IRANHistoire et politique

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Muhammad Reza Pahlavi, 1953

Muhammad Reza Pahlavi, 1953
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Khomeyni en exil en France, 1979

Khomeyni en exil en France, 1979
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Chapour Bakhtiar, 1980

Chapour Bakhtiar, 1980
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Défilé de femmes iraniennes à Téhéran, 1979

Défilé de femmes iraniennes à Téhéran, 1979
Crédits : Hulton Getty

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Nom officielRépublique islamique d'Iran (IR)
Chef de l'État et du gouvernementHassan Rouhani (depuis le 4 août 2013)
Autorité politique et religieuse suprêmeGuide de la révolution : Ali Khamenei (depuis le 4 juin 1989)
CapitaleTéhéran
Langue officiellepersan (farsi)

L'histoire moderne de l'Iran, vieil empire multiethnique, devenu au fil du xxe siècle (sous la dynastie pahlavi puis sous la République islamique) un État-nation centralisé, présente quelques constantes remarquables.

Les relations de domination puis de rejet des puissances étrangères ont rythmé les étapes de l'évolution de ce pays, fier de sa singularité et de son indépendance et qui n'a jamais été colonisé. La domination de la Grande-Bretagne et de la Russie, dès la seconde moitié du xixe siècle, a entraîné des mouvements de protestation puis, au début du xxe siècle, une révolution constitutionnelle (1905-1911) originale. C'est encore contre la Grande-Bretagne et sa mainmise sur les richesses pétrolières que la population se révolta sous l'égide de Mossadegh, alors Premier ministre, au début des années 1950 ; les Américains ayant pris le relais des Britanniques, ils devinrent la cible de ces protestations qui atteignirent leur paroxysme lors de la révolution de 1979.

Une seconde constante de l'histoire politique de l'Iran est la place singulière qu'y tient le clergé shi’ite, force traditionnelle de cristallisation des mécontentements et volontiers contestataire des pouvoirs établis, pour des raisons doctrinales propres à ce courant de l'islam. La revendication de la gestion directe des affaires politiques, sous la forme du velāyat-e faghih (« la souveraineté du docte »), est cependant une innovation de la République islamique et de son promoteur, l'ayatollah Khomeyni, innovation qui a profondément bouleversé le paysage politique régional et international.

Une troisième constante, depuis plus d'un siècle, est le balancement entre soubresauts démocratiques et autoritarisme brutal, que traduit, dans le langage quotidien, l'opposition entre mellat (le peuple et ses aspirations) et dowlat (le gouvernement et ses pratiques). À de courts moments de liberté d'opinion et d'expression (révolution constitutionnelle, mossadeghisme, premiers mois de la révolution de 1978-1979) ont régulièrement succédé coups d'État ou répression.

Encerclé, au début du xxie siècle, par deux pays occupés et en guerre (l'Irak et l'Afghanistan), l'Iran demeure la grande puissance de la région, assurée de la stabilité de ses frontières, exerçant une forte influence sur les pays d'Asie centrale qui faisaient autrefois partie de son empire et sur un « croissant shi’ite » qui s'étend du golfe au Liban en passant par l'Irak. Mais, depuis les événements révolutionnaires, l'Iran tend aussi à s'ériger en référence centrale pour le monde musulman, voire en puissance mondiale, orchestrant un front du refus, position affirmée avec plus ou moins de véhémence selon les conjonctures électorales et internationales.

—  Christian BROMBERGER

La monarchie iranienne

La situation géographique de l'Iran entre le Proche-Orient et l'Inde d'une part, entre l'océan Indien et la Russie d'autre part a valu à ce pays, à partir de la fin du xviiie siècle – qui voit l'avènement de la dynastie des Qadjar (1794-1925) et l'établissement de la capitale à Téhéran – d'être l'un des théâtres de la rivalité anglo-russe ; les Russes souhaitaient, à travers l'Iran, atteindre le golfe Persique et l'océan Indien et tourner l'Empire ottoman, les Anglais entendaient protéger la route des Indes et interdire la réalisation des visées de l'empire tsariste. En outre, depuis 1795, des problèmes frontaliers opposaient la Russie à l'Iran : la Géorgie en était l'enjeu ; en 1813, les Russes finirent par obtenir cette province ainsi que le Daghestan et, en 1828, par le traité de Torkamantchaï, les Iraniens durent aussi céder les districts arméniens d'Erevan et de Nakhitchevan. Par la suite, les Russes soutinrent à plusieurs reprises les Iraniens contre les Anglais, notamment à propos des affaires d'Afghanistan qui trouvèrent leur conclusion avec le traité anglo-iranien de 1857.

La rivalité et l'influence des deux grandes puissances ne firent dès lors que s'amplifier ; à tour de rôle, Anglais et Russes obtinrent des concessions extraordinaires qui mirent pratiquement entre leurs mains toutes les ressources de l'Iran ; la plus spectaculaire fut le contrôle par les Anglais de la recherche et de l'exploitation des pétroles en Iran du Sud (1901) et la création de l'Anglo-Persian Oil Company (1909) ; à l'Imperial Bank of Persia (anglaise) s'opposait la Banque d'escompte de la Perse (russe) ; à cela s'ajoutaient la domination politique des Anglais sur le sud du pays, celle des Russes sur le Nord.

Après avoir paru favorable à des réformes, Naser od-din shah (1848-1896) se montra de plus en plus indifférent aux problèmes de ses sujets, accentua le caractère absolutiste de son pouvoir et laissa les puissances étrangères mettre la main sur l'économie du pays, attitude qui fut encore plus celle de son successeur, Mouzaffar od-din shah (1896-1907). Cette politique provoqua le mécontentement des tenants des traditions religieuses et sociales, dont les oulémas étaient les chefs, et des partisans de réformes profondes, qui ne constituaient cependant qu'une minorité. La conjonction des mécontents aboutit à la révolution de 1906, dont le résultat fut l'instauration d'un régime parlementaire (oct. 1906) et la promulgation d'une Constitution (oct. 1907) ; mais le nouveau shah, Mohammad Ali, rétablit le régime absolutiste (juin 1908) : des révoltes éclatèrent alors en de nombreux points du pays, particulièrement à Ispahanle chef de l'importante tribu des Bakhtiyaris conduisait le mouvement : le 13 juillet 1909 le shah fut déposé et remplacé par son fils, Ahmad, âgé de douze ans, qui devait être le dernier souverain de la dynastie qadjari (1909-1925). Profitant de la situation politique trouble, Anglais, Russes et Allemands travaillèrent à accroître leur influence, notamment les Allemands, apparus à la fin du xixe siècle et qui, avec les Turcs, essayèrent de s'imposer durant la Première Guerre mondiale ; leur défaite en Occident entraîna leur échec en Iran, et le changement de régime en Russie laissa les mains libres aux Anglais.

Le règne de Reza shah

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la situation de l'Iran était proche de l'anarchie : dans le sud du pays, les Anglais avaient étendu leur contrôle et pensaient pouvoir imposer leur autorité au gouvernement de Téhéran grâce au traité du 9 août 1919 qui visait à instituer leur protectorat sur l'ensemble de l'Iran, en profitant du retrait des troupes soviétiques. Mais cette action anglaise se heurta à l'opposition des Persans, des Américains et des Français ; les provinces d'Azerbaïdjan et du Ghilan se révoltèrent, et cette dernière se proclama même, en mai 1920, république soviétique du Ghilan. Finalement, le traité ne fut pas ratifié.

Cependant les Anglais obtinrent que les officiers russes de la division « cosaque » cèdent la place à des officiers persans ; il est probable qu'alors la diplomatie anglaise cherchait à instaurer en Perse un nouveau gouvernement, appuyé sur l'armée, et dont elle contrôlerait l'action, directement ou indirectement. De fait, de nombreux incidents éclatèrent dans la région de Téhéran au cours de l'automne et de l'hiver 1920-1921 ; des tentatives de complots eurent lieu, mais sans résultat, jusqu'à ce que l'une d'elles, dirigée par Seyyed Ziya ed-Din et soutenue par le colonel Reza khan, de la division « cosaque », réussisse à s'imposer à Téhéran le 20 février 1921 et prenne en main le pouvoir. Le shah nomma aussitôt Seyyed Ziya ed-Din Tabatabaï Premier ministre tandis que Reza khan devenait ministre de la Guerre.

Seyyed Ziya ed-Din obtint le 26 février 1921 la conclusion d'un traité soviéto-persan, par lequel les Soviétiques renonçaient aux avantages acquis autrefois par les gouvernements tsaristes, mais en échange se voyaient accorder un droit d'intervention armée en Perse, au cas où leur sécurité serait menacée par une intervention étrangère dans ce pays, et l'interdiction pour les Persans de concéder à des étrangers autres que soviétiques des concessions pétrolières dans les cinq provinces du nord. D'autre part, Seyyed Ziya ed-Din élimina du pouvoir un certain nombre de personnages importants et chercha aussitôt à restaurer l'autorité du gouvernement central. Mais sa politique heurtait trop d'intérêts en place et ne plaisait guère aux Britanniques. Trois mois après sa nomination, Seyyed Ziya ed-Din dut donner sa démission et même quitter le pays. Le shah confia alors la direction du gouvernement à Qaram os-Saltane, ancien gouverneur du Khorasan, qui revint à une politique appuyée sur les groupes traditionnels et abandonna les projets de réforme de son prédécesseur. Cependant Reza khan demeurait à la tête de l'armée et, dans la tâche primordiale de restauration de l'autorité gouvernementale, il joua un rôle prééminent. Des troupes furent envoyées pour éliminer les mouvements rebelles, les insurrections et les troubles en Azerbaïdjan, au Gilan, au Khorasan, et soumettre les Lours, les Qashqays, les Arabes du Sud. Les succès obtenus valurent à Reza khan un grand prestige et une influence croissante, qui n'était pas sans faire penser à l'action de Mustafa Kemal dans la Turquie voisine : le 28 octobre 1923, Reza khan fut nommé Premier ministre et le shah quittait alors le pays pour voyager en Europe.

Reza khan est né en 1878 dans un petit village de montagne proche de la mer Caspienne ; sa famille était de condition modeste et l'on ne sait rien sur sa jeunesse. Il entra dans la division « cosaque » vers 1900, servit à Téhéran, Hamadhan, Kermanshah, et participa aux combats de Téhéran en 1908 et 1911. En 1921, il avait le grade de colonel ; il était réputé pour la fermeté de son caractère, son courage et son esprit de détermination. On a parfois prétendu qu'il avait été assez tôt « protégé » par les Anglais, le général Ironside d'abord, sir Percy Loraine ensuite ; on n'a pas de preuves formelles de cette assertion.

Comme l'avait fait Mustafa Kemal en Turquie, Reza khan envisagea de proclamer la république en Perse en 1924 ; mais il se heurta à l'opposition des milieux traditionnels et conservateurs, en particulier des milieux religieux. Pour manifester son mécontentement et affirmer son prestige, Reza khan résigna son pouvoir au début de 1925 : il fut aussitôt rappelé par des démonstrations populaires, les démarches des militaires et d'un certain nombre de députés ; en février 1925 il regagna Téhéran et obtint du Madjlis (Parlement) des pouvoirs quasi dictatoriaux par 93 voix contre 7. L'obstacle majeur au pouvoir suprême était la dynastie des Qadjar : la monarchie était depuis longtemps le régime de la Perse et Reza khan craignait un changement brutal de système de gouvernement. Le shah ayant annoncé son retour en Iran et ses partisans s'agitant, Reza khan prit les devants et obtint la déposition d'Ahmad shah, son exil et celui des membres de la dynastie des Qadjar. Il fut nommé président du gouvernement provisoire le 31 octobre 1925 et se fit décerner la couronne royale le 12 décembre 1925 ; ainsi fut fondée la nouvelle dynastie des Pahlavi.

Sous le règne de Reza shah (12 déc. 1925-16 sept. 1941), l'Iran a subi des transformations profondes dans les domaines économique, administratif et culturel, mais en même temps le pays a été soumis à un étroit contrôle policier : bien que le régime parlementaire n'ait pas été supprimé, le Parlement n'eut pratiquement plus aucun rôle et, dans son désir d'affirmer l'autorité du gouvernement central, le shah fut conduit à supprimer les libertés individuelles ; il agit en fait comme un véritable dictateur, éliminant les opposants à sa politique, soit en les exilant, soit en les emprisonnant ou même en les faisant exécuter. Les chefs de tribu qui tentèrent de se dresser contre son pouvoir furent éliminés et remplacés par des officiers, souvent sans culture et sans pitié. La constitution d'une armée forte, aux cadres privilégiés, visait à contrôler les provinces, à assurer la fermeté du régime et à décourager toute attaque venant de l'extérieur. Les dépenses militaires, la création d'une infrastructure de communications nécessaire à l'armée, routes, voies ferrées, télégraphe, furent couvertes par les revenus tirés du pétrole. En même temps fut institué le service militaire obligatoire et l'obligation de l'usage de noms de famille, indispensables pour la conscription. C'est dans la même optique que furent développés les services médicaux et hospitaliers, l'instruction publique, par besoin d'hommes qualifiés, de techniciens, et fut mis sur pied un programme d'industrialisation. Mais il n'y eut pas de véritable programme national, pas de plan de mise en valeur du pays. Au contraire même, certains projets se révélèrent irréalisables par les seuls moyens iraniens et furent alors confiés à des Occidentaux qui trouvèrent là une possibilité de profits, sans aucune considération pour le développement économique de l'Iran. Cependant on ne peut nier que ces mesures aient contribué à déclencher un processus de modernisation du pays, qui s'est traduit par la création d'écoles et d'une université (1935), des efforts en vue de la libération de la femme (interdiction du port du voile, décrétée en 1935), la lutte contre les milieux religieux fanatiques, l'amélioration de la production agricole.

Mais ces mesures entraînèrent des oppositions : des milieux religieux, des grands propriétaires fonciers, dont les impôts avaient été accrus (mais qui avaient répercuté ces augmentations sur les paysans), et qui avaient perdu leur rôle politique au bénéfice de l'armée, des paysans eux-mêmes qui se méfiaient de la conscription et voyaient d'un mauvais œil la mise en circulation de papier-monnaie à la place des monnaies d'or et d'argent (1932). Cependant Reza shah conservait un grand prestige auprès des paysans. C'est le 31 décembre 1934 qu'un décret du shah donna officiellement au pays le nom d'Iran à la place de celui de Perse, considéré comme symbole détestable du passé. Dès 1928 Reza shah avait abrogé toutes les conventions accordant des privilèges et des capitulations aux puissances étrangères et avait récupéré certains revenus perçus jusqu'alors par des États ou des sociétés non iraniens. Pour améliorer les finances de l'Iran, il annonça en 1932 le retrait de toutes les concessions de l'Anglo-Persian Oil Company et, devant les menaces britanniques, porta l'affaire devant la Société des nations : finalement un accord fut conclu en 1933, par lequel les royalties versées au gouvernement iranien étaient accrues, tandis qu'était réduit le périmètre d'exploitation de l'A.P.O.C. (devenue plus tard l'A.I.O.C., Anglo-Iranian Oil Company) ; toutefois la compagnie voyait renouveler sa concession pour soixante ans. Vers la même époque, Reza shah eut de nouvelles difficultés avec les Britanniques à propos de leur protectorat sur l'île de Bahrein dont il revendiquait la souveraineté : il n'obtint aucun succès.

Avec l'Union soviétique, les relations furent relativement calmes : un traité de neutralité et de garanties réciproques fut signé le 1er octobre 1927 et une compagnie mixte irano-soviétique créée pour l'exploitation des pêcheries sur la côte méridionale de la mer Caspienne. Cependant le Parti communiste iranien, fondé en 1920, fut interdit en 1931 et, par la suite, des dirigeants communistes iraniens furent arrêtés et jugés, notamment au cours des procès de 1937.

Cette attitude anticommuniste est à mettre en parallèle avec le rapprochement avec l'Allemagne hitlérienne, qui tint alors le premier rang dans les échanges extérieurs de l'Iran et envoya dans le pays de nombreux techniciens : en août 1941, on en comptait plus de 2 000. Les États-Unis n'avaient alors qu'une influence réduite ; ils obtinrent néanmoins une concession d'exploitation pétrolière dans le nord-est de l'Iran.

Avec ses voisins du Proche-Orient, Reza shah entretint des relations amicales, concrétisées par la signature, en juillet 1937, du pacte de Saadabad avec l'Afghanistan, l'Irak et la Turquie, par lequel les quatre États se garantissaient mutuellement leurs frontières et s'engageaient à se défendre solidairement contre toute attaque dirigée contre l'un d'eux, et par la conclusion en 1939 du mariage du prince héritier Mohammad Reza avec la princesse Fawzia d'Égypte.

Le règne de Mohammad Reza

Lorsque se déclencha la Seconde Guerre mondiale, l'Iran se déclara neutre et le demeura jusqu'à la fin du mois d'août 1941. L'attaque allemande contre l'Union soviétique, le 22 juin 1941, fit de l'Iran le lieu de jonction des Britanniques et des Soviétiques, pour une fois alliés dans ce pays contre un ennemi commun. En effet l'Iran était la voie la plus pratique pour faire parvenir des armes aux Soviétiques, et d'autre part les Britanniques tenaient à protéger les pétroles de l'A.I.O.C. et la route de l'Inde, menacés par l'avance allemande vers le Caucase.

Dès juillet 1941, Britanniques et Soviétiques envoyèrent à Reza shah une note diplomatique demandant l'expulsion des ressortissants allemands : devant le refus du shah, les deux puissances alliées, avec l'appui des États-Unis, se déclarèrent alors contraintes d'intervenir militairement en Iran, sans pour autant vouloir porter atteinte à la souveraineté du shah ni à l'intégrité territoriale du pays. Le 25 août 1941, les armées britanniques pénétraient dans le sud et l'ouest de l'Iran et s'installaient au Khouzistan et au Kurdistan, tandis que les armées soviétiques occupaient le Nord, notamment les provinces d'Azerbaïdjan et du Khorasan ; le gouvernement iranien s'inclina devant le fait accompli, mais les alliés voulaient davantage : l'abdication du shah dont ils n'appréciaient ni la politique présente ni la politique passée. Finalement, le 16 septembre 1941, Reza shah abdiqua en faveur de son fils Mohammad Reza ; il fut exilé à l'île Maurice, puis en Afrique du Sud où il mourut, à Johannesburg, le 16 juillet 1944.

Mohammad Reza accéda au trône iranien sans difficultés, aucune opposition n'ayant eu le temps de se manifester. Le nouveau souverain, né le 27 octobre 1919, avait fait des études en Suisse, et suivi les cours de l'École militaire de Téhéran, mais sans recevoir la moindre formation politique. Cependant, dès son arrivée au pouvoir, il distribua au peuple tous les biens fonciers hérités de son père, déclara vouloir l'amélioration du sort des paysans et des ouvriers ; il fit arrêter les policiers agents du régime précédent, libéra et amnistia les condamnés politiques ; la Constitution fut remise en vigueur, le Parlement se réunit et la presse, à nouveau libre, attaqua avec violence l'ancien shah et dénonça ses excès. Toutefois cela n'empêchait pas la situation politique de l'Iran d'être soumise aux influences étrangères et les problèmes pétroliers de prendre une acuité nouvelle.

Le 29 janvier 1942, malgré l'opposition de plusieurs députés, un traité d'alliance fut signé entre l'Iran, la Grande-Bretagne et l'Union soviétique ; ces deux dernières puissances s'engageaient notamment à défendre l'Iran contre toute agression, à sauvegarder et à respecter son intégrité territoriale et son indépendance politique, à évacuer leurs troupes du pays au plus tard six mois après la suspension des hostilités. C'est à Téhéran que se réunirent pour la première fois Roosevelt, Churchill et Staline, à la fin de novembre 1943.

La guerre a pesé sur l'Iran : par le renchérissement du coût de la vie, par l'importance énorme acquise par l'A.I.O.C., par les difficultés nées de l'occupation britannique et soviétique, chacune des deux puissances s'efforçant d'accroître son influence, sans grand succès pour les Britanniques qui, appliquant le traité de 1942, retirèrent leurs troupes d'Iran avant le 2 mars 1946. En revanche, dans leur zone d'occupation, les Soviétiques avaient facilité la création de partis politiques favorables à leur cause, le parti Tudeh (« la masse »), le Mouvement démocratique d'Azerbaïdjan et le Mouvement pour l'autonomie kurde, par l'intermédiaire desquels ils dirigeaient les provinces azéries et kurdes, interdisant toute intervention des autorités politiques et militaires iraniennes. À la fin de 1943 la compagnie Royal Dutch Shell et, en 1944, les compagnies américaines Socony Vacuum Oil et Sinclair Oil demandèrent au gouvernement iranien des concessions pétrolières : les négociations avançaient favorablement lorsque, à leur tour, les Soviétiques réclamèrent des concessions. Le gouvernement iranien décida alors de reporter à la fin des hostilités toute attribution de concession, ce qui déchaîna la fureur du gouvernement et de la presse soviétiques. Cela n'empêcha pas le Madjlis de voter, sur la proposition du Dr Mossadegh, une loi interdisant aux ministres de mener avec des États ou des compagnies étrangers des négociations sur l'octroi de concessions pétrolières : seules étaient permises des négociations sur l'exploitation et la vente du pétrole.

À la fin de la guerre, les Soviétiques favorisèrent la formation de gouvernements autonomes en Azerbaïdjan et en Kurdistan iraniens (nov. 1945), empêchant toute intervention iranienne et refusant d'évacuer leurs troupes. L'Iran présenta un recours devant le Conseil de sécurité en janvier 1946 et entama des négociations avec l'U.R.S.S. ; un accord fut conclu en avril : contre l'évacuation des troupes russes, l'Iran octroyait une concession pétrolière aux Soviétiques dans le nord du pays. Si les Soviétiques retirèrent bien leurs troupes en mai 1946, ils n'en continuèrent pas moins à exercer une pression politique et ce n'est qu'en décembre 1946 que les autorités iraniennes purent pénétrer en Azerbaïdjan.

En octobre 1947, le Madjlis rejeta l'accord sur les pétroles conclu avec l'U.R.S.S. Quant aux Américains, de plus en plus présents en Iran, ils participèrent alors au développement des forces militaires et techniques, prenant ainsi la place des Allemands.

La question du pétrole

Le Premier ministre Qavam os-Saltane, qui avait réussi à manœuvrer les Soviétiques, envisagea alors de réviser l'accord conclu en 1933 avec l'Anglo-Iranian ; mais son ministère tomba et ses successeurs firent traîner les négociations, puis conclurent en juin 1949 un nouvel accord avec l'A.I.O.C. Bien que l'Iran dût en tirer des profits accrus, cet accord rencontra au Parlement une violente opposition menée par le Dr Mossadegh. Le gouvernement du général Razmara entama des négociations secrètes avec l'A.I.O.C., mais le 7 mars 1951 il fut assassiné par un membre du groupe des Fedayān-e Eslām (« les Combattants de l'islam »). En avril 1951 le Parlement vota à l'unanimité la nationalisation de l'industrie pétrolière, et le 29 avril le Dr Mossadegh, chef du Front national et leader de la campagne pour la nationalisation, devint Premier ministre.

Son programme portait sur l'exécution de la loi de nationalisation des pétroles et sur le remaniement des lois sur les élections législatives et municipales. L'A.I.O.C. ayant fait arrêter l'exploitation des puits, le gouvernement iranien voulut intervenir à Abadan, ce qui provoqua une plainte de l'A.I.O.C. et du gouvernement britannique devant la Cour internationale de La Haye (juin 1951). Le gouvernement iranien refusa de reconnaître la juridiction mais celle-ci, finalement, se déclara incompétente (juill. 1952). À la création de la Compagnie nationale des pétroles iraniens (oct.-nov. 1951) les Britanniques répondirent par le blocus du pétrole d'Iran. Tandis que l'affaire s'enlisait, au Madjlis l'opposition au Dr Mossadegh grandissait et la situation économique se dégradait ; des désordres éclatèrent, et contre Mossadegh s'unirent les anticommunistes, les militaires, les grands propriétaires et les clients ou les partisans des Anglo-Saxons ; à la suite de l'échec d'une tentative de la Garde impériale pour arrêter Mossadegh (16 août 1953), le shah quitta l'Iran après avoir confié au général Zahedi le soin de diriger le gouvernement ; le 19 août, Mossadegh et plusieurs de ses ministres furent arrêtés, la répression se déchaîna à Téhéran et en province : traduit devant la Cour martiale, le Dr Mossadegh fut condamné et emprisonné ; le Dr Fatemi, ministre des Affaires étrangères, fut condamné à mort et fusillé, de même qu'une trentaine d'autres accusés.

Muhammad Reza Pahlavi, 1953

Muhammad Reza Pahlavi, 1953

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Muhammad Reza Pahlavi (1919-1980), shah d'Iran depuis 1941, prononce un discours devant le Sénat, en 1953. 

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Le général Zahedi institua un gouvernement dictatorial et finalement conclut avec un consortium international un accord pour vingt-cinq ans sur l'exploitation des pétroles iraniens (sept. 1954) et reçut des États-Unis un don exceptionnel de 45 millions de dollars. La tentative iranienne de contrôler son pétrole se soldait par un échec relatif ; mais cet échec devait aussi servir de leçon. Par ailleurs, si la Grande-Bretagne conservait la majorité au sein du consortium, les Américains avaient désormais pénétré en force en Iran où ils prirent la relève des Britanniques. Jusqu'en 1965, le consortium domina à 95 p. 100 la production pétrolière de l'Iran ; cependant le gouvernement, surtout à partir de 1958, octroya des concessions de recherche et d'exportation à d'autres sociétés étrangères, en coopération avec la C.N.P.I. En décembre 1966, il conclut avec le consortium un nouvel accord par lequel la C.N.P.I. récupérait un quart des territoires concédés et commercialisait elle-même une partie de la production du consortium. D'autres accords conclus en 1967 et 1969 accrurent les bénéfices du gouvernement iranien.

La politique intérieure

Le gouvernement du général Zahedi était un gouvernement de répression, qui exerça son action contre les membres du Front national et du parti Tudeh : des complots vrais ou faux permirent de sévir notamment contre ce dernier, qui fut interdit, et de confier les principaux postes de l'administration à des militaires dont la brutalité entraîna le mécontentement du peuple et même certains soulèvements, au point qu'en avril 1955 le shah se sépara de Zahedi et désigna Hoseyn Ala comme Premier ministre : lui-même prit une part plus active au gouvernement. Peu après, l'Iran adhéra au pacte de Bagdad (oct. 1955) dont faisaient également partie la Turquie, l'Irak, le Pakistan et la Grande-Bretagne (ce pacte est devenu le Cento : Central Treaty Organization en 1959, après le retrait de l'Irak ; les États-Unis participaient aux commissions militaires et économiques du pacte, et conclurent avec les États membres des accords bilatéraux de coopération militaire et économique en mars 1959).

Quoique les relations avec l'U.R.S.S. aient été peu cordiales depuis la chute du Dr Mossadegh, un accord fut cependant signé en décembre 1954, portant sur le règlement des dettes de guerre de l'U.R.S.S. envers l'Iran et sur la délimitation des frontières. Le shah effectua un voyage officiel en U.R.S.S. en 1956.

Le ministère Ala n'apporta pas beaucoup d'améliorations à la situation politique et économique, en dépit d'une aide financière considérable des États-Unis ; le régime policier de répression était toujours en vigueur et le Premier ministre fut même victime d'un attentat en novembre 1955. Finalement, en avril 1957, Hoseyn Ala fut remplacé par Manoutshehr Eghbal qui instaura une politique plus souple : suppression de la loi martiale, mise sur pied d'un régime à caractère démocratique. C'est alors qu'apparurent des partis politiques dont les principaux étaient le Mardom (« le peuple ») fondé en 1957, et le Melliun (Parti national) fondé en février 1958 ; par la suite, en 1963, a été créé le Iran Novin (Parti de l'Iran nouveau) ; les uns et les autres ne représentaient que les milieux des conservateurs, des bourgeois, des fonctionnaires et donnaient l'illusion d'un système bi-partisan ; la corruption et le truquage des élections continuaient comme auparavant. En fait ces partis n'apparaissaient qu'en période d'élections pour donner une apparence de jeu démocratique entre le gouvernement et une prétendue opposition ; en dehors de ces périodes, leur rôle au Parlement – comme d'ailleurs le rôle du Parlement lui-même – était réduit au minimum. Selon la Constitution de l'Iran, le pouvoir exécutif était aux mains du shah, qui désignait le Premier ministre : celui-ci devait recevoir l'approbation du Parlement. Le Premier ministre constituait un cabinet dont les ministres étaient responsables devant le Parlement, qui pouvait être dissous par le shah. Le pouvoir législatif appartenait au Sénat et à l'Assemblée nationale. Le Sénat, constitué pour la première fois en 1950, comprenait soixante sénateurs dont trente nommés par le shah, et trente élus (15 pour Téhéran et 15 pour les provinces).

L'Assemblée nationale (Madjlis, ou Parlement) comprenait deux cents députés élus pour quatre ans au suffrage universel (les femmes ont reçu le droit de vote et ont pu être élues à partir de 1963). L'Iran est divisé en quatorze provinces (ostān) administrées chacune par un gouverneur général directement responsable devant le gouvernement central : le rôle des gouverneurs généraux est extrêmement important, car ils sont chargés de faire appliquer la politique du gouvernement et d'assurer l'ordre dans leur province.

Les élections de juillet-août 1960 pour un Parlement de transition (deux ans) donnèrent lieu à des irrégularités telles que le shah annula les élections ; Eghbal démissionna et fut remplacé par Djafar Sharif Emami, chef du parti Melliun ; aux élections de janvier 1961, ce parti obtint une large majorité, mais Emami eut à faire face à une opposition non parlementaire, qui contestait la régularité des élections, demandait une réforme de la loi électorale et réclamait la liberté d'expression pour tous. En mai 1961, les élections furent annulées et Ali Amini, chef de l'opposition parlementaire, devint Premier ministre avec les pleins pouvoirs. Il se lança dans la lutte contre la corruption, procéda à l'arrestation d'officiers compromis dans des actions de répression brutale, ouvrit une enquête sur les ressources de la presse (et en profita pour éliminer les journaux de l'opposition), annonça un programme de réforme agraire ; mais en même temps il fit arrêter et déporter dans le Sud des membres du Front national et maintint le Dr Mossadegh – qui aurait dû être libéré – en résidence surveillée.

Des tentatives de réforme

Le lancement de la « révolution blanche » en janvier 1962 avait été pour le shah et son gouvernement un acte de modernisation destiné à améliorer le sort de la population rurale qui constituait la grande majorité des Iraniens ; des lois promulguées par la suite visèrent à mettre en place des organismes d'aide aux paysans et l'on pouvait alors penser que l'Iran s'engageait dans la voie d'un progrès économique et social dont les premiers bénéficiaires seraient les paysans. Toutefois la réforme agraire avait fait aussi des mécontents parmi les grands propriétaires fonciers, laïcs et religieux. Surtout, les belles intentions n'avaient pas été suivies d'applications pratiques suffisantes, faute d'un personnel qualifié et d'une volonté de persévérance. Pourtant en 1964 le Premier ministre Hasan Ali Mansour fit voter une loi limitant les grands domaines, mais en janvier 1965 il fut tué au cours d'un attentat commis par les Fedayān-e Eslām ; un attentat manqué contre le shah, en avril 1965, entraîna de sévères répressions contre les milieux de gauche et d'extrême gauche, mais elles s'exercèrent aussi contre les réactionnaires et contre les religieux, notamment contre l'ayatollah Khomeyni ; celui-ci était connu comme l'un des principaux chefs de la communauté shī‘ite depuis 1944, date à laquelle il avait critiqué la tendance à la laïcisation du régime et ses orientations économiques ; ses critiques étant devenues de plus en plus dures, et, son audience s'accroissant, il fut arrêté plusieurs fois puis condamné à l'exil ; installé en Irak en 1965, il conduisit depuis ce pays sa lutte contre le régime du shah.

Le gouvernement iranien mena aussi une politique extérieure dynamique. La guerre israélo-arabe de 1967 avait mis en lumière les répercussions en Occident des événements du Proche-Orient, notamment en matière d'approvisionnement en pétrole ; dans ces conditions, le shah pensa pouvoir jouer un rôle déterminant dans la vie économique et politique du Proche-Orient et du monde occidental.

Le IVe plan quinquennal présenté en 1968 par le Premier ministre Amir Abbas Hoveyda prévoyait l'augmentation de la production intérieure (57 p. 100 en cinq ans), la création de deux millions d'emplois, le développement de l'industrie lourde, des industries alimentaires, des voies de communication ; l'éducation et la santé devaient être l'objet d'attributions de crédits substantielles, mais, en raison du contexte politique oriental, c'est l'armée qui reçut la meilleure part, son budget étant porté à 500 millions de dollars. L'essentiel des ressources financières devait être fourni par une augmentation constante de la production pétrolière : de fait, de 129 millions de tonnes en 1967, elle passa à 250 millions en 1972 et à 290 millions en 1973, les revenus correspondants passant de 750 millions de dollars en 1967 à 3 885 millions en 1973. De son côté, l'Union soviétique apporta une contribution importante à la construction de la voie ferrée Téhéran-Caspienne, signa un accord pétrolier et participa à la construction d'une vaste aciérie à Ispahan ; d'autres complexes sidérurgiques furent construits, notamment à Ahwaz. Les bons rapports avec l'Union soviétique furent aussi concrétisés par la construction du gazoduc transiranien qui permit la livraison aux Soviétiques de 17 millions de mètres cubes de gaz dès 1970.

La volonté de puissance montrée par le shah se manifesta sur le plan militaire par la constitution, avec l'aide des États-Unis, d'une armée sur-équipée qui devint rapidement l'une des premières du monde ; elle lui permit d'affirmer les prétentions iraniennes dans la région du Golfe, vitale pour l'exportation du pétrole iranien ; en même temps il établit des relations plus étroites avec l'Arabie Saoudite et le Koweït, un peu plus tard avec l'Égypte, tandis que les rapports avec l'Irak se détérioraient de façon sensible à cause du différend frontalier du Chatt al-Arab et du droit d'asile accordé par le gouvernement irakien à des opposants politiques iraniens ; c'est seulement en mars 1975 que fut réglé le différend frontalier (accord d'Alger) et à cette occasion les deux gouvernements s'engagèrent à ne plus accorder de soutien à leurs opposants respectifs. L'Iran apporta son concours militaire au sultan d'Oman, aux prises avec une rébellion militaire dans le Dhofar.

Le rapprochement avec les pays arabes parut un moment menacé lorsque les troupes iraniennes, le 30 novembre 1971, occupèrent trois îlots du golfe Persique (Abou Moussa, Grande Tomb et Petite Tomb), au large des côtes des Émirats arabes dont la GrandeBretagne s'était retirée peu auparavant ; cette occupation fut l'un des épisodes de la politique pétrolière de l'Iran, marquée par la construction de plusieurs raffineries (en particulier celle d'Abadan, l'une des plus importantes du monde), par la mise en service en novembre 1972 de l'énorme terminal pétrolier de l'île de Kharg et par de nouveaux accords avec le consortium pétrolier international qui donnèrent à l'Iran un plus large contrôle de la production et de l'exploitation du pétrole. En mai 1973, toutes les installations du consortium devinrent la propriété de la Société nationale iranienne des pétroles (S.N.I.P., en anglais N.I.O.C.) ; l'exploitation de ces installations fut partagée entre la S.N.I.P. (51 p. 100) et le consortium (49 p. 100) ; la production devait être portée à 400 millions de tonnes en 1975 (elle n'atteindra en fait que 294 millions de tonnes) sur lesquelles la part de la S.N.I.P. devait être de 75 millions de tonnes.

Planification erronée et démesure

Cependant la situation politique intérieure ne donne pas les mêmes satisfactions au gouvernement iranien ; la contestation est vive parmi les intellectuels et les étudiants : une sévère répression s'abat sur eux et, à plusieurs reprises, l'université de Téhéran est fermée ; des opposants sont arrêtés, passent en jugement de façon expéditive, voire illégale ; la police politique (Savak) manifeste une activité grandissante : aux arrestations, procès et exécutions répond en avril 1971 l'assassinat du chef de la justice militaire ; mais cette opposition n'est le fait que d'une fraction limitée de la population et la toute-puissance gouvernementale apparaît dans les résultats des élections aux assemblées départementales où le parti officiel, Iran Novin, remporte 97,5 p. 100 des sièges (sept. 1970), puis aux élections législatives où il gagne 239 sièges sur 280 (juill. 1971). Ces élections confortables permettent au shah de célébrer avec un faste démesuré le 2500e anniversaire de la monarchie persane à Persépolis (oct. 1971), à l'occasion duquel l'ayatollah Khomeyni lance un appel à la désobéissance civile, appel qui reste alors sans grand écho. À cette époque, l'opposition est peu organisée, n'a pas de chef d'envergure, et sa lutte, très fragmentaire, n'est pas encore ressentie en profondeur par la population.

L'année 1973 marque pour l'Iran le début d'une nouvelle politique pétrolière, mise davantage en valeur à la suite de la guerre israélo-égyptienne d'octobre 1973 et de l'utilisation par les pays arabes de l'« arme du pétrole », ce dont bénéficient les pays producteurs groupés au sein de l'O.P.E.P. qui, réunie à Téhéran à la fin de décembre 1973, fixe le prix du baril à 11,651 dollars, soit près de quatre fois son prix du mois d'octobre. À cette occasion, le shah d'Iran déclare entretenir des relations réalistes avec l'Occident, notamment avec l'Organisation de coopération et de développement économiques (O.C.D.E.).

L'augmentation considérable des revenus attendue du relèvement du prix du pétrole doit permettre de lancer en Iran des projets d'investissements dont l'Occident peut tirer des bénéfices certains. Simultanément, la mise en route du Ve plan quinquennal, revu en hausse, vise à favoriser l'agriculture, les investissements à caractère social, la lutte contre les épidémies, et à assurer une croissance démographique raisonnable. Mais le gouvernement iranien lance aussi de vastes projets d'industrialisation dans le domaine pétrochimique, dans celui de l'énergie nucléaire et dans la construction de nouvelles raffineries de pétrole ; sont également prévues la construction d'usines de montage d'automobiles et d'un métro à Téhéran, l'extension des voies ferrées et du réseau routier. Des contrats fabuleux sont passés, en 1974 et 1975, avec les États industrialisés, cependant que des millions de dollars sont consacrés à l'équipement de l'armée iranienne dont le shah et les États-Unis veulent faire le « gendarme de l'Orient ». L'abondance des pétrodollars donne au gouvernement iranien la possibilité d'acquérir 25 p. 100 du capital des usines Krupp (juill. 1974), une participation dans Eurodif et dans des sociétés industrielles diverses du monde occidental (janv.-avr. 1975).

Dans l'euphorie de la richesse, le shah et le gouvernement ne connaissent plus de bornes à la démesure ; le succès économique fait passer au second plan les problèmes politiques internes, considérés comme mineurs : le développement du pays ne doit pas être mis en cause par une quelconque opposition, même parlementaire ; aussi, en mars 1975, est institué le système du parti unique, le Rastākhiz (« Parti du renouveau »), placé sous le contrôle étroit du shah et du gouvernement. Les élections de juin 1975 ne sont qu'une formalité : le Parlement n'est qu'une chambre d'enregistrement, toutes les décisions émanant du shah ou de son entourage et de quelques personnalités, parfois extérieures au gouvernement.

Les dirigeants de l'Iran, obnubilés par leurs projets grandioses, négligent de plus en plus les problèmes immédiats, surtout les problèmes sociaux et humains ; la nouvelle fortune de l'Iran profite à une minorité : chefs d'entreprise, banquiers, intermédiaires et gens bien placés auprès des responsables de l'économie iranienne. En même temps, une vague d'occidentalisation déferle sur le pays, une occidentalisation qui ne vise qu'à satisfaire des appétits matériels et nullement des besoins primordiaux et plus profonds ; l'accaparement de la fortune par quelques privilégiés, malgré une augmentation incontestable du revenu moyen des Iraniens, la dilapidation des richesses dans des investissements trop nombreux, trop souvent mal adaptés, le renchérissement du coût de la vie, tout cela entraîne un mécontentement grandissant ; il s'y ajoute l'exode de nombreux paysans vers les villes où ils espèrent trouver emploi et meilleures conditions d'existence, ce qui n'est pas toujours le cas : le résultat le plus tangible est un accroissement énorme de la population urbaine et le développement de formes d'habitat précaire, en particulier autour de Téhéran.

La contestation s'affermit

Le shah et le gouvernement considérant comme inadmissible toute opposition à leur politique, il s'ensuit une activité grandissante de la Savak et une répression qui ne fait qu'accentuer la réaction des mouvements et des groupes contestant cette politique, tels les Moudjahidin-e Khalq, d'obédience islamo-progressiste, et les Fedā'iyān-e Khalq, de tendance marxiste ; les mouvements religieux opposés au shah n'apparaissent pas encore au grand jour. Ces groupes se manifestent par des attentats contre les personnalités du régime, des attaques contre des banques, des tentatives de manifestation politique ; la Savak les poursuit avec acharnement, et la plupart des procès engagés contre les « terroristes » se terminent par des condamnations à mort et des exécutions ; la répression est dure, mais ne décourage nullement les opposants, qui recrutent leurs adhérents dans les milieux intellectuels et les milieux ouvriers. Les dirigeants d'anciens partis politiques (tel le Front national, de Mossadegh), Karim Sandjabi, Mehdi Bazargan, Chapour Bakhtiyar, Ahmad Sadr, Darius Forouhar, ont aussi à subir les rigueurs du régime et sont à plus d'une reprise mis en prison : ils contribuent à donner une plus grande audience à l'opposition, d'autant qu'ils participent à la création d'un comité pour la défense des libertés et des droits de l'homme.

En août 1977, le remplacement, comme Premier ministre, d'Amir Abbas Hoveyda par Djamchid Amouzegar, spécialiste des problèmes du pétrole, témoigne de la volonté du shah de renforcer encore davantage sa politique par l'accroissement des revenus pétroliers, et de son désir de confier la direction des affaires à un homme sûr, qui a été successivement ministre des Finances et ministre de l'Intérieur avant de devenir le chef du parti unique Rastakhiz. L'Iran commence à connaître des difficultés économiques et techniques : les vastes projets d'équipement requièrent un potentiel énergétique et des spécialistes que le pays est loin de posséder ; aussi le shah envisage-t-il de combler progressivement les lacunes énergétiques par la construction de centrales nucléaires commandées aux États-Unis, à la république fédérale d'Allemagne et à la France, cependant que le grand barrage sur le Karoun voit son achèvement retardé, mais c'est à des spécialistes étrangers qu'il est fait appel : les millions de dollars nécessaires seront fournis par les ventes de pétrole ; cette politique se fait au détriment des équipements sociaux et de l'amélioration des conditions de vie, car l'augmentation du prix du pétrole se répercute sur les produits importés : on estime qu'en 1977 l'Iran a connu un taux d'inflation de 25 p. 100, ce dont souffrent les catégories les plus humbles de la population, alors que la corruption règne dans les milieux de la cour et des affaires.

Cette situation favorise l'action des opposants au régime qui dénoncent les scandales financiers, la prévarication, la démesure des achats d'équipements militaires, l'échec de la politique économique et l'action répressive de la police politique. Les manifestations contestataires se multiplient de plus en plus ouvertement, certaines allant jusqu'à demander le départ du shah et le changement de régime, d'autres exigeant surtout le rétablissement des libertés, l'abolition de la censure et la suppression de la Savak. Ces manifestations se déroulent dans toutes les principales villes et réunissent des participants appartenant à tous les milieux sociaux et culturels ; à la répression sanglante par la police répondent des grèves et, pour la première fois, les commerçants du grand bazar de Téhéran (les bazaris, représentants de la moyenne et de la petite bourgeoisie, musulmans convaincus) s'y joignent pour protester à la fois contre la situation économique, les actions policières et la dégradation de la moralité : cet apparent amalgame est en fait la marque du poids grandissant des milieux religieux qui protestent contre la modernisation et l'occidentalisation effrénées du pays, contre la corruption, contre la part trop belle faite aux intérêts étrangers dans l'économie nationale ; pour beaucoup d'opposants, le recours à l'islam shī‘ite – qui, originellement et théoriquement, lutte pour la justice et contre l'autoritarisme du pouvoir – est un moyen d'attirer les masses et de donner une base plus large à la révolte contre le shah, désigné de plus en plus comme le vrai responsable de la situation du pays.

La fin du régime impérial

Durant le premier semestre de 1978, de violentes émeutes éclatent dans diverses villes notamment à Tabriz, à Qom, à Mechhed, à Téhéran ; elles reçoivent le soutien des autorités religieuses shi'ites (les ayatollahs, littéralement « signes de Dieu ») et surtout du plus célèbre et du plus populaire, l'ayatollah Khomeyni qui, de Nadjaf, en Irak, lance de virulentes attaques contre le shah, appelant la population à se révolter contre celui-ci, à le renverser et à établir en Iran un nouveau pouvoir dont les principes fondamentaux de l'islam constitueront la base. Bien que les chefs religieux shi'ites et les dirigeants des partis (illégaux) réformistes libéraux, progressistes ou marxistes ne conçoivent pas l'avenir de l'Iran de la même façon, ils unissent leurs forces pour renverser le régime impérial. De timides tentatives de libéralisation mises en œuvre par le gouvernement sont annulées par le drame d'Abadan (19 août 1978) où 377 personnes périssent dans l'incendie d'un cinéma, incendie peut-être d'origine criminelle et politique. Sur le plan extérieur, le shah reçoit l'appui, outre celui des États-Unis, de l'Arabie Saoudite et de la Chine (Hua Guofeng se rend en visite à Téhéran en août 1978). À l'intérieur, le gouvernement est désormais dirigé par Djafar Charif-Emami, musulman pratiquant et technocrate tout dévoué au shah ; mais le nouveau ministère n'a pas de politique déterminée et répond aux manifestations par la loi martiale ; l'opposition religieuse, le Front national et le parti Tudeh (communiste) déclenchent des grèves et de vastes mouvements de masses ; la population, à l'appel de l'ayatollah Khomeyni, rend hommage aux centaines de victimes de la répression policière par des journées de deuil national ; Khomeyni quitte l'Irak pour la France le 8 octobre 1978 ; de cette date jusqu'à son retour en Iran, le 1er février 1979, la petite ville de Neauphle-le-Château devient le quartier général de la lutte contre le régime impérial. Malgré la tentative de Chapour Bakhtiar, nommé Premier ministre à la fin de décembre, de promouvoir un régime à tendance social-démocrate et d'enrayer le processus de renversement du shah, celui-ci perd les uns après les autres ses appuis intérieurs, à l'exception de l'armée, et ses appuis extérieurs, les États-Unis lui retirant leur caution. La situation du pays, qui ne cesse de se dégrader, évolue inexorablement, vers l'issue attendue : le 16 janvier 1979, le shah, sa famille et quelques-uns de ses proches quittent l'Iran. Ce départ, accueilli avec enthousiasme par l'immense majorité de la population, crée un sérieux malaise politique, l'armée apportant son soutien au gouvernement Bakhtiar et cherchant à empêcher la constitution d'un gouvernement « islamique », au besoin par la force. L'arrivée de l'ayatollah Khomeyni à Téhéran, le 1er février 1979, déclenche le processus ultime : investi spontanément de l'autorité sur le pays, le 5 février il désigne Mehdi Bazargan comme Premier ministre ; en dépit d'une dernière tentative de résistance de Chapour Bakhtiar et de l'armée, en quelques jours la victoire de l'ayatollah et de ses alliés est totale. Très vite, des comités de « khomeynistes » contrôlent étroitement la vie politique, tandis que des « tribunaux islamiques » commencent à juger et à faire exécuter de façon expéditive des personnalités civiles et militaires de l'ancien régime ; l'ancien Premier ministre, Amir Abbas Hoveyda, est exécuté le 7 avril après un simulacre de procès.

Khomeyni en exil en France, 1979

Khomeyni en exil en France, 1979

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Du 8 octobre 1978 au 1er février 1979, l'ayatollah Khomeyni est en exil en France, à Neauphle-le-Château, d'où il mène la lutte contre le régime impérial du shah. 

Crédits : Roger-Viollet

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Chapour Bakhtiar, 1980

Chapour Bakhtiar, 1980

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L'ancien Premier ministre iranien Chapour Bakhtiar, dénonçant en 1980 à Paris les excès du régime instauré par l'ayatollah Khomeyni. Il sera assassiné sur ordre de Téhéran le 6 août 1991. 

Crédits : Getty

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La République islamique

Une phase d'adaptation

Le 31 mars 1979, un référendum approuve à 98 p. 100 des votants l'institution de la République islamique, mais les abstentions ont été nombreuses parmi les Kurdes, les Turkmènes, les milieux de gauche et les classes moyennes. Le gouvernement de Mehdi Bazargan doit faire face à de graves problèmes politiques : ralliement de l'armée, durement éprouvée par les exécutions, limitation des excès des tribunaux islamiques, dissensions parmi les triomphateurs car les partis de gauche, écartés du pouvoir, se méfient de l'intégrisme des milieux shi'ites, mouvements autonomistes en Azerbaïdjan, au Kurdistan, en pays turkmène et dans les régions arabes du Sud ou du Khouzistan. Les problèmes économiques ne sont pas moindres : remise en route des diverses activités, discussions serrées avec les ouvriers d'Abadan, fortement politisés, reconsidération des plans d'investissement et d'équipement. De nombreux contrats sont annulés, en particulier, ceux qui concernent l'énergie nucléaire. Les rapports avec les États-Unis sont tendus, les relations diplomatiques avec Israël rompues ; en revanche, l'Organisation de libération de la Palestine est reconnue et Yasser Arafat reçoit à Téhéran un accueil enthousiaste. Le gouvernement iranien met fin à l'activité du consortium pétrolier international et entend gérer lui-même l'exploitation et l'exportation de son pétrole ; en juin 1979 sont nationalisées les banques, les compagnies d'assurances et les principales sociétés industrielles.

Cependant les milieux laïques s'inquiètent des excès des partisans du renouveau de l'islam qui imposent des mesures restrictives touchant certaines catégories d'individus, les femmes par exemple, ou certaines activités, notamment en cherchant à contrôler les principaux journaux. Au sein même des milieux religieux un clivage apparaît entre éléments intégristes, partisans de l'ayatollah Khomeyni, rassemblés dans le Parti de la République islamique dirigé par l'ayatollah Behechtī, et éléments progressistes qui suivent l'ayatollah Taleghani et sont proches des groupes de gauche tels les Moudjahidin-e Khalq et le Front national démocratique animé par le fils du Dr Mossadegh. Des attentats visant des religieux intégristes créent un climat tendu, aggravé par les revendications des ouvriers, conscients du rôle qu'ils ont joué dans la révolution, conscients aussi de la place qu'ils tiennent dans la vie économique du pays.

En attendant qu'une nouvelle constitution soit élaborée, l'imam Khomeyni s'attache à détruire les structures du régime impérial pour construire une république totalement islamique en s'appuyant sur la grande majorité des chefs religieux shi'ites, sur les « gardiens de la révolution » (pāsdārān, ou milice armée) et sur une grande partie de la population proprement iranienne, soit que celle-ci ait souffert du régime précédent, soit qu'elle ait participé à la lutte et aspiré à un nouvel ordre social et moral, soit encore qu'elle ne connaisse que les mots d'ordre des ayatollahs. Les partis modérés laïques ou religieux et les partisans de gauche pencheraient pour un régime démocratique, parlementaire et laïque, mais ils ne peuvent s'exprimer ou se taisent volontairement. Le gouvernement Bazargan navigue à vue entre un pouvoir islamique inconditionnel et un réformisme prudent qui n'ose pas dire son nom, mais surtout il manque d'autorité face à l'imam Khomeyni, au Conseil de la révolution installé à Qom et à quelques groupes de pression comme les « étudiants islamiques », qui en fait décident de la politique générale et de ses applications pratiques, y compris les excès dans la répression. La mort soudaine de l'ayatollah Taleghani (sept. 1979) enlève aux modérés le leader qui pouvait tenter d'infléchir le régime ; celui-ci a été conforté par les élections à l'Assemblée constituante où les représentants religieux favorables au Parti républicain islamique de Khomeyni emportent 75 p. 100 des sièges ; il est vrai que les modérés, les partis de gauche et les dirigeants des minorités ethniques avaient appelé au boycottage de ces élections.

La perspective d'une Constitution autoritaire et centralisatrice conduit les Kurdes à se rebeller : le pouvoir engage à fond l'armée contre eux (août-sept.) et se lance dans une violente campagne antiaméricaine, accentuée par le fait que le shah se rend aux États-Unis pour se soigner (22 oct.), et dont l'aboutissement est, le 4 novembre, l'occupation de l'ambassade des États-Unis à Téhéran et la séquestration de soixante otages américains par des « étudiants islamiques », ces derniers demandant, en échange de la libération des otages, l'extradition et le procès du shah. À Bazargan démissionnaire, le Conseil de la révolution ne donne pas de successeur, cependant que le ministre des Affaires Étrangères, Bani Sadr, en désaccord avec les étudiants islamiques détenteurs des otages, doit céder la place à Sayyed Ghotbzadeh, qui, plus proche de Khomeyni, sera pourtant désavoué à plusieurs reprises. Au début de décembre, un référendum – auquel ne participent que la moitié des électeurs – approuve une constitution qui donne pratiquement les pleins pouvoirs à l'imam Khomeyni et ne fait aucune allusion à l'autonomie des régions allogènes, dont les populations ont d'ailleurs boycotté le référendum.

Défilé de femmes iraniennes à Téhéran, 1979

Défilé de femmes iraniennes à Téhéran, 1979

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Des Iraniennes en armes défilent devant l'ambassade des États-Unis à Téhéran, en 1979. Elles portent le tchador, voile noir islamique dont le port a été rendu obligatoire par l'ayatollah Khomeyni. 

Crédits : Hulton Getty

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Otages américains en Iran

Otages américains en Iran

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Un otage américain exposé aux caméras par ses ravisseurs. Il est l'un des soixante Américains séquestrés après l'occupation de l'ambassade des États-Unis à Téhéran par les étudiants islamistes, le 4 novembre 1979. 

Crédits : MPI/ Archive Photos/ Getty Images

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Un voyage de Kurt Waldheim, secrétaire général de l'O.N.U., à Téhéran au début de janvier 1980 en vue de négocier la libération des otages n'aboutit à aucun résultat. Par ailleurs, le refus de toute discussion sur l'autonomie des régions provoque un soulèvement à Tabriz, capitale de l'Azerbaïdjan iranien, dont le leader, l'ayatollah Chariat Madari, prône une politique plus modérée et plus souple.

Durcissement du régime et problèmes extérieurs

La politique iranienne, suivie à ses débuts avec une certaine sympathie par les pays musulmans, surtout les plus progressistes, suscite ensuite, par ses excès et son intransigeance, des réserves quasi unanimes ; par ailleurs, la situation économique, assez profondément bouleversée, pose des problèmes que le gouvernement ne peut ou ne veut pas résoudre, au nom d'un idéal religieux rejetant les contingences matérielles du monde moderne.

En janvier 1980, Bani Sadr est élu président de la République par 75 p. 100 des votants, mais la réalité du pouvoir demeure entre les mains de l'imam Khomeyni ; rapidement, Bani Sadr, qui est partisan de la séparation de la religion et de la politique, se trouve isolé ; ses efforts pour résoudre le problème des otages américains, sa tendance au réformisme le marginalisent de plus en plus et le font classer parmi les « contre-révolutionnaires pro-occidentaux », alors qu'en revanche s'affirme l'importance politique de l'ayatollah Behechti, président de la Cour suprême, qui place ses fidèles aux postes clés du pouvoir. La situation économique s'aggrave tout comme la situation politique, en raison des jugements et des exécutions sommaires et de la guerre au Kurdistan où les peshmerga kurdes s'affrontent à l'armée régulière et aux pasdarans. L'échec de la tentative américaine en vue de libérer les otages (Tabas, 24-25 avr. 1980) renforce la position des intransigeants qui, aux élections législatives d'avril 1980, remportent une victoire écrasante. Cependant, la mort du shah, à la fin du mois de juillet, relance les négociations indirectes avec les États-Unis, mais sans résultat immédiat.

Estimant la situation favorable, le président irakien, Saddam Hussein, rompt le 17 septembre 1980 l'accord de 1975 et lance ses troupes à l'attaque de l'Iran (le 17 septembre) en vue de reconquérir les territoires cédés en 1975 et surtout de provoquer la chute du régime iranien dont la propagande antibaassiste en direction de la population shī‘ite d'Irak (40 p. 100 de la population) peut constituer une menace. Cette propagande indispose également les États du Golfe et même l'Arabie Saoudite qui vont dès lors apporter leur soutien à l'Irak. L'avance des troupes irakiennes est rapide au début, mais est bientôt bloquée dans le Khouzistan : les pertes en hommes et les destructions sont considérables. La guerre a comme conséquence le rassemblement des Iraniens autour du régime de Khomeyni qui repousse toute tentative de médiation. En revanche, par l'intermédiaire des Algériens, les otages américains sont libérés le 20 janvier 1981.

Saddam Hussein, 1980

Saddam Hussein, 1980

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Saddam Hussein encourage ses troupes, avant l'invasion de l'Iran par son armée, en 1980. 

Crédits : Keystone/ Getty Images

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N'ayant pratiquement plus ni pouvoirs ni autorité, Bani Sadr, qui a essayé de redresser son image de marque et sa popularité en s'intéressant de près à la guerre irako-iranienne, est finalement destitué le 21 juin 1981 : il réussit à échapper à ses adversaires et finit par trouver refuge en France en juillet, en compagnie de Masoud Radjavi, chef des Moudjahidin-e Khalq. À Téhéran, des attentats coûtent la vie à l'ayatollah Behechti (28 juin), au nouveau président de la République Mohammad Ali Radjai et au Premier ministre Mohammad Javad Bahonar (30 août) ainsi qu'à l'ayatollah Madani (11 sept.). Ces attentats entraînent de nouvelles vagues d'exécutions, notamment parmi les Moudjahidin-e Khalq. L'hodjatoleslam Ali Khamenei est élu président de la République (2 oct.) et Mir Hossein Moussavi devient Premier ministre.

L'année 1982 est marquée, sur le plan intérieur, par plusieurs faits : la répression s'accentue contre la communauté bahā'i, contre les Moudjahidin-e Khalq, considérés comme les opposants les plus dangereux ; Seyyed Ghotbzadeh est arrêté, sous prétexte de complot contre l'imam Khomeyni, condamné à mort et exécuté (15 sept.) ; ce prétendu complot permet aussi d'écarter l'ayatollah Chariat Madari, chef spirituel des Azéris, de tendance modérée ; cette action manifeste la radicalisation du régime qui par ailleurs poursuit ses attentats contre les autonomistes kurdes.

Sur le plan extérieur, l'armée iranienne prend l'offensive contre les Irakiens, qui se voient contraints d'abandonner les parties du territoire d'Iran qu'ils avaient occupées. La propagande antibaassiste des Iraniens ne reçoit pas d'écho en Irak où la population, y compris les shi'ites, se regroupe autour de Saddam Hussein. Cette propagande prend également un aspect anti-arabe et antisunnite par des manifestations de pèlerins iraniens à La Mecque et par des menaces lancées contre les émirats du Golfe.

Poursuite de la guerre et rivalités internes

La guerre avec l'Irak conduit le gouvernement iranien à accentuer sa politique de répression à l'intérieur et à créer des rapports souvent tendus avec les pays qui soutiennent l'Irak et lui fournissent des armements : au premier rang figurent l'Union soviétique et la France. En Iran, le Parti communiste (Tudeh) fait l'objet de mesures draconiennes : mise hors la loi, arrestation et exécution de nombre de ses dirigeants, son secrétaire général, Noureddine Kianouri, doit faire des « aveux » sur un prétendu complot tendant à renverser le régime. Celui-ci est épaulé par les pasdarans (membres des comités islamiques) qui se renforcent et quadrillent le pays, exerçant sur celui-ci une pression policière qui souvent dégénère en terreur ; on estime que, depuis le début de la République islamique, près de 5 000 personnes ont été exécutées, dont plus de la moitié après l'éviction de Bani Sadr.

Les offensives iraniennes dans le secteur du Chatt al-Arab ne donnant pas les résultats escomptés, les Iraniens ouvrent un nouveau front dans le Kurdistan, à la frontière nord-est de l'Irak, spéculant sur un appui des Kurdes hostiles au gouvernement de Bagdad et sur la réussite d'une percée en direction de Kirkouk, centre de l'exploitation pétrolière d'Irak (oct. 1983). Simultanément, le gouvernement de Téhéran lance des avertissements à propos de la navigation dans le détroit d'Ormuz aux États arabes du Golfe, coupables de soutenir l'Irak, et Bagdad inaugure ce que l'on appellera « la guerre des villes », c'est-à-dire le bombardement aérien de villes à l'intérieur de l'Iran, y compris Téhéran et Ispahan, à quoi les Iraniens répondent en bombardant Bagdad et Bassorah. Par ailleurs, la livraison d'avions Super-Étendard par la France aux Irakiens entraîne une très vive tension entre Paris et Téhéran, qui se traduit par des expulsions réciproques de diplomates.

Au début de l'année 1984, les Iraniens lancent de nouvelles offensives sur trois fronts : le Kurdistan, la région Amarah-Kurna et le secteur sud du Chatt al-Arab dans lequel les îles Madjnoun sont occupées et où Bassorah est directement menacée. Les élections législatives d'avril 1984 donnent d'autant plus la majorité au parti au pouvoir que l'opposition modérée, à la tête de laquelle se trouve alors Mehdi Bazargan, boycotte ces élections ; en fait, l'opposition, dans toutes ses composantes, est divisée et impuissante face aux structures du Parti de la République islamique, solidement installé dans le pays, mais qui connaît des rivalités internes marquées par des incidents divers : refus par le Madjlis de la confiance à plusieurs ministres (même si le Premier ministre, Mir Hoseyn Moussavi, est facilement reconduit dans ses fonctions), arrestations, répression contre ceux qui sont soupçonnés de ne pas respecter les règles islamiques. L'imam Khomeyni témoigne de son appui aux « radicaux » dans la conduite de la politique en donnant une délégation de pouvoir à l'ayatollah Hoseyn Ali Montazeri, l'un de leurs chefs. À la fin de l'année 1985, Montazeri est officiellement confirmé comme successeur de Khomeyni, mais cela ne met pas fin à la lutte pour le pouvoir. En août 1985, Ali Khamenei est réélu président de la République par 85 p. 100 des votants (au lieu de 95 p. 100 en 1981) et le taux de participation n'est que de 60 p. 100, alors qu'il était de 80 p. 100 en 1981.

La guerre avec l'Irak se poursuit avec tous les moyens possibles : attaques terrestres iraniennes dans le Kurdistan et dans le Chatt al-Arab, bombardements réciproques des grandes villes par avions et par missiles, attaques aériennes des Irakiens contre le terminal pétrolier de l'île de Kharg – ce qui entraîne une diminution sensible des exportations de pétrole iranien – et surtout utilisation d'armes chimiques par les Irakiens pour stopper les offensives iraniennes au nord et au sud. Une mission de l'O.N.U. recherchant un compromis pouvant mener à la paix aboutit à un échec complet.

Décidé à porter au régime de Saddam Hussein des coups décisifs, le gouvernement iranien lance une attaque dans le Chatt al-Arab qui lui permet de s'emparer du port de Fao et une autre dans le Kurdistan irakien ; lorsqu'en août 1986 Saddam Hussein propose l'ouverture de négociations, celles-ci sont totalement rejetées par les Iraniens, forts de leurs succès militaires, forts aussi des changements survenus dans leurs rapports avec certains États occidentaux : ainsi, les relations entre Paris et Téhéran s'améliorent, des négociations s'engagent sur le règlement du contentieux financier (remboursement par la France des fonds versés par le shah pour la construction de la centrale nucléaire Eurodif) et surtout, en échange de l'expulsion de France de l'opposant iranien Masoud Radjavi, le 7 juin 1986, deux otages français du Liban sont libérés le 20 juin.

En Iran, l'ayatollah Montazeri ne peut parvenir à imposer son autorité et tombe, ainsi que ses proches, dans une disgrâce qui profite à l'hojjatol-eslām Rafsandjani, président du Madjlis. Bien que l'imam Khomeyni ait à nouveau condamné tout rapprochement avec les États-Unis, on apprend, à la fin du mois de novembre, que des ventes secrètes d'armes américaines ont eu lieu, ce qui provoque aux États-Unis l'éclatement du scandale appelé « Irangate », et en Iran des critiques sévères contre Rafsandjani, accusé d'avoir cherché une amélioration des relations avec les Américains. À la suite du rejet par les Iraniens de l'appel à la paix lancé par le sommet des États islamiques, et en dépit de difficultés économiques croissantes, de nouvelles offensives ont lieu dans le Chatt al-Arab et le Kurdistan ; la menace iranienne dans le Golfe se précisant, les grandes puissances y envoient des navires de guerre afin de protéger les pétroliers. Les tensions avec le monde arabe s'accentuent : à la suite de la découverte d'un « complot » islamiste en Tunisie, ce pays rompt les relations diplomatiques avec l'Iran (mars 1987) et, en juillet, des incidents provoqués à La Mecque par des pèlerins iraniens aboutissent à une répression sanglante où des centaines d'Iraniens trouvent la mort ; l'attitude du gouvernement de Téhéran se durcit : attaques de pétroliers dans le Golfe, refus total de tout cessez-le-feu malgré les appels de l'O.N.U. en faveur de la paix ; au sommet arabe de Amman, l'Iran est condamné. La seule amélioration notable apparaît dans les relations avec la France : à la fin de novembre 1987, deux otages français du Liban sont libérés en échange du libre départ pour l'Iran de Wahid Gordji, tenu par les Français pour un des acteurs, direct ou indirect, des attentats meurtriers de septembre 1986 à Paris. Au contraire, les relations s'enveniment avec les Britanniques et avec les Américains, et de graves incidents se produisent dans le Golfe.

Rafsandjani

Rafsandjani

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Ali Akbar Hachemi Rafsandjani, président du Madjlis (Parlement iranien) depuis 1980, sera élu président de la République le 28 juillet 1989. 

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À Téhéran, les clans s'affrontent de plus en plus nettement : c'est la lutte pour le pouvoir entre « radicaux » de Montazeri et « modérés » de Rafsandjani. Les premiers veulent la poursuite de la guerre jusqu'à la défaite totale de Saddam Hussein qui représente à la fois le laïcisme, le nationalisme arabe et la compromission avec des gouvernements étrangers ; les seconds, sans être ouvertement pour la paix, constatent la situation catastrophique de l'économie du pays et de la condition des habitants, notamment dans les villes où sévissent chômage et marché noir. En juin, le Parti de la république islamique, fondé en 1979, est dissous en raison des factions internes qui le déchirent ; un peu plus tard, les proches de Montazeri font l'objet de poursuites, d'arrestations, et l'un des plus notables, Mehdi Hachemi, est même exécuté. Il semble alors que Rafsandjani l'emporte sur ses adversaires et qu'une certaine ouverture se fasse jour car des discussions sont engagées sur l'éventuelle participation aux élections du Mouvement de libération nationale de Mehdi Bazargan. Mais le Conseil de surveillance de la Constitution, créé en 1980 et composé de personnalités hostiles à toute libéralisation du régime, représente un obstacle aux tentatives de réformes ; pourtant, Khomeyni paraît soutenir les réformateurs lorsque, en février 1988, il institue au-dessus de ce Conseil un petit comité, le « Conseil de discernement », destiné, théoriquement, à limiter les pouvoirs de celui-ci : en fait, il s'agit du renforcement des pouvoirs personnels de l'imam car, parmi les membres de ce comité, figurent son propre fils et le chef de son secrétariat personnel ; cette attitude n'échappe pas à Mehdi Bazargan qui critique sévèrement cette accentuation de l'absolutisme et réclame l'arrêt de la guerre : le résultat en est l'arrestation de nombre de ses partisans.

Le règlement du conflit

Alors que les opérations militaires menées au début de l'année 1988 dans le Kurdistan sont favorables aux Iraniens avec la prise des villes de Halabja et de Khurmal, en revanche, dans le Sud, la contre-offensive irakienne aboutit en avril à la reconquête de Fao, en mai et juin à celle de Chalamcheh puis des îles Madjnoun. Rafsandjani, qui a été réélu président du Madjlis, est alors nommé commandant en chef des forces armées, mais celles-ci sont maintenant partout sur la défensive et doivent même abandonner le Kurdistan irakien.

Finalement, le 18 juillet 1988, l'Iran accepte sans condition la résolution 598 du Conseil de sécurité de juillet 1987 exigeant l'arrêt des combats. Le 20 août, le cessez-le-feu entre en vigueur et des négociations doivent commencer peu après sous l'égide de l'O.N.U. ; mais les problèmes demeurent : demande instante de Téhéran de voir l'Irak désigné comme l'agresseur, fixation de la frontière dans le Chatt al-Arab, échange des prisonniers. En novembre, les pourparlers sont interrompus.

Les relations avec l'extérieur

Pendant ce temps, à Téhéran, la démission du Premier ministre Mir Hossein Moussavi est refusée, mais certains ministres de son cabinet sont très contestés par le Madjlis. Les rivalités internes sont fatales aux partisans de Montazeri, dont onze sont exécutés en novembre, ouvrant la voie à toute une vague d'exécutions politiques. À la fin de l'année, l'imam Khomeyni décrète la limitation des pouvoirs du Conseil de discernement qui, en certaines occasions, s'est permis de légiférer à la place du Parlement. Après la reprise des relations diplomatiques avec la France, les relations économiques paraissent être relancées, mais le ministre iranien des Affaires étrangères réclame la libération d'Anis Nakkache, compromis dans la tentative d'assassinat à Paris de l'ancien Premier ministre iranien Chapour Bakhtiyar, et cette demande est mal reçue par le gouvernement français. Éprouvé par la guerre, mais paradoxalement peu endetté et disposant de revenus potentiels considérables avec le pétrole, l'Iran envisage un redémarrage rapide de son économie, en utilisant au besoin, directement ou indirectement, les techniques et les compétences de l'Occident dont certains États sont tout prêts à apporter leur concours très intéressé.

Mais, le 15 février 1989, l'imam Khomeyni décrète un arrêt de mort à l'encontre de l'écrivain britannique Salman Rushdie, auteur d'un livre jugé blasphématoire à l'égard de la religion musulmane et du Prophète. Cet appel à l'assassinat, étendu à tous les éditeurs du livre, soulève l'indignation dans les pays occidentaux et entraîne le rappel des ambassadeurs des pays de la Communauté européenne à Téhéran, tandis que les Iraniens répondent par le rappel de leurs propres ambassadeurs. Cet événement illustre la volonté de l'imam d'apparaître comme le défenseur intransigeant de la religion, face aux dévoiements dus aux compromissions avec les pays occidentaux : défenseur unique, puisque les autres chefs musulmans n'ont pas du tout, ou guère, réagi à la publication du livre ; défenseur motivé, puisque adepte du shi'isme, seule véritable expression de la religion musulmane ; il s'agit pour l'imam, convaincu de détenir la vérité, non seulement d'être le combattant de l'islam, mais aussi de se faire reconnaître comme tel par tous, de rassembler les musulmans dans la lutte contre les perversions qui le menacent, qu'elles proviennent de l'extérieur ou de l'intérieur : impérialisme occidental, communisme soviétique, laïcisme, nationalisme arabe ; et, dans cette lutte, le shi'isme doit être le fer de lance de l'islam, et plus spécialement le shi'isme iranien dont lui-même est l'imam, le guide.

Cette attitude explique la rigueur nouvelle qui s'exerce vis-à-vis des opposants : Moudjahidin-e Khalq, membres du parti Tudeh, éléments dits « de gauche », dont on estime que plus de 2 500 ont été exécutés depuis la fin de la guerre, en dépit des appels à la modération de Montazeri, cependant que les partis, et spécialement le Mouvement de libération de l'Iran de Mehdi Bazargan, sont étroitement surveillés, et que les mesures de libéralisation du régime annoncées sont reportées à des jours meilleurs, l'affaire Rushdie servant de prétexte à ce report. La même affaire est évoquée par les Iraniens à la Conférence islamique de Riyād en mars 1989, mais les pays arabes ne vont pas au-delà de la condamnation du livre.

La dégradation, connue, de la santé de l'imam entraîne la rivalité de plus en plus manifeste des clans et des individus en prévision de l'élection à la présidence de la République islamique d'août 1989 : aux « radicaux », partisans de la ligne dure conduits par Moussavi Khoeiniha, procureur général, Mir Hoseyn Moussavi, Premier ministre, et surtout par Ahmad Khomeyni, fils de l'imam, s'opposent les « pragmatistes » ou modérés menés par Ali Akbar Hachemi Rafsandjani, président du Parlement, et Ali Khamenei, président de la République (qui ne peut être réélu à ce poste). Rafsandjani est finalement désigné comme candidat par l'Association des religieux combattants, parti majoritaire au Madjlis. Presque simultanément est annoncée la destitution de l'ayatollah Montazeri de ses fonctions de successeur désigné de l'imam, car il est jugé trop libéral et trop critique de la conduite des affaires du pays (28 mars), et une épuration est menée parmi les proches de Rafsandjani. À la fin du mois d'avril est nommée une commission chargée de modifier la Constitution dans le sens d'un renforcement des pouvoirs du président de la République et du Premier ministre, et de la réforme du Conseil de surveillance et du Conseil de discernement.

Mais cette commission voit ses travaux interrompus par la mort de l'imam Khomeyni, le 3 juin 1989, des suites d'une opération. Le président de la République, Ali Khamenei est désigné, à titre provisoire, pour succéder à Khomeyni comme imam et guide, ce qui peut apparaître comme un compromis entre les tendances « dure » et « modérée ». Le 5 juin, le testament de l'imam est rendu public : il y affirme la primauté du shi'isme dans le monde musulman et demande aux Iraniens de lutter pour le triomphe de leur religion, sans concessions ni aux musulmans des autres doctrines religieuses, ni aux « athées » des pays d'Islam, ni enfin aux dirigeants non musulmans des pays de l'Ouest comme de l'Est. Les obsèques de Khomeyni se déroulent le 6 juin au milieu du délire d'une marée humaine.

La mort de l'imam ne résout rien : non seulement l'Iran se trouve dans une situation économique difficile (il dispose pourtant de ressources – dont le pétrole – et de potentialités considérables auxquelles les grandes puissances ne sont pas indifférentes) et les conditions de vie sont pénibles pour une grande partie de la population, mais surtout aucun système politique défini n'a été mis en place.

—  Robert MANTRAN

L'ère Rafsandjani

L'élection triomphale d'Ali Akbar Hachemi Rafsandjani à la présidence de la République, le 28 juillet 1989, avec 94,5 p. 100 des voix, marque un changement dans le processus révolutionnaire, voire une rupture que l'on a qualifiée, sans doute abusivement, de « Thermidor à l'iranienne », de perestroïka ou encore d'« instauration d'une IIe République ».

La réforme de la Constitution, approuvée par référendum le même jour que l'élection, institue un régime présidentiel. Le poste de Premier ministre est supprimé ; le président est assisté d'un premier vice-président et d'une pléiade de vice-présidents en charge d'un domaine particulier et doublant, de fait, la plupart des ministères. Le magistère du guide de la République est redéfini, en fonction même du profil d'Ali Khamenei, hojjat ol-eslām (clerc de niveau intermédiaire) qui ne possède pas l'aura et les qualifications religieuses de son prestigieux prédécesseur. Le guide est cantonné et confirmé dans ses fonctions politiques (qui demeurent considérables) mais ne peut désormais prétendre à la direction théologique de l'ensemble des shi'ites (cette confusion des rôles était, depuis le début de la révolution, une pomme de discorde avec nombre de grands ayatollahs, soucieux de leurs prérogatives). Sous ces nouvelles conditions, Ali Khamenei est définitivement élu guide par l'Assemblée des experts, le 9 août 1989.

Rafsandjani évince les personnalités « radicales » les plus marquantes (tels l'ancien Premier ministre Mir Hossein Moussavi et l'ancien ministre de l'Intérieur Ali Akbar Mohtashemi) et forme un gouvernement de technocrates, pour promouvoir une nouvelle politique économique, rompant avec l'étatisme révolutionnaire et dont les mots d'ordre sont « reconstruction, libéralisation, privatisation ». « On ne construit pas un barrage avec des slogans », déclare-t-il lors de sa prestation de serment. Parallèlement, Rafsandjani, soucieux d'attirer les investissements étrangers, prône une politique internationale moins agressive, dont le leitmotiv n'est plus l'exportation de la Révolution islamique. De façon symptomatique, le terrorisme, stimulé par des groupes radicaux proches du pouvoir, se « désinternationalise » et ne vise « plus » désormais « que » des opposants résidant en Iran ou à l'étranger (assassinats de Chapour Bakhtiar, dernier Premier ministre du shah, à Paris en 1991, du leader kurde Sadegh Sharafkandi à Berlin en 1992...). Dans ce contexte de dégel relatif, l'Union européenne engage, contre l'avis des États-Unis, un « dialogue critique » avec l'Iran, en 1992. La même année, les élections législatives confirment une certaine « décléricalisation » du pouvoir (le nombre de religieux élus baisse de plus de la moitié) et l'ascendant des partisans du libéralisme économique ; ceux-ci prônent cependant un rigoureux conservatisme moral, dans un climat d'atténuation sensible de la répression. Indice de ce virage vers une droite pragmatique et traditionaliste, l'élection du très intégriste hojjat ol-eslām Ali Akbar Nategh Nouri à la présidence du Parlement.

Les espoirs mis dans la nouvelle politique inaugurée par Rafsandjani s'estompent progressivement à l'épreuve des faits ; celui-ci est réélu président en 1993, mais avec seulement 63,5 p. 100 des voix. Quant aux élections législatives de 1996, elles consacrent la victoire des conservateurs intégristes, revendiquant plus de libéralisme économique et de sévérité morale, alors que se développent la contestation et les aspirations au pluralisme, dont témoigne la floraison des journaux.

Ali Akbar Hachemi Rafsandjani, 1993

Ali Akbar Hachemi Rafsandjani, 1993

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Élu très largement à la présidence de la République islamique d'Iran en 1989, Ali Akbar Hachemi Rafsandjani est réélu en 1993. Mais, cette fois, l'abstention est forte, car les promesses de redressement et de reconstruction du pays n'ont pas porté leurs fruits. 

Crédits : Alexis Duclos/ Gamma-Rapho/ Getty Images

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À l'évidence, la reconstruction dont Rafsandjani avait fait son mot d'ordre n'a pas porté les fruits attendus. Le programme de privatisation des entreprises nationalisées a été abandonné en 1995, faute d'acquéreurs, les détenteurs de capitaux préférant la spéculation sur le cours des devises (favorisée par l'existence de plusieurs taux de change) aux placements productifs. Les sociétés étrangères hésitent à investir dans un pays mal organisé, dont la dette extérieure augmente depuis 1988 (paradoxalement, l'Iran ne s'était pas endetté pendant la longue guerre contre l'Irak, alors que, en 1996, ses arriérés de paiement représentent quelque 12 milliards de dollars). Sur le chemin souhaité, par les dirigeants pragmatiques, d'une « évolution à la chinoise », l'embargo total contre l'Iran décrété par les États-Unis en 1995, puis la loi D'Amato-Kennedy, votée par le Sénat américain en 1996, ont été d'autres obstacles : pour punir l'« État terroriste », mais non sans arrière-pensées sur les intérêts économiques futurs des États-Unis, cette loi menace de sanctions toute société qui investirait en un an plus de 40 millions ou plus de 20 millions de dollars (selon les cas) dans le secteur pétrolier en Iran (les firmes italiennes et françaises – notamment le groupe Total – ont cependant passé outre). La libéralisation quasi générale des importations de 1989 à 1993 a, par ailleurs, contribué à l'augmentation de l'inflation (22 p. 100 en moyenne par an) et à la dépréciation de la monnaie (1 dollar s'échangeait contre 70 rials en 1980, contre 7 730 en mars 2000 !). Sans doute la croissance a-t-elle repris sous les présidences de Rafsandjani, mais à un rythme très insuffisant (0,7 p. 100 par an) pour répondre à la forte augmentation démographique du pays (environ 2 p. 100 par an). On estime alors que le niveau de vie moyen de la population a diminué de moitié depuis 1977. Cette paupérisation, à peine atténuée par le subventionnement des denrées de base (pain, pétrole, essence, etc.), a entraîné des émeutes, durement réprimées, dans les grandes villes (à Mechhed, au printemps de 1992, à Ghazvin en août 1994) et dans les banlieues et cités satellites de Téhéran. Cependant, des efforts importants ont été faits dans les domaines de la santé et de l'éducation (le taux d'alphabétisation avoisine les 85 p. 100). La réalisation de quelques grands équipements (des centrales électriques notamment, mettant un terme aux coupures quotidiennes dans les villes, de la centrale nucléaire de Bouchir, dont la construction a fait l'objet d'un accord de coopération avec la Russie en 1995) tranche aussi dans un contexte global de stagnation. Mais, faute d'aide technologique étrangère suffisante, l'Iran n'a pu se doter des infrastructures qui lui seraient nécessaires : la première ligne du métro de Téhéran, dont la construction était prévue pour 1980, n'a été ouverte qu'en 2000, alors que la capitale et sa banlieue regroupent environ 10 millions d'habitants. En revanche, des équipements de moindre envergure (tels que l'électrification des villages, l'aménagement de voies secondaires, etc.) ont été réalisés à un bon rythme sous l'impulsion de la guerre sainte puis du ministère de la Reconstruction.

L'ère Rafsandjani a été marquée par un assouplissement relatif mais sensible des contrôles et de la répression qui pèsent sur la vie quotidienne et politique en Iran. Revues, journaux, cercles de pensée indépendants, étouffés pendant les dix premières années de la révolution, firent, de nouveau, une timide apparition ; cependant, plusieurs intellectuels furent jetés en prison pour leurs initiatives, les conservateurs et le guide s'opposant à toute critique et expression nouvelle, aussitôt stigmatisées comme des produits de l'« invasion », voire de l'« agression culturelle de l'Occident ».

La gesticulation et les invectives anti-impérialistes baissèrent également d'un cran pendant les deux mandats de Rafsandjani, mais les ouvertures diplomatiques vers l'Ouest demeurèrent limitées. La présidence de l'hojjat ol-eslām s'acheva par des manifestations contre l'Allemagne (un des partenaires économiques les plus actifs, avec le Japon, de la République islamique) puis par le rappel des ambassadeurs européens dans leurs pays respectifs (avril 1997), à la suite de la mise en évidence, par la justice allemande, de la responsabilité du gouvernement iranien dans l'assassinat de leaders kurdes en 1992 à Berlin. Pendant ces deux mandats, l'Iran a cependant noué des relations politiques et économiques fécondes avec les républiques proches – géographiquement et culturellement – d'Asie centrale, issues de la dislocation de l'U.R.S.S.

Au total, les conflits permanents entre tendances, instances et leaders grevèrent lourdement les projets pragmatiques de Rafsandjani. Les querelles entre un Parlement et un guide « conservateurs », d'une part, et un gouvernement d'inspiration plus « libérale », de l'autre, bloquèrent les initiatives et contribuèrent à enliser l'Iran dans un processus de tiers-mondisation politique et économique.

La présidence Khatami, un nouveau printemps iranien ?

Le mécontentement, les aspirations au déverrouillage de la société iranienne aboutirent, le 23 mai 1997, à l'élection à la présidence de la République de l'hojjat ol-eslām réformateur Mohamad Khatami, qui avait été évincé du ministère de la Culture et de l'orientation islamique pour excès de libéralisme en 1992. Khatami reçut le soutien de mouvements et de courants très disparates (déçus de l'islamisme révolutionnaire, intellectuels laïques, partisans du libéralisme économique et politique, radicaux étatistes) mais fut surtout porté au pouvoir par une majorité de jeunes (65 p. 100 des Iraniens et un tiers des électeurs ont alors moins de vingt-cinq ans) et de femmes qui participèrent massivement au scrutin, ainsi que par les minorités marginalisées (Kurdes, Baloutche...) de l'ouest et de l'est du pays. Sa victoire écrasante (il fut élu à près de 70 p. 100 des voix) fut d'autant plus remarquable et inattendue que son principal adversaire, Ali Akbar Nategh Nouri, le très conservateur président du Parlement, bénéficiait de l'appui du guide et de la plupart des appareils de pouvoir et de propagande. C'était aussi la preuve que, si cadenassées fussent-elles par le Conseil des gardiens de la Constitution, qui décide de l'éligibilité des candidats en fonction de leur conformité aux normes islamiques, des élections au résultat incertain pouvaient avoir lieu en Iran (ce qui est un cas de figure profondément original dans cette région du monde).

Attaché à la formule de la République islamique, Khatami plaide pour de profondes réformes : la reconnaissance des libertés publiques, des droits de la personne (en particulier des femmes) et de la société civile (jāme'e-ye madani, une expression qui fait florès en Iran), du pluralisme politique par la légalisation des partis qui font allégeance à la Constitution ; il se fait aussi le chantre du dialogue des civilisations, respectueux de l'authenticité culturelle (esālat-e farhangi) des unes et des autres, et de l'ouverture internationale. Il nomme à des postes clés de son gouvernement des personnalités connues pour leur rejet de l'islamisme politique et favorables à la séparation des pouvoirs politique et religieux : Kamal Kharrazi aux Affaires étrangères, Abdollah Nouri au ministère de l'Intérieur, Atollah Mohajarani à celui de la Culture et de l'Orientation islamique. Pour la première fois, une femme occupe un poste de vice-président.

Un net assouplissement se manifeste dans le domaine de la politique étrangère. La tenue à Téhéran, en décembre 1997, du sommet de la Conférence de l'organisation islamique est un succès pour l'Iran, qui la préside ; s'y esquisse un rapprochement avec l'Arabie Saoudite, pays honni depuis le début de la révolution, où le nouveau président se rend en voyage officiel en mai 1999. En janvier 1998, Khatami accorde à la chaîne américaine de télévision C.N.N. une interview, au cours de laquelle il affiche son souci d'ouverture vis-à-vis des États-Unis et sa volonté de rétablir un État de droit. En juillet de la même année, l'Italien Romano Prodi est le premier chef de gouvernement d'un pays de l'Union européenne à se rendre en Iran depuis la Révolution islamique. En mars 1999, Khatami est reçu en Italie et au Vatican, effectuant la première visite en Europe d'un chef d'État iranien depuis 1979. Sa visite prévue à Paris en avril 1999 est différée pour des raisons protocolaires (l'Iran exige qu'il n'y ait pas de vin à table lors des repas officiels) ; un compromis sera trouvé lors de sa visite en octobre. Certes, ces voyages sont troublés par des manifestations d'opposants en exil (Moudjahidin du peuple, intellectuels laïques) ou encore assombris par l'arrestation de treize Juifs de Chiraz, soupçonnés d'espionnage, mais l'engagement pris par Téhéran, en 1998, de renoncer à faire exécuter la fatwa de Khomeyni condamnant à mort Salman Rushdie, contribue fortement au réchauffement des relations internationales de l'Iran (cette décision, quoique toujours contestée par les conservateurs, a permis la normalisation des relations avec le Royaume-Uni).

Mohamad Khatami, janvier 1998

Mohamad Khatami, janvier 1998

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Le président iranien Mohamad Khatami et la correspondante de C.N.N. en Iran, avant une interview diffusée le 7 janvier 1998. Khatami exprime sa volonté d'ouverture entre Téhéran et Washington, allant même jusqu'à présenter (indirectement) des excuses pour l'affaire de la prise d'otages à... 

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Cohabitation tendue et désillusion

Sous la première présidence de Khatami, la vie politique se caractérise par une cohabitation tendue entre les réformateurs et pragmatiques qui occupent la plupart des postes gouvernementaux et les radicaux qui, derrière le guide ayant la haute main sur l'armée, la police, la justice, la télévision, contrôlent les autres rouages du pouvoir (le Parlement, le Conseil des gardiens, le Conseil de discernement de l'intérêt public – créé pour régler les litiges entre les deux précédentes instances –, l'Assemblée des experts – chargée de la désignation du guide –, etc.). Les oppositions entre ces deux tendances, elles-mêmes hétéroclites, se cristallisent tout particulièrement sur le statut des libertés publiques et des intellectuels. Dans un climat où la parole s'est libérée et où les Iraniens sont avides de publications critiques, de très nombreux journaux et revues voient le jour (on en compte environ 900, dont plusieurs titres féminins) ; certaines de ces publications n'hésitent pas à stigmatiser ouvertement les tenants de l'ordre, voire à remettre en cause les attributions du guide. Interdites par le Parlement ou par les autorités judiciaires qui font emprisonner leurs directeurs, elles renaissent quelque temps après sous d'autres noms. Les penseurs et les personnalités politiques revendiquant la séparation du pouvoir et du religieux et davantage de liberté sont aussi les cibles privilégiées des milieux conservateurs et islamistes. Plusieurs intellectuels, dont Dariush Forouhar, qui avaient été emprisonnés sous le régime du shah, sont assassinés durant l'automne de 1998. Des universitaires, clercs ou anciens ministres de Khatami, sont harcelés, jugés, mis en prison pour avoir osé discuter de la légitimité du velāyat-e faghih (la souveraineté du juriste théologien) ; les conférences d'Abdolkarim Soroush, un des promoteurs de la « révolution culturelle » dans les premières années de la République islamique, mais récusant désormais le mélange des genres (politique et religieux), sont interdites ou troublées par les hezbollāhi. Pour les mêmes raisons doctrinales, Mohsen Kadivar, un clerc de haut niveau, a été condamné au printemps de 1999 à dix-huit mois de prison et Abdollah Nouri, le populaire ancien ministre de l'Intérieur de Khatami, à cinq ans de prison, en novembre 1999. En mai de la même année, la condamnation à deux ans de prison, pour détournement de fonds publics, du maire réformateur et libéral de Téhéran, Gholam-Hoseyn Karbastchi, s'est inscrite dans le même contexte de règlements de comptes qui caractérise la vie politique iranienne. Face au harcèlement multiforme, continu et haineux des conservateurs, le président de la République, bien que conforté par les résultats des premières élections locales et municipales en février 1999, ne dispose que de pouvoirs limités et fait preuve d'hyperlégalisme. Sans doute a-t-il changé les gouverneurs de province, contribué à la libéralisation de la presse, de la vie culturelle et à l'ouverture internationale du pays. Mais son attitude en juillet 1999, lors de la révolte des étudiants de Téhéran, qui s'élevaient contre une loi visant à bâillonner la presse et contre l'interdiction d'un quotidien réformateur, ne laisse pas d'être ambiguë. Les manifestants, dont plusieurs seront tués et quelque mille quatre cents arrêtés, se réclament pourtant de la « ligne » de Khatami, qui ne fait rien pour empêcher la répression de ce mouvement. La crainte des provocations, d'être déchu par le guide (celui-ci en a le pouvoir), le souci de préserver la République islamique, l'esprit de corps clérical... expliquent sans doute cette prudence. Les réformateurs savent aussi que l'objectif prioritaire demeure les élections législatives de février et avril 2000.

Celles-ci suscitent une participation sans précédent (83 p. 100 des électeurs se rendent aux urnes) et confirment le désaveu des conservateurs, tout comme celui de l'ex-président Rafsandjani dont la candidature in extremis, à la tête d'une coalition au programme ambigu, pouvait être une menace pour les réformateurs. Dès le premier tour, les partisans de Khatami remportent 170 des 290 sièges que compte le Parlement. Des personnalités emblématiques arrivent en tête du scrutin : le frère du président, Mohamad Reza Khatami, celui de l'ancien ministre Nouri, Ali Reza, ou encore l'épouse du théologien Kadivar. Ce succès, qui traduit une profonde volonté de changement, ne doit pas masquer l'hétérogénéité de la coalition de mécontents réunie autour de Khatami. Cette nébuleuse regroupe des formations aussi diverses que le Front islamique pour la participation (le parti du président) et l'Association du clergé combattant (gauche islamique et étatiste).

La volonté de changement qui anime la société iranienne est confirmée par la réélection de Khatami à la présidence de la République en juin 2001. Opposé à neuf candidats conservateurs ou radicaux, celui-ci obtient 77 p. 100 des suffrages. Mais le tassement de la participation électorale (67 p. 100 contre 80 p. 100 en 1997) est un premier symptôme du reflux des réformateurs. Celui-ci est dû à l'incapacité de Khatami à imposer des modifications structurelles (telle une révision de la Constitution qui conférerait plus de pouvoir au président), à une situation économique (plus de 20 p. 100 d'inflation annuelle) aggravant la précarité des plus pauvres, au désengagement désenchanté de la sphère politique des forces vives (les jeunes, les femmes, les intellectuels) qui avaient constitué le principal soutien des réformateurs. Ses initiatives étant bloquées par le guide et par le Conseil des gardiens, Khatami, dont l'action – favorisant la création de journaux, d'associations, etc. – contribua cependant à l'installation durable du débat dans la société iranienne, se cantonna, au fil des mois, dans un rôle essentiellement décoratif, se faisant le chantre du « dialogue des civilisations », un programme qui n'apportait pas de solutions concrètes aux problèmes sociaux du pays.

La présidence Ahmadinejad

L'ascension d'Ahmadinejad et le retour des radicaux

Les élections locales de 2003 traduisent ce désenchantement et ce revirement de l'opinion. Le taux de participation est très faible (49 p. 100 dans l'ensemble du pays, 12 p. 100 à Téhéran), un indice récurrent de la démobilisation des électeurs réformateurs, et les conservateurs remportent la plupart des municipalités. À Téhéran, ils conquièrent la totalité des sièges sous l'impulsion du parti des Abādgarān (« Bâtisseurs »), fondé par Mahmoud Ahmadinejad, qui est élu maire. Celui-ci, qui entame alors une ascension décisive, est un fils de forgeron, ancien chef d'état-major des Gardiens de la révolution, devenu par la suite gouverneur de la province d'Ardabil. Cette poussée des conservateurs se confirme à l'occasion des élections législatives de février 2004 (ceux-ci obtiennent 195 sièges sur 290) ; elle bénéficie de la révocation par le Conseil des gardiens d'un grand nombre de candidats (3 544 sur 8 144), d'un fort taux d'abstention (50,6 p. 100) et de la désunion des « libéraux » (rafsandjanistes, réformateurs). Les analystes prévoient cependant la victoire d'Hashemi Rafsandjani, candidat expérimenté et pragmatique, à l'élection présidentielle de juin 2005. Mais c'est le radical Mahmoud Ahmadinejad qui l'emporte au second tour, en obtenant 62 p. 100 des voix contre 35 p. 100 à son rival. Ce succès inattendu tient à plusieurs facteurs : la lassitude, voire l'exaspération, des mostaz'afin (« déshérités ») qui subissent durement la dégradation de la situation économique, la mauvaise réputation de Rafsandjani, accusé d'enrichissement illicite et de corruption, le soutien apporté à ce fils du peuple et de la révolution par le guide Ali Khamenei, par les bassidji (« volontaires »), par l'électorat conservateur des villes et des campagnes du centre du pays, rétif à l'évolution des mœurs. Avec ses vêtements simples, son habitation modeste et son langage direct et démagogique, Ahmadinejad est la figure même du leader populiste ; il propose de « balayer les rues de la nation », de « mettre sur les nappes des familles l'argent du pétrole » et, lors de ses nombreuses tournées en province, flatte l'orgueil régional et national. Pour asseoir sa politique conservatrice, il démet de leurs fonctions la plupart des cadres du pays (préfets, présidents d'université, dirigeants de banques et d'entreprises d'État, négociateurs du dossier nucléaire...) et installe ses partisans. Il octroie des sommes considérables aux entreprises possédées par les pāsdārān qui l'ont soutenu et occupent de nombreux sièges au Parlement et dans son gouvernement.

D'emblée, Ahmadinejad se signale, sur la scène internationale, par ses prises de position provocatrices. Proclamant que « l'énergie nucléaire est notre droit inaliénable », il remet en cause l'engagement qu'avait pris l'Iran, en octobre 2003, de suspendre ses activités d'enrichissement de l'uranium, activités sensibles pouvant déboucher sur la fabrication d'armes atomiques, qui avaient été dissimulées à l'Agence internationale de l'énergie atomique (A.I.E.A.) et découvertes en 2002. Malgré de longues négociations menées sous l'égide de l'Union européenne, l'Iran reprend ses activités sensibles de conversion et d'enrichissement de l'uranium en août 2005 (sur son site d'Ispahan) puis en janvier 2006 (sur celui de Natanz), tout en se défendant de poursuivre un programme à visée militaire. Face au refus réitéré des autorités de suspendre ces programmes, le Conseil de sécurité de l'O.N.U. adopte, le 23 décembre 2006, la résolution 1737 condamnant l'Iran et promulguant « un embargo sur les matériaux et technologies pouvant aider à poursuivre des activités nucléaires sensibles ». D'autres sanctions sont prévues si l'Iran n'obtempère pas au terme de soixante jours. Elles sont, en définitive, prises par le Conseil de sécurité le 24 mars 2007 dans sa résolution 1747.

La politique étrangère d'Ahmadinejad renoue avec les projets et déclarations extrémistes des débuts de la période révolutionnaire. Entendant « rayer Israël de la carte », le gouvernement iranien apporte un soutien redoublé (logistique et financier) au Hamas palestinien et au Hezbollah libanais qu'il parraine avec la Syrie. On a pu apprécier l'importance de l'aide militaire et matérielle de l'Iran à ce mouvement shi’ite et à son armée lors la guerre qui l'opposa à Israël en juillet-août 2006. Hassan Nasrallah, son leader, a fait une partie de ses études théologiques à Qom et se reconnaît pour guide l'ayatollah Khamenei. Par ailleurs, en « réponse » aux caricatures du prophète, publiées dans un journal danois en septembre 2005 et qui suscitèrent une vive émotion dans le monde musulman, l'Iran organisa un concours de caricatures sur l'Holocauste qui furent exposées à Téhéran en août 2006 (la plupart dressait un parallèle entre Israël et le régime hitlérien). Prolongeant cette initiative, un colloque international, réunissant de nombreux négationnistes remettant en cause la réalité de la Shoah, se tint dans une officine du ministère des Affaires étrangères, les 11 et 12 décembre 2006. Cette rencontre, qui suscita peu d'intérêt en Iran, contribua à noircir encore l'image du pays dans le monde occidental. L'aide apportée au Hezbollah libanais et aux mouvements shi’ites en Irak (en particulier à celui, radical, de Moqtada al-Sadr avec qui Ahmadinejad entretient des relations privilégiées) étend l'influence de l'Iran vers la Méditerranée orientale et l'éloigne de son aire historique de rayonnement, à savoir l'Asie centrale. Un « arc » ou un « croissant » shi’ite semble ainsi se substituer au « grand Iran » (Irān-e bozorg) englobant, outre l'Afghanistan, plusieurs anciennes républiques soviétiques. Un anti-impérialisme vigoureusement proclamé rapproche, par ailleurs, l'Iran d'Ahmadinejad du Venezuela d'Hugo Chávez. Visites et accords, à la portée surtout symbolique, scellent ce front anti-George Bush.

D'abord séduite par ces bravades nationalistes et populistes, assorties de quelques mesures sociales (en matière d'aide au logement, de crédit à la consommation...), l'opinion se lasse au fil des mois de ces gesticulations qui isolent l'Iran, l'associent au monde arabe, objet d'une forte aversion héritée de l'histoire, et n'apportent aucune solution concrète aux problèmes économiques du pays. Les élections municipales et pour le renouvellement de l'Assemblée des experts, qui se déroulent simultanément le 15 décembre 2006, sont un revers pour Ahmadinejad et son équipe. À Téhéran, la liste de ses partisans, regroupés sous l'étiquette du « Doux parfum de servir », ne remporte que deux sièges sur quinze, alors que celle du maire, issu de la frange « moderniste » des pāsdārān, en obtient huit, et que rafsandjanistes et réformateurs, alliés dans ce scrutin, en enlèvent quatre. Quant aux élections à l'Assemblée des experts, elles portent Rafsandjani au premier rang et relèguent dans une position subalterne l'ayatollah ultra-conservateur Mezbah Yazdi, principale référence religieuse d'Ahmadinejad.

Réélection contestée et durcissement du régime

Dans un tel contexte général de mécontentement, la réélection d'Ahmadinejad à la présidence de la République en juin 2009 semble incertaine. Face à lui se présentent trois candidats : Mohsen Rezai, ancien chef des Gardiens de la révolution, Mehdi Karoubi, un clerc réformateur, ex-président du Parlement, déjà candidat en 2005 et Mir Hossein Moussavi, ancien Premier ministre pendant la guerre Irak-Iran (1980-1988), soutenu par les réformateurs et les conservateurs modérés. Il apparaît comme le candidat capable de répondre aux aspirations de la société civile et d'engager de sensibles transformations, sans toutefois remettre en cause les fondements du régime. Les élections se déroulent le 12 juin dans une grande confusion. Alors que, lors des précédentes consultations, l'abstention était considérable, cette fois-ci la participation est très forte (85 p. 100) ; dès avant la clôture du scrutin, Ahmadinejad et Moussavi se déclarent chacun vainqueur. Pour couper court à cette incertitude, le ministère de l'Intérieur publie précipitamment des résultats donnant Ahmadinejad élu au premier tour avec une large avance : 62,6 p. 100 des voix contre 33,7 p. 100 à Moussavi, 1,7 p. 100 à Rezai et 0,85 p. 100 à Karoubi. À l'annonce de ces résultats, les opposants à Ahmadinejad, ainsi que de nombreux observateurs, dénoncent une fraude massive. Dès le lendemain et pendant les semaines qui suivent, d'immenses manifestations ont lieu à Téhéran puis dans les grandes villes du pays pour protester contre le « trucage » des élections (« Où est mon vote ? » clament les manifestants) et demander un nouveau scrutin. On n'a pas vu de mouvements de foule aussi importants en Iran depuis la révolution de 1979. Les manifestants se parent d'un ruban vert, cette couleur symbolisant le mouvement de protestation et, plus généralement, d'aspiration au changement. La répression, assurée par des bassidji en civil, armés de gourdins et se déplaçant en moto, s'accroît à partir du 19 juin, après qu'Ali Khamenei a apporté son soutien au président et exigé l'arrêt des manifestations, fomentées selon lui par les puissances hostiles à l'Iran. Lors de la manifestation du 20 juin, une jeune femme défilant pacifiquement, Neda Agha Soltan, est tuée par balle par un bassidji. Les images de cette mort tragique, filmées à l'aide d'un téléphone portable, sont diffusées sur le Web à travers le monde et font de Neda l'icône de ce mouvement de protestation. Le Conseil des gardiens confirme le résultat des élections le 29 juin, Ahmadinejad reçoit l'investiture du guide le 3 août, puis celle du Parlement deux jours après, mais plusieurs députés, dignitaires et diplomates boycottent cette cérémonie. Les opposants saisissent l'occasion des célébrations officielles ou religieuses pour manifester. Les slogans sont de plus en plus hostiles au régime (Khamenei est comparé à Yazid, le calife responsable du meurtre de Hossein, le troisième imam, comme l'était le shah en 1979) ou sont modifiés pour stigmatiser les « usurpateurs » (devant l'ambassade des États-Unis les manifestants scandent, au lieu des habituels « Mort à l'Amérique » et « Mort à Israël », « Mort au dictateur ») et la répression est de plus en plus violente, y compris à l'égard des anciens dignitaires du régime et de leurs familles. On estime que, six mois après les élections, 4 000 personnes au total ont été arrêtées et plusieurs dizaines tuées ; 65 journalistes seraient emprisonnés, alors que la quasi-totalité des journaux réformateurs sont interdits. Parmi les détenus, figurent plusieurs personnalités proches de Moussavi et de Khatami. Les conditions d'emprisonnement sont souvent épouvantables : on signale des tortures, des viols et on découvre l'existence du centre de détention de Kahrizak, au sud de Téhéran, où les prisonniers sont soumis à des traitements inhumains. La répression prend aussi la forme de grands procès collectifs, tel celui qui s'ouvre le 1er août pour « juger » une centaine de manifestants. Parmi eux, une jeune Française, Clotilde Reiss, lectrice à l'université d'Ispahan, accusée d'avoir participé aux manifestations et d'espionnage au profit d'une puissance étrangère ; après un mois et demi de détention dans la prison d'Evin, elle est placée en résidence surveillée à l'ambassade de France, puis libérée le 15 mai 2010, sa peine ayant été commuée, « par mesure de clémence », en une amende de 230 000 euros. Tout est mis en œuvre pour intimider les opposants. Les manifestants interpellés sont désormais qualifiés de mohareb (« ennemis de Dieu ») ; le 11 février 2010, jour anniversaire de la Révolution, le gouvernement et les pāsdārān font une démonstration de force, coupant court aux velléités de manifestations contestataires. Des proches des leaders (Moussavi, Rafsandjani...) sont arrêtés, la maison et la voiture de Karoubi sont attaquées par des nervis. Intellectuels et artistes ne sont pas épargnés : le cinéaste Jafar Panahi est arrêté avec sa femme et sa fille le 1er mars. Il est, en définitive, condamné à six ans d'emprisonnement et à vingt ans d'interdiction de réalisation de films et de sortie du territoire.

Quelles leçons tirer de ces événements post-électoraux ? Alors qu'une large partie de la population était démobilisée politiquement, ces élections contestées ont suscité une remobilisation, une mise en cause, chez beaucoup, du velâyat-e faqih, de l'association du religieux et du politique. On mesure aussi, à la faveur de ces événements, la modernité de la société iranienne : pour préparer une manifestation, ou en rendre compte, les opposants communiquent par Internet (un tiers de la population est connectée) ou par téléphone mobile. Informations et réflexions circulent sur les blogs. Des sites sont verrouillés ou surveillés par le pouvoir, mais les internautes s'ingénient à contourner ces obstacles et interdits. Cependant, pour réussir, il manque au mouvement vert une cohérence programmatique, une organisation opérationnelle et un leader charismatique. En face, les forces qui soutiennent Ahmadinejad et le guide sont, sinon plus nombreuses, du moins beaucoup plus structurées : les bassidji, ces volontaires qui contrôlent la rue, surveillent institutions et entreprises ; l'armée des Gardiens de la révolution, qui forme un puissant État dans l'État, a ses propres services de renseignement, sa propre prison et contrôle notamment le Parlement ; les différentes institutions étatiques enfin (ministères, Conseil des gardiens, etc.). S'il dispose de la force, le pouvoir est cependant tiraillé entre différentes tendances et contesté, y compris au sein du clergé : de grands ayatollahs souhaitent limiter le velāyat-e faghih à un simple magistère moral et religieux ; Ahmadinejad serait, lui, partisan d'un islam milicien sans mollahs (il n'y a plus que deux religieux dans son gouvernement).

Au fil des mois, la politique iranienne se durcit à l'égard des jeunes, des femmes, des minorités, des grandes puissances... Alors que les défenseurs des droits de l'homme sont emprisonnés ou, calomniés et menacés, contraints de demeurer hors d'Iran, l'enseignement supérieur est mis au pas : refonte des programmes de sciences humaines et sociales, jugés trop occidentaux, contrôle des universités « libres », c'est-à-dire privées, jusque-là sous la coupe des conservateurs « modérés », etc. La tenue des femmes mais aussi les coupes de cheveux des hommes font l'objet d'une vigilance et d'un contrôle accrus ; des sanctions cruelles (coups de fouet, plus exceptionnellement amputation de la main pour vol, lapidation pour adultère) sont appliquées à ceux qui s'écartent du droit chemin tracé par la charia ; le cas de Sakineh Mohammadi Ashtiani, condamnée en 2006 à la peine de mort par pendaison pour participation au meurtre de son mari et à la lapidation pour adultère, suscite une vive émotion en Occident. Ses aveux télévisés (août 2010), sa dénonciation des médias étrangers qui ternissent l'image de l'Iran (janvier 2011) participent d'une mise en scène de « confessions » forcées qu'affectionnent les régimes totalitaires. Pour s'opposer aux lois discriminatoires à l'égard des femmes, une campagne internationale « Un million de signatures » a été lancée, dès 2006, par plusieurs personnalités iraniennes (dont Chirine Ebadi). Outre le mécontentement d'une large partie de la population, le gouvernement doit aussi affronter les mouvements de revendication religieuse et régionale, aussitôt dénoncés comme des complots fomentés de l'extérieur. Les régions périphériques (l'Azerbaïdjan, le Baloutchistan, le Kurdistan, le pays turkmène), et en particulier celles où sont localisées les minorités sunnites, demandent plus de reconnaissance. Ces revendications se traduisent par un fort activisme culturel mais aussi, au Baloutchistan et, dans une moindre mesure, au Kurdistan, par des actions violentes qui donnent lieu à de spectaculaires représailles (arrestations, pendaisons).

À la faveur de sa réélection, Mahmoud Ahmadinejad, en accord sur ce point avec le guide Ali Khamenei, accentue son soutien militaire et financier à ses alliés proche-orientaux (mouvement sadriste en Irak, Hezbollah libanais, Hamas palestinien). Contrepartie de ce soutien, Ahmadinejad est accueilli triomphalement au Liban par les supporters du Hezbollah en octobre 2010. Il entretient également ses relations avec les présidents populistes d'Amérique du Sud (Hugo Chávez, Evo Morales). À ce cercle de pays amis d'Amérique du Sud s'adjoint le Brésil, qui accueille Ahmadinejad en novembre 2009, tandis que le président Lula se rend à Téhéran en mai 2010.

Malgré la politique de la « main tendue » lancée par le président Obama après son élection, les relations se durcissent avec les puissances occidentales et le groupe de négociateurs (groupe dit 5+1, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'O.N.U. plus l'Allemagne) du dossier nucléaire. Ce refroidissement général tient à la découverte, en septembre 2009, d'un site nucléaire près de Qom dont l'existence a été cachée aux inspecteurs de l'A.I.E.A., institution qui, en février 2010, rédige un rapport faisant état de « travaux visant à fabriquer une charge nucléaire pour un missile », alors même que l'Iran proclame qu'il réservera sa production nucléaire à des usages civils. Dans ce contexte, en septembre 2009, le groupe 5+1 propose que la Russie et la France enrichissent 1 200 kilogrammes d'uranium produit en Iran et destiné ensuite à des fins de recherche médicale à Téhéran, cette procédure garantissant que l'uranium ne servira pas à terme à des usages militaires. D'abord acceptée, cette proposition est finalement rejetée par l'Iran. En mai 2010, la même offre est faite par la Turquie et donne lieu à un accord avec la médiation du Brésil. Mais les négociateurs ne voient là qu'une nouvelle manœuvre dilatoire et un quatrième train de sanctions est voté par l'O.N.U. en juin 2010.

Ces sanctions, désormais plus précises, commencent à peser sur la vie quotidienne du pays dont l'économie se dégrade : le taux de chômage dépasse 20 p. 100 ; l'inflation annuelle, officiellement de 9,9 p. 100, est, en fait, de 16 p. 100. Les prix de l'immobilier connaissent une très forte hausse. Ahmadinejad a par ailleurs lancé, à la fin de l'année 2010, un plan de suppression des subventions aux produits de première nécessité (essence, pain, etc.), y substituant des aides directes aux familles, ce qui risque d'entraîner une inflation redoublée. Les capacités de transformation des ressources naturelles demeurent insuffisantes : l'Iran doit importer du gaz du Turkménistan et 40 p. 100 de l'essence consommée, car le pays ne dispose pas des installations de raffinage suffisantes. Les grandes compagnies pétrolières et gazières (Total, Shell, Repsol, B.P...) s'étant retirées, la mise en exploitation des réserves d'accès difficile est désormais problématique. Les pāsdārān se sont emparé de secteurs clés de l'économie (énergie, travaux publics, transports, télécommunications...), mais les compétences techniques font souvent défaut pour assurer un rendement optimal dans ces différents domaines.

Isolement renforcé et dégradation de la situation intérieure

Le vent de contestation qui souffle sur le Maghreb et le Proche-Orient à partir de décembre 2010 donne un nouvel élan au mouvement vert. D'amples manifestations ont lieu à Téhéran et dans diverses villes du pays en février 2011. Les répliques du pouvoir (répression redoublée, organisation d'une journée « de la haine et de la colère » contre les leaders du mouvement vert, dont les adversaires les plus acharnés exigent l'exécution...) attisent l'exaspération des opposants, qui réclament désormais un changement de régime.

Les événements qui ponctuent les deux dernières années de la présidence d’Ahmadinejad ne font qu’accentuer l’isolement international de l’Iran et la dégradation des conditions de vie des Iraniens. Un rapport de l’A.I.E.A de novembre 2011 fait part « de sérieuses préoccupations concernant les possibles dimensions militaires » du programme nucléaire iranien. En réaction à ce rapport, Ahmadinejad traite Yukiya Amano, le directeur de l’Agence, de « marionnette occidentale ». Dans un tel contexte de tension, une tentative de visite des sites nucléaires par l’A.I.E.A. échoue en février 2012, et les discussions entre le groupe 5+1 et les négociateurs iraniens, reprises (à Istanbul, Bagdad, Moscou) après quinze mois d’interruption, n’aboutissent à rien. Le groupe demande à l’Iran de cesser la production d’uranium enrichi à 20 p. 100 (qui peut avoir des applications militaires) et le démantèlement du site enterré de Fordow (à proximité de Qom), mais il se heurte au refus des négociateurs. Suspendues pendant huit mois, ces discussions reprendront en mars 2013, sans donner plus de résultats. Experts et diplomates considèrent alors que l’Iran disposerait de 167 kilogrammes d’uranium enrichi sur les 250 kilogrammes nécessaires à la production d’une arme nucléaire ou serait « un pays du seuil », c’est-à-dire qui possède tous les éléments pour fabriquer une arme atomique, mais ne le fait pas.

Devant l’intransigeance iranienne, un nouveau train de sanctions est adopté en 2011 (mai et novembre), non pas par l’O.N.U., où la Chine et la Russie s’y opposent, mais par les États-Unis et l’Union européenne. Ces sanctions visent le socle de l’économie iranienne (le pétrole) et les institutions financières (en particulier la Banque centrale) permettant au pays de commercer avec l’Occident. L’embargo européen sur le pétrole iranien prend effet en janvier 2012 pour les nouveaux contrats et en juillet de la même année pour l’annulation des contrats existants (parmi les États européens, l’Italie et la Grèce dépendaient principalement de l’Iran pour leur approvisionnement). Les États-Unis renchérissent en juillet 2013, avec le Nuclear Iran Prevention Act qui prévoit de sanctionner tout client des secteurs pétrolier, minier et industriel iraniens. Ces mesures visent à asphyxier l’économie du pays. La chute des exportations pétrolières est estimée à 40 p. 100 en 2012, mais, coupé des pays occidentaux, l’Iran continue d’approvisionner la Turquie, l’Inde, la Chine, le Japon, la Corée du Sud, l’Afrique du Sud…

Aux sanctions s’ajoutent menaces, opérations clandestines et réponses symétriques de l’Iran. Israël menace de bombarder les sites nucléaires iraniens, la détention de l’arme atomique par la République islamique étant considérée par le Premier ministre Nétanyahou comme une « menace existentielle » pour son pays. À la suite de l’annonce des sanctions, l’ambassade britannique à Téhéran est attaquée (novembre 2011) et Ali Khamenei menace en janvier 2012 de fermer le détroit d’Ormuz. Des cyberattaques sont lancées contre les équipements nucléaires iraniens, auxquelles répondent des cyberattaques contre des banques, mais aussi contre les systèmes de gestion informatique d’infrastructures gazières et pétrolières américaines. Des scientifiques iraniens font l’objet d’attentats en Iran même ; ceux-ci sont attribués par le gouvernement aux « agents de l’oppression » (États-Unis, Israël). De même, en réaction, des attentats visent des diplomates israéliens en Inde, en Géorgie.

Sur le plan intérieur, la situation économique et politique se dégrade. L’inflation passe de 27,4 p. 100 en 2012 à 45 p. 100 en juillet 2013 ; de 2011 à 2013, la monnaie iranienne a perdu plus du double de sa valeur. Ce fiasco n’est pas seulement dû à la chute des exportations pétrolières à la suite des sanctions, mais aussi à une gestion privilégiant une redistribution inconsidérée de la rente pétrolière plutôt que des investissements productifs créateurs d’emplois. Ces difficultés, qui ont entraîné des troubles (entre autres, dans le bazar de Téhéran en octobre 2012), se sont ajoutées à une crise politique. Les dissensions entre le Guide et le président de la République, unis lors des élections de 2009 et de la répression qui suivit, se multiplient à partir de 2011. À l’origine de ces tensions, les prérogatives de l’un et de l’autre, et la place du clergé dans l’appareil gouvernemental. Mahmoud Ahmadinejad souhaite mettre la main sur les secteurs du pétrole et des renseignements, domaines réservés du Guide et, avec son ex-vice-président et beau-frère Esfandiar Rahim Mashaie, il promeut un Iran nationaliste et islamique, mais moins subordonné au clergé. Pour manifester son opposition et sa domination, Ali Khamenei nomme un de ses fidèles, Saïd Jalili, comme principal négociateur du dossier nucléaire, ce qui constitue un camouflet pour le président, et fait arrêter des proches de celui-ci. Ces dissensions et le médiocre bilan d’Ahmadinejad ont des conséquences électorales. Lors des élections législatives de mars 2012, les partisans du Guide, au premier rang desquels Ali Larijani, le président du Parlement, remportent les trois quarts des sièges, ceux du président de la République n’en conservant qu’une petite minorité. Celui-ci est convoqué et auditionné par le Parlement ce même mois, une première dans l’histoire de la République islamique.

Ce qui ne change pas cependant, au fil de ces événements, c’est la politique répressive. Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, les leaders du mouvement vert de 2009, sont placés en résidence surveillée en février 2011 ; l’été suivant des journaux sont interdits, des cinéastes sont arrêtés ; au début de 2013, des cafés sont fermés. On évalue alors le nombre de prisonniers politiques à huit cents.

Sur le plan de la politique internationale, les cibles demeurent les mêmes, les États-Unis et Israël au premier chef. Dans ses discours, Khamenei qualifie l’État hébreu de « tumeur cancéreuse », d’« excroissance artificielle » devant disparaître du paysage. Fait majeur, le leadership de l’Iran au sein de l’« arc chiite » se renforce à l’occasion du « printemps arabe », aussi bien par des manifestations de soutien à la population chiite de Bahreïn en révolte contre la dynastie sunnite régnante, que par une aide au pouvoir alaouite (envoi d’armes et de conseillers pāsdārān plutôt que de soldats) en Syrie pour mater l’importante rébellion qui s’est déclenchée en mars 2011 et est soutenue, entre autres, par certains régimes sunnites du Moyen-Orient. Le conflit syrien est certes un combat contre une dictature, mais il s’agit aussi d’une lutte pour l’hégémonie dans cette région du monde, laquelle oppose chiites (Iran et Hezbollah libanais, soutenus par la Russie) et sunnites (Arabie Saoudite et Qatar, eux-mêmes rivaux, soutenus par les Occidentaux).

L’élection de Hassan Rohani, changement de cap ou de style ?

C’est dans ce contexte intérieur et extérieur tendu que se prépare l’élection présidentielle du 14 juin 2013. Sur les quelque six cents postulants à la candidature, le Conseil des gardiens de la Constitution n’en retient que huit et, fait marquant, disqualifie Rahim Mashaie, poulain d’Ahmadinejad qui, lui, ne peut pas se représenter au terme de ses deux mandats, et Ali Akbar Hachemi Rafsandjani, qui a fait acte de candidature in extremis. On prévoit la victoire d’un conservateur proche du Guide (Saïd Jalili, le maire de Téhéran Mohammad Bagher Ghalibaf, l’ancien ministre des Affaires étrangères Ali Velayati), mais, contre toute attente, c’est Hassan Rohani qui, ayant bénéficié du retrait du réformateur Mohammad Reza Aref, remporte l’élection, dès le premier tour, avec 50,68 p. 100 des voix. Les scores de ses principaux concurrents sont très faibles (Ghalibaf, 16,6 p. 100 ; Jalili, 11,4 p. 100). Une importante partie de l’électorat, tentée jusqu’à la veille du scrutin par l’abstention, a en définitive préféré voter pour le candidat le moins éloigné de ses aspirations. Le taux de participation a été de 72 p. 100. L’élection de Rohani donne lieu à des manifestations de joie dans les grandes villes du pays, et en particulier à Téhéran. Le nouveau président apparaît, en fait, comme un candidat de compromis. Il a été soutenu, pendant sa campagne, par les anciens présidents Rafsandjani et Khatami (donc par les conservateurs modérés et les réformateurs), et il a promis la libération des prisonniers politiques ; c’est lui, alors qu’il était le principal négociateur du dossier nucléaire, qui a été l’artisan de la suspension de l’enrichissement de l’uranium en 2003 (ce qui lui valut d’être traité de « traître » et d’être écarté par Ahmadinejad lors de son arrivée au pouvoir en 2005) ; c’est un pragmatique et un diplomate, rétif aux éclats de voix et aux provocations. Mais c’est aussi un proche du Guide, avec lequel il entretient d’excellentes relations ; son passé témoigne de sa fidélité aux principaux idéaux de la République islamique. Compagnon de Khomeyni, il a été chargé, après la révolution, de superviser l’islamisation des programmes télévisés, puis a été nommé au Conseil suprême de la Défense comme représentant de Khamenei jusqu’en 2005. Ses premières déclarations et la composition de son gouvernement témoignent de la continuité, mais aussi du changement de style de la politique iranienne, changement qui laisse espérer un apaisement des tensions à l’intérieur et à l’extérieur. Un premier signe de cette possibilité d’ouverture, l’entretien téléphonique entre les présidents Obama et Rohani le 27 septembre 2013, à l’occasion de la soixante-huitième session de l’assemblée générale de l’O.N.U. Ce contact au plus haut niveau est une première depuis la révolution islamique.

Accord sur le programme nucléaire iranien, 2013

Accord sur le programme nucléaire iranien, 2013

photographie

Le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif et la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton, mandatée par le groupe « 5 + 1 » (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'O.N.U. et l'Allemagne), engagés dans les négociations sur le programme... 

Crédits : Martial Trezzini/ EPA

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—  Christian BROMBERGER

Une possible ouverture se profile également sur le dossier nucléaire avec la reprise des négociations entre Téhéran et le groupe 5+1, en novembre 2013 à Genève. En dépit des tâtonnements (conclusion d’un accord intérimaire, report des négociations), un accord-cadre est conclu en avril 2015, après plus de dix ans de négociations. Il est complété par un volet technique, signé à Vienne le 14 juillet 2015, dont les points clés sont la limitation de la production de plutonium et de l’enrichissement d’uranium, l’inspection des installations, en échange de la levée des sanctions prononcées par les États-Unis, l’O.N.U. et l’Union européenne. Cette dernière mesure devrait permettre le déblocage des fonds iraniens immobilisés sur des comptes étrangers et, ainsi, une relance de l’économie.

(Voir également IRAN, chronologie contemporaine)

—  Universalis

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Écrit par :

  • : professeur d'anthropologie à l'université d'Aix-Marseille, ancien directeur de l'Institut français de recherche en Iran
  • : membre de l'Institut, professeur émérite à l'université de Provence-Aix-Marseille-I

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Pour citer l’article

Christian BROMBERGER, Robert MANTRAN, « IRAN - Histoire et politique  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 février 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/iran-histoire-et-politique/