BRĀHUĪ

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Confédération tribale dont l'effectif était évalué à plus de 270 000 en 1960, les Brāhuī (ou Brahoui) vivent principalement au Pakistan, dans la province du Baloutchistan, en territoire montagneux, mais aussi en Afghanistan (au sud) et en Iran (dans le Sistan et Baloutchistan). Une partie de la population brāhuī vit de l'élevage de troupeaux de moutons, de chèvres et de dromadaires. Les tribus nomades migrent de la passe de Bolan, au nord, au cap Monze, sur le golfe Persique, au travers des monts Brāhuī. L'origine des Brāhuī est obscure, toutefois leur langue permet de penser qu'ils seraient un reliquat des populations dravidiennes ayant occupé la vallée de l'Indus avant l'arrivée des tribus indo-aryennes. Bien que riche d'emprunts au baloutche, au sindhī et au pashto, leur langue, parlée par 2,2 millions de personnes en 1998, constitue un dialecte isolé au milieu des autres dialectes indo-iraniens. L'emploi de suffixes, les formes de pronoms personnels et le pluriel des verbes ainsi que la conjugaison à forme négative permettent de relier cette langue au groupe dravidien.

Physiquement, les Brāhuī ressemblent aux Baloutches, aux Pathans par lesquels la confédération a été plus ou moins absorbée. Ce sont des musulmans sunnites, chez lesquels la tradition musulmane s'est superposée à des coutumes sociales propres aux peuples de l'Inde ; ainsi la femme jouit-elle d'une certaine liberté et n'est-elle pas systématiquement cloîtrée. Les vingt-trois tribus installées au milieu des populations baloutches ont pendant longtemps dépendu du chef brāhuī de Kalāt, ville dont l'histoire est liée au destin de ces tribus. Un groupe de sept ou huit lignées endogames, représentant le onzième de la population brāhuī, forme ce qui peut être considéré comme le noyau originel. Ces lignées prétendent avoir des ancêtres lointains dont le mir Hamza, oncle du prophète, qui selon la tradition orthodoxe islamique n'a jamais laissé de descendants. À ce noyau ont été rattachés des éléments indigènes et des populations d'origine baloutche, pathane et iranienne réduites en esclavage. L'histoire des lignées brāhuī remonte à la capture de Kalāt par les Moghols ; au xve et au xvie siècle les Brāhuī, avec l'aide des Pathans, auraient repris cette ville. Pendant le xviie siècle, c'est une longue série de guerres au cours desquelles s'affrontent Brāhuī, Baloutches et Jats. Le mir Ahmad, fondateur de la tribu des Ahmadzai, réussit à rassembler les différentes tribus en confédération. Cette confédération est à son apogée au xviiie siècle, sous Nassir le Grand qui prend le titre de khān. À sa mort en 1795, l'anarchie renaît et la confédération se désagrège.

Le nomadisme des brāhuī est conditionné par leur désir d'échapper aux amplitudes thermiques extrêmes et aussi par la recherche de travaux saisonniers dans les oasis, les déplacements des hautes terres aux basses terres se faisant à la saison des pluies. L'existence des tribus est entièrement liée au problème de l'eau. Les troupeaux sont menés vers les pâturages en avril, la viande et la laine sont vendues ; le lait, dont la vente est interdite par un tabou, est réservé à la consommation familiale. Nombre de tribus sédentarisées cultivent orge, blé, palmiers-dattiers. Toutefois elles ont gardé quelques animaux, ce qui contribue à perpétuer le semi-nomadisme. Pour faire face au problème démographique, la propriété du sol par les familles se fait par rotation. Une part égale est accordée à chaque mâle d'une même famille pendant dix ans. L'extension de l'agriculture a conduit à sacrifier les pâturages ; aussi les troupeaux sont-ils obligés de paître sur les territoires des nomades afghans qui, pendant l'hiver, occupent les régions septentrionales de la province du Baloutchistan. Les Brāhuī, qui nomadisent autour des points de sédentarisation, sur une aire de vingt kilomètres, sont les darshīn ; leur sort est lié à la vie des marchés, et le grand nomade, ou powindah, ne dépend pas d'un village. Les campements darshīn ou powindah se composent en moyenne de trois à quatre familles, et le fait d'être darshīn ou powindah est lié à l'importance du troupeau : plus celui-ci est nombreux, plus la migration est longue. Ce sont les hommes qui conduisent les troupeaux sur les pâturages ; les animaux de charge sont gardés [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  BRAHUI  » est également traité dans :

INDE (Arts et culture) - Langues et littératures

  • Écrit par 
  • Jean-Pierre DURIX, 
  • Jacqueline FILLIOZAT, 
  • François GROS
  •  • 10 533 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Groupes et sous-groupes linguistiques »  : […] Le recensement actuel des langues dravidiennes est le suivant, avec quelques incertitudes dans les chiffres, qui fixent au moins un ordre de grandeur. Quatre langues écrites, langues officielles de quatre États de l'Union indienne, ont une longue tradition littéraire : le tamoul (48 millions de locuteurs, État du Tamilnād, ex-Madras ; seconde langue de Sri Lanka, troisième langue de la Malaisie, p […] Lire la suite

Pour citer l’article

Jean-Charles BLANC, « BRĀHUĪ », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/brahui/