MOYEN ÂGELa littérature en prose

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le XIIIe siècle et l’avènement de la prose française

Environ une centaine de textes en prose ont été répertoriés pour le xiie siècle : des traductions de la Bible, des commentaires, des sermons, des prières (avec ou sans gloses), auxquels s’ajoutent des chroniques et quelques textes érudits, des textes juridiques et des documents. Une grande partie des copies les plus anciennes sont localisables dans un territoire qui s’étend de la Wallonie et des Flandres à la Normandie, mais surtout dans l’Angleterre normande.

La tradition de ces écritures continue au cours du xiiie siècle, quoique sur une scène socio-littéraire transformée par l’essor des villes et l’alphabétisation grandissante, qui favorisent l’expansion des usages de la prose vernaculaire. Au cours du siècle, la production en ancien français, en particulier narrative, circule en Europe et dans toute la Méditerranée. Elle doit sans doute son succès à la puissance et au prestige des États et des aristocraties francophones. Une partie des plus emblématiques textes en prose sont liés aux croisades, en particulier à la quatrième (1202-1204) : les chroniques de Villehardouin et de Robert de Clari, la traduction de la Chronique du pseudo-Turpin par Nicolas de Senlis, l’épilogue de la deuxième version du Tristan en prose. Mais une telle fortune trouve aussi des raisons internes, liées aux qualités littéraires dont la nouvelle prose avait fait preuve grâce à son élaboration incessante et son patrimoine textuel grandissant. La prose française, tout comme les vers, est souvent adoptée par des auteurs non francophones, parfois même pour écrire sur des sujets qui ne relèvent pas de la culture des régions francophones (par exemple, Les Estoires de Venise de Martin da Canal, environ 1267-1275). Encore au début du xive siècle, dans le premier livre de son De vulgari eloquentia, Dante constate l’excellence de la prose en langue d’oïl en se référant, selon toute vraisemblance, uniquement à des textes écrits dans la première moitié du xiiie siècle.


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 10 pages

Médias de l’article

Livre des merveilles du monde, M. Polo

Livre des merveilles du monde, M. Polo
Crédits : AKG-images

photographie

Lancelot-Graal

Lancelot-Graal
Crédits : BnF, cote cliché RC-B-09666

photographie

Chroniques, J. Froissart

Chroniques, J. Froissart
Crédits : British Library/ AKG-images

photographie

Afficher les 3 médias de l'article


Écrit par :

  • : professeur, chargé de cours de littérature française du Moyen-Âge, université de Liège (Belgique)

Classification

Autres références

«  MOYEN ÂGE  » est également traité dans :

MOYEN ÂGE - L'affirmation des langues vulgaires

  • Écrit par 
  • Emmanuèle BAUMGARTNER
  •  • 2 558 mots

La langue latine a longtemps constitué, dans l'Europe médiévale, le principal vecteur du savoir et de la culture. Cependant, à l'initiative des écrivains et du public des cours, on voit se développer du ixe au xiie siècle un usage littéraire des « langues vulgaires », dialectes et parlers nationaux.L'avèn […] Lire la suite

MOYEN ÂGE - Vue d'ensemble

  • Écrit par 
  • Alain BOUREAU
  •  • 1 990 mots

Le Moyen Âge constitue à la fois une période chronologique, un type régional de société et un processus historique de portée universelle.Tout découpage du temps historique est conventionnel. Cet arbitraire est patent quand il se fonde sur une pure quantité, comme le siècle. La périodisation paraît moins artificielle quand elle embrasse des durées longues, comme le « Moyen Âge ». Depuis la fin du […] Lire la suite

MOYEN ÂGE - Le monde médiéval

  • Écrit par 
  • Léopold GÉNICOT
  •  • 12 274 mots
  •  • 1 média

Occident et civilisation occidentale sont des concepts et des faits dont on parle abondamment aujourd'hui. Ils datent du Moyen Âge. Celui-ci a d'abord scindé le monde antique, bâti autour de la Méditerranée, en trois entités : Occident, Orient, Afrique. Puis il a repoussé vers le nord et le nord-est les frontières de la première. Dans ce cadre original, une civilisation s'est élaborée à partir d'é […] Lire la suite

MOYEN ÂGE - La littérature latine savante

  • Écrit par 
  • Alain MICHEL
  •  • 3 268 mots

Le latin médiéval a été, en son temps, l'instrument de culture qui fondait toute compréhension internationale. Dans un temps où les langues vernaculaires étaient encore grossières, il a été le conservatoire des techniques et des figures (rhétorique et poésie) ainsi que la langue sacrée du christianisme, pour lequel il constitua un trésor de textes théo […] Lire la suite

MOYEN ÂGE - La poésie lyrique

  • Écrit par 
  • Daniel POIRION
  •  • 5 698 mots

À la fois parole, musique et jeu, le lyrisme médiéval, tel que le transmettent les manuscrits, reste difficile à lire et à interpréter. Vestiges pour ainsi dire archéologiques, les écrits, même lorsqu'ils comportent une notation musicale, ne livrent plus le secret de leur vie […] Lire la suite

MOYEN ÂGE - La pensée médiévale

  • Écrit par 
  • Alain de LIBERA
  •  • 22 370 mots

Une histoire de la pensée du Moyen Âge ne se réduit pas à une histoire de la philosophie médiévale. Il y a à cela divers motifs. Le premier et le plus évident est que la pensée du Moyen Âge est, pour une large part, le fait de théologiens réfléchissant sur leur foi « sous le toit de l'Église ». Le deuxième est que la philosophie n'est qu'un des modes de la pensée, une manière assurément singulièr […] Lire la suite

MOYEN ÂGE - Les universités médiévales

  • Écrit par 
  • Jean FAVIER
  •  • 2 180 mots
  •  • 1 média

Les universités qui apparaissent et se multiplient au cours des trois derniers siècles du Moyen Âge sont des institutions profondément originales à tous égards. Le mot universitas signifie, dans le latin médiéval, « communauté ». L'universitas studiorum est une forme originale de communauté, qui se régit elle-même et échappe aux contraintes du droit commun. […] Lire la suite

AGRICOLE RÉVOLUTION

  • Écrit par 
  • Abel POITRINEAU, 
  • Gabriel WACKERMANN
  •  • 10 248 mots

Dans le chapitre « Immobilisme agricole ancien »  : […] Cette perte de prestige est paradoxalement liée à un gain considérable en efficacité. Telle qu'elle se présente dans la plus grande partie de l'Europe au xvii e  siècle, et telle qu'elle subsiste en larges îlots sur ce continent jusqu'à la fin du xix e  siècle, l'agriculture traditionnelle est avant tout une agriculture de subsistance associée à une économie domestique fermée, dite économie de bes […] Lire la suite

AGRICULTURE - Histoire des agricultures jusqu'au XIXe siècle

  • Écrit par 
  • Marcel MAZOYER, 
  • Laurence ROUDART
  •  • 6 077 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « La révolution agricole du Moyen Âge »  : […] Pour tenter de surmonter ces difficultés, à partir de l'an 1000, dans la moitié nord tempérée froide de l'Europe, l'usage de toute une gamme d'outils se répandit, en relation avec l'essor de la sidérurgie. Fourneaux à fonte et forges hydrauliques ont permis de produire plus de fer, de meilleure qualité, qui a servi à fabriquer des faux. Grâce à cet outil essentiel, plus efficace que la faucille, […] Lire la suite

ALBIGEOIS (CROISADE CONTRE LES)

  • Écrit par 
  • Jacques LE GOFF
  •  • 4 146 mots
  •  • 2 médias

Le terme « albigeois » a servi, dès le milieu du xii e  siècle, à désigner les hérétiques du Languedoc, bien que l'Albigeois ne paraisse pas, aux yeux des historiens modernes (qui ont continué à user de cette appellation devenue traditionnelle), avoir été le principal foyer de l' hérésie. Dès 1146, Geoffroy d'Auxerre signale que le populus civitatis albigensis est infesté par l'hérésie. Le concil […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Nicola MORATO, « MOYEN ÂGE - La littérature en prose », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 octobre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/moyen-age-la-litterature-en-prose/