Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

PAULING LINUS CARL (1901-1994)

Le chimiste américain Linus Carl Pauling est l'une des deux seules personnes, avec Marie Curie (1867-1934), à avoir reçu deux prix Nobel dans deux disciplines différentes : le prix Nobel de chimie en 1954, « pour sa recherche sur la nature de la liaison chimique et son application à l'élucidation de la structure de substances complexes », et celui de la paix en 1962, pour sa campagne contre les essais d'armes nucléaires et contre le recours à la guerre comme solution des conflits internationaux. Éminent scientifique, il a su mettre son savoir et sa notoriété au service de la paix, et a grandement contribué à la cessation des essais nucléaires atmosphériques.

Années de formation et premiers travaux

Linus Pauling

Linus Pauling

Linus Carl Pauling est né le 28 février 1901 à Portland (Oregon). Alors qu'il était enfant, son père, pharmacien, fit paraître une petite annonce dans le principal journal de Portland, demandant aux lecteurs de lui suggérer des titres de livres pour son petit garçon avide de lectures.

Ses études secondaires terminées, Pauling entra à l'Oregon Agricultural College, à Corvallis, où il choisit d'étudier la chimie comme discipline principale. Durant son avant-dernière année, en 1920-1921, il fut sélectionné pour être tuteur d'étudiants de première année en difficulté. Il découvrit alors, dans la bibliothèque universitaire, les articles récents (1919) d'Irving Langmuir (1881-1957) sur la structure atomique et la théorie électronique de la valence. Langmuir s'y référait à l'article mémorable que Gilbert Newton Lewis (1875-1946) publia en 1916, où il pose qu'une liaison chimique est assurée par un doublet d'électrons.

Pauling fit acte de candidature auprès d'Arthur A. Noyes (1866-1936), au California Institute of Technology (Caltech), fondé peu auparavant à Pasadena, dans la grande banlieue de Los Angeles. Il y suivit ses études doctorales, de 1923 à 1925, et s'y initia à la détermination de la structure des molécules au moyen de la diffraction des rayons X par les cristaux, sous la supervision de Roscoe Gilkey Dickinson (1894-1945).

Arthur A. Noyes n'avait que mépris pour son collègue en chimie organique, Howard J. Lucas (1885-1963), qui n'avait pas de doctorat. En conséquence, les études doctorales à Caltech excluaient la chimie organique. Mais Pauling se passionna pour celle-ci et pour les problèmes qui intéressaient Lucas, en particulier la structure des hydrocarbures aromatiques, tels que le benzène, sur lequel il rédigea un article en 1926, très influencé par les idées de Lucas et la nouvelle théorie électronique de Lewis-Langmuir.

Pauling décida de partir en Europe pour un stage postdoctoral durant l'année 1926, à l'aide d'une bourse de la fondation Guggenheim. Cela lui permit de s'initier à la mécanique quantique, et d'assimiler les tout débuts de la chimie quantique. Il passa un an à Munich avec Arnold Sommerfeld (1868-1951), un mois à Copenhague avec Niels Bohr (1885-1962) et six mois à Zurich avec Erwin Schrödinger (1887-1961). À son retour à Caltech à la fin de 1927, Pauling fut nommé professeur assistant pour la chimie théorique. Il s'empressa de publier un grand article dans Chemical Reviews, exposant de façon très didactique le traitement de l'entité H2+ par Øyvind Burrau et Friedrich Hund (1896-1997), et celui de la molécule d'hydrogène H2 par Walter Heitler (1904-1981) et Fritz London (1900-1954).

Au début des années 1930, Pauling fit œuvre d'interprète, de façon inventive et magistrale. Il résolut de divulguer la nouvelle théorie quantique auprès des chimistes, mais en s'abstenant de recourir au langage des équations mathématiques, trop abscons pour les chimistes. Pour ce faire, il s'appuya sur la connaissance détaillée qu'il s'était donnée de la structure moléculaire, grâce aux études de diffraction par[...]

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : professeur honoraire à l'École polytechnique et à l'université de Liège (Belgique)

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Linus Pauling

Linus Pauling

Linus Carl Pauling, 1955

Linus Carl Pauling, 1955

Autres références

  • PAULING ET LES PROTÉINES

    • Écrit par Paul MAZLIAK
    • 231 mots
    • 1 média

    Après avoir appliqué la mécanique quantique aux liaisons chimiques et défini les liaisons faibles, Linus Pauling (1901-1994) se consacra à l'étude des protéines. Il élabora, en 1951, la structure secondaire des protéines fibrillaires (kératine des cheveux, fibroïne de la soie, etc.), point de départ...

  • ABZYMES

    • Écrit par Joël CHOPINEAU, Universalis, Alain FRIBOULET, Sabine PILLE, Daniel THOMAS
    • 1 038 mots

    Le concept d'anticorps catalytique, ou abzyme (contraction d’antibodyet enzyme), fut énoncé dès les années 1940 par Linus Pauling. S’appuyant sur le fait que la réaction chimique de transformation d'une molécule en une autre passe par un état de transition, qui représente...

  • ACIDES & BASES

    • Écrit par Yves GAUTIER, Pierre SOUCHAY
    • 12 364 mots
    • 7 médias
    En chimie minérale, la règle de Pauling, approximative mais utile, donne la force en fonction du nombre n d'oxygènes non unis à H :
  • ANTIMOINE

    • Écrit par Universalis, Jean PERROTEY
    • 3 875 mots
    • 3 médias
    ...), ce qui prouve que les atomes d'antimoine sont tous au même degré d'oxydation et non pas moitié de degré III et moitié de degré V. Pour expliquer ces faits, Linus Pauling a suggéré qu'il pourrait s'agir d'un cas de mésomérie, la formule réelle étant intermédiaire...
  • CHIMIE THÉORIQUE

    • Écrit par Lionel SALEM, François VOLATRON
    • 4 288 mots
    • 10 médias
    ...à ces deux structures. Chimiquement, cette construction est d'autant plus satisfaisante qu'elle s'accorde avec la notion de résonance introduite par Pauling, dans laquelle la molécule de benzène est supposée en quelque sorte alterner entre ces deux structures (ou en tout état de cause emprunter ses...
  • Afficher les 15 références

Voir aussi