1970), ici en 1950, occupa le pouvoir pendant près de quarante ans. 

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L’État nouveau, en rupture avec le passé libéral et républicain, se fonde sur la tradition et la trilogie « Dieu, Patrie, Famille ». Les clés de voûte sont la Constitution de 1933, l’Acte colonial de 1930, où étaient définies les relations entre la métropole et les territoires d’outre-mer, et le Statut du travail national de septembre 1933, qui règle les relations entre les ouvriers et le patronat et confie à l’État le rôle de garant de la paix sociale. L'État nouveau dilue l'individu dans la communauté – nation, famille, entreprise, syndicat – excluant toute autre forme de participation des individus dans les sphères politique, économique et sociale. Des organismes d’encadrement de la société sont fondés ou réformés (maisons du Peuple, pour l’encadrement des paysans ; Fédération nationale pour la joie au travail, dédiée aux loisirs des travailleurs ; Mocidade portuguesa, pour la jeunesse ; Légion portugaise, milice civile pour la défense intérieure). La police politique est restructurée en 1933 pour mieux surveiller et punir les opposants, d’autant plus qu’en 1936 est inaugurée la colonie pénale du Tarrafal, au Cap-Vert, véritable camp de concentration. La censure, informelle dès le coup d’État de 1926, est instituée officiellement en 1933. La même année, le régime se dote d’un secrétariat à la propagande nationale, qui érigera le communisme en principal ennemi. En remplacement du pluralisme politique, Salazar crée en 1930 l’Union nationale, une association civique qui fait office de parti unique.

L’opposition est en perte de vitesse depuis la chute de la république. Les partis républicains se divisent entre résistance et adhésion au régime. De nombreuses révoltes républicaines éclatent jusqu’en 1931 mais, après cette date, le mouvement s’essouffle face aux méthodes répressives de la police ou de fait de l’attrait croissant qu’inspire l’État nouveau au sein de la droite républicaine. Malgré cela, des noyaux républicains restent très actifs, notamment en exil. La grève générale du 18 janvier 1934, organisée par les syndicats anarcho-syndicalistes, communistes et socialistes, est un symbole de la résistance du mouvement ouvrier face à la fascisation des syndicats par Salazar. Les anarchistes sont également en perte de vitesse, s’adaptant difficilement aux méthodes clandestines indispensables pour survivre à la répression policière. Le Parti communiste portugais (PCP), fondé en 1921, peine à se développer et le Parti socialiste (PS) se replie dès 1932 vers des formes d’intervention publique moins visibles.

Corporatisme fasciste au Portugal

Corporatisme fasciste au Portugal

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La doctrine corporatiste a été ternie au XXe siècle par un corporatisme d'État appliqué exclusivement dans les régimes autoritaires. Ce fut le cas en Allemagne, en Italie, en Espagne mais aussi, comme le montre la photo, au Portugal où des membres du syndicat fasciste se retrouvent... 

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Néanmoins, à partir du milieu des années 1930, l’opposition se renforce, stimulée par le contexte européen de montée de l’antifascisme, de la percée des fronts populaires dans les pays voisins et de la guerre d’Espagne (1936-1939). Le Front populaire portugais, d’orientation républicaine, organise des attentats à la bombe en janvier 1937 à Lisbonne, les anarchistes fomentent un attentat (manqué) contre Salazar en juillet 1937 et le PCP renforce son action dans les milieux ouvriers. La guerre d’Espagne permet à Salazar de consolider l’Estado Novo, en achevant de contrôler les forces armées qui se retrouvent cantonnées dans le rôle de garantes de la souveraineté et de l’indépendance nationales. Par ailleurs, cette guerre permet à Salazar de se placer sur le terrain de la lutte anticommuniste internationale et d’affilier l’Estado Novo au nouvel ordre des fascismes.

Le Portugal reste neutre pendant la Seconde Guerre mondiale, bien que le gouvernement se scinde entre germanophiles et pro-Alliés. L’opposition républicaine et les militaires anglophiles considèrent comme inévitable l’intervention aux côtés des Alliés, auxquels d’ailleurs la majorité de l'opinion publique est favorable. L'agitation ouvrière reprend dès 1943 et des grèves éclatent dans la ceinture industrielle de Lisbonne, fomentées en partie par le PCP – réorganisé en 1941. À la fin de 1943, l'opposition est rassemblée dans le Mouvement d'unité nationale antifasciste, une organisation clandestine, dont la stratégie est partagée entre le putsch militaire pour les républicains et l'insurrection populaire pour les communistes. Salazar, habile politicien, parvient à garder le cap, dans une neutralité à géométrie variable, dont il tire profit à la fin de la guerre, lorsqu’un vent de démocratie souffle sur l’Europe et le Portugal ; il annonce alors la tenue d'élections législatives libres. Les espoirs de l'opposition se reportent alors sur le Mouvement de l’unité démocratique (MUD), antifasciste, fondé en 1945 pour participer aux élections de novembre. Le MUD est soutenu par une grande partie de la population, mais l’espoir sera de courte durée : le ministère de l'Intérieur, inquiet de cette percée, réprime les signataires des listes de soutien du mouvement. Le MUD se retire alors des élections et mène une existence semi-légale jusqu'en 1948, année où il est interdit par Salazar. L'influence grandissante du PCP au sein du MUD, qui d'ailleurs noyaute l'organisation de jeunesse, provoque des tensions internes entre républicains et communistes, qui finissent par le mettre en veille, vidé de son caractère unitaire.

Une dictature dans la durée (1945-1968)

Avec le début de la guerre froide, le Portugal acquiert du poids dans la stratégie de lutte anticommuniste. Le régime est légitimé par sa participation aux instances internationales de l’après-guerre telles que l’Organisation européenne de coopération économique (OECE) en 1948, l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) en 1949, puis l’Organisation des Nations unies (ONU) en 1955 et l’Association européenne de libre-échange (AELE) en 1960. Après l’élection présidentielle de 1949, pour laquelle le MUD parvient à présenter un candidat, le général Norton de Matos, héros de guerre et prestigieux chef républicain – qui a cependant retiré sa candidature à la veille des élections jugeant insuffisantes les conditions de transparence –, une vague de répression s’abat sur l'opposition, marquant la fin des illusions d'ouverture du régime et de démocratisation du pays. L'opposition tourne la page de l'entente antifasciste, chaque courant menant son propre combat, bien que celui du PCP ait plus de visibilité, malgré l'arrestation en 1949 de son principal dirigeant, Álvaro Cunhal.

La consolidation du régime, l’amélioration de la conjoncture économique, le reflux de la contestation ouvrière et de l’opposition font des années 1950 une période de relative accalmie politique. Mais, à la fin de la décennie, le régime connaît un tournant. Tout d’abord, lors de l’élection présidentielle de 1958 a lieu l’« ouragan Delgado ». Le général Humberto Delgado, candidat de l’opposition, ébranle le régime en remportant 22 p. 100 des voix contre le candidat officiel l’amiral Américo Tomás. Quelques brèches s'ouvrent alors dans le soutien de l'institution militaire à Salazar, et des militaires participent à des révoltes contre le régime (révolte da Sé à Porto en mars 1959, l’« Abrilada » en avril 1961 et le coup de Beja en janvier 1962). Mais Salazar parvient à garder la présidence du Conseil en renforçant ses pouvoirs et en s'appuyant davantage sur l'aile conservatrice du régime et la répression policière, d'autant plus qu'en 1961 éclatent en Angola les premiers incidents entre les indépendantistes africains et les colons.

La question coloniale change la donne et façonnera l’agenda politique du régime jusqu’en 1974. Si, dans l’après-guerre, quelques réformes ont été introduites dans les colonies, ce n’est qu’avec le début de la guerre coloniale, en 1961, que l’État portugais mise sur leur développement économique et se préoccupe de l’amélioration des conditions de vie des populations indigènes, notamment en supprimant le statut de l’indigénat (1962). Le Portugal, qui se veut une nation intercontinentale et multiraciale, transforme ses colonies en provinces en 1951. Toutefois, son refus, dès 1953, de négocier le statut des enclaves de Goa, de Damão et de Diu avec l’Union indienne pousse celle-ci à envoyer des troupes en 1961 pour les récupérer ; le Portugal perd ses dernières possessions en Inde. Par ailleurs, le nationalisme africain, en gestation depuis le début du xxe siècle, choisit la lutte armée pour l’indépendance. Issus de la bourgeoise créole, les cadres nationalistes passent par la Maison des étudiants de l’Empire, à Lisbonne, haut lieu de convivialité des élites africaines, avant de s’exiler à Paris, Alger ou dans les capitales des nouveaux pays africains indépendants. La guerre coloniale, initiée en Angola en 1961 se poursuit en 1963 en Guinée-Bissau et en 1964 au Mozambique.

António de Oliveira Salazar

António de Oliveira Salazar

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Le dictateur António de Oliveira Salazar, véritable maître du Portugal de 1932 à 1968, passe en revue les troupes prêtes à s'embarquer pour les colonies lusophones d'Afrique, en 1950. 

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Camp d'entraînement de l'U.N.I.T.A., Angola, 1961

Camp d'entraînement de l'U.N.I.T.A., Angola, 1961

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Des soldats de l'U.N.I.T.A. (Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola) entraînent les recrues au maniement des armes chinoises, dans un camp proche de la frontière de Zambie, lors de la guerre d'indépendance, en 1961. 

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Parallèlement, durant cette période se développe une émigration de masse vers d’autres pays d’Europe (plus de 100 000 départs par an), tout particulièrement la France (environ 815 000 Portugais entre 1960 et 1974), qui vide les campagnes et prive l'armée de futurs soldats.

La crise du régime et la révolution des œillets (1968-1974)

En 1968, un traumatisme crânien laisse Salazar intellectuellement diminué et il est destitué du pouvoir par le président de la République, Américo Tomás et remplacé par Marcelo Caetano, professeur de droit, recteur de l'université de Lisbonne et ancien ministre. Les réformes du « printemps marceliste » laissent entrevoir une certaine volonté de moderniser le pays et d’étendre les libertés publiques. L’élargissement de la couverture sociale, la dépénalisation du droit de grève et surtout le principe de l’autonomie progressive des colonies apparaissent comme des mesures emblématiques. Cette ouverture est toutefois bloquée dès 1970 par la droite radicale, les « ultras », qui refuse toute solution alternative au modèle traditionnel de l’empire. Dès lors, les avancées législatives et sociales reculent, les libertés s’amenuisent, le recours à la violence policière et à la répression s’accroît. Le mouvement étudiant se radicalise, notamment dans l’activisme contre la guerre coloniale et la solidarité envers les mouvements indépendantistes. L’opposition vit le même processus de radicalisation vers l’action armée, et les groupes d’extrême gauche se multiplient à la fin des années 1960. L’effort de guerre épuise les ressources du pays en hommes et en argent, mais apporte un vent de liberté au statut social des femmes, qui pallient l’absence masculine dans l’économie domestique et nationale. La durée de la guerre coloniale, l’impasse militaire du conflit et le manque de solutions politiques finissent par provoquer un malaise au sein des forces armées. La modification, en juillet 1973, des règles d’accès à la carrière d’officier et d’avancement est à l’origine du « mouvement des capitaines ». La réflexion menée par les jeunes officiers, soutenue par les généraux contestataires António de Spínola et Costa Gomes prend rapidement la dynamique d’une rupture de régime. Après un premier échec, le 16 mars 1974, la révolution est finalement déclenchée dans la nuit du 24 au 25 avril 1974 par le Mouvement des forces armées (MFA), qui est accueilli triomphalement par la population. La révolution des œillets, qui doit son nom aux fleurs plantées par les soldats au bout des fusils, fait tomber en quelques heures un régime vieux de quarante-huit ans.

La révolution des œillets

La révolution des œillets

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Le général Antonio de Spinola (1910-1996), à gauche, et le capitaine Costa Gomes, à droite, instigateurs de la révolution des œillets, le 25 avril 1974, au Portugal. 

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Renversement de la dictature salazariste

Renversement de la dictature salazariste

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Des soldats portugais, dans les rues de Lisbonne, lors de la révolution des œillets, en avril 1974. 

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La consolidation de la démocratie

Si la révolution introduit une rupture définitive avec le passé autoritaire, elle pose simultanément la question du choix du régime. La confrontation entre les multiples partis, groupes et tendances, qui ont surgi dans l’espace public et luttent pour imposer leur modèle politique, marque cette période de transition démocratique par son degré de radicalisation et par le clivage sociétal qu’elle provoque. Cependant, le Portugal saura trouver le chemin de la démocratisation, entre hésitations et incertitudes, mais avec détermination. La démocratie portugaise figure, aujourd'hui, parmi les plus solides d'Europe.

La transition démocratique

Le 25 avril 1974, le Portugal s’ouvre donc à la démocratie. Une période de définition du projet politique s’ensuit, dont les lignes d’orientation sont énoncées dans le programme du MFA au lendemain de la révolution.

Le pouvoir est remis à la Junte de salut national, composée de militaires et présidée par le général António de Spínola. Le premier gouvernement provisoire est nommé à la mi-mai, six autres suivront dans un contexte de grande instabilité et de radicalisation à gauche des acteurs politiques. Dès les premiers jours, les organisations de l’État nouveau et la police politique sont supprimées, la censure est abolie, les libertés fondamentales sont rétablies, tous les prisonniers politiques sont libérés, malgré l’opposition de Spínola concernant les crimes de sang. Les partis politiques sont légalisés, bien que le général leur préfère des associations civiques. Les divergences augmentent entre le MFA et le général Spínola, notamment sur la nature du régime à instaurer et plus particulièrement sur la question coloniale. Pour les jeunes militaires, la refonte de la nation passe inévitablement par la décolonisation, la démocratisation et la modernisation des structures sociales et économiques. De son côté, le général Spínola prône le maintien de la nation pluricontinentale, sous la forme d’une fédération, et la mise en place d’un modèle politique hybride, à géométrie variable, qui exclurait le Parti communiste portugais et les partis d’extrême gauche et contrôlerait l’ouverture démocratique ainsi que la préservation des structures économiques de l’État nouveau. L’affrontement entre ces forces politiques se solde par le remplacement du général Spínola, après la manifestation qu'il tente d'organiser, le 28 septembre 1974, pour arrêter la dynamique révolutionnaire.

L’inévitable décolonisation de l’empire portugais

La décolonisation devient rapidement indiscutable avec l’adhésion des militaires présents sur les terrains de guerre, qui refusent de continuer à combattre, et celle des partis de gauche.

En Guinée-Bissau, l’indépendance, proclamée dès septembre 1973 par le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), est négociée de mai à septembre 1974 pour être finalement reconnue par le Portugal le 10 septembre 1974. Le Mozambique accède à l’indépendance le 25 juin 1975 après une longue lutte armée ; le Cap-Vert, qui obtient un statut particulier, devient indépendant le 5 juillet 1975, et São Tomé-et-Príncipe le 12 juillet 1975. Le processus d’indépendance de l’Angola, la colonie la plus emblématique pour le Portugal, se révèle complexe du fait de la rivalité entre trois mouvements indépendantistes (le Mouvement populaire de libération de l'Angola, MPLA ; le Front national de libération de l'Angola, FNLA ; l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola, UNITA). Les accords d’Alvor, signés le 15 janvier 1975, fixent la date de l’indépendance au 11 novembre 1975 et prévoient un gouvernement de transition composé des trois mouvements, ainsi que la tenue d’élections. Mais le départ des troupes portugaises de la capitale Luanda, sans remise formelle du pouvoir, enlisera l’Angola dans une longue guerre civile. La situation est analogue sur l’île de Timor, qui sombre dans la guerre civile après l'abandon du territoire par l’administration portugaise. La déclaration d’indépendance du Timor par le Front révolutionnaire pour l'indépendance de Timor oriental (Fretilin), le 28 novembre 1975, est immédiatement suivie de l’invasion indonésienne, puis de la résistance à cette dernière. L’ONU ne reconnaît pas l’annexion du Timor oriental par l’Indonésie, qui reste sous administration portugaise jusqu’en 2002, date officielle de l’indépendance. Avec la rétrocession de l’enclave de Macao à la Chine, le 20 décembre 1999, la longue histoire impériale se refermera alors définitivement pour le Portugal.

Le mouvement de décolonisation provoque une vague de retour des colons au Portugal, estimée à plus d’un demi-million de personnes en 1974-1975 (dont 61 p. 100 en provenance de l’Angola et 34 p. 100 du Mozambique), qui lance le défi de leur intégration à la société portugaise au moment où le pays se débat avec une grave crise économique. Par ailleurs, la démobilisation d’un important contingent de soldats jette sur le marché du travail des bras que l’économie n’est pas en mesure d’absorber.

L’institutionnalisation de la révolution 

L’adhésion enthousiaste de la population à la révolution des œillets, en particulier de la jeunesse, assure l’irréversibilité du processus de changement de régime. Les manifestations populaires, les grèves, les revendications pour de meilleures conditions de vie et de travail, pour le droit au logement, pour les droits des femmes, les mouvements d’occupation de logements – spontanés ou fomentés par les partis – se multiplient dans un climat de forte contestation sociale. Les aspirations de la société civile rejoignent la lutte politique des organisations de gauche et aboutissent à des acquis sociaux (droit de vote des femmes, droit au divorce pour les mariages catholiques, droit à la filiation pour les enfants nés hors mariage, allocation sociale de vieillesse) et à des avancées dans la législation du travail (salaire minimum, conventions collectives, droit de grève, liberté syndicale, congés payés, congé de maternité, allocations de chômage, réduction du temps de travail hebdomadaire), ébranlant ainsi les structures de la société traditionnelle.

L’échiquier politique se reconstitue autour des partis ayant participé à la résistance contre l’État nouveau (Parti socialiste portugais, héritier spirituel du républicanisme, fondé en 1973 à partir de l’Action socialiste ; PCP ; Mouvement démocratique portugais-Commission démocratique électorale, MDP-CDE), ainsi que de nouvelles formations, nées du contexte postrévolutionnaire. L’éventail politique va désormais de l’extrême gauche, avec sa multitude de courants, à la droite libérale, représentée par le Centre démocratique social (CDS) – fondé en juillet 1974 pour intégrer les conservateurs proches du régime dans le processus de mutation en cours – en passant par le centre droit, occupé par le Parti populaire démocratique (PPD) – né le 6 mai 1974 à partir du groupe de députés contestataires du régime, connu sous le nom d’« aile libérale ». En 1975, on comptera une cinquantaine de partis politiques.

Le général Spínola tente de freiner le processus révolutionnaire en se rapprochant de la droite radicale exilée en Espagne avec laquelle il conspire activement. Une tentative de coup d’État est contrée le 11 mars 1975. La conséquence immédiate en est l’accélération de la dynamique révolutionnaire avec la gauche qui assoit son pouvoir (nomination au poste de Premier ministre du général Vasco Gonçalves, aux sympathies communisantes) et la radicalisation du MFA. Ce dernier subit la pression des partis politiques qui tentent de l’instrumentaliser. Des factions naissent au sein du MFA, tiraillé entre les modèles de la démocratie représentative, de la démocratie populaire et de la dictature du prolétariat. De plus, les campagnes de « dynamisation culturelle » (alphabétisation, éducation populaire), menées par les militaires dans les régions les plus reculées du Portugal contribuent à la politisation des forces armées. L’emprise des partis s’étend également aux organes institutionnels en utilisant la pression populaire. Le Parti socialiste (PS) et les partis de droite, qui prennent pour référence l’aile modérée du MFA et les régimes d’Europe occidentale dont ils ont le soutien, se dressent face au PCP et aux groupes de gauche. Les relations diplomatiques sont rétablies avec l’URSS (elles étaient interrompues depuis la révolution bolchevique de 1917) et les pays de l’Est dès 1974, ainsi qu’avec la Chine et l’Albanie en 1979. La politique extérieure portugaise tend alors vers le tiers-mondisme et l’établissement de relations privilégiées avec les nouveaux pays africains indépendants, mais reste attachée aux démocraties européennes.

Le Premier ministre Vasco Gonçalves, estimant la révolution menacée, prend en charge la sauvegarde des acquis révolutionnaires et la conduite du pays « vers le socialisme ». La Junte de salut national est remplacée par le Conseil de la révolution, un organe composé de militaires et doté de pouvoirs forts, confirmant ainsi l’institutionnalisation du MFA. Malgré les tensions, les premières élections libres pour l’Assemblée constituante sont maintenues. Le scrutin du 25 avril 1975 désavoue le PCP, qui arrive en troisième position avec 12,5 p. 100 des voix, loin derrière le PS (37,9 p. 100) et le Parti populaire démocratique (PPD, centre, avec 26,4 p. 100). Le processus révolutionnaire s’accélère dans une tentative de contourner la légitimité des urnes. Commence alors l’« été chaud » (Verão Quente), marqué par une vague de nationalisation des secteurs clés de l’économie (banques, assurances, électricité, transports, sidérurgie, ciment), la réforme agraire avec ses premières occupations de terre en Alentejo, l’occupation et l’autogestion d’usines. La période est marquée par une intense agitation sociale et une forte violence politique, encouragées par le PCP, l’extrême gauche et le clergé ultraconservateur du Nord. Les communistes tentent de prendre le contrôle de la presse et des moyens de communication, notamment la radio catholique Renascença et le journal socialiste República. Les sièges des partis, de tous bords politiques, sont pris d’assaut et pillés par des militants tant de gauche que de droite, des bombes sont posées. Le pays est au bord de la guerre civile, fracturé politiquement et géographiquement entre un Nord rural et catholique et un Sud révolutionnaire. À l’automne, la faction modérée du MFA, « le groupe des neuf », commence à préparer le mouvement qui, le 25 novembre 1975, met un terme à l’ascendant communiste sur les forces armées et le gouvernement, et crée les conditions politiques pour l’institutionnalisation de la démocratie, selon le modèle parlementaire et du multipartisme.

Pluralisme démocratique et stabilité des institutions

Les militaires rentrent dans les casernes et les forces armées se cantonnent à leur rôle traditionnel. Le 2 avril 1976, la Constitution est approuvée. Elle établit un régime semi-présidentiel, mais l’héritage révolutionnaire perdure dans l’objectif d’une « transition vers le socialisme » et dans l’institutionnalisation des nationalisations et de la réforme agraire. Les élections législatives du 25 avril 1976 confirment les résultats de l’année précédente et confortent le PS de Mário Soares et le PPD de Francisco Sá Carneiro comme principales forces politiques. Des quatorze formations qui se sont présentées aux élections, la moitié appartient à l’extrême gauche, mais celle-ci n’obtient qu’un seul siège, issu de l’Union démocratique populaire, une formation marxiste-léniniste. Dans les années suivantes, on assistera au reflux de l’extrême gauche, par la dissolution de nombreuses formations, leur mise en sommeil ou la désaffection des militants. La vie politique se cristallise autour d’un noyau dur composé du PS, du PPD, du CDS, du PCP et du MDP-CDE, proche des communistes. En juin 1976, les Açores et Madère, devenues régions autonomes avec un statut politico-administratif propre, organisent leurs premières élections régionales. Le 27 juillet 1976, le général António Ramalho Eanes, militaire modéré, est élu président de la République (il sera réélu en décembre 1980). Enfin, après les élections municipales de décembre 1976, les institutions démocratiques sont en place, le processus de transition est terminé.

Mário Soares, 1974

Mário Soares, 1974

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Le leader du Parti socialiste portugais Mário Soares, lors d'un meeting à Lisbonne le 1er mai 1974, quelques jours après son retour d'exil. Il sera nommé Premier ministre à l'issue des élections législatives de 1976, puis élu président de la République en 1986. 

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Le premier gouvernement de Mário Soares (1976-1978) doit faire face à une situation économique catastrophique, conséquence des déboires de la révolution, du choc pétrolier de 1973 et de la crise mondiale. Les nationalisations du Verão Quente ont engendré un secteur public macrocéphale, représentant 20 à 25 p. 100 du PIB, 30 p. 100 de l’investissement et employant seulement 8 p. 100 de la main-d’œuvre nationale. L’explosion des salaires, dont l’augmentation voisine 30 p. 100, la hausse des taux d’inflation (27,9 p. 100) et de chômage (5 p. 100 en 1975 contre 1,5 p. 100 avant la révolution des œillets), alliées à la fuite des capitaux et à la baisse de la production, ont pour conséquence d’alourdir le déficit. Le gouvernement tente de stimuler l’économie mais, en 1978, la cessation partielle des paiements le contraint à solliciter l’aide du Fonds monétaire international (FMI).

Face à une nouvelle crise politique durant l’été de 1978, le président de la République destitue Mário Soares et nomme des gouvernements « d’initiative présidentielle » par lesquels il prétend peser sur la gestion du pays. La dérive autoritaire est mal perçue par les partis politiques. Le président Eanes finit par convoquer des élections anticipées en décembre 1979, qui sont remportées par l’Alliance démocratique (AD), une coalition de centre droit formée par le Parti social-démocrate (PSD, ancien PPD) et le CDS. L’AD se maintiendra au pouvoir jusqu’en avril 1983. Cette victoire témoigne du glissement progressif à droite de la vie politique et ouvre une période de stabilité institutionnelle à défaut d’une stabilité politique. Pour prévenir toute nouvelle velléité autoritaire du président de la République, l’AD et le PS s’accordent sur une révision de la Constitution. Des dispositions modifient la loi de défense nationale : les forces armées sont soumises au gouvernement ; le Conseil de la révolution est dissous et remplacé par le Conseil d’État ; les pouvoirs du président de la République, substantiellement réduits, le cantonnent désormais à un rôle d’arbitre de la vie politique et de garant du fonctionnement des institutions.

Mais le gouvernement de l’AD est déstabilisé par des divergences internes. Ainsi, les élections législatives anticipées d’avril 1983 voient la victoire du PS qui, sans majorité suffisante, doit trouver un compromis avec le PSD afin de former un gouvernement de coalition, le Bloc central. Cette même année, la dégradation de la situation économique, provoquée par la crise pétrolière internationale, contraint à nouveau le Portugal à solliciter l’aide du FMI. Celui-ci impose des réformes qui poussent à la libéralisation de l’économie. Un tournant avait déjà été amorcé en 1977 par la loi de la réforme agraire. Mais ce sont les révisions constitutionnelles de 1982 (libéralisation du secteur financier), puis de 1989 (fin de la référence au modèle d’économie socialiste) qui le consacreront, avec l’adoption de mesures visant à stimuler l’initiative privée, la concurrence et à faire aboutir les négociations avec la Communauté économique européenne (CEE) en vue de l’adhésion du Portugal.

À l’été de 1985, le gouvernement du Bloc central de Mário Soares tombe, sous la pression d’Aníbal Cavaco Silva, qui vient d’être élu à la présidence du PSD. Lors des élections d’octobre 1985, un nouveau parti fait irruption, le Parti de la rénovation démocratique (PRD), dont la figure tutélaire est le président de la République en fin de mandat ; il est destiné à assurer le maintien de Ramalho Eanes sur la scène politique. Le PRD fragilise le PS et permet au PSD de remporter les élections, mais sans majorité. L’arrivée au pouvoir de Cavaco Silva ouvre une période de stabilité politique (il est Premier ministre de 1985 à 1995), celle des « années orange » (la couleur du PSD), pendant lesquelles le pays est gouverné par les sociaux-démocrates. En 1986, Mário Soares est élu à la présidence de la République (1986-1996), instaurant la cohabitation droite-gauche, qui se maintiendra jusqu'en 2011. Il est le premier civil à occuper cette fonction depuis l’instauration de la IIIe République. La cohabitation se révèle toutefois difficile ; le président Soares intervient dans la vie politique par le biais des « présidences ouvertes ». À l’instar des cortes itinérantes du Moyen Âge, le siège de la présidence est déplacé temporairement en province, mettant le président en contact direct avec la population et ses préoccupations. Très médiatisées, les « présidences ouvertes » sont perçues par les sociaux-démocrates comme des « messages » envoyés au Premier ministre. Ils accusent le président de constituer une force de blocage et d’exercer un contre-pouvoir.

Le Portugal européen

La décolonisation achevée et la démocratie consolidée, l'accomplissement de la promesse de progrès économique – tenue par « les capitaines d’avril » puis ajournée par les convulsions révolutionnaires et les tâtonnements de l'apprentissage démocratique – devient la préoccupation majeure du gouvernement. L’entrée dans la CEE lui fournit les moyens et le cadre indispensables à la modernisation du pays. Dépassée l'ère impériale, le Portugal entre dans celle de la modernité, assumant les conséquences d'un destin choisi.

Le défi européen et l’alternance démocratique

En 1986, le Portugal adhère à la CEE, au terme d’un processus de négociations initié en mars 1977, date de la demande d’adhésion. L’ancrage à l’Europe avait commencé en septembre 1976, avec l’entrée du pays dans le Conseil de l’Europe. L’option européenne, un choix politique du PS, du PSD et du CDS, a pour objectif d’éviter l’isolement et la marginalisation du pays vécus dans les périodes précédentes. L’adhésion à l’Europe permettrait également au Portugal de consolider la démocratie et de se moderniser. L’intégration européenne devient l’axe privilégié de la politique extérieure portugaise, au détriment du rapprochement avec les nouveaux pays africains lusophones et le Brésil, option défendue par le PCP. En juin 1978, la demande d’adhésion est acceptée, mais l’instabilité politique (neuf gouvernements entre juillet 1976 et novembre 1985), les fragilités du modèle économique, les réserves de certains pays membres (France et Luxembourg notamment) qui doutent des capacités d’adaptation du Portugal et les contretemps des négociations avec l’Espagne, dont la CEE souhaite l’adhésion simultanée avec le Portugal, repoussent la signature de l’acte d’adhésion au 12 juin 1985. Enfin, le 1er janvier 1986, le Portugal devient membre de la CEE.

L’adhésion à la Communauté coïncide avec le début du gouvernement d’Aníbal Cavaco Silva (1985-1995), qui bénéficie d’une période de croissance et de développement, favorisée par la chute du prix du pétrole, l’augmentation des investissements étrangers, dont les acteurs sont désormais rassurés par l’adhésion à la CEE, et l’arrivée des aides communautaires. Les impacts de l’adhésion sont positifs et la convergence avec le modèle européen est visible dans la transformation du paysage social et économique, dans les comportements et modes de vie (réduction de la mortalité infantile, augmentation de l’espérance de vie, croissance du PIB par habitant, développement des infrastructures de transports et du réseau autoroutier, augmentation du nombre de PME, généralisation de l’enseignement, habitudes de consommation urbaines et de loisirs). L’Europe est au centre du discours politique du Premier ministre, qui met en œuvre une réforme de l’État et du modèle économique, les mesures adoptées étant présentées comme imposées par l’adhésion à la CEE. La réforme entreprise par Cavaco Silva modernise le système financier et refond le système fiscal. Des secteurs de l’économie jusqu’alors réservés à l’État s’ouvrent au capital privé. Ainsi, en 1993, naît la première chaîne privée de télévision. Le style personnel de Cavaco Silva, son charisme autoritaire, la prépondérance de ses arguments économiques et financiers au détriment de la dimension sociale associent le « cavaquisme » à une période d’affirmation de la nouvelle élite de la droite libérale et de profondes transformations économiques et sociales. Toutefois, après dix ans au gouvernement, l’usure du PSD est perceptible, comme en témoignent la contestation étudiante contre la réforme du régime des droits de scolarité (1992-1994) et le mouvement de désobéissance civile lié à l’augmentation des péages du pont 25-Avril à Lisbonne (24 juillet 1994), emprunté quotidiennement par des milliers d’usagers de la rive sud du Tage.

À l’issue des élections de 1995, le PS, dirigé par António Guterres, revient au pouvoir (1995-2002). Le pays veut tourner la page du « cavaquisme » et trouver un autre modèle de gouvernance. Le « guterrisme » suit la voie du dialogue et la recherche du consensus, tout en maintenant le cap d’une politique socialiste en direction de l’Europe, avec l’ambition de faire du Portugal une « puissance moyenne » au sein de l’Union européenne (UE). L’approfondissement de l’engagement européen passe par l’adhésion à l’espace Schengen (1995) et à l’euro (1999), et par le soutien à l’élargissement de l’UE aux pays de l’Est. Cette volonté de s’investir en Europe conduit le Portugal à participer aux missions de l’OTAN en Bosnie-Herzégovine (1996-2007) et au Kosovo (1999-2017).

Malgré les fonds communautaires (96 milliards d'euros de fonds structurels et de cohésion entre 1989 et 2013) et le volontarisme des gouvernements, l’économie portugaise n’est pas suffisamment préparée à la compétitivité extérieure. Elle doit supporter les impacts de l’adhésion à l’euro (hausse des prix à la consommation, surendettement des ménages en raison des taux de crédit faibles, hausse du déficit), de l’élargissement de l’Union aux pays de l’Est et de la concurrence des pays asiatiques émergents qui mettent à mal les exportations portugaises. À partir de 2000, la stagnation, puis la récession s’installent progressivement.

En décembre 2001, le PS subit une écrasante défaite aux élections municipales (perte de quatorze municipalités, dont Lisbonne, Porto et Coimbra). António Guterres présente la démission du gouvernement, ce qui provoque des élections législatives anticipées en mars 2002 ; celles-ci sont remportées par le PSD, qui n’obtient pas cependant la majorité absolue. Le président du parti, José Manuel Durão Barroso, forme alors un gouvernement de coalition avec le Centre démocratique et social-Parti populaire (CDS-PP, nouveau nom du CDS depuis la restructuration de 1993), qui restera en place jusqu'en 2004. Cependant, les premiers signes de crise commencent à se faire sentir, notamment par l'augmentation du déficit public (4,4 p. 100 du PIB en 2003). Le respect du Pacte de stabilité et de croissance adopté par l’UE en 1997 contraint le Portugal à mettre en œuvre des mesures structurelles : augmentation de la TVA, gel des salaires dans la fonction publique et réduction du nombre de fonctionnaires, baisse des investissements publics, vente du patrimoine immobilier de l’État et nouvelles privatisations. Cette politique d’austérité se révèle très impopulaire. La contestation sociale reprend autour de la réforme du système d’enseignement et de l’augmentation des droits de scolarité, des réformes du Code du travail (qui consacre les « acquis de la Révolution ») et de la sécurité sociale (plafonnement des cotisations aux régimes complémentaires de retraite, réduction des montants des allocations familiales et des indemnités de maladie).

Sur le plan international, le Premier ministre s’inscrit dans la continuité de la politique atlantique d’alignement sur les alliés traditionnels que représentent les États-Unis et le Royaume-Uni. Ainsi, en mars 2003, il accueille aux Açores le sommet de Lajes, lors duquel les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Espagne décident d’intervenir militairement en Irak. Jouant le rôle d’hôte, Durão Barroso cherche à éviter la marginalisation du Portugal par Washington et à contrer l'influence espagnole. Mais la politique extérieure portugaise balance entre l’atlantisme prôné par le Premier ministre et l’européisme de l’axe franco-allemand, défendu par les socialistes.

En juillet 2004, Durão Barroso démissionne du gouvernement pour présider la Commission européenne. Il est remplacé par Pedro Santana Lopes, membre historique du PSD. Ce choix est fortement contesté par plusieurs secteurs de la société. La forte instabilité politique et les scandales (erreurs graves dans la procédure de nomination des enseignants, atteinte à la liberté de presse) décident le président de la République Jorge Sampaio (1996-2006) à dissoudre l’Assemblée et à convoquer des élections anticipées pour février 2005. À l’issue de celles-ci, le PS obtient la majorité absolue et José Sócrates est nommé Premier ministre (2005-2011). Il s’engage sur la « rigueur, la transparence et la vérité des comptes publics ». Pour relancer l’économie, il prône un ambitieux plan de réformes structurelles, le Programme de stabilité et de croissance (PEC), dont les piliers sont la réforme de l’administration publique et de la sécurité sociale, la maîtrise des dépenses publiques et le développement technologique. Mais il est rapidement rattrapé par le déficit public (6,2 p. 100 du PIB en 2005) et contraint de prendre des mesures plus immédiates : hausse de la TVA et gel des carrières des fonctionnaires. Certaines réformes suscitent une contestation particulièrement forte, notamment celle de la justice (refondation de la carte judiciaire) et de l’éducation (évaluation des enseignants), ainsi que la création de la « bourse des surnuméraires » pour gérer les affectations des fonctionnaires excédentaires. Cependant, d’autres mesures restent emblématiques de son gouvernement, telles que la simplification de la procédure de création d’entreprises (empresa na hora) et la légalisation de l’avortement à la suite du référendum de 2007. Durant cette période, la politique extérieure portugaise s’oriente vers un troisième axe : l’Afrique lusophone et le Brésil. Le Portugal s'investit dans le développement de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP), dont l'idée remonte à 1983, mais qui ne prendra forme officiellement qu'en 1996. La CPLP compte neuf pays membres et dix pays observateurs non lusophones, et s'affirme sur le plan de la politique internationale dans la mesure où elle est perçue comme un instrument diplomatique par les pays membres.

Jorge Sampaio, 2003

Jorge Sampaio, 2003

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Élu président du Portugal en 1996 et réélu en 2001, Jorge Sampaio est ici en conférence de presse à Montevideo, lors d'une rencontre avec son homologue uruguayen Jorge Battle, en 2003. 

Crédits : Getty

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José Socrates et José Manuel Durão Barroso, 2007

José Socrates et José Manuel Durão Barroso, 2007

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José Manuel Barroso (à droite), président de la Commission européenne, en entretien avec José Socrates, le Premier ministre portugais, lors du dernier Conseil européen, sous la présidence portugaise, de l'année 2007. 

Crédits : Commission européenne

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Crise économique et austérité

En 2008, la hausse du taux directeur décidé par la Banque centrale européenne (BCE), puis les crises des subprimes et de la dette souveraine plongent les économies les plus vulnérables dans une profonde dépression. Le Portugal se retrouve au bord de la faillite. Le gouvernement socialiste de Sócrates se résigne à demander l'assistance financière de l'Union européenne en mars 2011 et à négocier avec la Commission un programme d'ajustement. Le rejet des mesures d’austérité par le Parlement provoque l’organisation, en juin 2011, d’élections anticipées qui sont remportées par le PSD de Pedro Passos Coelho (2011-2015). Le nouveau gouvernement de centre droit accepte de respecter les conditions du plan de sauvetage financier, signé par le précédent gouvernement avec l’UE en mai, qui octroie à Lisbonne un prêt de 78 milliards d’euros. Le Portugal doit consolider son budget, stabiliser son système financier et réaliser d’ambitieuses réformes structurelles. Ce programme d’assistance est exécuté sous le contrôle des représentants de la « troïka » – Commission européenne, FMI et BCE. L’assainissement de l'économie entraîne la hausse du chômage, du travail précaire, des bas salaires et de l’émigration. Par ailleurs, la réduction du déficit et des dépenses publiques s'effectue au prix de coupes dans les salaires, les retraites, les allocations et les aides sociales, et d’une augmentation des impôts. Ces réformes structurelles et cette politique d’austérité touchent particulièrement les classes moyennes. Le malaise social est profond et la contestation reprend : de 2007 à 2013, le Portugal connaît six grèves générales. Pour la seule année 2012, les chiffres officiels comptabilisent trois mille manifestations. Cependant, à l’image de la période révolutionnaire, l’agitation reste circonscrite à Lisbonne et à Porto, touchant de manière résiduelle le reste du pays. Malgré l’ampleur des impacts socio-économiques, le mouvement contestataire au Portugal s’inscrit dans une démarche de protestation et de revendications. Contrairement à l’Espagne, il n’investit pas l’espace politique, où les formations traditionnelles restent dominantes. Si le mouvement syndical, autrefois puissant, est en perte de vitesse (le taux des travailleurs syndiqués se situerait entre 15 et 19 p. 100 dans le secteur public et à 9 p. 100 dans le privé), son rôle reste central dans la concertation sociale et l’encadrement des mouvements sociaux. Cependant, le gouvernement néolibéral de Passos Coelho va au-delà des mesures négociées avec la troïka en libéralisant davantage l’économie ; il tente de justifier des mesures néolibérales impopulaires, telle la réduction des indemnités de licenciement, en les présentant comme imposées par les créanciers. Le bilan du programme d’ajustement, achevé en mai 2014, montre que les réformes et les mesures d’austérité n’ont pas donné de résultats à la hauteur des sacrifices endurés par le pays. La croissance économique reste médiocre et la dette exponentielle.

Quant au système politique, la crise économique n’a pas mis à mal sa stabilité, prouvant ainsi la maturité de la démocratie portugaise. Le gouvernement de centre droit parvient à se maintenir jusqu’à la fin de la législature, avec le soutien du président de la République, Aníbal Cavaco Silva (2006-2016). Lors des élections suivantes, en octobre 2015, le PSD arrive en tête mais perd sa majorité. La gauche, qui rassemble le PS, le Bloc de gauche (BG, issu de diverses formations de la gauche radicale), le PCP et les Verts, ouvrant la voie à une solution inédite d’un large rassemblement à gauche, devient majoritaire au Parlement. Malgré sa résistance initiale, le président de la République finit par valider la formation du gouvernement mené par le socialiste António Costa, rendue possible par le pacte de gouvernement passé avec le BG et le PCP. Costa s’engage à enrayer la dégradation des conditions de vie de la population et à prendre plus fermement position face aux créanciers et à l’orthodoxie allemande de contrôle du déficit. L’élection à la présidence de la République, en janvier 2016, du social-démocrate Marcelo Rebelo de Sousa rétablit la traditionnelle cohabitation gauche-droite, dont la seule exception a eu lieu de 2011 à 2015. Marcelo Rebelo de Sousa imprime un style personnel à la fonction présidentielle qu'il revitalise. L'entente cordiale avec le gouvernement socialiste et la relation de proximité engagée avec la population ont apaisé les tensions et favorisé la stabilité politique et institutionnelle. Un autre volet de la politique présidentielle est l'affirmation de la crédibilité et du prestige du Portugal dans le monde grâce à la multiplication des contacts internationaux et à la création de voies de dialogue complémentaires à celles du gouvernement. Toutefois, les axes privilégiés de la politique extérieure portugaise demeurent l’ancrage à l’Europe, la participation à l’OTAN et l’approfondissement de la CPLP. Mais les incertitudes qui continuent à peser sur l’économie peuvent laisser craindre aux Portugais un avenir parsemé d’embûches, malgré les signes timides de reprise et la sortie du Portugal de la procédure de déficit excessif en mai 2017.

—  Cristina CLIMACO

Art

L'art roman et l'art gothique

La rencontre de deux courants de civilisation dans la péninsule Ibérique, celui des Wisigoths arrivés au ve siècle et celui des Arabes dont l'invasion date du commencement du viiie siècle, a produit une civilisation originale, moçarabe, dont l'architecture religieuse du futur territoire portugais porte témoignage, particulièrement à l'église de Lourosa, près de Lamego, dans le nord du pays, datée de 912. Il faut y chercher une des sources autochtones du style roman bientôt implanté dans cette région du Portugal sous l'influence d'un courant français transmis par les moines de Cluny qui, jalonnant la route de Saint-Jacques-de-Compostelle, dominaient alors le nord-ouest de la Péninsule. Le premier grand monument portugais, la cathédrale de Braga (fondée par saint Gérald, évêque français, au commencement du xiie siècle), reprend le schéma compostellien, l'adaptant aux fonctions d'une église métropolitaine. La cathédrale de Porto (fondée par l'évêque Hughes, Français lui aussi), celles de Coimbra et de Lisbonne obéissent à la même typologie générale ; mais il faut remarquer que les monuments de Braga et de Coimbra sont à l'origine de deux courants régionaux que les matériaux mêmes du pays aident à caractériser : le granit dur et grossier propre à une architecture rurale au décor fruste, le calcaire servant une inspiration plus urbaine à laquelle il offrait une plasticité raffinée. C'est dans la première zone, terre romane par excellence, que l'on trouve les meilleurs exemples d'un art rude qui a imprimé à une syntaxe et à un vocabulaire importés des valeurs sémantiques originales, où pointent des qualités populaires ; on arrivera à y voir un style national qui, passant par le rare exemple de la Domus municipalis de Bragance, déterminera certaines structures du réveil nationaliste de la fin du xixe siècle.

Dernier grand monument de l'époque, la cathédrale d'Évora (1195), dans le sud du pays où les chantiers se sont ouverts plus tard, marque déjà la transition vers le gothique, tout comme le monastère d'Alcobaça (1172 ; église, 1252 ; cloître 1308), inspiré de Clairvaux, qui couronne la grande activité architecturale des Cisterciens au Portugal. Si, dans ce pays, « l'époque romane est l'époque des cathédrales, la période gothique est celle des grandes abbayes » (M. T. Chicò). Les ordres mendiants, les Franciscains surtout, ont beaucoup construit dans le centre et le sud du pays, où le style roman n'avait pas pris racine. De Saint-François de Santarém (xiiie s.) à Saint-François d'Évora (xve s.), l'évolution du gothique portugais, dépendant à la fois de l'art du nord de l'Europe et de celui de la Méditerranée, peut être ponctuée par des monuments où un goût national a du mal à se réaliser ; avec l'église des Augustins de Sainte-Marie-de-la-Grâce, à Santarém (fondée en 1380), on voit dans le souple traitement de l'espace intérieur se définir, bien que modestement, une conception particulière du gothique. Sept ans plus tard, le roi Jean Ier fait bâtir le plus célèbre monument portugais de l'époque, le couvent dominicain de Sainte-Marie-de-la-Victoire à Batalha, en commémoration de la victoire sur les Castillans qui, cette année même, avait sauvé l'indépendance du pays. Batalha, l'un des plus importants ensembles gothiques de l'Occident, projeté par Afonso Domingues (1387-1402) et continué par le Français Huguet ou Ouguet (1402-1438), influença tout un cycle de constructions, dont celle du carmel de Lisbonne (1393-1423), lié aussi au grand élan national de l'indépendance assurée, dans un royaume dont les structures sociales changeaient. Et c'est également dans les chantiers de Batalha que paraissent vers le commencement du xvie siècle quelques-unes des premières expressions symboliques du style « manuélin ».

C'est bien sûr dans le cadre des monuments romans et gothiques que la peinture médiévale s'est développée, mais il ne reste presque rien des fresques qui couvraient ces églises. Les vestiges qui ont subsisté (Braga, Bravães, xive s.) nous mettent en présence d'une peinture rude et fruste, naïvement inspirée d'exemples toscans et espagnols du Sud. Un progrès, certainement dû à des artistes italiens, se décèle pourtant au xve siècle (Saint-François, à Porto ; tribunal de Monsaraz), et cela attire l'attention vers une circulation d'artistes qui s'amorce à partir du règne de Jean Ier, le fondateur de Batalha (Antonio Florentin au Portugal ; Álvaro Pires d'Évora en Toscane). Servie également par des peintres italiens dont on ignore les œuvres, la nouvelle cour vit arriver en 1428 Jan Van Eyck, venu faire le portrait d'une jeune princesse portugaise. Un mariage princier et le développement des échanges commerciaux lieront désormais le Portugal et la Flandre et produiront, sur le plan artistique, un style « luso-flamand » qui connaîtra son apogée au cours du premier tiers du xvie siècle.

Dans le domaine de l'enluminure, le goût national suit à peu près la même voie ; si l'Apocalypse de Lorvão (1189) et le Livre des oiseaux (œuvres bénédictines) définissent une situation graphique originale dans le cadre roman, la Chronique générale d'Espagne (1344) trahit l'influence méditerranéenne, ainsi qu'un siècle plus tard la célèbre Bible des Hiéronymites, commandée à l'atelier des Attavanti. L'influence germanique se fait jour à travers le Livre du Armeiro-Mor (1509) du Français Jean Du Cros et l'influence flamande (due surtout à Antonio de Holanda) alterne avec celle des Italiens, au long d'un xvie siècle archaïsant.

L'influence flamande est lisible dans le chef-d'œuvre de la peinture portugaise : le Polyptyque de Saint-Vincent, ensemble de tableaux du troisième quart du xve siècle attribué à Nuno Gonçalves, peintre du roi Alphonse V ; malgré les multiples hypothèses avancées depuis 1910 sur l'identité des quelque soixante personnages représentés, on ignore encore aujourd'hui la date exacte et la signification sociale de cette œuvre. Il s'agit pourtant de « la plus grandiose peinture d'histoire contemporaine que les primitifs nous aient laissée » (Ch. Sterling), exprimant « un réalisme aussi haut que celui de Van Eyck et de Van der Goes » (Élie Lambert). Vénération à saint Vincent, patron du royaume, de la part d'un roi engagé dans les campagnes d'Afrique, ou à l'infant martyr, dom Fernando, mort en captivité à Fez à la suite d'un échec de l'armée portugaise devant Tanger, consécration de la nation au Saint-Esprit, passage des pouvoirs du récent dom Pédro au jeune roi Alphonse V, autant d'hypothèses d'interprétation d'un ensemble pictural qui représente un panorama de la société portugaise, avec sa cour, ses princes, ses guerriers et ses évêques, les magistrats, la bourgeoisie, le peuple, les ordres monastiques, la minorité juive. Engagés sans nul doute dans une cérémonie nationale au contenu symbolique, ces groupes sociaux sont figurés dans le cadre de la réalité d'une nation saisie à un moment crucial de son évolution et essayant de se donner une organisation « moderne ». Le polyptyque (qui n'est sûrement qu'une partie d'un grand autel) assume ainsi la valeur d'un document unique soit sur le plan iconographique, soit sur le plan proprement artistique, car sa qualité picturale et la profondeur psychologique de ses portraits font atteindre l'essentiel de la société concernée. Le caractère flamand de son schéma figuratif est évident : son espace irréel, de « boîte fermée » ou de « tableau vivant », sa palette même dénoncent des influences sinon un apprentissage auprès des maîtres des anciens Pays-Bas, aux côtés desquels il faut placer historiquement Nuno Gonçalves. On ignore pourtant tout de la biographie de celui-ci, bien qu'on ait proposé l'hypothèse d'un long séjour à Bruges. Figure isolée dans la vie artistique portugaise, entre la génération du chroniqueur Fernão Lopes et celle du dramaturge Gil Vicente, participant comme eux à deux goûts et à deux mentalités, ceux du Moyen Âge et de la Renaissance, l'auteur du célèbre polyptyque n'a pas fait école dans un pays lancé pourtant sur la voie des découvertes et de l'expansion – ce qui n'est pas sans poser le problème d'une culture manquant d'imagination visuelle.

Renaissance et baroque

La peinture de thèmes religieux continua par la suite à subir l'influence flamande, et nombreux furent les achats de panneaux faits en Flandres où le comptoir portugais, transféré de Bruges à Anvers en 1499, connaissait le développement le plus grand grâce à l'afflux des marchandises venant de l'Orient. Frère Carlos et Francisco Henriques sont deux peintres flamands venus s'installer au Portugal, où le second épousa la sœur du peintre Jorge Afonso, chef de l'atelier le plus important de Lisbonne, mais dont l'œuvre ne peut encore être identifiée avec certitude. La structure familiale de l'atelier d'Afonso permet d'ailleurs d'établir des rapports directs entre les peintres de la première génération du xvie siècle : Gregorio Lopes (gendre du maître), Garcia Fernandes et Cristóvão de Figueiredo (mariés à deux de ses nièces) et Cristóvão Lopes, fils de Gregório, représentant déjà une autre génération. Il faut ajouter à ceux-ci le nom de Vasco Fernandes, « Grão Vasco », actif à Viseu et qui fut longtemps tenu pour le « père de la peinture primitive » portugaise. S'inspirant directement de gravures flamandes, tous ces peintres (et de nombreux « maîtres » locaux qu'on ne distingue pas toujours avec précision) produisent une peinture archaïsante ; ils sont encore touchés par une mentalité gothique qui a du mal à comprendre les valeurs humanistes de la Renaissance et subissent passivement les règlements des corporations qui imposent des canons stricts que le code iconographique de la Contre-Réforme n'a pas reniés. Seul Francisco de Holanda, peintre et architecte, en relation avec Michel-Ange, défend vers le milieu du siècle un art italianisant, dont il reste le théoricien sans écho. Le maniérisme qu'il prônait, déjà connu indirectement à travers les peintres du domaine septentrional, fut alors pratiqué par des artistes médiocres (Diogo Teixeira, Simão Rodrigues) dans le cadre de la peinture religieuse. Seul le portrait de dom Sébastien (de Cristóvão de Morais), prince maniériste par excellence, manifeste alors une authenticité intérieure – tout comme la poésie lyrique de Camões, mort en pleine crise politique, lorsqu'en 1580 Philippe II d'Espagne s'empara du pouvoir. António Moro et Sánchez Coello au cours de séjours en Portugal y introduisirent un nouveau goût du portrait, que la domination espagnole accentua, dans une voie naturaliste et baroque ; Domingos Vieira en a laissé de remarquables exemples.

Si la peinture portugaise du commencement du xvie siècle a assumé difficilement le nouvel esprit de la Renaissance, de même l'architecture a réagi d'une façon particulière. En effet, le style manuélin (du nom du roi Emmanuel le Bienheureux, souverain d'un pays qui venait de découvrir la route maritime des Indes et le Brésil) traduit, au-delà de ses formes symboliques ou emblématiques, la résistance que le gothique opposait à la Renaissance. Proposé par l'architecte français Boitac dès 1494 (église du monastère de Jésus à Sétúbal ; cloître des Hiéronymites à Lisbonne, 1502), ce style imaginatif défini surtout par le décor, sans innovation de structures, fut ensuite développé par le Biscaïen J. de Castillo, auteur des magnifiques portails des Hiéronymites et du couvent du Christ, à Tomar, et par les frères Francisco et Diogo Arruda, bâtisseurs respectivement de la célèbre tour de Belém (1515-1520), devenue l'emblème de Lisbonne, et de l'église du couvent de Tomar (siège de l'ordre intéressé dans l'entreprise héroïque et commerciale des découvertes), dont la fameuse fenêtre symbolise ce programme stylistique dans lequel on déchiffre l'iconographie de la grande aventure océanique. Mateus Fernandes, de son côté, fut chargé par le roi Emmanuel en 1504 de terminer, au couvent de Batalha, œuvre du fondateur de sa dynastie, la chapelle mortuaire (restée inachevée ; d'où son nom de capela imperfeita), où son tombeau sera érigé auprès de celui d'Henri le Navigateur. Ainsi le grand monument national ferme logiquement, sur une admirable œuvre manuéline, le cycle commencé dans le cadre du gothique final. Deux sculpteurs français, Nicolas Chantereine (venu du cercle du cardinal d'Amboise) et Jean de Rouen, ont fourni à la période manuéline la sculpture qu'il lui fallait pour ne pas oublier ses rapports formels avec la Renaissance franco-italienne (tombeaux, portail des Hiéronymites).

Tour de Belém à Lisbonne (Portugal)

Tour de Belém à Lisbonne (Portugal)

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Édifiée au début du XVIe siècle pour défendre l'accès au port de Lisbonne, le Restelo, la tour fortifiée de Belém, mêle le répertoire décoratif de l'art manuélin (croix de l'Ordre du Christ et sphères armillaires) aux ornements d'inspiration mauresque, témoignant des liens... 

Crédits : Insight Guides

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Si Andrea Sansovino est venu travailler au Portugal, il a dû se plier aux goûts nationaux en des travaux dont il ne reste pas de trace ; le romanisant Francisco de Holanda n'était certainement pas écouté, et les vestiges de la première Renaissance sont fort rares dans le pays, malgré l'usage qu'on ne manquait pas de faire des traités de Serlio. Ce fut le maniérisme qui triompha au Portugal, vers le milieu du siècle. Il s'était manifesté dans l'abside de l'église des Hiéronymites dès 1545. Si le couvent de Tomar eut un magnifique cloître dessiné par l'Espagnol Torralva en 1557, Lisbonne eut bientôt (plans approuvés en 1590) sa plus belle église, Saint-Vincent-hors-les-Murs, et son palais royal – œuvres d'un architecte italien au service de Philippe II d'Espagne devenu roi du Portugal, Filippo Terzi, que Herrera dirigeait de Madrid. L'impressionnante façade de l'église jésuite des Grilos, à Porto (Baltasar Álvares, 1614-1622), ou l'église inachevée, de Sainte-Engracia, à Lisbonne (João Antunes, commencée en 1682) accusent le passage de l'influence maniériste à celle d'un goût baroque imposant auquel le roi Jean V réserva le meilleur accueil. Monté sur le trône en 1706, le jeune roi mit bientôt le produit des mines d'or brésiliennes qu'on venait de découvrir au service d'une certaine idée de la royauté empruntée au Roi-Soleil. S'il a dû abandonner le programme fastueux d'un palais royal ébauché par Juvara, il n'a pas cessé d'agrandir depuis 1717 un majestueux palais-couvent bâti à Mafra par un Allemand italianisé, J. F. Ludovice – œuvre « plus grande que le pays lui-même », qui traduit à la fois l'ambition du jeune monarque et les limites de son goût. L'embellissement du palais royal et surtout de sa chapelle promue église patriarcale de Lisbonne fut la principale préoccupation de Jean V qui parachèvera son action de mécène en faisant venir de Rome en 1747 une précieuse chapelle entièrement composée par Vanvitelli (Saint-Roch, Lisbonne). Client assidu de Mariette et de Thomas Germain, le roi, surnommé « très fidèle » par le pape, donnait l'exemple d'une vie de cour ouverte à de nouveaux besoins culturels définis à Paris. Cependant, autour de lui, la noblesse, la bourgeoisie, les très nombreux couvents ne bâtissaient ni ne collectionnaient. Les grands hôtels particuliers étaient à moitié vides, et l'azulejo et la talha (« peinture et sculpture du pauvre ») remplaçaient la peinture et la sculpture inexistantes. Ces carreaux de faïence tapissant les murs jusqu'à mi-hauteur, sur lesquels on copiait des gravures hollandaises dans des cadres baroques, et cette sculpture en bois qui habillait d'or l'intérieur des églises les plus modestes constituent pourtant les créations les plus considérables de l'art portugais de la première moitié du xviiie siècle, selon une tradition que le goût baroque du siècle précédent avait déjà enrichie. Un peintre français mort très jeune, Quillard, un peintre portugais formé à Rome, Vieira Lusitano, un sculpteur italien Giusti, quelques graveurs français sont les artistes sur lesquels on pouvait alors compter ; ils satisfaisaient somme toute aux besoins factices d'une cour qui, la plupart du temps, se contentait de peintres capables de décorer ses carrosses (aujourd'hui conservés à Lisbonne).

Azulejos baroques de la Quinta do Lumiar

Azulejos baroques de la Quinta do Lumiar

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Jardin aux azulejos baroques de la Quinta do Lumiar, à Lisbonne. Milieu du XVIIIe siècle. 

Crédits : Bildarchiv Monheim/ AKG

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De l'esthétique des Lumières à l'art contemporain

Le 1er novembre 1755, Lisbonne, ville d'un quart de million d'habitants, fut détruite par un tremblement de terre d'une ampleur jamais enregistrée et dévorée par un incendie monstrueux. Dix mille morts, des pertes incalculables, la terreur, la misère, mais aussi une réaction étonnante qui conduisit à la reconstruction, voire à la « re-création » de la capitale disparue. Jean V était mort depuis cinq ans, et son fils Joseph Ier (qui venait de s'offrir un luxueux Opéra proche du palais royal) a pu alors compter sur un ministre décidé, le marquis de Pombal, qui, dans le cadre du « despotisme éclairé » adapté aux besoins du Portugal, osa faire bâtir une ville nouvelle, établie comme une scène pour y faire jouer ses réformes de structure. Un plan strictement géométrique traduit, dans le domaine de l'urbanisme, la pensée esthétique et sociale des Lumières : le programme des travaux ainsi que la méthode employée et les procédés de construction s'accordent dans une entreprise considérable qui n'a pas son pareil en Occident et qui constitue, avec le Polyptyque de Nuno Gonçalves, une des créations majeures du génie portugais dans le domaine plastique.

Œuvre de trois ingénieurs militaires travaillant en équipe (Manuel da Maia, Carlos Mardel et Eugénio dos Santos), la régularité du réseau urbain est servie par la monotonie fonctionnelle des façades. Seules les églises brisent la règle utilitaire, coupant de leur dessin discrètement baroque une continuité stylistique baptisée « pombaline » qui tend vers le néo-classique et qui s'ennoblit dans la magnifique place du Commerce, ex-place Royale, au bord du Tage. On retrouve un écho de ce programme à Porto où une situation moins radicale est compensée par une conscience stylistique plus érudite, grâce à l'influence de la colonie britannique qui suscitera la formation d'une « architecture du Port-Wine » d'allure néo-palladienne.

Goût urbain spécifique, lié à une bourgeoisie sur laquelle le gouvernement pombalin s'appuie, le courant néo-classique (qui s'imposera en 1792 au nouvel Opéra de Costa e Silva, et en 1802 au nouveau palais royal de Costa e Silva et de F. X. Fabri, resté inachevé) est balancé par un courant baroque tardif, responsable du château de Queluz « sans-souci » princier (Mateus Vicente, commencé en 1748), qui connaît son dernier éclat à Lisbonne, à la basilique d'Estrela (1776-1789, Mateus Vicente et Reynaldo Manuel), et qui s'épanouit dans le nord du pays grâce surtout à l'activité de l'architecte toscan Niccoló Nasoni dans les manoirs d'une vieille noblesse agraire.

Château de Queluz, Portugal

Château de Queluz, Portugal

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Façade sud et fontaine de Neptune, château de Queluz, Portugal. Architecte : Mateus Vicente. 

Crédits : Bridgeman Images

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Salle du Trône, palais de Queluz

Salle du Trône, palais de Queluz

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Salle du Trône, palais de Queluz (Portugal). 

Crédits : Bridgeman Images

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Chambre royale, palais de Queluz

Chambre royale, palais de Queluz

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Chambre royale, palais de Queluz (Portugal). 

Crédits : Bridgeman Images

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La reconstruction de Lisbonne a été servie par des peintres de talent moyen. Pedro Alexandrino, trop sollicité, est assez médiocre, et seule la fin du siècle a vu agir deux artistes formés à Rome, Sequeira et Vieira Portuense, partagés entre un goût baroque académique et un goût préromantique qui a mené Sequeira, exilé libéral, à exposer au Salon de Paris de 1824 une composition « moderne » (disparue) dont le sujet, la mort de Camões, traduisait à la fois une nouvelle idéologie sentimentale et un nouveau goût esthétique que le peintre vieilli ne sut d'ailleurs pas exprimer. Les sculpteurs contemporains Joaquim Machado de Castro, auteur de la statue équestre de la place du Commerce, et J. Aguiar, disciple de Canova, appartenant à deux générations successives, marquent logiquement une position baroque et une position néo-classique.

Le régime libéral, implanté après une guerre civile terminée en 1834, s'identifia avec le romantisme en littérature et en art. La découverte de la nature (Anunciação, Cristino), des mœurs populaires (Leonel), de la peinture d'histoire (Metrass) et du portrait d'une nouvelle aristocratie bourgeoise née avec le capitalisme à l'époque des crinolines (Meneses) détermine l'imagerie de cette période qui a vu ériger des monuments à Camões et à dom Pedro, le roi libéral, et plusieurs hôtels particuliers, les meilleurs étant dus à un décorateur de l'Opéra, l'Italien Cinatti. En même temps, les façades de Lisbonne et de Porto se couvraient d'azulejos qui animaient de leurs reflets l'espace urbain, décor dont l'originalité doit être soulignée. Un théâtre national néo-classique, projeté par l'Italien Filippo Lodi en 1842, définit la perspective des Lumières du romantisme portugais ; mais, déjà, le prince consort Ferdinand de Cobourg bâtissait dès 1839 sur la montagne de Sintra, paradis byronien, un château délirant, qui est un des monuments les plus réussis de son espèce. Résultat de l'adaptation des ruines d'un couvent manuélin, le château de Pena prouve également l'attention que le romantisme portugais portait au style revival qu'il a d'ailleurs baptisé.

Château de Pena, Cintra

Château de Pena, Cintra

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Château de Pena, Cintra (Portugal). Construit à partir de 1839 par Ferdinand de Cobourg. 

Crédits : 1tomm/ Shutterstock

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Une nouvelle génération de peintres naturalistes s'est définie vers 1880, après un séjour à Paris, où, ignorant l'expérience impressionniste, elle avait adopté les schémas de l'école de Barbizon (Silva Porto). Cela n'en constitua pas moins une révolution dans la peinture portugaise, et J. Malhoa rendit fort populaire auprès d'une bourgeoisie en proie à la nostalgie de valeurs rurales ses scènes de mœurs et ses anecdotes sentimentales. À l'autre extrémité de l'expression réaliste, Columbano proposa à une couche sociale plus raffinée les portraits douloureux d'intellectuels « vaincus de la vie », à un moment de crise nationale vers la fin du xixe siècle – images fantasmagoriques issues d'une analyse lucide et mélancolique, menée sans pitié. Mais c'est le frère de Columbano, Rafael Bordalo Pinheiro, qui fournit à la société portugaise tout entière son image la plus significative, à la fois romantique et réaliste : le « Zé Povinho » (« Zé Va-nu-pieds »), figure créée en 1875 et présente encore plus d'un siècle plus tard. Souffre-douleur de l'oligarchie bourgeoise, personnage naïf et malin, il sait rire des puissants, leur porter de terribles accusations et faire peser sur leur tête la menace d'une révolte sans cesse ajournée. Aux images de ces intellectuels tragiques, de ce peuple veule il faut ajouter le symbole de la saudade, cette statue d'un exilé pleurant sur le patrie distante, réalisée par Soares dos Reis à Rome en 1870 – la plus célèbre pièce de sculpture d'un pays qui cherche bientôt dans son passé roman une raison d'être nationale, dans le cadre d'un nouveau goût revivaliste.

Mais on s'est aussi demandé au commencement du xxe siècle si l'existence de la patrie ne devait pas être plutôt vérifiée dans des rapports directs avec la réalité moderne. Les futuristes furent les premiers, en 1915-1917, à réclamer tumultueusement « la patrie portugaise du xxe siècle », par le chœur des voix d'un poète au génie universel, Pessoa, d'un peintre, Amadeo, qui, à Paris, brûla les étapes de la création esthétique contemporaine (cubiste et abstrait en 1913, puriste en 1914, futuriste et dada en 1916) et d'un artiste complexe, Almada-Negreiros, poète futuriste, auteur du plus important ensemble de peintures de la première moitié du xxe siècle : les fresques des gares maritimes de Lisbonne, 1945-1949. Champion de l'idée de modernité dans l'art portugais, Almada-Negreiros est engagé dans une vertigineuse aventure poétique et « numérologique » qui l'amena à une définition mythique de la culture nationale et à la composition d'un poème graphique mural, Commencer (1969, fondation Gulbenkian, Lisbonne). Cette première génération du modernisme portugais ne fut vraiment suivie que plus tard, par la génération de l'après-guerre. Il s'agissait alors de réagir contre un art académique à peine modernisé pour des besoins à la fois cosmopolites et folkloriques, qui convenait à la politique de l'État nouveau (couronnée en 1940 par l'Exposition du monde portugais), et d'adopter d'abord les messages idéologiques d'un courant réaliste-socialiste critiquant la réalité politique du pays et ensuite les propositions surréalistes, autrement révolutionnaires. Le courant surréaliste (qu'Antonio Pedro et A. Dacosta avaient annoncé dès 1935-1940) l'emporta (Vespeira, Azevedo, Lemos) et déboucha dans une esthétique abstraite largement suivie. De nouvelles orientations de la peinture occidentale ont trouvé des échos au Portugal à partir des années cinquante – de la « nouvelle figuration » et du « pop art » (J. Rodrigo dès 1961) à l'« op art » et au « minimal art », toujours dans le domaine de la peinture, car la sculpture, à l'exception de J. Cutileiro, auteur des statues du roi Sébastien (Lagos, 1973) et de Camoens (Cascais, 1983), n'intéresse que peu d'artistes de talent. Il faut encore remarquer que plusieurs artistes, suivant l'exemple illustre de Vieira da Silva, partie en 1929, s'engagent dans un large mouvement migratoire et font carrière à Paris, à Londres, en Allemagne et au Brésil – situation que le changement de régime politique en 1974 a modifiée dans une certaine mesure.

—  José-Augusto FRANÇA

Langue

La langue

À l'exception du basque, tous les idiomes actuellement pratiqués dans la péninsule Ibérique sont d'origine latine. La différenciation remonte probablement au moment même de la romanisation, close en 19 avant J.-C., laquelle, partant de centres différents, a dû être représentée par divers usages latins. Les substrats linguistiques sur lesquels s'est implanté le latin ainsi que, plus tard, les invasions barbares et arabes avant les mouvements de reconquête chrétienne ont influé sur la formation des langues. Enfin, l'établissement des frontières politiques a créé des conditions socioculturelles favorables à leur développement indépendant.

Formation

Le mouvement galicien-portugais de reconquête chrétienne a joué un rôle très important dans la diffusion et la formation de la langue portugaise. C'est par ce mouvement, en effet, qu'a été répandue toute une série de traits linguistiques particuliers au nord-ouest de la Péninsule, qu'il s'agisse de traits innovateurs tels que la perte des -l-et -n-intervocaliques (ex. latin malu-> port. [portugais] mau « mauvais », latin luna > anc. port. [ancien portugais] lũa > port. lua « lune ») ou l'évolution des groupes consonantiques latins pl-, fl-, cl-, jusqu'à l'affriquée /ĉ/, plus tard réduite dans le portugais courant à la chuintante /š/ (ex. planu-> chão « plancher », flamma-> chama « flamme », clamare > chamar « appeler »), ou au contraire de traits conservateurs, notamment sur le plan lexical, tels que le maintien d'árvore « arbre » comme féminin ou la conservation de formes qui ailleurs se sont perdues (ex. atriu-> port. adro « parvis », culmu-> port. colmo « chaume », dominare > galic. domear « dominer », etc.). En outre, des recherches ethnolinguistiques ont démontré que le mouvement de reconquête chrétienne a également répandu progressivement dans le centre et le midi du pays des types d'araires d'origine septentrionale et certains mots issus de la même région. On sait cependant que le portugais, tel qu'il se présente après la reconquête chrétienne, n'est pas entièrement, ni même de façon prédominante, une langue d'origine septentrionale : on y trouve des traits propres aux idiomes du Centre et du Midi.

L'évolution du latin au portugais ayant été bien moins importante que celle qui a abouti au français, un Portugais d'aujourd'hui trouve beaucoup moins de difficultés à lire l'ancien portugais qu'un lecteur français confronté avec la langue de ses ancêtres. Non qu'il n'y ait pas eu d'évolution : en effet entre les premiers textes connus et ceux qui datent de la fin du Moyen Âge on constate toute une série d'emprunts, d'innovations et de développements internes qui ont façonné la langue et l'ont rendue progressivement plus apte à communiquer des messages de plus en plus élaborés. Grâce à l'activité culturelle de certains couvents, puis du Studium generale fondé en 1288 ou 1289, le latin a fourni au portugais de nombreux modèles, aussi bien d'ordre lexical que d'ordre syntaxique. L'influence des troubadours et de certains ordres monastiques se traduit dans des emprunts lexicaux au provençal et au français (ex. cor < prov. cor ; cós < prov. cors ; tenção < prov. tençon ; refrã < prov. refranh ; trova, trovar < prov. troba, trobar ; jogral, jograr < prov. joglar ; fraire, freire < prov. fraire ; monge < prov. monge ; vianda < prov. vianda ; manjar < fr. manger ; virgeu < prov. vergier ou fr. verger ; fol, folia < fr. fol, folie ; dama < fr. dame ; le suffixe -age, auquel correspondait déjà -ádego, < fr. -age, etc.).

Phonologie

Le phonétisme portugais se trouve dominé par un fort accent d'intensité, qui peut tomber sur l'une des trois dernières syllabes de l'unité accentuelle. Celle-ci est le plus souvent le mot (café « café », casa « maison », romântico « romantique », respectivement oxyton, paroxyton et proparoxyton), mais dans certains cas un seul mot comporte plus d'une unité accentuelle (feliz/mente « heureusement », sò/zinho « seul »). On peut définir la syllabe comme le segment phonique susceptible d'être précédé et suivi d'une pause (res-tau-ra-do-res « restaurateurs ») ; chaque syllabe comporte nécessairement une voyelle, qui peut être précédée et/ou suivie d'une ou de plusieurs consonnes (é « il est », és « tu es », « pied », pés « pieds », crê « il croit », cais « quai », quais « lesquels » où u et i représentent des consonnes). L'accent entraîne l'allongement de la syllabe où il tombe, dont la voyelle est alors prononcée en toute netteté, contrastant ainsi avec la brièveté des voyelles non accentuées, souvent réduites à une simple résonance sur les consonnes voisines, en particulier sur la précédente (par exemple, le phonème correspondant à o dans gato « chat » est le plus souvent réalisé sous la forme d'un arrondissement de t). La position de l'accent sert encore à identifier la structure des mots et permet éventuellement de distinguer entre des quasi-homonymes (partiram « ils partirent » et partirão « ils partiront » ne se distinguent que par la position de l'accent, la première forme étant paroxytonique et la seconde oxytonique).

Le système maximal d'oppositions vocaliques est attesté en syllabe accentuée, où le portugais de Lisbonne distingue huit phonèmes, définis par leur localisation (antérieure, centrale, postérieure) et par le degré d'ouverture (1, 2, 3, 4) : /i/ ant. ouv. 1 ; /e/ ant. ouv. 2 ; /ε/ ant. ouv. 3 ; /a/ centr. ouv. 4 ; /α/ centr. ouv. 2-3 ; /c/ post. ouv. 3 ; /o/ post. ouv. 2 ; /u/ post. ouv. 1. Les oppositions entre ces phonèmes, attestées en syllabe ouverte ou fermée par /S/, se neutralisent dans d'autres positions, que l'on ne saurait étudier ici. Parmi les syllabes non accentuées, il faut distinguer entre pré-accentuées et post-accentuées, et parmi ces dernières entre syllabe finale et syllabe non finale. Le nombre et le rendement des oppositions vocaliques varient avec la position de la syllabe par rapport à l'accent.

En ce qui concerne le système consonantique, le plus grand nombre d'oppositions est attesté en position intervocalique, pour laquelle on peut établir le tableau.

Système consonantique du portugais

Système consonantique du portugais

tableau

Système consonantique du portugais. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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En position initiale de mot se neutralise l'opposition entre les deux vibrantes, d'où l'archiphonème /R/, et les palatales sont rares. Comme finale de syllabe, on ne trouve que les archiphonèmes : latéral /L/ (sal « sel »), vibrant /R/ (mar « mer »), sifflant-chuintant /S/ (paz « paix »), nasal /N/ ( « laine », la nasalité sur la voyelle devant être interprétée comme une consonne), ainsi que /j/ (palatale non nasale non latérale : pai « père ») et /w/ (dorsale labialisée : pau « bâton »), ces deux phonèmes étant, tout comme /N/, susceptibles de précéder /S/ (pais, paus, lãs).

Les consonnes portugaises représentent dans le discours environ 53 à 54 p. 100 des phonèmes, contre 46 à 47 p. 100 pour les voyelles.

La grammaire

Le portugais distingue deux nombres (singulier et pluriel : gato, gatos) et deux genres (masculin et féminin : gato, gata). Pour le système verbal, on a six personnes (1re eu, 2e tu, 3e ele/ela, 4e nós, 5e vós, 6e eles/elas), trois temps (passé, présent, futur : parti, parto, partirei, de partir « partir »), quatre modes (indicatif, impératif, subjonctif, infinitif : parto, parte, parta, partir) et plusieurs aspects (inconclu : partia « je partais », conclu : parti « je suis parti », itératif : tenho partido « je suis parti [plusieurs fois, chaque fois, etc.] », habituel : parto « je pars [habituellement] », duratif : estou a escrever « je suis en train d'écrire », etc.) qui sont encore mal connus. On ne dispose pas encore d'une description structurale des pronoms : personnels (eu, me, mim ; tu, te, ti ; ele/ela, lhe ; nós, nos ; vós, vos ; eles/elas, lhes, pour les six personnes indiquées ci-dessus) ; possessifs (meu, minha ; teu, tua ; seu, sua ; nosso, nossa ; vosso, vossa ; seu, sua, tous susceptibles de pluralisation par -s et d'emplois adjectivaux : o meu livro « mon livre ») ; démonstratifs (este/esta/isto, esse/essa/isso, aquele/aquela/aquilo, masculins, féminins et neutres respectivement correspondant à « moi, toi, lui », les formes de masculin et de féminin pouvant être pluralisées par -s) ; relatifs (que « qui, que », qual « lequel, laquelle », ce dernier étant normalement précédé de o « le » et pluralisable : quais ; cujo/cuja « dont » masc. et fém. respectivement n'ont que des emplois adjectivaux) et interrogatifs (quem « qui », qual « lequel, quel », que « que », le premier toujours pronominal, les deux derniers pronominaux ou adjectivaux : quem ? « qui ? », qual ? « lequel ? », qual homem ? ou que homem ? « quel homme ? », que disseste ? « qu'as-tu dit ? »). Articles : défini (o/a « le, la », pl. os/as) et indéfini (um/uma « un, une », pl. uns, unas).

Il y a accord en nombre et en genre entre article, adjectif (épithète ou pronominal) et nom (o gato pequeno « le petit chat », estas gatas pequenas « ces petites chattes »). Il y a également accord entre nom et verbe (o gato morreu « le chat mourut », os gatos morreram « les chats moururent »).

L'expansion

À partir du xvie siècle, la Renaissance d'une part, l'expansion portugaise en Afrique, en Amérique et en Orient de l'autre ont eu des conséquences linguistiques importantes.

Le contact de l'élite intellectuelle avec les cultures classiques, dont les monuments littéraires sont devenus des modèles du bon goût, a conduit à l'imitation linguistique. Les emprunts lexicaux et syntaxiques du portugais cultivé au latin ont pris des proportions jusqu'alors inconnues et sans égales dans l'histoire de la langue (les Lusíades de Camões en constituent sans doute l'exemple le plus achevé). On exalte la langue et l'on s'efforce de démontrer son origine latine, ainsi que les ressemblances entre latin et portugais. Les premières grammaires portugaises sont publiées en 1536 et en 1540.

Si les emprunts dus à la Renaissance sont surtout d'ordre esthétique et littéraire, et ont donc peu pénétré dans la langue populaire, il n'en est pas de même de ceux qui découlent de l'expansion portugaise qui toucha toutes les couches de la population. À côté du soldat et du commerçant, on trouve sur les bateaux qui partent de Lisbonne des prêtres, des instituteurs, des nobles, des écrivains et des intellectuels. On estime qu'environ 70 000 Portugais partent en Orient entre 1500 et 1525, et que seulement un dixième en revient. À la même époque, sur les 100 000 habitants de Lisbonne, on compte quelque 10 000 Noirs.

Les mots d'origine orientale, brésilienne et africaine se multiplient en portugais et sont utilisés non seulement en littérature, mais aussi par la population. Certains ont subsisté jusqu'à nos jours ; un bon nombre passèrent ensuite du portugais au néerlandais, à l'anglais et au français.

La diffusion de la langue portugaise dans le monde fut une autre conséquence de l'expansion. Outre les nombreux emprunts faits au portugais par des langues diverses, dans les différentes régions où il a été parlé, on ne saurait oublier qu'il a été lingua franca en Orient, sur la côte occidentale d'Afrique (si ce n'est aussi sur la côte orientale) et sur les principales routes maritimes du xvie au xviiie siècle. Il paraît avoir également été la deuxième langue en importance au Cap durant lesxviie etxviiie siècles. Dans certaines régions, le portugais s'est tellement mélangé aux langues autochtones qu'il en est résulté des parlers créoles. On en trouve aux îles du Cap-Vert, en Guinée portugaise, dans les îles de São Tomé et du Príncipe, à Macao, en Inde portugaise, etc. Enfin, le portugais a remplacé au Brésil les langues indigènes, sur la plus importante partie du territoire, pour devenir la langue officielle du pays.

—  Jorge MORAÏS-BARBOSA

Littérature

Jusqu'au xiie siècle, les œuvres se transmettent oralement. Par la suite, des copistes les recueillent sur manuscrits.

Le Moyen Âge

Cette littérature, anonyme, dérive de trois sources, qui se mêlent sans toujours se confondre. Les cercles proches de la cour mettent à la mode une poésie galante et précieuse, influencée par les troubadours provençaux. Mais d'autres poèmes d'amour ont une origine populaire, qui se devine dans la naïveté de l'expression et le recours à des termes dialectaux : il s'agit essentiellement, face aux cantares de amor, des cantigas de amigo, qui sont censées être dites par une jeune fille en mal d'amour, pleurant l'absence de l'amigo (ou son infidélité), regimbant contre la stricte tutelle d'une mère abusive, ou la prenant pour confidente, afin de mieux lui donner le change ; le décor – fontaine, bord d'une rivière, rivage de la mer, chapelle d'un saint ou de la Vierge – atteste les origines telluriques de ce type de poésie, même si le jongleur, ou le troubadour, en a christianisé l'aspect, pour mieux l'accorder avec les préoccupations de son public. Cette double origine, aristocratique et populaire, se retrouve dans la poésie satirique – cantigas de escârnio e mal dizer –, que pratiquent des nobles raillant des vilains, ou des vilains insultant à la noblesse ; souvent salaces, voire obscènes, ces cantigas renseignent assez bien sur la vie quotidienne, à la ville ou aux champs.

L'histoire est d'abord le domaine des moines, dont les chroniques minutieuses, sinon exactes sont peu lues. L'histoire féodale, écrite par des nobles et à la gloire des rois et des barons, vient, à compter du xive siècle, concurrencer l'histoire ecclésiastique. La Crónica geral de 1344, attribuée au comte de Barcelos, comme deux des quatre Livros das linhagens (Livres de lignages) manifestent la tendance des rois à laïciser l'histoire à leur profit. La diffusion en langue castillane, au xive siècle, de la Crónica de Ahmed al-Razi, historien cordouan du xe siècle, révèle enfin le souci de faire connaître le point de vue de l'adversaire.

La poésie épique tient à l'histoire et plonge aux mêmes sources. On n'a pas conservé la plus ancienne de ces chansons de geste, qui a pour sujet la vie d'Afonso Henriques, premier roi de Portugal, constituée sans doute, à l'origine, de poèmes disparates ; mais la Crónica geral de 1344, la IVa Crónica breve de Santa Cruz et la chronique castillane (dite des Vingt Rois) en ont recueilli l'essentiel. Bien que l'incertitude subsiste quant à la langue de l'original, l'orientation du récit, favorable à Afonso Henriques et hostile aux Castillans, ainsi que plusieurs détails géographiques, qui révèlent une connaissance approfondie de la province de Coimbra, donnent à penser qu'il a été rédigé en portugais.

Les chroniqueurs

En créant vers 1418 la charge de cronista mor (historiographe officiel) en faveur de Fernão Lopes (1380 env.-1460 env.), Jean Ier, fondateur de la seconde dynastie, faisait un choix heureux. Reprenant la Crónica geral de 1344, Lopes nous a laissé (d'ailleurs inachevées) les chroniques des rois de Portugal (depuis Henri de Bourgogne, père d'Afonso Henriques, jusqu'à Alphonse IV) ainsi que d'autres chroniques.

Témoin des événements qui suivent la montée sur le trône de Jean Ier, il prend lui-même parti pour la nouvelle légitimité, contre la Castille qui s'appuie sur l'Église et la noblesse d'épée. D'où certains accents d'anticléricalisme et quelque souffle démocratique. Mais ce passionné est doublé d'un artiste qui sait peindre les mouvements de foule et traduire les sentiments populaires. Gomes Eanes de Zurara qui lui succède dans la charge de cronista mor est de moindre talent, mais beaucoup plus conformiste et courtisan. Ses œuvres, notamment sa Crónica do descobrimento e conquista da Guiné, exaltent Henri le Navigateur et quelques familles de grands seigneurs ; elles s'inscrivent dans la tradition aristocratique des Livres de lignages du siècle précédent. Le nouvel historiographe Rui de Pina (1440-1522) manifeste, dans ses chroniques d'Alphonse V et de Jean II, plus d'indépendance que son prédécesseur, et rappelle Fernão Lopes. Sa Crónica de D. Duarte est sévère pour Henri le Navigateur : ce qui a fait croire – peut-être avec raison – que F. Lopes en est l'auteur, ou tout au moins l'inspirateur.

À côté des chroniqueurs royaux, on note une abondante historiographie seigneuriale, où se détache la Chronique du Connétable de Portugal (D. Nun'Álvares Pereira, le vainqueur d'Aljubarrota). Écrite entre 1440 et 1450, elle fut un temps, mais à tort, attribuée à Lopes. Le héros dont elle relate la vie et les exploits y est peint avec sympathie, mais sans complaisance.

Poésie amoureuse et épopée

Vers la fin du xive siècle, la poésie de cour, en honneur sous le roi Denis, se réfugie en Castille avec la noblesse exilée, pour refleurir sous les règnes d'Alphonse V, de Jean II et de D. Manuel. Ce sont les œuvres produites à cette période ainsi que les poèmes portugais écrits en Castille qui forment le fond du Cancioneiro compilé par Garcia de Resende, et publié à Lisbonne en 1516. L'essentiel de cet ouvrage consiste en courtes pièces écrites en pentasyllabes ou heptasyllabes, et glosant sur un refrain donné (vilancetes, cantigas), ou d'inspiration plus libre (esparsas), mais ayant toutes pour thème les tourments, les surprises ou les inconséquences de l'amour. Le Cancioneiro gerai comprend également des poèmes satiriques ou même des farces, avec des dialogues et un embryon de mise en scène, préfigurant le théâtre de Gil Vicente, lui-même collaborateur occasionnel de l'ouvrage. D'autres pièces, relevant d'un genre narratif dénommé « l'enfer des amants » (d'après un épisode célèbre de Dante), annoncent la tragédie de la Renaissance : à ce type se rattachent les fameuses Trovas à morte de Inès de Castro, de Garcia de Resende, dont se sont inspirés au Portugal Camões dans Os Lusíadas (1572), et en Espagne Fr. Jerónimo Bermúdez, auteur d'une Nise lastimosa et d'une Nise laureada (1577) mettant en scène, la première la passion et la mort d'Inès, dont Nise est l'anagramme, la seconde la vengeance de D. Pedro et la réparation faite à la Reine morte. La mélancolie de ces strophes, le fatalisme qui les inspire marquent l'apparition du thème de la saudade qui, de Bernardim Ribeiro à nos jours, constitue l'un des traits dominants de la littérature portugaise.

Luis de Camões

Luis de Camões

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Avec les Lusiades (1572), Luis Vaz de Camões (1524 env.-1580) bâtit une épopée à la gloire du Portugal de la Renaissance, qui se situe dans le droit fil de l'Énéide. À partir de l'évocation du périple de Vasco de Gama, une généalogie mythique remonte jusqu'au premier... 

Crédits : J. Martin/ AKG

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La poésie épique, à laquelle se rattache le cycle légendaire d'Afonso Henriques, ne se survit pas à la fin du Moyen Âge ; mais le genre épique se prolonge dans les romans de chevalerie, inspirés ou traduits d'œuvres du cycle breton. Ainsi a-t-on une Quête du Graal portugaise, qui révèle des préoccupations moralisantes et spiritualistes en opposition avec la tradition lyrique et galante de l'amour courtois. Tout en étant une traduction de l'original français, ce roman peut être tenu pour la première œuvre écrite en prose littéraire. Un autre roman de chevalerie, l'Amadis de Gaula, publié en espagnol à Saragosse en 1508, a pour auteur probable le Castillan Rodriguez de Montalvo. Des copies portugaises de ce texte ont pu circuler avant cette date, mais remontent sans doute à un original castillan commun duquel dérive le texte de Montalvo.

Cet aperçu de la littérature médiévale serait incomplet si l'on ne mentionnait une floraison d'œuvres doctrinales, où s'exprime la philosophie politique des souverains (tels le Leal conselheiro du roi D. Duarte, le Tratado da virtuosa Benfeitoria de D. Pedro, futur régent), et d'œuvres apologétiques et mystiques, comme le Bosquet des délices (Boosco deleitoso) et la Cour impériale (Corte imperial), le premier constituant une sorte d'introduction à la vie dévote, le second cherchant à régler au mieux des intérêts de l'Église les problèmes que soulève la coexistence de plus en plus inamicale des trois religions.

La Renaissance

Humanisme et Contre-Réforme

Si le Portugal connut l'humanisme, certains facteurs freinèrent, puis contrarièrent son élan. Certes, sous l'impulsion de D. Manuel et de Jean III, de nombreux nobles et ecclésiastiques vont en Italie « faire leurs humanités », et en revanche la cour portugaise accueille des humanistes célèbres, dont Érasme ; des Portugais enseignent dans les universités françaises, puis, rappelés par Jean III, viennent, en compagnie des humanistes Nicolas de Grouchy et George Buchanan, réformer les études universitaires portugaises. Le roi leur confie la direction du Collège royal de Coimbra. Il est vrai aussi que l'invention de l'imprimerie hâte la diffusion de la culture, et que se développe une littérature de cordel (en feuilles volantes), à la portée d'un public toujours plus vaste. Enfin, les expéditions maritimes donnent l'essor à toutes les sciences ; bien avant F. Bacon, Duarte Pacheco Pereira, dans son Esmeraldo de situ orbis (1505-1508), proclame que « l'expérience est mère de toutes choses ». En Inde, le docteur Garcia de Orta publie en 1563 ses Colóquios dos simples e drogas, présentés au vice-roi par une ode de Camões, l'une de ses trois œuvres lyriques publiées de son vivant. À Lisbonne, Pêro de Magalhães Gândavo écrit son História da provincia de Santa Cruz (1576). Il est probable enfin que, sous l'influence d'Érasme et de ses disciples, l'humanisme se soit aventuré assez loin en matière religieuse, prônant le retour au texte biblique, et en matière politique et sociale, puisque les poètes Sá de Miranda et António Ferreira affirment la supériorité du savoir sur la naissance et la fortune.

Le protestantisme ne pénètre pas au Portugal et, pour des raisons qui tiennent à la mentalité (les nobles et le clergé de l'entourage du roi réprouvaient les audaces des humanistes) autant qu'à des circonstances politiques et économiques, Jean III et, à sa mort (1557), le cardinal régent D. Henrique et la reine s'engagent dans la voie de la répression : en 1547, l'Inquisition s'établit au Portugal ; dès 1550, les humanistes venus de France sont tenus à l'écart, voire poursuivis, incarcérés, jugés et condamnés ; en 1555, le Collège royal passe sous le contrôle des Jésuites ; en 1564, les décisions du Concile de Trente sont promulguées sur l'étendue du royaume ; la censure ecclésiastique est instituée et la politique antijuive aggravée. C'est la Contre-Réforme, renforcée après 1580, lorsque le Portugal et l'Espagne sont pour un temps unis sous la couronne de Castille.

Un genre nouveau : le théâtre

Ce fut durant la Renaissance qu'apparut le théâtre. Au Moyen Âge, le genre dramatique se réduisait à des sermons burlesques, de petites farces, des jeux et des autos (drames religieux), tous anonymes, des momos (ou pantomimes) sans dialogues. Le véritable créateur du théâtre est Gil Vicente, qui exprime dans ses œuvres les préoccupations de son temps. Il aura nombre de disciples et de continuateurs : António Prestes, Jerónimo Ribeiro, Camões... Parallèlement au théâtre vicentin, dont les pièces sont brèves et tiennent de la farce, de la moralité, et du roman courtois ou allégorique se développe un théâtre qui s'inspire plus directement de l'esprit de la Renaissance. Dans ses deux comédies Os estrangeiros et Vilhalpandos, Sá de Miranda (1481-1558) s'inspire de Plaute et de Térence, mais aussi des Italiens. Les deux comédies de Ferreira (1528-1569), Bristo et Cioso, sont de la même veine. On a dit que ce poète s'est aussi essayé au genre tragique avec la Castro (publiée en 1598). Or la comparaison vers à vers de la Castro (et plus encore de sa première version, récemment découverte, et intitulée Tragedia muito sentida e elegante de D. Inês de Castro) avec la pièce de Bermúdez révèle sans doute possible que le texte portugais traduit toujours, et traduit mal, Nise lastimosa. De cette flibusterie littéraire, António Ferreira est innocent, car il est mort en 1569 : c'est son fils qui, ayant fait main basse sur une traduction anonyme de Nise lastimosa, l'a alourdie de scènes mièvres ou baroques, et surtout a tenté – souvent avec succès – d'éliminer du prototexte portugais les absurdités et les contresens les plus flagrants, réussissant par là à mieux faire apparaître de quel côté se trouve l'original, et de quel côté le traducteur. Enfin, les trois comédies de Jorge Ferreira de Vasconcellos (env. 1520-1585), Eufrosina, Ulyssipo, Aulegrafia, destinées à la lecture plus qu'à la représentation, s'inscrivent dans la tradition vicentine ; mais elles abondent en références à l'Antiquité et révèlent un don d'analyse psychologique. L'auteur y peint l'environnement familial et social de ses personnages avec un réalisme parfois bouffon, à résonance baroque et picaresque.

La Contre-Réforme et l'union avec l'Espagne marquent momentanément la disparition du théâtre portugais, au profit du théâtre espagnol, toujours vivant, et du théâtre scolaire d'inspiration jésuite, généralement rédigé en latin, et exclusivement interprété par des acteurs masculins.

Les thèmes et genres du Moyen Âge restent en honneur au cours du xvie siècle : de Bernardim Ribeiro à Camões et à Diogo Bernardes, tous continuent de pratiquer la medida velha (rythmes anciens). Pourtant, l'influence de la Renaissance se marque par l'adoption de genres nouveaux, hérités de l'Antiquité (odes, élégies, églogues), ou venus d'Italie (sonnets, canzones), et par le renouvellement de l'inspiration. Chacun y apporte néanmoins son tempérament personnel. Bernardim Ribeiro (1482 env.-1552), dont l'œuvre poétique majeure, Menina e moça, est écrite en prose rythmée, laisse percer un goût narcissique pour le chagrin : à travers une narration touffue, qui sacrifie beaucoup à la vogue du roman de chevalerie, se fait jour une psychologie subtile et tourmentée, qui dénote une connaissance particulière de l'âme féminine. Sá de Miranda manifeste son indépendance d'esprit, son dédain aristocratique pour les biens matériels et pour la nouvelle classe enrichie par les Grandes Découvertes. Ferreira, magistrat de formation, disciple fidèle d'Horace, est le seul poète portugais du moment qui n'ait pas écrit un seul vers espagnol. Tous prônent la composition d'une vaste épopée nationale ; vœu que Camões exaucera. Ce dernier peut être considéré comme le plus accompli des poètes portugais de son temps. Les autres poètes italianisants, plus jeunes que Camões, ont surtout écrit pendant la domination espagnole. La disparition de la monarchie portugaise, l'Inquisition, la généralisation du mécénat les forcent à ignorer les problèmes politiques et sociaux et les conduisent à un académisme de bon ton. À défaut du Portugal, qui cesse d'exister comme entité nationale, chacun chante le fleuve de sa province : le Lima de Diogo Bernardes, le Minho de Pedro Andrade Caminha : c'est le temps des cortes na aldeia (cours de village) dont parlera Francisco Rodrigues Lobo. D'inspiration bucolique, visant à l'harmonie et à l'absolue correction des rythmes et des rimes, la poésie devient synonyme de virtuosité verbale.

Tous les historiens du xvie siècle ont entrevu le rôle capital des Grandes Découvertes. Parmi eux se détache João de Barros (1497-1562). Il avait conçu une vaste synthèse historico-géographique, demeurée inachevée, et dont il ne subsiste que quelques Décades sur les conquêtes des Portugais en Asie. Touche-à-tout de talent, on lui doit un roman de chevalerie, des traités de grammaire et de langue, et même un dialogue philosophique en forme d'allégorie, la Marchandise spirituelle (Ropica Pnefma). Son histoire, surtout panégyrique, exalte les héros et leurs exploits. Fernão Lopes de Castanheda (1500-1559) écrit História do descobrimento e conquista da India, publiée de 1551 à 1561, traduite en français par Nicolas de Grouchy, et d'où Montaigne tirera l'essentiel de sa documentation sur cette période : la narration est bien informée et objective, entremêlée de descriptions géographiques et ethnographiques. Damião de Gois (1502-1572) rédige une Crónica do Príncipe D. João et le début de la Crónica de D. Manuel où l'humaniste, disciple d'Érasme, s'insurge contre les actes d'obscurantisme et d'intolérance des souverains. Il faut enfin mentionner les Décadas de Diogo de Couto (1542-1616), conservateur des archives royales de Goa, qui se donnent comme la continuation de l'œuvre de Barros, mais que leur remarquable objectivité apparente à Castanheda.

À l'histoire peuvent se rattacher les Cartas de Jerónimo Osório, évêque de Silves, et tout un ensemble d'œuvres nées des voyages transocéaniques ; documentaires comme les itinerários et les journaux de voyage ; dramatiques, comme les relations de divers naufrages, réunies plus tard sous le titre d'História trágico-maritima. Seule la Peregrinação de Fernão Mendes Pinto (1510-1583) mérite d'être tenue pour une œuvre littéraire : récit des prodigieuses aventures de son auteur à travers l'Extrême-Orient, c'est une fresque colorée et luxuriante, d'où la satire picaresque n'est pas absente.

Le roman de chevalerie se survit, entre autres, avec le Palmeirim de Inglaterra de Francisco de Morais (1547). Enfin, la Consolation aux tribulations d'Israël (1553) de Samuel Usque, juif portugais réfugié à Ferrare, et Imagem da Vida Cristã (1572) d'Heitor Pinto, qui s'efforce de concilier platonisme et ascétisme chrétien, attestent l'intérêt que l'humanisme porte aux problèmes religieux.

La domination espagnole

Pendant la longue éclipse qui correspond à la période d'union avec l'Espagne, le Portugal ne connaît aucune tentative littéraire originale. La poésie est surtout représentée par les épigones de Camões ; les épopées, dans lesquelles le merveilleux chrétien concurrence, à la manière du Tasse, les ornements mythologiques, et où l'on pleure le désastre d'Alcácer Quivir et l'indépendance perdue, se multiplient ; la poésie bucolique trouve son meilleur représentant avec Francisco Rodrigues Lobo (1579-1621), auteur de seize dialogues didactiques groupés sous le titre de Corte na aldeia, de pastorales romancées et de dix églogues. Ces œuvres écrites dans une langue pure et froide, correctement versifiées, annoncent déjà, malgré des caractéristiques baroques, le classicisme du siècle suivant.

On discerne dans l'historiographie de cette époque deux tendances : d'une part, elle s'infléchit vers l'histoire romancée, recourt au merveilleux, pour flatter une clientèle de plus en plus populaire ; d'autre part, elle reflète les sentiments anti-espagnols du pays asservi mais non soumis. Les principaux historiens de ce temps sont des religieux de divers ordres. Parmi une foule d'ouvrages mineurs, dont les auteurs pratiquent la « falsification pieuse », émerge l'entreprise de Frei Luís de Sousa, dont l'História de S. Domingos (1623) et la Vida de frei Bartolomeu dos Martires (1619).

Restauration et siècle des Lumières

L'année 1640 marque le recouvrement de l'indépendance par le Portugal et l'avènement de la dynastie de Bragance. Derrière la grandiose façade baroque, le pays est traversé de courants contradictoires. Tandis que l'aristocratie s'efforce de maintenir son influence en occupant les postes de direction et en s'assurant le monopole de l'exploitation des mines d'or du Brésil, une bourgeoisie d'affaires, où dominent les « nouveaux chrétiens », s'associe aux marchands d'Italie, des Pays-Bas ou de Rouen et menace de sa puissance financière la suprématie de la noblesse. Des rivalités confuses opposent les divers ordres religieux ; une sourde animosité anime les classes éclairées contre le Saint-Office, tandis que l'enseignement tente d'échapper au monopole des Jésuites et que l'historiographie se laïcise.

La poésie a les caractéristiques de l'art baroque : maniérisme, emphase, pratique constante des concetti, sous l'influence de Góngora ; la Fénix renascida (de 1715 à 1728) et le Postilhão de Apolo (1762) sont les Cancioneiros qui renferment les compositions des poètes baroques. Les poésies les plus lestes en sont éliminées ; comme dans le Cancioneiro geral, on n'y trouve ni ordre ni classement. Ces compositions, par la soif d'évasion, le goût du fantastique et les préoccupations cabalistiques qu'elles attestent, méritent la qualification de préromantiques.

En même temps, une littérature romanesque et sentimentale se dessine, à laquelle les femmes contribuent, les religieuses notamment ; sous leur plume se lisent de timides mais poignantes protestations contre la réclusion des femmes. Les Lettres portugaises de sœur Mariana Alcoforado, bien qu'elles soient apocryphes, manifestent cette tendance.

Trois noms dominent cette époque : Francisco Manuel de Melo (1608-1666), António Vieira et António J. da Silva (1705-1739). Le premier, courtisan, guerrier, diplomate, homme d'affaires, est aussi le plus grand polygraphe de son temps. Son œuvre doctrinale révèle une inquiétude janséniste, et il n'a pas été sourd au bouillonnement d'idées de son siècle. António José da Silva, « nouveau chrétien », condamné au garrot et au bûcher comme judaïsant, laisse une œuvre théâtrale importante. La majorité des neuf pièces qu'il a composées sont truffées de mythologie et se jouaient sur un théâtre de marionnettes. Sa transposition du Don Quichotte et Guerras do alecrim e da mangerona (La Guerre du romarin et de la marjolaine), pièces bouffonnes et picaresques, d'un réalisme truculent, contrastent avec la préciosité et l'afféterie des pièces mythologiques. Dans toutes, l'auteur parvient à exprimer ou à suggérer ses sentiments : satire de la magistrature dans Don Quichotte, allusions, dans Amphitryon, à la vie aventureuse de Pedro II et João V, et, dans la même pièce, attaque à peine voilée contre la justice expéditive du Saint-Office. Quant à la comédie de Francisco Manuel de Melo, Le Gentilhomme apprenti (O Fidalgo aprendiz, 1646), pièce haute en couleur, dans la tradition de Gil Vicente et de Lope de Vega, on a pu y voir un modèle du Bourgeois gentilhomme, bien qu'il soit plus vraisemblable que les deux pièces procèdent d'une source commune : la Vita humana, du jésuite Luís da Cruz, imprimée à Lyon en 1605, et diffusée en Europe dans les collèges de jésuites, où fréquentèrent Francisco Manuel et Molière. On notera aussi l'influence probable des Joyeuses Commères de Windsor sur le dénouement de la comédie portugaise, et celle de La Cortegiana de l'Arétin sur certaines séquences dramatiques de la pièce.

Cette période voit également éclore une littérature mémorialiste, violemment partisane, mais qui constitue un ensemble précieux de documents sur la vie portugaise de l'époque, et une historiographie, dont l'initiateur au xviie siècle, Manuel Severim de Faria, inaugure, par le souci du document et le refus de la rhétorique, la tendance à annexer l'économie à l'histoire, la nouvelle conception historique de l'Académie royale d'histoire, fondée en 1720 par Jean V.

L'une des œuvres les plus caractéristiques de la littérature baroque, rédigée dans les années qui suivirent la Restauration, mais publiée un siècle plus tard, est Arte de furtar (en d'autres termes Manuel du parfait voleur). Longtemps attribuée à António Vieira, on la donne aujourd'hui presque unanimement au Padre Manuel da Costa, S. J. Baroque par sa composition, elle prétend énumérer toutes les ruses inventées par les larrons pour piller leurs victimes. En fait, c'est un ouvrage didactique, qui veut mettre en garde les honnêtes gens et le roi tout le premier contre de telles pratiques. Mais, en dépit de préjugés de tous ordres, une indépendance d'esprit s'y fait jour, ainsi qu'une tendance de l'auteur à s'instituer le guide du monarque. Écrit dans ce style à la fois familier et éloquent qui caractérise la langue sermonnaire, l'ouvrage regorge d'anecdotes savoureuses et nous restitue fidèlement les mœurs de ce siècle de guerre froide (et parfois chaude) avec la Castille, ou les Pays Bas, faisant revivre sous nos yeux les représentants les plus colorés de toutes les classes sociales. Avec Fastigímia, Monstruosidades do tempo e da Fortuna et Diabinho de mão furada, Arte de furtar constitue la partie la plus indestructible de la littérature baroque.

Le siècle des Lumières, caractérisé en Europe par la promotion économique de la bourgeoisie et ses revendications politiques et sociales, dont les écrivains se font à des titres divers les porte-parole, se manifeste aussi dans la péninsule Ibérique par l'évolution des idées ; mais celle-ci ne s'inscrit pas dans les faits. L'Église et la monarchie maintiennent toujours des structures rigides, qui ne se disloqueront qu'avec l'occupation napoléonienne.

Pour l'heure, le despotisme éclairé du marquis de Pombal résout les contradictions d'une bourgeoisie instruite cherchant à s'affranchir de ses origines, mais rejetée par la noblesse de sang. En littérature, on observe un renouveau pédagogique, le recours à un strict classicisme qui se réclame de Boileau, mais aussi l'éclosion d'une prose militante, qui prône la tolérance religieuse, l'égalité civile, l'accroissement des libertés. António Verney et les membres de l'Arcadie lusitanienne (1757-1765), ceux de la Nouvelle Arcadie (1790) et des différentes académies provinciales ou brésiliennes, qui sont comme la projection des deux premières, expriment tous les aspects de cet idéal. Les tentatives poétiques de cette époque s'exercent dans le domaine de la poésie précieuse et de la poésie imitée des anciens. L'influence des classiques français est prépondérante. Le poète Corrêa Garção (1724-1772) s'inspire des Satires de Boileau (Les Embarras de Paris deviennent ceux de Lisbonne) ; António Cruz e Silva (1731-1799 ), dans son poème Hissope, démarque trop souvent Le Lutrin. Les productions théâtrales ne sont guère meilleures. Tous les membres de l'Arcadie ont écrit des tragédies et des comédies, mais aucune ne mérite d'être mentionnée (le tremblement de terre de 1755, responsable de l'écroulement de toutes les salles de Lisbonne, explique en partie le retard du Portugal en matière théâtrale). Du moins ces pièces expriment-elles toutes cet enthousiasme illuministe, qui témoigne d'un déferlement d'idées. Par son réalisme gaillard, la comédie lègue un style à la génération suivante ; mais on trouve surtout des traductions (avouées ou non) d'auteurs français (de Corneille à Voltaire) ou anglais (Addison). La seule entreprise originale est celle de Nicolas Tolentino (1740-1811) : parasite des grands, mais conscient de sa servitude, il se venge par des satires où le vieux Portugal féodal, héroïque, camonien et baroque s'évanouit sous les sarcasmes pour faire place au Portugal quotidien, contemporain en quelque sorte. Sa satire sur La Guerre, où le réalisme le dispute à l'ironie féroce et glacée, n'est pas sans rapport avec l'art d'un Goya.

Déjà l'amertume de Tolentino insuffle dans la littérature un certain lyrisme qui, allié à l'amour du pittoresque, ouvre la voie au romantisme. Ici encore, le rôle des traductions (de Bernardin de Saint-Pierre, de Chateaubriand) vaut d'être signalé. L'exotisme fait son entrée dans les lettres portugaises avec le Brésil. La morbidité amoureuse de José Anastácio da Cunha, l'égocentrisme de Bocage, son amour des images funèbres et nocturnes relèvent déjà du romantisme. En vain, Filinto Elísio (1734-1819), le dernier des arcadiens, et José Agostinho de Macedo, admirateur des Anglais, francophobe, vouant ses adversaires aux foudres de l'Inquisition, s'insurgeront-ils contre cette poésie des ténèbres : au Portugal comme ailleurs, l'évolution ne connaît pas de retour.

Romantisme et réalisme

Au cours du xixe siècle, l'évolution littéraire reflète celle des grands États européens : le romantisme portugais est tributaire du Sturm und Drang, de Rousseau, de Chateaubriand, des poètes anglais et italiens. L'influence de Lamartine et de Hugo, des romans historiques de Walter Scott, des romans humanitaires d'Eugène Sue, de George Sand et de Dickens, du mélodrame et du drame romantique est également perceptible.

Encore mal dégagée des conventions de l'arcadisme, affectant un peu plus tard la haine du « bourgeois » (le brasileiro), puis donnant, au tournant du siècle, une tonalité sociale à son lyrisme, la poésie portugaise n'a cessé de rester accordée aux lettres européennes tout en maintenant son originalité. Les caractères proprement portugais du romantisme sont la tendance à la décentralisation littéraire et à la mise en honneur du folklore ; une nostalgie de l'histoire médiévale et le désir d'exalter les preux du temps jadis ; une résurgence de l'esprit anti-espagnol et plus généralement xénophobe (les intrigues du voisin et des Anglais étant tenues pour responsables de l'étouffement des libertés sous les nombreuses dictatures qui jalonnent la première moitié du siècle) ; enfin la fidélité à un catholicisme traditionnel, assoupli et humanisé par l'influence de Lamennais. Garrett et Herculano traduisent chacun à leur manière cette double sollicitation de l'ouverture européenne et du repli sur soi-même.

Des poètes du groupe du Trovador, dont est fort proche António de Castilho, qui prône une poésie formelle, éclectique, à la langue vaporeuse et imprécise, se détache Augusto Palmeirim ; le roman historique est représenté par Rebelo da Silva, disciple d'Herculano, qui voyait en lui un nouveau Walter Scott, et Teixeira de Vasconcellos (1816-1878 ), qui romança la guerre civile de 1846 dans Le Plat de riz sucré (O Prato de arroz doce).

La seconde vague du romantisme se situe au temps de la Regeneração (1851-1876) ; elle assimile le lyrisme social, mais d'une façon proprement nationale : socialisme agraire et petit-bourgeois, rêve d'une fraternisation entre le paysan et l'aristocratie campagnarde. C'est le temps de la critique historique, de la littérature pamphlétaire, du drame à thèse. L'influence de Michelet et de Renan est décelable dans l'œuvre de Latino Coelho. Celle de Victor Hugo se note dans le D. Jaime (1862) de Tomás Ribeiro, que Castilho ne craignait pas de placer au-dessus des Lusiades, et qui conte en termes d'épopée la résistance d'un jeune noble de la Beira contre la domination de Philippe II, et dans la Delfina do Mal du même auteur, où se fait jour un lyrisme humanitaire et social. Romantique comme Ribeiro, Gomes de Amorim use de l'exotisme dans ses poésies qui, évoquant la splendeur équatoriale du Brésil, font de cet écrivain un précurseur des parnassiens. Enfin, évoluant comme en France et en Angleterre, le roman, historique d'abord, s'attache à peindre la vie contemporaine, après être passé par l'histoire récente. Le premier des romanciers de la nouvelle époque est Júlio Diniz (1839-1871) (Uma familia inglesa, As Pupilas do Senhor Reitor, Fidalgos da Casa Mourisca), dont la formule est balzacienne et annonce le naturalisme par la sobriété du style, et le recours au temps-atmosphère, au cours duquel les événements mûrissent, mais dont les conceptions idéologiques sont accordées à l'état de stagnation sociale pendant lequel il écrit. Quelques développements humanitaires, des épilogues heureux, mais d'une sensibilité affectée (qui ne sont pas incompatibles avec des audaces dans la peinture des sentiments), ne peuvent faire oublier ni sa maigre expérience sentimentale ni le caractère factice de sa vision sociale.

Vers la fin de cette période, Castelo Branco (1826-1890) occupe une place à part : romancier, historien, poète, polémiste, dramaturge, il incarne les aspirations les plus contradictoires de ce temps.

La génération suivante, qui a trente ans en 1870, se distingue par son non-conformisme. Les jeunes auteurs, groupés à Coimbra, puis à Lisbonne, dans le Cénacle et dans les Conférences démocratiques, secouent la dictature littéraire de Castilho, entamant avec lui une querelle connue sous le nom de Questão coimbrã, optant, contre le formalisme académique de Castilho et de sa suite, pour une poésie sociale, voire socialiste, ouverte aux grands courants d'idées européens. Les personnalités de ce groupe, le poète Antero de Quental, le polygraphe et critique littéraire Teófilo Braga, le romancier Eça de Queirós, l'historien Oliveira Martins, ne suivront pas un même itinéraire spirituel. Antero do Quental (1842-1891), auteur des Primaveras românticas et de Raios de extinta luz, puis d'odes et de nombreux sonnets (genre qu'il réhabilite), franchit toutes les étapes du romantisme. Mystique à ses débuts, il subit l'influence de Proudhon, chante les grandes révolutions européennes et la Commune, puis se retrouve désabusé, douloureusement conscient de sa double nature paradoxale : « Je pense comme Michelet, comme Proudhon, comme les hommes d'action ; je sens, j'imagine, et suis comme l'auteur de l'Imitation de Jésus-Christ », écrit-il. Une grave et mystérieuse maladie, le déclin des forces révolutionnaires en Europe, les poursuites engagées au Portugal contre l'Internationale, les palinodies de son intime ami Oliveira Martins le mènent au suicide (1891). Braga (1843-1924) subit lui aussi l'attrait du romantisme humanitaire, incarné par La Légende des siècles ; mais, comtiste et positiviste plus que socialiste, il incline vers l'idéologie républicaine, prend part aux Conférences démocratiques, dirige, après Eça, la revue Farpas avec Ramalho Ortigão, organise somptueusement avec celui-ci le centenaire de la mort de Camões, d'où dérive l'agitation républicaine. Poète à ses débuts, puis polémiste, historien et critique littéraire, il symbolise ce radicalisme avant la lettre, positif et anticlérical, qui lui vaut de diriger le premier gouvernement provisoire de la République. Queirós (1845-1900) tient au Portugal, dans les années 1880-1900, la place qu'occupent ensemble en France Flaubert, Théophile Gautier et Anatole France. Martins (1845-1894) révèle dès ses premiers essais littéraires des talents d'historien. Comme Quental, il adhère d'abord au socialisme proudhonien. Mais l'échec de la grande grève de 1872 lui fait entrevoir des possibilités d'action plus féconde que l'agitation : le réformisme, à partir des institutions établies. Devenu parlementaire, il poursuit en même temps son œuvre d'historien. Il attribue au hasard et aux fortes personnalités un rôle déterminant dans les grands événements historiques : il s'attachera donc à peindre, dans República romana, Os Filhos de D. João I, dans l'História de Portugal, pièce maîtresse de sa Bibliothèque des sciences sociales, de grandes fresques suggestives rehaussées par des méditations psychologiques à la manière de Tacite.

Dans le domaine du roman, les épigones d'Eça de Queirós suivent les leçons de Zola (Lourenço Pinto) ou de Balzac (Teixeira de Queirós) : le poids de l'hérédité, le conditionnement sociologique de leurs héros apparentent leurs œuvres à la littérature scientifique. Il faut citer à part Fialho de Almeida, dont la peinture sociale est pauvre, mais dont la complaisance pour le laid et le morbide révèle l'influence russe, celle des Goncourt, des poètes et romanciers du fantastique – Edgar Poe et Maupassant entre autres. Quant au théâtre naturaliste portugais, il n'a produit que des drames médiocres destinés à alimenter le répertoire du Théâtre-Libre, fondé par Luciano de Castro à l'imitation d'Antoine.

La poésie de la fin du siècle se réclame du Parnasse, malgré le romantisme d'arrière-saison de Guerra Junqueiro. Le meilleur poète demeure Cesário Verde, mort à trente ans, dont la poésie âcre rappelle celle de Baudelaire. Gomes Leal, plus artiste, exprime à sa manière le dualisme fondamental, qui est le drame d'Antero do Quental, ou mieux l'incompatibilité entre la sollicitation matérialiste et mécaniste, et celle de la théologie et de l'occultisme. Tous consacrent une bonne partie de leurs œuvres à l'évocation, pittoresque ou nostalgique, des campagnes portugaises, ce qui donne la vraie note d'originalité à une poésie trop souvent imitative.

—  Roger BISMUT

Tendances de la littérature contemporaine

Le xxe siècle littéraire commence avec le mouvement qui se déclenche, vers 1915, à partir de la revue Orfeu, et auquel sont liés les noms de Fernando Pessoa, Mário de Sá Carneiro et Almada Negreiros. Orfeu constitue le moment le plus intensément révolutionnaire de la littérature portugaise du xxe siècle non seulement parce que la scène littéraire a été violemment ébranlée par les représentants d'une génération qui se voulait capable de toutes les transgressions, mais aussi parce que, dans l'œuvre poétique et dans les essais de Pessoa, dans la poésie et la fiction de Sá Carneiro ou dans quelques textes d'Almada Negreiros, se produit une véritable révolution ontologique où sont remis en cause tous les fondements de la relation du langage avec la réalité et de l'identité du sujet. Chez Fernando Pessoa (1888-1935), la création d'un système de personnalités multiples, s'organisant en une mise en scène d'hétéronymes (depuis le « maître Caeiro », qui revendique l'héritage de Cesário Verde, jusqu'à Álvaro de Campos, Ricardo Reis ou Bernardo Soares, en passant par Pessoa lui-même, et le fait que son œuvre ait été peu à peu révélée par une suite de textes inédits font qu'il est possible de lire pratiquement toute la littérature portugaise contemporaine comme un long et parfois polémique dialogue avec cet écrivain.

Si Orfeu a constitué un véritable choc, nous ne pouvons toutefois oublier que certains des participants au mouvement n'avaient pas effectivement rompu avec les principes esthétiques du xixe siècle. Le modernisme est né à travers une relation complexe et contradictoire avec, d'une part, une tradition symboliste ou décadente (représentée principalement par Eugénio de Castro et Gomes Leal) qui a atteint une véritable qualité esthétique avec Teixeira de Pascoaes (1877-1952), lui-même à l'origine du mouvement saudosista et, d'autre part et surtout, avec l'extraordinaire poète qu'est Camilo Pessanha (1867-1926), auteur d'un livre admirable, Clepsidra (Clépsydre). Toujours dans la première moitié du siècle, il est indispensable de signaler l'œuvre de Raúl Brandão (1867-1930), auteur de Húmus et d'autres textes de fiction ou de théâtre se rapprochant d'une prose poétique aux racines expressionnistes.

Le deuxième grand moment de la littérature portugaise du xxe siècle s'organise autour de la publication de la revue Presença (1927-1940). Un article d'Eduardo Lourenço a posé une question fondamentale : Presença représente-t-elle une seconde phase du mouvement moderniste, comme le prétendent ses principaux responsables, ou doit-on la considérer comme une « contre-révolution du modernisme portugais », qui, cherchant à reprendre à son compte certains aspects de la première phase révolutionnaire, les a dépouillés de leur violence et de leur radicalité ? Il est certain que Presença a donné une légitimé institutionnelle au scandale des premiers modernistes, et que, grâce à elle, la critique a commencé à reconnaître et à étudier Pessoa ou Sá Carneiro. D'un autre côté, toute l'esthétique de Presença, influencée par Croce et la Nouvelle Revue française, par Proust, Dostoïevski et Gide, se caractérise par une dimension psychologique où le drame du sujet s'arrête au seuil d'une psychanalyse imparfaitement assimilée. Les principaux noms de cette génération sont ceux de Miguel Torga, lequel, peu à peu, s'assumera en tant qu'écrivain de la terre portugaise, amplement chantée comme un lieu de dureté primordiale et d'exemplarité éthique ; de José Régio, poète à l'exaltation narcissique et rhétorique, auteur d'une fiction capable d'exprimer les contradictions morales, religieuses et sexuelles du sujet (Jogo da Cabra-Cega) ; d'Adolfo Casais Monteiro, essayiste et critique de grande qualité, poète irrégulier mais très sensible aux drames européens de son temps ; de João Gaspar Simões, devenu la première grande figure de la critique journalistique portugaise ; et de Vitorino Nemésio, qui, plus qu'un historien et un critique, a été un extraordinaire poète (L'Animal harmonieux et autres poèmes) et l'auteur d'un des grands romans portugais du xxe siècle : Gros Temps sur l'archipel. Toujours pour la première moitié du xxe siècle, nous devons mentionner : António Sérgio, historien, philosophe et critique littéraire, qui, par l'exercice inventif d'un rationalisme critique, a jeté les bases d'un véritable essai portugais ; Aquilino Ribeiro, maître de la prose régionaliste, exemple de prolongement d'une tradition remontant à Camilo Castelo Branco ; Ferreira de Castro, pourvu d'une grande sensibilité sociale, qui doit sa notoriété internationale à la traduction que Cendrars a faite de La Forêt vierge ; José Gomes Ferreira, qui, à travers une poésie et une fiction sensibles aux drames de son temps, est devenu une personnalité tutélaire du néoréalisme des années quarante ; ou encore, pour la fiction, des auteurs comme José Rodrigues Miguéis, Branquinho da Fonseca ou Marmelo e Silva (Sedução).

Les années quarante sont marquées par une valorisation de la dimension idéologique de la littérature provenant d'une lecture parfois superficielle du marxisme. Les principaux théoriciens de ce mouvement, qui s'est nommé néoréaliste, ont été Mário Dionísio (également poète et romancier), Óscar Lopes (qui a ouvert sur de larges perspectives philosophiques et linguistiques l'exercice de la critique et de l'histoire littéraires), António José Saraiva (qui a évolué vers une histoire de la culture et des mentalités) et Mário Sacramento. Sur le plan de la fiction, au-delà de l'importance un peu mythique de deux romans de Soeiro Pereira Gomes, restent surtout quelques œuvres de Manuel da Fonseca (principalement Seara de Vento), ainsi que les romans de Carlos de Oliveira (Petits Bourgeois, Une abeille sous la pluie et, dans les années soixante-dix, un des plus étranges et complexes romans de la littérature portugaise, Finisterra). Dans une deuxième phase du néoréalisme, avec une dimension plus urbaine, apparaissent quelques noms marquants, comme celui de José Cardoso Pires (Le Dauphin) et d'Augusto Abelaira. Nous devons encore signaler un auteur qui s'inscrit en marge du mouvement, mais qui a eu, par sa dimension humaniste, une énorme répercussion dans l'opinion publique et beaucoup de traductions à l'étranger : Fernando Namora.

De 1940 à 1950, d'autres tendances surgissent sur la scène littéraire portugaise. D'un côté, nous assistons à l'éclosion d'un surréalisme tardif, dont Mário Cesariny est le représentant le plus notable, et qui aura une expression hétérodoxe dans l'œuvre poétique d'Alexandre O'Neill. D'un autre côté, certains affirment l'autonomie de l'œuvre littéraire face aux pressions idéologiques, sans que cela signifie l'abandon des préoccupations politiques. L'œuvre extrêmement complexe (poésie, romans, critique et essais) de Jorge de Sena en est un exemple : son roman, Signes de feu, est une référence fondamentale dans la fiction contemporaine. Si quelques auteurs défendent un retour à certains aspects de la tradition littéraire (autour de revues telles que Távola Redonda et Graal, les plus significatifs de ces auteurs étant David Mourão-Ferreira et Fernanda Botelho), d'autres affirment surtout la poésie comme une valeur absolue : c'est le cas du lyrisme de Sophia de Mello Breyner et de Rui Cinatti. Dans les années cinquante, quelques œuvres, émanant de la critique sociale, s'engagent sur des voies esthétiques entièrement émancipées : c'est le cas de Vergílio Ferreira qui construit une des grandes œuvres d'interrogation métaphysique de la seconde moitié du xxe siècle (Apparition, Pour toujours, Au nom de la terre). Dans une perspective bien distincte, Agustina Bessa-Luis, auteur de La Sibylle, crée des univers romanesques d'une grande densité, dominés par des figures féminines auréolées d'une mystérieuse autorité. Quant à Natália Correia, elle exprime le sentiment de la révolte dans une œuvre qui prend racine dans la matière verbale surréaliste.

Dans les années soixante, nous constatons, sur le plan de la poésie, un retour à une attitude plus explicitement politique, que ce soit par la récupération du lyrisme de tradition néoréaliste (qui conduit aux poèmes de Manuel Alegre et, dans un autre registre, à la poétique de la pudeur, de la confidence et de l'auto-ironie de Fernando Assis Pacheco), ou que ce soit par une théorie de la valeur matérielle du mot ainsi que de la rigueur de la construction textuelle, qui trouve son expression la plus notable chez les auteurs de Poesia 61 (Luiza Neto Jorge, Gastão Cruz, Fiama Hasse Pais Brandão). Dans le domaine de la prose, nous assistons à une véritable reformulation des structures syntaxiques sous l'effet d'une violence et d'une invention qui prennent ce qu'il y a de plus radical dans les textes d'Almada et dans les poèmes d'Álvaro de Campos, hétéronyme de Pessoa : Nuno de Bragança, Maria Velho da Costa, Ruben A., Almeida Faria sont quelques-uns des représentants d'une nouvelle attitude de confiance dans les capacités d'une fiction portugaise qui éclôt dans les années soixante-dix avec les œuvres de Lídia Jorge, Maria Judite de Carvalho, Luiza Costa Gomes, Eduarda Dionísio, Hélia Correia, Maria Isabel Barreno, Teolinda Gersão, Alçada Baptista, José Amaro Dionísio, Rui Nunes et surtout avec ce cas unique et perturbant qu'est la fiction poétique et réflexivement autobiographique de Maria Gabriela Llansol (Les Errances du mal, Un faucon au poing). Remarquons que l'explosion d'une littérature féminine se produit surtout après 1974. Dans les années quatre-vingt, nous assistons à la consécration de deux romanciers qui acquièrent rapidement une dimension internationale hors du commun : António Lobo Antunes (Le Cul de Judas, Traité des passions de l'âme) et José Saramago (Le Dieu manchot, L'Évangile selon Jésus-Christ).

José Saramago

José Saramago

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Avec truculence et un goût certain de la polémique, José Saramago n'a cessé de réécrire l'histoire de son pays, le Portugal. 

Crédits : I. Garcia/ Getty

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Dans le domaine de la poésie, à la textualité des années soixante succède une discursivité plus narrative et confidentielle dans les années soixante-dix. Les figures dominantes de cette période sont Eugénio de Andrade et Sophia de Mello Breyner, en un premier temps, auxquelles nous devons ajouter les noms de Fernando Echevarria, de Fernando Guimarães et de Pedro Tamen ; puis, dans un deuxième temps, ceux de Ruy Belo, grand poète disparu prématurément, de Carlos de Oliveira, d'António Ramos Rosa et de Herberto Helder. Vient ensuite l'œuvre d' António Osório, que certains auteurs plus jeunes, tels Joaquim Manuel Magalhães – également critique de première qualité – et João Miguel Fernandes Jorge, aident à révéler. Dans la poésie plus récente, mentionnons au moins Vasco Graça Moura, Manuel António Pina, José Agostino Baptista, Manuel Gusmão, António Franco Alexandre, Luís Miguel Nava, Castro Mendes, Paulo Teixeira, Al Berto et, surtout, Nuno Júdice.

Dans le domaine de l'essai, enfin, le grand nom de la seconde partie du xxe siècle est sans conteste Eduardo Lourenço, avec une œuvre extrêmement variée d'où ressortent des interprétations du destin portugais (Le Labyrinthe de la saudade) et de très lucides analyses de la situation européenne (L'Europe introuvable), ainsi qu'une interprétation particulièrement innovatrice de Pessoa.

—  Eduardo PRADO COELHO

Littératures africaines d'expression portugaise

Bien que nées dans la seconde moitié du xixe siècle, les littératures des anciennes colonies portugaises d'Afrique ne s'affirment qu'à partir de 1936 avec, dans les îles du Cap-Vert, la création de la revue Claridade – où sont publiés notamment quelques chapitres du roman Chiquinho, de Baltasar Lopes, qui révèle un archipel victime de la sécheresse, délaissé par la métropole, mais possédant une nette personnalité culturelle. Ces aspects, qui rappellent les thèmes de la littérature brésilienne du Nordeste, seront repris par la suite dans des œuvres oscillant entre le lyrisme et la dénonciation, souvent dramatiques, comme celles de Manuel Lopes, Luís Romano ou Teixeira de Sousa.

En Angola, après le roman Terra morta, de Castro Soromenho (publié au Brésil en 1949), qui dénonce lui aussi la situation coloniale, c'est également une revue, Mensagem, qui réunit en 1951 les principaux artisans d'une littérature résolument angolaise : citons parmi eux les poètes (et futurs responsables nationalistes) Agostinho Neto, Viriato da Cruz ou António Jacinto. La lutte pour l'indépendance (1961-1974) marque naturellement cette littérature. Ainsi, le plus connu des auteurs angolais, José Luandino Vieira, écrit en prison la plupart de ses nouvelles et romans. Caractérisée par une expression populaire devenant de plus en plus personnelle, son œuvre évoque tout à la fois la résistance des bidonvilles de Luanda, la plénitude d'une enfance où les différences sociales et raciales étaient moins sensibles (lui-même est d'origine portugaise) ainsi que la richesse d'une intense expérience du métissage culturel. Dans le domaine poétique, retenons les subtiles élaborations de Ruy Duarte de Carvalho ou d'Arlindo Barbeitos, tous deux marqués par le pouvoir de suggestion de la poésie traditionnelle africaine.

Au Mozambique, la fiction est représentée avant l'indépendance par un recueil de nouvelles de Luís Bernardo Honwana (Nós matámos o cão tinhoso), où sont finement dépeintes les relations imposées par le colonisateur. Mais c'est à la poésie que revient le premier plan, avec les cris de révolte de Noémia de Sousa vers 1950, puis l'élaboration très personnelle et enracinée de José Craveirinha ainsi que les graves interrogations de Rui Knopfli sur son identité mozambicaine – sa famille étant d'origine portugaise.

En ce qui concerne l'archipel de São Tomé et Príncipe, citons le nom du poète Francisco José Tenreiro qui, le premier, en 1942, a chanté les valeurs de la négritude. Enfin, pour ce qui est de la littérature embryonnaire de Guinée-Bissau, retenons la poésie à la fois humaniste et engagée de Vasco Cabral.

Dans les années qui ont suivi les indépendances à partir de 1975, la plupart des écrivains se sont tout d'abord identifiés aux nouveaux régimes d'inspiration marxiste, puis ont repris leur autonomie. Le nouvelliste Manuel Rui et le romancier Pepetela, tous deux angolais, ont ouvert la voie, mêlant humour et critique sociale. Au Cap-Vert, Germano Almeida, avec le roman O meu poeta, donne en 1990 une tonalité plus politique à sa critique. Enfin, au Mozambique, le nouvelliste et romancier Mia Couto, grande révélation de ces dernières années, ajoute à ces divers aspects une belle liberté expressive. Ces différentes facettes sont le signe d'un renouveau de l'ensemble de ces littératures.

—  Michel LABAN

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Écrit par :

  • : docteure en histoire, maître de conférences au laboratoire d'études romanes de l'université de Paris-VIII
  • : professeur à l'université nouvelle de Lisbonne
  • : agrégé de lettres, docteur ès lettres, professeur de langue et littérature portugaises et brésiliennes à l'Université catholique de Louvain (Belgique)
  • : agrégé de géographie, docteur d'État, directeur de recherche émérite au C.N.R.S.
  • : professeur à la faculté des lettres de l'université de Lourenço Marques
  • : professeur à l'université nouvelle de Lisbonne
  • : professeur de portugais à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

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  •  • 360 mots
  •  • 1 média

Sorti de l'École militaire portugaise à dix-neuf ans, Antonio Óscar de Fragoso Carmona gravit les échelons de la carrière militaire et devient général en 1922. En 1926, il est gouverneur d'Évora. Depuis la proclamation de la république, en 1910, le Portugal […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/oscar-carmona/#i_11467

CASTILHO JOÃO DE (actif entre 1515 et 1552)

  • Écrit par 
  • Marcel DURLIAT
  •  • 128 mots

Architecte espagnol. Peut-être originaire de Biscaye, Jo ao de Castilho fait toute sa carrière au Portugal. Il succède à Boytac sur le chantier des Jerónimos de Belém en 1517 et termine l'église, le cloître et les bâtiments conventuels dans le style plateresque. Il achève également le portail sud qui […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/joao-de-castilho/#i_11467

CASTRO INÈS DE (1320?-1355)

  • Écrit par 
  • Jean de PINS
  •  • 206 mots

Personnage dont l'histoire a été embellie par la légende. On sait qu'Inès de Castro arriva au Portugal comme l'une des dames d'honneur de Constance de Castille, venue épouser don Pedro, fils d'Alphonse IV. Le mariage eut bien lieu, mais don Pedro fit d'Inès sa maîtresse et l'épousa même clandestinement après la mort de […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/ines-de-castro/#i_11467

COIMBRA

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 768 mots

Ville du centre-ouest du Portugal, Coimbra (Coïmbre en français) se dresse sur la rive nord du Mondego. Une inscription latine datant du ive siècle identifie Coimbra avec la ville d'Aeminium, tandis que Condeixa, située à 13 kilomètres au sud-ouest, correspond à l'antique […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/coimbra/#i_11467

CORRIDA

  • Écrit par 
  • Barnaby CONRAD
  •  • 10 685 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « Évolution à l'époque moderne »  : […] L'évolution inverse se produisit au Portugal. Tandis que les combats taurins montés disparaissaient en Espagne et que les masses les transformaient en corridas à pied telles que nous les connaissons aujourd'hui, les courses de taureaux à cheval devinrent un véritable art et une spécialité du Portugal. Les principaux acteurs de la tauromachie […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/corrida/#i_11467

COVILHÃ PERO DA (1460 env.-env. 1545)

  • Écrit par 
  • Harold V. LIVERMORE
  • , Universalis
  •  • 766 mots

Explorateur portugais, né vers 1460 à Covilhã, mort vers 1545 […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/pero-da-covilha/#i_11467

CUNHAL ÁLVARO (1913-2005)

  • Écrit par 
  • Yves LÉONARD
  •  • 673 mots

Álvaro Cunhal, leader historique et charismatique du Parti communiste portugais (P.C.P.) pendant plusieurs décennies, a incarné à la fois la lutte inlassable contre la dictature salazariste et la plus stricte orthodoxie marxiste-léniniste, hostile à toute forme de rénovation […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/alvaro-cunhal/#i_11467

DÉCOLONISATION

  • Écrit par 
  • Charles-Robert AGERON
  •  • 7 283 mots
  •  • 33 médias

Dans le chapitre « La décolonisation portugaise en Afrique »  : […] Portugal qu'il devrait lui aussi céder face à des Africains soutenus par la Chine et l'U.R.S.S. Mais la décolonisation ne put être admise qu'après la chute du régime dictatorial de Salazar, la « révolution des œillets » du 25 avril 1974. L'indépendance de la Guinée-Bissau fut négociée de mai à septembre 1974. Le mouvement […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/decolonisation/#i_11467

ÉCONOMIE MONDIALE - 2014 : nouvelle répartition de l'activité

  • Écrit par 
  • Axel MARMOTTANT
  •  • 3 450 mots
  •  • 7 médias

Dans le chapitre « L’Europe renoue en ordre dispersé avec une faible croissance »  : […] l’Europe n’est en effet pas encore sortie de la crise de la dette. L’assainissement du secteur bancaire se poursuit. Ainsi, en août 2014, la banque portugaise Banco Espírito Santo est divisée en urgence en deux organismes : une bad bank destinée à accueillir les prêts insolvables et une banque nouvelle, Novo Banco, recapitalisée à […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/economie-mondiale-2014-nouvelle-repartition-de-l-activite/#i_11467

EMPIRE (PREMIER)

  • Écrit par 
  • Jean TULARD
  •  • 7 979 mots
  •  • 9 médias

Dans le chapitre « La guerre d'Espagne »  : […] L'occupation du Portugal n'était dans la pensée de Napoléon que le prélude à une mainmise sur l'Espagne. A-t-il été poussé par Talleyrand qui exagéra les richesses de la péninsule Ibérique ? Souhaitait-il imiter Louis XIV ? A-t-il surestimé l'importance du courant francophile des « afrancesados » ? L'occasion était en tout cas favorable. La cour se […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/empire-premier/#i_11467

ÉTHIOPIE

  • Écrit par 
  • Jean CHAVAILLON, 
  • Jean DORESSE, 
  • Éloi FICQUET, 
  • Alain GASCON, 
  • Jean LECLANT, 
  • Hervé LEGRAND, 
  • Jacqueline PIRENNE, 
  • R. SCHNEIDER
  • , Universalis
  •  • 24 464 mots
  •  • 25 médias

Dans le chapitre « La lutte contre l'Islam et l'aide portugaise »  : […] Sous le règne de Lebna Dengel (1508-1540), le pays était dans toute sa prospérité. Mais, avant que les Portugais aient pu s'entendre avec l'Éthiopie contre l'avance des Turcs en mer Rouge, le chef de guerre de l'Adal attaqua avec deux cents arquebusiers fournis par ceux-ci. Surnommé Gragne (« le Gaucher »), il dévasta le pays jusqu'au […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/ethiopie/#i_11467

ÉTHIOPIE DE L'ANTIQUITÉ AU XVIe SIÈCLE - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Bertrand HIRSCH
  •  • 495 mots

1487-1494 Pero da Covilhã, envoyé par le roi Jean II de Portugal pour reconnaître l'océan Indien et entrer en contact avec le Prêtre Jean, parvient finalement à la cour éthiopienne […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/ethiopie-de-l-antiquite-au-xvie-siecle-reperes-chronologiques/#i_11467

EXPÉDITIONS PORTUGAISES EN AFRIQUE

  • Écrit par 
  • Pascal BURESI
  •  • 225 mots
  •  • 1 média

Après un échec en 1433, Gil Eanes, un écuyer portugais de petite noblesse, franchit, en 1434, le cap Bojador (« cap de la Peur ») au large du Sahara. Au cours des années précédentes, les Portugais ont repéré et exploré les archipels atlantiques des Canaries, de Madère et des Açores. Le […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/expeditions-portugaises-en-afrique/#i_11467

EXPLORATIONS

  • Écrit par 
  • Jean-Louis MIÈGE
  •  • 13 774 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Les missions »  : […] La bataille de Lépante, en octobre 1571, porte un coup d'arrêt décisif à l'expansion ottomane. Plus encore, la bataille des trois rois, à Ksar el-Kebir, dans le nord-ouest du Maroc en 1578, marque l'effondrement de l'armée portugaise, la mort du roi Sébastien et, avec leur disparition, le terme funeste de la croisade aux dépens du Maroc, où le […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/explorations/#i_11467

EXTRÊME GAUCHE

  • Écrit par 
  • Christine PINA
  •  • 7 144 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « Réalités européennes »  : […] Au Portugal, c'est également une opposition frontale au parti communiste portugais qui explique en partie la constitution du Bloc de gauche (Bloco de Esquerda, B.E.) en 1999. Cette réunion entre P.S.R., U.D.P. et Política XII (formations maoïste, trotskiste et marxiste-léniniste composées d'anciens militants du parti […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/extreme-gauche/#i_11467

FÁTIMA

  • Écrit par 
  • Charles BALADIER
  •  • 694 mots
  •  • 1 média

Petite ville portugaise, située sur les plateaux d'Estrémadure (district de Santarém), Fátima est devenue un lieu de pèlerinage qui est (comme le site de Lourdes, avec lequel il rivalise en célébrité) une des expressions les plus massives et les plus populaires du développement (contesté jusqu'au sein du catholicisme lui- […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/fatima/#i_11467

HERCULANO ALEXANDRE (1810-1877)

  • Écrit par 
  • Ronny A. LAWTON
  • , Universalis
  •  • 1 283 mots

et novateur, romancier de l'histoire, poète romantique, paléographe, Alexandre Herculano fut avant tout, dans sa patrie, le Portugal, le promoteur et l'ardent défenseur des idées libérales. Il vécut et lutta pour elles. Ni l'exil ni les disgrâces ne lui firent perdre cœur et ne purent l'empêcher d'écrire en même temps que d'agir pour son idéal […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/alexandre-herculano/#i_11467

IBÉRIQUE PÉNINSULE

  • Écrit par 
  • Michel DURAND-DELGA
  •  • 4 154 mots
  •  • 1 média

influences atlantiques et méditerranéennes tantôt s'affrontent, tantôt sont séparées par la masse continentale centrale de la Meseta, la péninsule Ibérique est divisée en deux États, l'Espagne et le Portugal, chacun d'eux comportant de grandes provinces historiques dont les limites correspondent souvent à des réalités humaines ou géographiques […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/peninsule-iberique/#i_11467

JEAN Ier LE GRAND (1358-1433) roi de Portugal (1385-1433)

  • Écrit par 
  • Jean de PINS
  •  • 269 mots

Fils bâtard de Pierre Ier et d'une Galicienne, dom João entra très jeune dans l'un des nombreux ordres religieux militaires de l'époque, celui d'Aviz, et en devint grand maître. Il fut ainsi l'un des hommes les plus riches et les plus influents du Portugal. Son mariage (1383) avec Philippa, fille du […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-ier-le-grand/#i_11467

JEAN II LE PARFAIT (1455-1495) roi de Portugal (1481-1495)

  • Écrit par 
  • Jean de PINS
  •  • 292 mots
  •  • 1 média

Dès 1474, dom Jo ao, le futur Jean II, avait manifesté son intuition en matière de progrès maritime par l'institution de la mare clausum, notion juridique destinée en l'occurrence à interdire aux non-Portugais l'accès aux territoires récemment découverts dans le […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-ii-le-parfait/#i_11467

JEAN III (1502-1557) roi de Portugal (1521-1557)

  • Écrit par 
  • Jean de PINS
  •  • 351 mots

Ayant hérité de son père Manuel Ier un empire s'étendant sur trois continents, Jean III eut, pendant les premières années de son règne, le double souci de consolider les conquêtes et d'en organiser l'administration. Le Brésil, ou plutôt la province de Santa Cruz (seule occupée à cette date), fit l'objet d'une mise en valeur […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-iii/#i_11467

JEAN IV LE FORTUNÉ (1604-1656) roi de Portugal (1640-1656)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 432 mots

Roi de Portugal (1640-1656), né vers le 18 mars 1604 à Vila Viçosa (Portugal), mort le 6 novembre 1656 à Lisbonne […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-iv-le-fortune/#i_11467

JEAN V LE MAGNANIME (1689-1750) roi de Portugal (1706-1750)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 300 mots

Roi de Portugal (1706-1750), né le 22 octobre 1689 à Lisbonne, mort le 31 juillet 1750 à Lisbonne […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-v-le-magnanime/#i_11467

JEAN VI LE CLÉMENT (1767-1826) roi de Portugal (1816-1826)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 587 mots

Roi de Portugal (1816-1826), né le 13 mai 1767 à Lisbonne, mort le 10 mars 1826 à Lisbonne […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-vi-le-clement/#i_11467

JUNOT ANDOCHE (1771-1813) duc d'Abrantès (1808)

  • Écrit par 
  • Jacques POULET
  •  • 249 mots
  •  • 1 média

Après avoir entrepris de solides études de droit, Andoche Junot s'engagea dans l'armée du Rhin. À Toulon, Bonaparte le distingue pour sa bravoure et en fait son secrétaire. Junot sera pendant longtemps son meilleur ami. D'un courage extraordinaire, il se couvre de gloire en Italie, puis en Égypte. Loin d'être un soudard, Junot est cependant […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/andoche-junot/#i_11467

LISBONNE

  • Écrit par 
  • Albert-Alain BOURDON, 
  • Michel DRAIN
  •  • 3 142 mots
  •  • 6 médias

Port d'escale dans l'Antiquité, sur la route de l'étain des îles Cassitérides, Lisbonne devint la capitale du Portugal en 1255 au moment où s'achevait la Reconquête. Au xve siècle, elle devint le centre de […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/lisbonne/#i_11467

LOPES FERNÃO (1380 env.-env. 1460)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 397 mots

Historien portugais, né vers 1380, mort vers 1460 […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/fernao-lopes/#i_11467

LES LUSIADES, L. Vaz de Camões - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Bernard SESÉ
  •  • 998 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Une épopée maritime »  : […] Ce chant à la gloire du Portugal se construit autour de la figure du navigateur et découvreur Vasco de Gama (1469-1524), figure primordiale, à qui n'est cependant consacré qu'un tiers du poème. La double perspective de la fresque historique et du récit des exploits du navigateur qui, en 1497-1498, avait ouvert la route […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/les-lusiades/#i_11467

MADÈRE ARCHIPEL DE

  • Écrit par 
  • Suzanne DAVEAU
  •  • 365 mots
  •  • 1 média

Outre l'île principale de Madère, l'archipel volcanique de Madère (793 km2) — qui constitue une région autonome insulaire du Portugal — comprend celle de Porto Santo (42 km2) et deux groupes d'îlots inhabités les […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/archipel-de-madere/#i_11467

MAGELLAN FERNAND DE (1480 env.-1521)

  • Écrit par 
  • Mairin MITCHELL
  •  • 2 164 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Jeunesse »  : […] Magellan naît vers 1480 au Portugal, où plusieurs localités, telles Sabrosa, dans la province de Trás-os-Montes, et Porto, revendiquent de l'avoir vu naître. Ses parents, Rui de Magalhães et Alda de Mesquita, appartiennent à la petite noblesse. Dès son plus jeune âge, Magellan devient page de la reine Leonor de Lancaster. Au […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/fernand-de-magellan/#i_11467

MANUEL Ier (1469-1521), roi de Portugal (1495-1521)

  • Écrit par 
  • Harold V. LIVERMORE
  • , Universalis
  •  • 844 mots

Roi de Portugal (1495-1521), né le 31 mai 1469 à Alcochete (Portugal), mort en décembre 1521 à Lisbonne […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/manuel-ier/#i_11467

MARIE II (1819-1853) reine de Portugal (1826-1828 et 1834-1853)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 343 mots

Reine de Portugal (1826-1828 et 1834-1853), née le 4 avril 1819 à Rio de Janeiro, morte le 15 novembre 1853 à Lisbonne […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/marie-ii/#i_11467

MARIZA (1973-    )

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 385 mots

La chanteuse portugaise Mariza a fait découvrir au monde entier le fado, chant portugais traditionnel généralement accompagné à la guitare acoustique […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/mariza/#i_11467

MARRANES

  • Écrit par 
  • Gérard NAHON
  •  • 887 mots

Terme de mépris dont l'origine est mal établie (marrano en espagnol, marrão en portugais : porc) et par lequel on désignait des musulmans ou des juifs convertis mais dont on jugeait que la conversion était feinte. Dans l'historiographie moderne, il s'applique sans nuance péjorative aux […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/marranes/#i_11467

MÉDITERRANÉE HISTOIRE DE LA

  • Écrit par 
  • André BOURDE, 
  • Georges DUBY, 
  • Claude LEPELLEY, 
  • Jean-Louis MIÈGE
  • , Universalis
  •  • 18 415 mots
  •  • 12 médias

Dans le chapitre « Progrès de la puissance ottomane et de la navigation ibérique (XIVe-XVe s.) »  : […] xive siècle dans la mer Égée. Toutefois, les progrès nautiques furent principalement le fait des Portugais ; ces perfectionnements et les expéditions qu'ils rendirent possibles le long des côtes africaines, pendant le xve siècle, nourrirent le rêve des Européens de parvenir par la navigation océane à la source […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/histoire-de-la-mediterranee/#i_11467

MONTEIRO JOÃO CESAR (1939-2003)

  • Écrit par 
  • Jean A. GILI
  •  • 774 mots

À partir de la fin des années 1980, le metteur en scène portugais João Cesar Monteiro s'est confondu avec son personnage de Jean de Dieu, auquel il offrait sa longue carcasse osseuse et son visage décharné, parfois orné d'un monocle. Égotiste et libertin, moraliste et obsédé sexuel, il développait ses variations autour de cette figure de penseur […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/joao-cesar-monteiro/#i_11467

OLIVEIRA MANOEL DE (1908-2015)

  • Écrit par 
  • Jean-Pierre TOUATI
  •  • 2 544 mots
  •  • 1 média

L'œuvre de Manoel de Oliveira, né à Porto le 11 décembre 1908 et disparu le 2 avril 2015 dans sa ville natale, se déploie sur plus de quatre-vingts ans, avec de longues interruptions forcées. Est-ce à cause de son originalité ? Elle n'a longtemps été connue et […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/manoel-de-oliveira/#i_11467

ORANGES GUERRE DES (1801)

  • Écrit par 
  • Jean de PINS
  •  • 287 mots

Conflit qui opposa le Portugal à l'Espagne, poussée par la France. La guerre des Oranges tire son nom d'un incident héroï-comique survenu devant la place portugaise d'Elvas. Les Espagnols auraient, par dérision, offert des oranges aux défenseurs. L'origine castillane de cette histoire est évidemment contestée par les […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/guerre-des-oranges/#i_11467

PHILIPPE II D'ESPAGNE (1527-1598)

  • Écrit par 
  • Henri LAPEYRE
  •  • 3 004 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Les empires d'outre-mer et le conflit avec l'Angleterre »  : […] À l'empire espagnol s'ajouta en 1581 l'empire portugais. Le roi Sébastien, tué au Maroc en 1578, avait été remplacé par son oncle, le cardinal Henri. À la mort de ce dernier (1580), Philippe II, dont les droits à la succession étaient très sérieux, fut soutenu par la noblesse et le haut clergé, mais […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/philippe-ii-d-espagne/#i_11467

PHILIPPE IV (1605-1665) roi d'Espagne (1621-1665)

  • Écrit par 
  • Marie-France SCHMIDT
  •  • 1 090 mots

Fils de Philippe III et de Marguerite d'Autriche, Philippe IV n'a pas hérité de l'indolence paternelle. Esprit vif, intelligent et cultivé, il manque cependant de caractère et laisse, durant la première partie de son règne, le pouvoir à son favori Gaspar de Guzmán, comte-duc d'Olivares. À l'intérieur, ce dernier, homme […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/philippe-iv/#i_11467

PIERRE Ier (1798-1834) empereur du Brésil (1822-1831) roi de Portugal sous le nom de PIERRE IV (1826)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 367 mots
  •  • 1 média

Fils du roi de Portugal Jean VI, dom Pedro s'enfuit au Brésil avec la famille royale lorsque les Français envahissent le Portugal en 1807. Il y reste comme régent, malgré l'opposition des Cortès, lorsque son père retourne au Portugal en 1821, et se met à la tête de ceux qui luttent pour l'indépendance du Brésil. Le 7 […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/pierre-ier-pierre-iv/#i_11467

PIERRE II (1825-1891) empereur du Brésil (1831-1889)

  • Écrit par 
  • Jean MEYER
  •  • 408 mots

Prince de la famille de Bragance, le futur Pierre II a régné sur le Brésil si longtemps (1840-1889) qu'il est identifié à un demi-siècle d'histoire nationale. L'Empire brésilien est né, sans heurt, à la différence des autres États américains. Le pouvoir cependant y est mal enraciné et n'a d'autre appui que l'armée. Il est sous la menace constante d […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/pierre-ii-1825-1891-empereur-du-bresil-1831-1889/#i_11467

PIERRE Ier LE CRUEL ou LE JUSTICIER (1334-1369) roi de Castille (1350-1369)

  • Écrit par 
  • Marie-France SCHMIDT
  •  • 1 079 mots

Fils d'Alphonse XI, roi de Castille et León, et de Marie de Portugal, le futur Pierre Ier naquit à Burgos, mais fut élevé à Séville par les soins de sa mère, tandis que son père vivait au grand jour avec Éléonore de Guzmán dont il […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/pierre-ier-le-cruel-le-justicier/#i_11467

PIERRE II (1648-1706) roi de Portugal (1683-1706)

  • Écrit par 
  • Marie-France SCHMIDT
  •  • 624 mots

Troisième fils de Jean IV de Portugal et de Louise de Guzmán, Pierre naît à Lisbonne à un moment où son pays est engagé dans la lutte pour l'indépendance. À la mort de son père, en 1656, Alphonse, le deuxième fils (l'aîné étant mort de tuberculose) monte sur le trône sous le nom d'Alphonse VI ; ce […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/pierre-ii-1648-1706-roi-de-portugal-1683-1706/#i_11467

POMBAL SEBASTIÃO JOSÉ DE CARVALHO E MELO marquis de (1699-1782)

  • Écrit par 
  • Jean de PINS
  •  • 901 mots

Né d'une famille de petite noblesse provinciale, Sebasti ao José de Carvalho e Melo est loin d'avoir laissé deviner, au début de sa carrière, sa carrure d'homme d'État. C'est seulement vers la quarantaine que sa perspicacité se manifeste et que ses dépêches (il est alors en poste à Londres) le font connaître à la cour de Lisbonne […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/pombal-sebastiao-jose-de-carvalho-e-melo-marquis-de/#i_11467

PORTO

  • Écrit par 
  • Suzanne DAVEAU
  •  • 458 mots
  •  • 3 médias

Ville du Portugal située à quelques kilomètres de l'Atlantique, sur le rebord du plateau qui domine au nord la profonde entaille de la vallée du Douro enjambée aujourd'hui par trois ponts. L' […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/porto/#i_11467

RAPATRIÉS

  • Écrit par 
  • Jean-Louis MIÈGE
  • , Universalis
  •  • 8 352 mots
  •  • 7 médias

Dans le chapitre « Les mesures immédiates »  : […] La situation la plus grave fut celle du Portugal, pays pauvre, de constante émigration, traversant une grave crise économique, sociale et politique. L'Institut d'appui aux rapatriés nationaux (I.A.R.N.), créé en hâte, ne put que parer au plus pressé. Les retornados ne reçurent qu'une aide limitée dans le temps et un accueil dans […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/rapatries/#i_11467

RODRIGUES AMÁLIA (1920-1999)

  • Écrit par 
  • Éliane AZOULAY
  •  • 669 mots

Aucune voix n'a incarné à ce point l'austérité douloureuse, les roucoulements volubiles, la nostalgie voluptueuse du fado, qui, selon l'écrivain portugais Fernando Pessoa, exprime « la lassitude des âmes fortes […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/amalia-rodrigues/#i_11467

SÁ CARNEIRO FRANCISCO (1934-1980)

  • Écrit par 
  • Alfredo MARGARIDO
  •  • 1 078 mots

Né le 19 juillet 1924 à Porto, Francisco Manuel Lumbrales de Sá Carneiro appartenait par sa mère à la grande bourgeoisie traditionnelle de sa ville natale. Mais son père, avocat, était originaire de la paysannerie et avait été obligé de travailler durement pour terminer ses études supérieures. Comme tant d'autres politiciens […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/francisco-sa-carneiro/#i_11467

SALAZAR ANTONIO DE OLIVEIRA (1889-1970)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 589 mots

Économiste et homme d'État portugais, né le 28 avril 1889 à Vimieiro, mort le 27 juillet 1970 à Lisbonne […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/antonio-de-salazar/#i_11467

SANSOVINO ANDREA CONTUCCI dit (1460-1529)

  • Écrit par 
  • Renée PLOUIN
  •  • 266 mots

Né à Monte San Savino d'où il tire son surnom et formé par Bertoldo, Andrea Contucci est inscrit en 1490 dans la corporation des legname de Florence. Puis Laurent de Médicis l'envoie au Portugal pour exécuter des travaux à Belém et à Coïmbre. Il reste neuf ans dans ce pays qui conserve de lui (musées de […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/andrea-contucci-dit-sansovino/#i_11467

SÉBASTIEN ou SEBASTIÃO (1554-1578) roi de Portugal (1557-1578)

  • Écrit par 
  • Jean de PINS
  •  • 470 mots

La naissance de dom Sebasti ao, petit-fils du roi Jean III et fils posthume de l'héritier du trône, fut accueillie avec d'autant plus d'allégresse qu'elle réglait un difficile problème dynastique : il eût été très dangereux pour la couronne que le trône fût occupé par l'autre petit-fils de Jean III, le prince dom Carlos, […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/sebastien-sebastiao/#i_11467

SÉNÉGAL

  • Écrit par 
  • François BOST, 
  • Vincent FOUCHER
  •  • 10 068 mots
  •  • 9 médias

Dans le chapitre « La poussée du commerce européen »  : […] normande dès le xive siècle sur les côtes de Sénégambie, ce sont les Portugais qui, à partir du xve siècle, établissent les contacts les plus poussés entre l'Europe et la côte ouest-africaine : le navigateur Denis Dias atteint, en 1445, l'île aujourd'hui appelée Gorée, au large du Cap-Vert […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/senegal/#i_11467

SIZA ALVARO (1933-    )

  • Écrit par 
  • François CHASLIN
  •  • 1 104 mots

Alvaro Siza Vieira est né en 1933 au Portugal à Matosinhos ; il est l'une des grandes figures de l'architecture contemporaine. De 1949 à 1955, il étudie à l'École supérieure des beaux-arts de Porto. Alors sous la direction de Carlos Ramos et de Fernando Távora, l'établissement connaît une profonde […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/alvaro-siza/#i_11467

SOARES MÁRIO (1924-2017)

  • Écrit par 
  • Alfredo MARGARIDO
  •  • 926 mots
  •  • 3 médias

Homme politique portugais, président de la République de 1986 à 1996 […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/mario-soares/#i_11467

SOUTO DE MOURA EDUARDO (1952-    )

  • Écrit par 
  • Kathleen KUIPER
  •  • 501 mots

L'architecte portugais Eduardo Souto de Moura a su mêler dans ses constructions les lignes nettes de l'art minimal et des éléments non minimalistes, tels que la couleur et l'utilisation de matériaux locaux. En 2011, il reçoit le prix d'architecture Pritzker ; le jury récompense ainsi l'« intelligence et le sérieux » de son œuvre, caractérisée par […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/eduardo-souto-de-moura/#i_11467

SPÍNOLA ANTÓNIO RIBEIRO DE (1910-1996)

  • Écrit par 
  • Anthony BELLANGER
  •  • 964 mots
  •  • 2 médias

Né le 11 avril 1910, António Ribero de Spínola a été successivement vice-chef d'état-major des armées sous la dictature et éphémère président de la République en 1974 au lendemain de la révolution des œillets ; sa vie a épousé les soubresauts de l'histoire moderne du […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/antonio-ribeiro-de-spinola/#i_11467

TAGE

  • Écrit par 
  • Suzanne DAVEAU
  •  • 297 mots

Des quatre grands fleuves du versant atlantique de la péninsule Ibérique, le Tage est le plus long (1 007 km). Son bassin, limité au nord par la cordillère centrale, au sud par les monts de Tolède, est relativement peu étendu (81 600 km2). Né à 150 […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/tage/#i_11467

TORDESILLAS TRAITÉ DE (1494)

  • Écrit par 
  • Pascal BURESI
  •  • 219 mots
  •  • 1 média

Le 7 juin 1494, la Castille et le Portugal signent le traité de Tordesillas, qui est destiné à fixer les limites de domination respective des deux puissances coloniales dans l'Atlantique. La ligne de démarcation est établie à trois cent […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/traite-de-tordesillas/#i_11467

TORRALVA DIOGO DE (1500-1566)

  • Écrit par 
  • Marcel DURLIAT
  •  • 335 mots

Architecte marquant du Portugal vers le milieu du xvie siècle, Torralva était d'origine espagnole, mais fortement italianisé. Il épousa la fille de Francisco de Arruda, un des maîtres du style manuélin et fut nommé à la direction des œuvres de l'Alentejo (1547) après la mort de […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/diogo-de-torralva/#i_11467

RHINOCÉROS (A. Dürer)

  • Écrit par 
  • Valérie CHANSIGAUD
  •  • 1 116 mots
  •  • 2 médias

Au terme d’un voyage de huit mois, un rhinocéros vivant arrive au Portugal le 20 mai 1515 à bord d’un vaisseau provenant d’Inde : il est le premier animal de son espèce à atteindre l’Europe depuis l’époque romaine. […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/rhinoceros-a-durer/#i_11467

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Pour citer l’article

Cristina CLIMACO, José-Augusto FRANÇA, Roger BISMUT, Michel DRAIN, Jorge MORAÏS-BARBOSA, Eduardo PRADO COELHO, Michel LABAN, « PORTUGAL », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 octobre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/portugal/