MOYEN ÂGELa littérature en prose

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Narration et textualité

La prose des premiers textes narratifs n’a pas l’aspect de la prose latine et ne prétend pas avoir le même statut rhétorique. L’absence presque totale de codification explicite avant Brunetto Latini est compensée par un investissement formel très important ; il s’agit surtout d’une compétence collective des écrivains, une codification implicite qui touche en premier lieu à la cohérence et à la cohésion du texte : le réseau des causes et conséquences, les commentaires, la progression thématique. Il s’agit aussi d’une nouvelle conception de la textualité et de la construction de l’intrigue, qui devient évidente lorsque l’on compare les narrations en prose avec leurs modèles en vers. C’est le cas, par exemple, des mises en prose du Roman de Troie avec l’original en vers de Benoît de Sainte-Maure. Mais la prose française montre surtout son originalité au niveau de l’organisation des rapports temporels et logiques de la narration, de la distribution spatiale et chronologique des actions et de leur ordre dans le récit. Des constructions sophistiquées, fondées sur l’ordo artificialis, où la succession logique et temporelle est brisée, et l’illusion de simultanéité produite par l’entrelacement d’un grand nombre de lignes narratives, permettent de maîtriser de vastes étendues chronologiques et géographiques.

À ce propos, on a souvent parlé d’une « horreur du vide » de la prose médiévale. En réalité, le temps narratif qui lui est propre est structuré aussi – et même surtout – autour de vastes vides temporels et psychologiques offerts à l’imagination des lecteurs, à la manière des immenses espaces vides qu’une cathédrale gothique rend disponibles au regard et à la médiation de l’observateur. En effet, les éléments plus modernes de cette production sont plutôt l’étendue et l’échelle des architectures narratives que la densité ou l’encombrement de la représentation. Ainsi, les romans arthuriens en prose comptent parmi les plus longs textes de la tradition narrative occident [...]


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Écrit par :

  • : professeur, chargé de cours de littérature française du Moyen-Âge, université de Liège (Belgique)

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Pour citer l’article

Nicola MORATO, « MOYEN ÂGE - La littérature en prose », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/moyen-age-la-litterature-en-prose/