SCORSESE MARTIN (1942- )

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

De tous les movie brats (les « gosses du cinoche »), cette génération de cinéphiles devenus réalisateurs à la fin des années 1960, et qui compte notamment dans ses rangs Steven Spielberg, Michael Cimino, Brian De Palma et leur aîné, Francis Ford Coppola, Martin Scorsese est celui qui est communément perçu comme étant l’auteur le plus singulier et le plus rigoureux. Issu d’un milieu italo-américain new-yorkais, il a, dès ses premiers courts-métrages (What's a Nice Girl Like You Doing in a Place Like This?, 1963), campé ses personnages dans un environnement représentatif de ses années d’apprentissage. Univers et formation à la fois chaotiques et douloureux qui, de 1969, date de son premier long-métrage Whos That Knocking at My Door, à 1990 (Les Affranchis, [Goodfellas]), vont se refléter tout au long de la première partie de sa carrière, avant qu’il n’apparaisse comme l’héritier des grands créateurs de l’âge d’or hollywoodien.

Les Affranchis, de Martin Scorsese

Photographie : Les Affranchis, de Martin Scorsese

Ray Liotta, Robert De Niro, Paul Sorvino et Joe Pesci dans Goodfellas (Les Affranchis, 1990) de Martin Scorsese. 

Crédits : Dirck Halstead/ Warner Brothers, Inc./ Collection privée/ Encyclopedia Britannica

Afficher

Catholique fervent qui se destinait à la prêtrise, mais aussi enfant souffrant d’asthme, Martin Scorsese a toujours été fasciné autant par la figure du Christ sur la croix que par les activités violentes des rues du quartier new-yorkais Little Italy. Dans l’impossibilité de participer physiquement à ces dernières, il trouva très tôt dans les salles de cinéma un palliatif à son besoin de dépenser son énergie. Une fréquentation assidue qui lui valut d’être fortement influencé tant par Hollywood (John Ford, Samuel Fuller, les musicals) et la Nouvelle Vague française (Godard surtout), que par l’Anglais Michael Powell (Les Chaussons rouges) et le cinéma italien (le néo-réalisme et Rossellini principalement). Ce à quoi s’ajouta un grand intérêt pour la beauté féminine qui lui aliéna un avenir exclusivement religieux. Ainsi, de prêtre frustré devint-il cinéphile passionné, puis cinéaste consommé.

La Passion à New York

Martin Scorsese est né à Flushing (Long Island), dans l’État de New York, le 17 novembre 1942. Après avoir suivi des cours de cinéma à l’université de New York et fait ses premiers pas en quasi-amateur, il obtient divers emplois professionnels surtout liés au montage (entre autres celui du documentaire Woodstock de Michael Wadleigh, 1970), avant de se voir confier par Roger Corman le tournage d’un succédané de Bonnie and Clyde, Bertha Boxcar, en 1972. Dans ce film de commande, il glisse néanmoins quelques thèmes personnels (crucifixion, sexualité effrénée) et prouve surtout qu’il est un réalisateur efficace. L’année suivante, il reprend un ancien projet, qui obtient le soutien de la Warner, et lui donne un premier élan : Mean Streets.

Film éminemment personnel, version peaufinée de son premier long-métrage, Mean Streets est une plongée à la source du regard scorsesien : il dit la nécessité du passage par l’enfer urbain pour atteindre la rédemption, itinéraire proche de celui parcouru par les héros pénitents de Dostoïevski et de Bernanos. Une thématique de catholique torturé que Scorsese reprendra régulièrement dans Taxi Driver (1976), palme d’or à Cannes et son premier succès au box-office, puis dans Raging Bull (1980), très beau détournement des mémoires du boxeur Jake La Motta, After Hours (1985) qui emprunte le mode plus léger de la comédie noire, ou À tombeau ouvert (Bringing Out the Dead, 1999), autre variation sur l’enfer nocturne new-yorkais. Mean Streets montre également les traits esthétiques essentiels du cinéaste : une direction d’acteurs nerveuse et naturaliste (où brillent successivement Harvey Keitel et Robert De Niro avec qui Scorsese tournera dix films), une caméra très mobile, des éclairages fort signifiants, un montage haletant, une bande-son fournie où la rock musique et apparentée est particulièrement présente, souvent en contrepoint.

Taxi Driver, M. Scorsese

Photographie : Taxi Driver, M. Scorsese

Robert De Niro et Martin Scorsese sur le tournage de Taxi Driver. Évocation d'une grande noirceur d'un New York déglingué et des États-Unis d'après la guerre du Vietnam, le film remporta la palme d'or au festival de Cannes en 1976. Après Mean Streets (1973) qui l'avait révélé,... 

Crédits : Steve Schapiro/ Columbia Pictures/ MoviePix/ Getty Images

Afficher

Auteur très égocentrique, Scorsese sait, d’autre part, toujours faire siennes les histoires des autres. Alice nest plus ici (Alice Doesn't Live Here Anymore, 1974), New York New York (1977), La Valse des pantins (The King of Comedy, 1982), After Hours (1985), La Couleur de largent (The Color of Money, 1986) et surtout La Dernière Tentation du Christ (The Last Temptation of Christ, 1988, d’après le roman de Nikos Kazantzáki) sont tous des films écrits ou coécrits par autrui, où l’on retrouve le style frénétique du cinéaste et son univers déchiré, fait d’angoisse existentielle, de quête identitaire, de culpabilité maladive, de références cinéphiliques.

Il en va également ainsi dans le domaine du documentaire que Scorsese affectionne et auquel il a consacré de nombreux films, tous de grand intérêt, l’un sur ses parents et leur mode de vie (Italiananmerican, 1974), un autre sur un ami désaxé, miroir de son temps et du cinéaste lui-même (American Boy: A Profile of Steven Prince, 1978), un troisième sur le concert d’adieu de The Band, ancien groupe de Bob Dylan, où Scorsese filme avec volupté les différents participants (The Last Waltz, 1978), sans oublier deux longs-métrages composés d’extraits de films consacrés à sa passion pour le cinéma américain (Un voyage avec Martin Scorsese à travers le cinéma américain, coréalisé avec Michael Henry Wilson en 1995) et italien (Il mio viaggio in Italia, 1999), ainsi que deux autres films sur des mythes musicaux : No Direction Home (2005, sur Bob Dylan) et Shine a Light (2008, sur les Rolling Stones). Cette énergie créatrice l’amena à se tourner vers la scène en 1977 avec le musical The Act (dont Liza Minnelli était la vedette), mais qu’il ne put mener à bien pour cause d’épuisement. Un torrent de vitalité qu’il canalisera néanmoins plus tard sur la production en finançant Les Arnaqueurs de Stephen Frears en 1990, Clockers de Spike Lee en 1995, ainsi qu’une série de films sur le blues, dont The Soul of a Man de Wim Wenders, en 2003 et sa propre contribution, Feel Like Going Home (2003).

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 4 pages

Médias de l’article

Les Affranchis, de Martin Scorsese

Les Affranchis, de Martin Scorsese
Crédits : Dirck Halstead/ Warner Brothers, Inc./ Collection privée/ Encyclopedia Britannica

photographie

Taxi Driver, M. Scorsese

Taxi Driver, M. Scorsese
Crédits : Steve Schapiro/ Columbia Pictures/ MoviePix/ Getty Images

photographie

Hugo Cabret, M. Scorsese

Hugo Cabret, M. Scorsese
Crédits : GK Films/ The Kobal Collection /Buitendijk, Jaap /Aurimages

photographie

Afficher les 3 médias de l'article


Écrit par :

  • : enseignant-chercheur retraité de l'université de Strasbourg

Classification

Autres références

«  SCORSESE MARTIN (1942- )  » est également traité dans :

À TOMBEAU OUVERT (M. Scorsese)

  • Écrit par 
  • Joël MAGNY
  •  • 1 044 mots

Il n'échappe à personne que le plan final d'À tombeau ouvert (1999) est une pietà : le héros, Frank Pierce (Nicolas Cage), trouve enfin un moment d'abandon dans les bras de la bien nommée Mary (Suzanna Arquette). On sait le goût de Martin Scorsese et de Paul Schrader (le scénariste du film) pour l'imagerie religieuse. Pareillement […] Lire la suite

CASINO (M. Scorsese)

  • Écrit par 
  • Joël MAGNY
  •  • 1 344 mots

La légende demeure tenace, qui veut que le cinéma américain, s'adressant à un vaste public, repose sur des acquis éprouvés et laisse aux autres les risques de l'innovation. Casino dément à l'envi un tel cliché. Rarement narration fut plus éclatée, chronologie plus bousculée, mise en scène plus déroutante, poussant le système esthétique du cinéma de […] Lire la suite

SHUTTER ISLAND (M. Scorsese)

  • Écrit par 
  • Michel CIEUTAT
  •  • 1 068 mots

Adapté du best-seller de Dennis Lehane (2003), l'opus de Martin Scorsese Shutter Island (2009) agace et fascine. Il agace par son style survolté caractéristique non plus de la vive personnalité du cinéaste d'After Hours (1986), mais bien plutôt de l'impérieuse néces […] Lire la suite

TAXI DRIVER, film de Martin Scorsese

  • Écrit par 
  • Laurent JULLIER
  •  • 899 mots
  •  • 1 média

Palme d'or au festival de Cannes en 1976, Taxi Driver marque le début de la célébrité mondiale pour son metteur en scène comme pour son interprète principal, Robert De Niro, qui avaient déjà collaboré dans Les Rues chaudes (Mean Streets, 1973), et allaient encore tourner six longs-métrages en […] Lire la suite

DAY-LEWIS DANIEL (1957- )

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 587 mots

L 'acteur britannique Daniel Michael Blake Day-Lewis est né le 29 avril 1957 à Londres dans une famille qui appartenait au monde des arts et du spectacle : deuxième enfant du poète Cecil Day Lewis et de l'actrice Jill Balcon, il est également le petit-fils du producteur de cinéma Michael Balcon. L'adolescent s'initie à l'art dramatique à Bedales, école libérale de Petersfield (Hampshire), et, à l' […] Lire la suite

DICAPRIO LEONARDO (1974- )

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 864 mots

Acteur et producteur américain, né le 11 novembre 1974 à Los Angeles. C’est à l’âge de cinq ans que Leonardo Wilhelm DiCaprio obtient son premier rôle dans l’émission pour enfants Romper Room . Durant son adolescence, il multiplie les apparitions dans des films éducatifs et des productions commerciales et publicitaires. En 1990, il commence à tourner dans plusieurs séries télévisées –  The New […] Lire la suite

ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE (Arts et culture) - Le théâtre et le cinéma

  • Écrit par 
  • Geneviève FABRE, 
  • Liliane KERJAN, 
  • Joël MAGNY
  •  • 9 420 mots
  •  • 9 médias

Dans le chapitre « Superproductions « sequels », « remakes » et « wonderboys » »  : […] Dans un tel système, l'idéal est le blockbuster , initialement film qui rapporte gros pour une mise de fonds minimale, à l'exemple d' Easy Rider (1969) , de Dennis Hopper, ou d' American Graffiti (1973), de George Lucas. À défaut, les Majors jouent la carte traditionnelle de la superproduction dès le milieu des années 1970, avec casting prestigieux et, le plus souvent, effets spéciaux, accompa […] Lire la suite

FOSTER JODIE (1962- )

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 482 mots

Jodie Foster, de son vrai nom Alicia Christian Foster, est née le 19 novembre 1962 à Los Angeles (Californie). Cette actrice américaine débute sa carrière dès son plus jeune âge, comme vedette enfant appréciée pour sa maturité et son côté garçon manqué. Malgré des dispositions évidentes pour la comédie, elle est surtout célèbre pour ses rôles dramatiques de personnages inadaptés confrontés à des […] Lire la suite

KEITEL HARVEY (1939- )

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 272 mots

Né le 13 mai 1939 à Brooklyn, Harvey Keitel sert chez les marines, puis étudie l'art dramatique avec l'Actors Studio. En 1968, il fait ses débuts sur les écrans dans Who's That Knocking at My Door  ? , premier long-métrage de Martin Scorsese. Les deux hommes travailleront ensuite ensemble sur un certain nombre de films marquants, tels que Mean Streets (1973), Alice n'est plus ici ( Alice […] Lire la suite

PARLANT (CINÉMA) - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Michel CHION
  •  • 3 247 mots

1899 États-Unis. Th e Astor Tramp , « picture song » de Thomas Edison. Bande filmée destinée à être accompagnée d'une chanson chantée en salle (derrière l'écran) par des artistes invités. 1900 France. Présentation par Clément Maurice du Phono-Cinéma-Théâtre à l’'Exposition universelle. Au programme, une scène d' Ham l et interprétée par Sarah Bernhardt, une autre de Cyrano de Bergerac avec C […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

22-24 octobre 1988 France. Incendie criminel d'un cinéma projetant « La Dernière Tentation du Christ »

Martin Scorsese La Dernière Tentation du Christ. Ce film, tiré d'un roman de Nikos Kazantzakis, et sorti sur les écrans français le 28 septembre, est jugé scandaleux par certains. Après d'importantes protestations, lors de sa sortie en août aux États-Unis, le film a été violemment attaqué en France par les traditionalistes, qui n'ont pu obtenir son […] Lire la suite

Pour citer l’article

Michel CIEUTAT, « SCORSESE MARTIN (1942- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/martin-scorsese/