PROVINCE ROMAINE

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À l'origine, la compétence spéciale d'un magistrat romain était sa provincia, son département ministériel, dirions-nous. Après la conquête de la Sicile, en ~ 227, l'un des préteurs en charge fut, chaque année, envoyé pour gouverner l'île qui devint ainsi sa « province ». D'où le sens dérivé : territoire soumis à l'administration d'un magistrat romain. La personnalité du gouverneur faisait alors toute l'individualité de la province : il n'y avait aucune institution provinciale, aucun statut commun aux provinciaux. Rome veillait au contraire à isoler les cités et les peuples, à briser leurs anciennes relations politiques et économiques, à graduer les statuts juridiques de ses sujets pour exciter les jalousies réciproques et le dévouement de tous. De plus, le magistrat romain envoyé dans une province était le seul à détenir l'imperium, la plénitude de l'autorité du peuple romain. Il disposait d'un pouvoir pratiquement absolu, à la fois civil, judiciaire, et militaire. Certes, il devait respecter les lois romaines, les accords particuliers entre Rome et telle ou telle cité. L'obligation cependant n'était que théorique : il n'y avait pas de contrôle possible sinon a posteriori et à Rome même, où le gouverneur, une fois sorti de charge, pouvait être accusé judiciairement. Mais ce gouverneur, véritable monarque temporaire, n'avait pratiquement pas de fonctionnaires sous ses ordres selon l'ancien usage romain et bâtissait souvent une confortable fortune aux dépens des assujettis. Autour de lui quelques adjoints (legati), nommés par le sénat sur sa proposition, des secrétaires, des esclaves formaient une sorte de cabinet personnel (cohors). Par manque de personnel, le gouverneur ne pouvait entrer dans le détail des affaires provinciales : il l'abandonnait aux aristocraties locales et limitait son action au maintien de l'ordre et à la rentrée régulière de l'impôt levé par des sociétés financières (publicains) pour le compte de l'État romain. Ainsi, pour Cicéron, la domination romaine était une sorte de protectorat « patrocinium verius quam imperium » (De officiis, II, 8). À partir de Sylla (~ 80), les provinces furent confiées, pour un an ou davantage, aux magistrats sortis de charge, proconsuls ou propréteurs, qui continuaient d'exercer localement l'imperium dont ils avaient été revêtus à Rome. Les provinces furent donc, pendant les guerres civiles, des terrains d'élection pour les ambitieux, assurés de s'y procurer sans contrôle des troupes sûres et de l'argent : César a fondé sa puissance sur son proconsulat en Gaule. C'est pourquoi, à partir d'Auguste, l'un des fondements du pouvoir impérial fut l'imperium proconsulaire majeur, l'autorité absolue dans toutes les provinces, à l'exception de quelques-unes, théoriquement abandonnées aux promagistrats ordinaires. Alors, et alors seulement, les provinces devinrent de véritables cellules administratives avec une bureaucratie organisée et des gouverneurs, simples représentants de l'empereur, nommés, révoqués et jugés par lui. Pour pratiquer le culte de Rome et d'Auguste, des assemblées provinciales ou interprovinciales (par exemple celle des trois provinces gauloises à Lyon) exprimèrent des sentiments et des particularismes provinciaux : lors de la grande crise de l'Empire, au iiie siècle, il y eut des empereurs provinciaux. À la restauration du pouvoir central par Dioclétien, les anciennes provinces furent divisées en unités plus petites, elles-mêmes regroupées en diocèses et en préfectures du prétoire. La province n'était plus qu'une circonscription territoriale mineure à l'intérieur d'un État centralisé : elle était régie par des fonctionnaires. C'est que Rome n'était plus une cité.

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Pour citer l’article

Olivier COLLOMB, « PROVINCE ROMAINE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/province-romaine/