NABATÉENS

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Système politique et société

Les Nabatéens avaient à leur tête des rois qui portèrent alternativement les noms de Rabbel, Arétas, Obodas et Malichos. On en connaît une douzaine par les sources littéraires et épigraphiques, depuis le plus ancien, qui apparaît en 259 av. J.-C. à l’occasion d’une livraison de blé, dans le sud de la Syrie, « aux gens de Rabbel », personnage qui n’est cependant pas qualifié de roi, jusqu’au plus récent, Rabbel II (70-106 apr. J.-C.), avec lequel la royauté nabatéenne s’achève. Il est possible qu’un roi Malichos ait régné un an de plus, jusqu’à 107, dans la partie sud du royaume, à Hégra, comme en témoignerait une inscription nabatéenne datée de la première année de règne d’un roi Malichos qui serait postérieur à Rabbel II. En revanche, l’existence longtemps supposée d’un roi Obodas II, qui aurait régné entre 62 et 59 av. J.-C., a été écartée sur la base d’arguments numismatiques. Le règne le plus long et le plus emblématique de l’histoire nabatéenne est celui d’Arétas IV (9 av. J.-C.-40 apr. J.-C.), au cours duquel plusieurs grands monuments de Pétra sont construits ainsi que la majorité des tombeaux de Hégra. Les rois nabatéens portent parfois des titres, comme « Philhellène » pour Arétas III (85-62 av. J.-C.), « qui aime son peuple » pour Arétas IV ou encore « qui a fait vivre et a sauvé son peuple » pour Rabbel II.

Le roi est conseillé par un ministre qui porte le titre, sans doute honorifique, de « frère » du roi. Les provinces nabatéennes avaient quant à elles à leur tête un gouverneur, qui porte en nabatéen le titre de stratège, emprunté au grec. Ce gouverneur avait des pouvoirs à la fois civils et militaires et on en connaît environ vingt-cinq, presque tous mentionnés dans des inscriptions nabatéennes. Les propriétaires des plus grands tombeaux de Hégra étaient des stratèges.

Les femmes jouaient un rôle non négligeable dans cette société, comme le montre la présence du portrait des reines nabatéennes, souvent accolé à celui des rois sur le revers des monnaies nabatéennes. De plus, on sait que la mère du roi Rabbel II a exercé une régence au nom de son fils mineur entre 70 et 75 apr. J.-C. Les reines sont parfois appelées « sœurs » du roi dans les inscriptions et sur les monnaies, mais il n’est pas certain que les rois nabatéens aient réellement épousé leurs sœurs, pratique en revanche bien attestée chez les Ptolémées d’Égypte. Les textes juridiques nabatéens attestent également que les femmes pouvaient être propriétaires d’un tombeau et, surtout, le transmettre en héritage. Enfin, une femme nommée Babatha possédait une propriété en territoire nabatéen, au sud-est de la mer Morte.

La principale source dont on dispose sur cette société à l’époque de l’âge d’or du royaume nabatéen, à la fin du ier siècle av. J.-C., est la Géographie de l’historien et géographe grec Strabon (xvi, 4, 21-26). L’auteur y décrit une société bien organisée et pacifique, où il fait bon vivre dans de belles maisons en pierre et où les Nabatéens sont encouragés à s’enrichir. Une coutume particulièrement vivace consiste à se réunir par groupes de treize personnes, divertis par deux musiciens, dans des salles de banquet où des coupes, sans doute de vin, étaient échangées. Il s’agit de confréries, le plus souvent religieuses, consacrées au culte d’une ou plusieurs divinités nabatéennes. Une étude de 2013 des confréries de Pétra à travers les graffitis laissés par leurs membres sur les parois rocheuses a montré que les Nabatéens appartenaient en général à une unique confrérie. De plus, les seules divinités auxquelles étaient consacrées plusieurs confréries étaient Dûsharâ, la principale figure masculine, et Obodas, le seul roi nabatéen qui ait été divinisé.

Enfin, l’inventaire des professions mentionnées dans les inscriptions rapporte que les fonctions les plus souvent attestées dans les textes sont celles de tailleur de pierre (en raison des inscriptions gravées sur les tombeaux, qui portent leur signature), serviteur, prêtre, stratège, sculpteur, cadre de l’armée, portant d’ailleurs fréquemment un titre grec, scribe et musicien. Toute la société des petits artisans qui devaient fourmiller dans les villes nabatéennes n’apparaît, quant à elle, quasiment pas dans les inscriptions, mais on connaît deux médecins, deux forgerons et au moins un embaumeur.

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Le royaume nabatéen

Le royaume nabatéen
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Deux bétyles en relief posés dans une niche à édicule, Hégra (Arabie Saoudite)

Deux bétyles en relief posés dans une niche à édicule, Hégra (Arabie Saoudite)
Crédits : Laila Nehmé

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Intérieur d’un tombeau, Hégra (Arabie Saoudite)

Intérieur d’un tombeau, Hégra (Arabie Saoudite)
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Khaznah, Pétra (Jordanie)

Khaznah, Pétra (Jordanie)
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Laïla NEHMÉ, « NABATÉENS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/nabateens/