PAKISTAN

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Pakistan : carte physique

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Pakistan : drapeau

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Chaîne béloutche : structure

Chaîne béloutche : structure
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Muhammad Ali Jinnah, 1943

Muhammad Ali Jinnah, 1943
Crédits : Keystone/ Hulton Archive/ Getty Images

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quelques données-clés.
Nom officielRépublique islamique du Pakistan (PK)
Chef de l'ÉtatArif Alvi (depuis le 9 septembre 2018)
Chef du gouvernementImran Khan (depuis le 18 août 2018)
CapitaleIslamabad
Langues officiellesanglais, ourdou
Unité monétaireroupie pakistanaise (PKR)
Population229 907 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)796 096

Le Pakistan est né de la volonté des musulmans de l'Inde britannique d'obtenir un « État séparé ». La création de celui-ci a été réclamée dans les dernières années d'existence de l'Empire des Indes par la Ligue musulmane de Mohammed Ali Jinnah, qui avait reçu des encouragements de la puissance colonisatrice, dans le cadre d'une politique qui consistait à « diviser pour régner ». Trois grandes régions se caractérisaient par des populations musulmanes particulièrement nombreuses : l'État du Nizam de Hyderabad, dans le centre-est de la péninsule indienne, le Bengale-Oriental, et l'ensemble du nord-ouest de l'Inde. La demande de rattachement de l'État de Hyderabad au Pakistan fut considérée comme absolument inacceptable par les dirigeants indiens, et une démonstration militaire courte mais vigoureuse aboutit rapidement à l'inclusion de la région dans l'Union indienne. Il n'en alla pas de même au Bengale et dans le Nord-Ouest, qui formèrent en 1947 un État de structure paradoxale, puisque les deux parties qui le constituaient étaient séparées par plus de 1 500 kilomètres, et qu'elles avaient chacune des caractères propres bien affirmés. Ce premier Pakistan connut cependant plus de vingt ans d'existence ; il ne disparut qu'en 1971, à la suite d'une révolte du Bengale, préparée par des années de revendications des Bengalis, qui se considéraient comme les parents pauvres et maltraités de l'association. La sécession du Bengale aboutit à la séparation du Bangladesh et du Pakistan actuel. Celui-ci forme un État puissant de 800 000 kilomètres carrés environ, avec une population estimée à 174,5 millions d'habitants en 2010. La fixation des frontières avec l'Inde fut difficile ; des massacres et des déplacements de population revêtirent, au cours de l'été de 1947, un caractère tragique ; en outre, la région montagneuse du Cachemire fut revendiquée par les deux pays, et elle est actuellement encore coupée par une ligne de cessez-le-feu, mal acceptée par les deux parties, entre l'Azad-Kashmir pakistanais et le Jammu-et-Cachemire indien.

Après avoir noué des alliances avec les États-Unis et la Chine pendant la guerre froide pour contrer l'influence de l'Inde, le pays se trouve isolé sur la scène internationale dans les années 1990, en raison de son soutien au régime des talibans en Afghanistan. Il est contraint, après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, d'offrir sa coopération à Washington dans la lutte contre le terrorisme. Sa position géostratégique conjuguée à une vie politique mouvementée, constituée, depuis 1947, d'une alternance de régimes militaires et civils, s'avèrent peu propices à la stabilité de la démocratie.

Le milieu physique

Le Pakistan, dont la superficie est de 800 000 km2 environ, apparaît à bien des égards comme une marge du monde indien.

Par son relief d'abord, puisque – même sans tenir compte du Cachemire – le Pakistan pénètre au nord profondément dans le système himalayen occidental. Il atteint au nord-ouest la terminaison orientale de l'Hindou-Kouch (Hindū-Kūch) et englobe ainsi des reliefs très élevés. À l'ouest, la souveraineté pakistanaise s'étend sur les montagnes plus basses des confins afghans et iraniens. Cette avancée dans des régions très nettement étrangères au monde indien est un effet de la politique britannique de garantie des frontières et de création de marches sur les franges de l'Empire. La région la plus vivante et la plus peuplée, de très loin, est axée sur l'Indus et les quatre affluents qui constituent avec lui le « pays des cinq rivières », le Pendjab (ou Punjāb). Il y a lieu de distinguer le piémont que constitue le Pendjab de la basse plaine de l'Indus, qui forme l'essentiel de la province du Sind.

Par son climat ensuite, qui se rapproche davantage des terres sèches des déserts iranien et arabe que de l'« Asie des moussons » proprement dite. En effet, la mousson d'été, courant aérien pluvieux, n'arrive sur le pays qu'après un long détour. Elle vient de la plaine du Gange et de la péninsule après avoir épuisé l'essentiel de son humidité ; les perturbations formées dans la baie du Bengale, qui sont la source principale des pluies sur l'Inde, ne parviennent ici que rarement et toujours très affaiblies, si bien que les précipitations estivales sont très peu importantes, sauf sur le piémont himalayen. À cette latitude, l'hiver a des caractères différents de ceux qu'il présente en Inde. Même dans les stations basses, les froids nocturnes sont bien marqués. Les précipitations hivernales sont relativement abondantes : des vents d'ouest et des perturbations en provenance de la Méditerranée apportent des pluies et des neiges sur les reliefs de l'Ouest et jusque sur le piémont himalayen. Certes, les quantités précipitées restent assez faibles (70 mm à Rawalpindi en janvier, 60 mm à Chaman) et elles diminuent vite vers l'est (25 mm seulement à Lahore en janvier). C'est surtout du fait de l'extrême indigence pluviale de l'été que les stations les plus occidentales ont un maximum pluviométrique en hiver, ce qui leur confère un climat à régime de type « méditerranéen », très étranger au monde tropical. La sécheresse du climat est le caractère essentiel de la région. La carte des isohyètes montre bien que la majeure partie des piémonts et des plaines reçoit moins de 400 mm dans l'année et que la pluviosité n'atteint pas 200, voire 100 mm, sur d'immenses étendues. Considérée du point de vue de son climat, la région du bas Indus devrait être un désert. Mais l'Indus et ses affluents apportent les eaux abondantes descendues de l'Himalaya, si bien que les zones peuplées du Pakistan constituent la plus grande oasis du monde – cf. indus (fleuve).

—  François DURAND-DASTÈS, Universalis

Cadre structural et géologique

Le Pakistan se trouve séparé du craton indien par la vaste plaine alluviale de l'Indus et de ses tributaires. Toute la bordure nord-ouest du pays est occupée par la chaîne béloutche et ses prolongements nord-orientaux, cet ensemble se développant également en territoire afghan (cf. schéma structural). Cette chaîne, rameau méridional de l'édifice alpin, souligne en particulier le déplacement relatif vers le nord-est du bouclier indien, lors du serrage entre le bloc indo-gondwanien dérivant et l'Asie.

La chaîne béloutche

carte : Chaîne béloutche : structure

Chaîne béloutche : structure

Schéma structural de la chaîne béloutche et de ses abords.     

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La chaîne béloutche se compose de deux festons qui se raccordent près de Quetta, après avoir respectivement tourné leur convexité vers le sud et vers l'est. La « fosse béloutche » se subdivise en un bassin oriental à dominante calcaire et un bassin occidental principalement détritique, accidentés de bombements et de fosses. On distingue ainsi d'est en ouest : un bassin épicontinental s'étendant sur le craton indien ; l'avant-fosse de l'Indus, qui est séparée au sud par la cordillère (anticlinorium) d'Hyderabad ; puis le bombement axial, en forme de S, émettant vers le sud et l'est des prolongements (cordillère nord-sud de Las Bela, bordée à l'ouest par le sillon de l'Hingol ; cordillère est-ouest de Sanjawi, flanquée par le sillon nord-sud de l'Urak et le sillon est-ouest de Chinjan) ; enfin, au nord-ouest du bombement axial, le bassin occidental, qui comprend le sillon de Panjgur-Pisin, la cordillère du Ras-Koh, le sillon de Mirjawa-Dalbandin et la cordillère du Chagaï (nord). En Afghanistan oriental, le bassin occidental se subdivise, en allant du sud-est vers le nord-ouest, en trois zones, qui se distinguent par leur stratigraphie et leur tectonique : zone de Khost, sillon et cordillère d'Altimour, zone de Kaboul-Azrao.

Le bassin oriental est rempli par plus de dix kilomètres de sédiments déposés depuis le Jurassique. Du Dogger à l'Oligocène inférieur dominent les calcaires et les schistes, avec de faibles intercalations détritiques venues de l'Himalaya, du craton indien ou de l'Afghanistan. Après les mouvements majeurs éocènes supérieurs-oligocènes, la région a connu une puissante sédimentation détritique continentale. Sur les cordillères, la sédimentation marine s'est arrêtée plus tôt (à l'Éocène inférieur à Sanjawi ; au sommet de l'Éocène inférieur à Hyderabad).

Le long du bombement axial, la série marine est réduite, entrecoupée de discordances. Elle évoque une sédimentation s'effectuant au sein d'un chapelet d'îles en voie de plissement. Le terme le plus ancien est représenté par les calcaires du Permo-Trias.

Le bassin occidental est rempli par une série montant du Crétacé, détritique à faciès « flysch », au Quaternaire. En Afghanistan oriental, on retrouve des calcaires permo-triasiques, des schistes mésozoïques à radiolarites et ophiolites, puis un Nummulitique avec des conglomérats, des grès, des schistes, des flyschs et des calcaires. Le Néogène continental occupe des bassins intramontagneux. La phase majeure des plissements commencés au Crétacé supérieur se situe à l'Éocène supérieur-Oligocène.

D'importantes manifestations volcaniques, basaltiques ou andésitiques, se sont produites du Crétacé à l'Oligocène, atteignant leur paroxysme vers la limite Crétacé-Paléocène.

Les prolongements nord-orientaux de la chaîne béloutche

Plus au nord, la chaîne béloutche se prolonge par un nouveau feston, qui se raccorde brutalement, dans la vallée de la Jhelum, à l'Himalaya. Ce feston comprend, du sud vers le nord, la Salt Range flanquée du plateau de Potwar, les zones de Kohat et de Peshawar, puis l'Hazara et le Karakorum (Karakoram).

La Salt Range comporte une série du type de la bordure du craton indien, qui débute par le Cambrien gréso-salifère supportant quatre ensembles discordants : série calcaréo-gréseuse du Carbonifère au Trias ; grès, schistes et calcaires jurassico-crétacés ; calcaires et schistes paléocènes et éocènes ; molasses mio-pliocènes. La zone de Kohat comprend, outre un peu de Permien, une série de grès, de calcaires et de schistes allant du Jurassique à l'Éocène, puis des molasses néogènes discordantes. La zone de Peshawar est encore mal connue. L'Hazara présente une série de type tibétain (cf. asie - Géologie, chap. 3) allant du Dévonien à l'Éocène, avec des discordances au Dévonien, au Carbonifère, au Trias et à la base du Paléocène, supportée par un complexe métamorphique. La partie axiale du Karakorum montre une série modérément métamorphique, allant du Carbonifère à l'Éocène inférieur, avec un Permien de type « Gondwana », traversée par des granites qui ont achevé de se consolider vers la limite Mio-Pliocène. La région de Gilgit, en revanche, reste mal datée, avec des séries schisto-calcaires ou volcaniques.

Les abords afghans

En Afghanistan, les festons montagneux précédents s'appuient contre des entités structurales, dont on peut résumer ici les caractéristiques essentielles. Leur paléogéographie est commandée depuis le Trias par le rejeu de plissements précambriens. L'axe cristallophyllien est-ouest des Afghanides sépare l'Hazaradjat du bassin sédimentaire du Turkestan et recoupe près de Kaboul les Ghaznévides nord-est - sud-ouest, limitant elles-mêmes à l'ouest la chaîne béloutche. Le contact entre ces derniers ensembles se fait par un grand décrochement, descendant du Pamir vers le sud-sud-ouest, via Kaboul, qui prend en écharpe la chaîne béloutche près de Quetta. Le tréfonds métamorphique des Ghaznévides se développe largement dans l'Hindou-Kouch avec des granites précambriens ou triasiques.

Dans l'est de l'Hazaradjat s'étend une fosse nord-est - sud-ouest remplie de deux mille mètres d'une série marine continue allant du Cambrien au Trias (schistes, calcaires et quartzites), qui repose sur un vieux socle précambrien. Des transgressions vers l'ouest-nord-ouest se sont produites à partir de l'axe de la fosse au Dévonien, au Carbonifère et au Permien. Un peu de Jurassique supérieur (Callovien) est connu localement. La région a été plissée au Crétacé inférieur et granitisée, comme le souligne la présence des conglomérats à Orbitolines barrémo-aptiens, discordants. Elle a subi de nouvelles déformations au Tertiaire et a été métamorphisée localement vers le début du Miocène. Il faut signaler également des granites postérieurs aux couches à Orbitolines et de puissants épanchements volcaniques au Néogène et au Quaternaire.

La partie occidentale de l'Hazaradjat reste moins bien connue, avec une épaisse série mésozoïque de type épicontinental, schisteuse, gréseuse ou calcaire, volcanisée notamment au Crétacé et se poursuivant dans le Paléocène. Des molasses néogènes discordantes la recouvrent, qui prennent une grande extension, ainsi que le Quaternaire, dans la dépression du Seistan.

Le bassin du Turkestan est rempli par une épaisse série marine épicontinentale, souvent littorale ou lagunaire, entrecoupée de discordances, montant du Trias au Néogène. Le Jurassique est représenté par des couches à plantes. Les déformations tectoniques sont faibles et le rameau alpidique ne se marque que par des plis plus ou moins déversés. Les mouvements majeurs semblent dater du Plio-Quaternaire. Des manifestations volcaniques se sont produites dans le Trias.

—  Guy MENNESSIER

Les régions

La bordure montagneuse

La bordure montagneuse constitue, en marge du Pakistan, un monde à part, assez varié.

Au nord, la frontière avec l'Afghanistan est fixée le long de l'Hindou-Kouch, qui par ses altitudes supérieures à 7 000 m et sa tectonique présente des aspects proprement himalayens. C'est une région isolée, mal connue, où s'ouvre le bassin de Chitral. On retrouve encore les structures himalayennes dans les reliefs nord-sud entre l'Hindou-Kouch et la rivière de Kaboul, qui coule d'ouest en est vers l'Indus. Une trame est-ouest et une architecture différente apparaissent ensuite dans les reliefs de l'ancienne North-West Frontier Agency des confins afghans. Les altitudes sont plus faibles (seul le Sefid Koh dépasse 2 500 m) et la tectonique est caractérisée par des plissements assez simples affectant des terrains tertiaires et secondaires. De larges bassins coupent ces reliefs, tels que celui de Bannu et surtout celui de Peshawar. Ce dernier, sur la rivière de Kaboul, est situé au pied de la fameuse passe de Khyber (1 607 m), qui a toujours été une grande voie d'invasion de l'Inde.

Au sud de la Gumal commence le Béloutchistan pakistanais. Dans sa partie septentrionale, il est formé de deux arcs montagneux, nettement séparés par une avancée de la plaine de l'Indus vers Sibi et soudés dans le « nœud de Quetta ». L'aspect du relief est dû au travail de l'érosion dans des terrains du Crétacé et du Tertiaire. Les directions des arcs expriment celles des plis qui ont affecté ces roches. Les montagnes les plus élevées sont constituées par de vigoureux escarpements calcaires ; elles atteignent et dépassent 3 700 m, notamment au nord de Quetta. Le paysage est très désolé, à cause de la sécheresse du climat. Les vallées s'ouvrent sur des bassins souvent assez étendus en formant de grands cônes surbaissés, lieux privilégiés pour l'installation humaine. Les chaînons de l'arc méridional (celui de Makran) divergent en éventail et s'abaissent vers l'ouest ; on passe progressivement aux plateaux de l'Ouest, où les surfaces caillouteuses alternent avec les ensembles dunaires. Les rivières descendues des montagnes se perdent dans les dépressions à croûtes salines du désert de Kharan.

Le climat de la bordure montagneuse est marqué par la sécheresse. De décembre à mars, les vents d'ouest apportent des pluies assez faibles, de l'ordre de 25 à 50 mm par mois dans le Sud, un peu plus dans la partie centrale. L'Hindou-Kouch, cependant, est beaucoup plus arrosé. L'hiver est froid, à cause de l'altitude, de la latitude et de la continentalité : ainsi, à Quetta, situé à 1 800 m d'altitude, les températures nocturnes sont inférieures à 0 0C de novembre à février inclus. Après un printemps très sec et chaud (malgré l'altitude, la moyenne des maxima diurnes atteint 34 0C en juin à Quetta), l'été connaît quelques rares et faibles avancées de la mousson, dont les effets diminuent rapidement vers le sud et vers l'ouest. Las Bela enregistre en moyenne plus de 50 mm de précipitations en juillet ; mais Nokkundi, pendant vingt ans, n'a pas reçu de pluies d'été.

Il n'est donc pas étonnant que cette région soit le domaine de l'agriculture irriguée et de l'élevage semi-nomade. L'aménagement le plus important est celui du bassin de Peshawar, où la rivière de Kaboul est fortement mise à contribution et où la construction du barrage de Warzak a régularisé les apports d'eau. Ailleurs, les techniques sont plus élémentaires et plus ponctuelles. La plus caractéristique est celle du captage de nappes souterraines dans les matériaux de piémonts par un système de galeries (karez), dont la pente est inférieure à celle de la nappe et permet son exploitation. Ces karez sont creusés à partir de puits très nombreux, dont les alignements sont une marque typique du paysage aménagé.

Dans les oasis hautes, ombragées par des peupliers, les arbres fruitiers tempérés fournissent la production essentielle ; sous les arbres, blé et pommes de terre sont les cultures dominantes. Dans les oasis basses, les palmiers-dattiers remplacent les peupliers, et les millets sont les principales céréales cultivées.

Des éleveurs surtout semi-nomades utilisent les maigres pâturages des steppes ; ils cultivent la terre dans le haut pays et vont hiverner avec leurs troupeaux de chèvres et de moutons à queue grasse sur les marges des plaines de l'Indus.

Marche frontière, cette région montagneuse est peuplée de groupes humains qui ont gardé une solide organisation tribale et qui se retrouvent de part et d'autre des frontières iranienne et afghane, tels les Béloutches au sud et les Pathans (ou Pachtous) au nord. Il existe d'ailleurs chez ces derniers un certain nombre de mouvements autonomistes qui furent souvent encouragés par le gouvernement de Kaboul, ce qui créa des difficultés entre l'Afghanistan et le Pakistan.

Deux grandes voies de passage traversent cette région : celle qui relie l'Indus à Kandahar par la passe de Bolan et Quetta et celle qui emprunte la passe de Khyber au nord. Le long de ces voies s'élèvent les deux seules villes importantes de la contrée, Quetta (836 000 hab. en 2010) et Peshawar (1,4 million hab.). La voie ferrée du Sud a permis l'exploitation de ressources minérales : pétroles, chromite et soufre.

On comprend donc que ces confins soient devenus une zone sensible aux relations souvent tendues entre le Pakistan et l'Afghanistan, et à l'évolution récente de ce dernier pays. Les montagnes sont occupées par la guérilla et servent de passage aux combattants, tandis que de très nombreux réfugiés afghans sont venus s'installer en bordure des plaines, souvent avec leurs troupeaux. Leur présence pose parfois des problèmes de coexistence avec les populations locales.

Le Pendjab

Le Pakistan inclut la plus grande partie (180 000 km2) de la province du Pendjab. Il s'agit morphologiquement d'un immense piémont construit par l'Indus et ses quatre affluents de la rive gauche : d'ouest en est, la Jhelum, la Chenab, la Ravi et la Sutlej. Ces puissantes rivières délimitent des doāb en pente assez forte vers le sud-ouest. Les sols, limoneux ou légèrement caillouteux, sont relativement favorables à la culture ; cependant, en raison de la sécheresse, la richesse du Pendjab est essentiellement une création humaine. Certes, il y a bien une bande arrosée en bordure de l'Himalaya, mais les quantités précipitées diminuent rapidement quand on s'éloigne de la montagne. Ainsi, s'il tombe une tranche d'eau de 855 mm à Rawalpindi, celle-ci n'est plus que de 500 mm à Lahore et de 200 à 300 mm dans les parties basses ; ce n'est guère, si l'on songe à l'importance de l'évaporation. En effet, après un hiver aux nuits froides (moyenne nocturne de Lahore : 4,4 0C en janvier) mais aux journées chaudes (moyenne diurne de Lahore : 20 0C en janvier) commence en mars une saison très chaude et sèche ; en juin, les maximums moyens de Lahore sont de 41 0C et le rafraîchissement nocturne est peu marqué (moyenne de 26 0C). Pendant la saison des pluies, les températures diurnes ne s'abaissent que faiblement.

Aussi n'est-il pas étonnant que le Pendjab ait été une région médiocrement peuplée avant les grands travaux d'aménagement de la fin du xixe siècle. L'idée d'utiliser les eaux des rivières himalayennes est ancienne, mais les réalisations étaient restées jusque-là limitées. À partir des années 1860-1880, les ingénieurs britanniques effectuèrent un aménagement d'ensemble de la région qui l'a profondément transformée. On a d'abord multiplié les canaux d'inondation, qui étalent sur de vastes surfaces du piémont les hautes eaux estivales des cours d'eau ; puis, la construction d'ouvrages assez considérables pour élever le plan d'eau a permis de rendre pérenne l'écoulement dans une grande partie de ces canaux, donc de disposer d'eau en hiver comme en été. Grâce à ces travaux, une véritable colonisation agricole du Pendjab a pu être accomplie. Les cultures d'hiver (cultures rabi) portent essentiellement sur le blé et le gram, une légumineuse riche en protéines, tandis qu'en été l'on cultive un peu de riz, des millets et du maïs. La culture de la canne à sucre et du coton est également importante. La population a été installée sur des lots géométriques, relativement grands (de l'ordre de 10 ha), et elle a augmenté très rapidement. Ainsi, dans le district de Faisalabad (anc. Lyallpur), la densité de population est passée de 7 hab./km2 en 1891 à 293 hab./km2 en 1961 et à 922 hab./km2 selon le recensement de 1998. De plus, l'accaparement de la terre par des intermédiaires a été sensiblement plus faible au Pendjab qu'ailleurs, si bien que la région apparaît comme une zone plutôt prospère.

Sur les marges orientales, la mise en valeur a cependant été retardée. Il a fallu attendre les années soixante pour que l'irrigation du doāb entre la Jhelum et l'Indus soit entreprise, notamment avec la construction du barrage Jinnah près de Kalabagh.

La forte densité de population, la modernisation de l'économie agricole, le passage dans le nord de la grande voie vers l'est qui prolonge celle de la plaine du Gange, tout cela explique que le Pendjab soit une région urbanisée et industrialisée. Il n'est guère de ville qui ne possède d'industries de transformation, et le Pendjab est la seconde région industrielle du Pakistan après Karachi. Deux villes émergent nettement : Lahore et Rawalpindi. Lahore, vieille capitale historique à l'architecture prestigieuse, groupait près de 7 millions d'habitants en 2010 ; sa proximité de la frontière indienne a cependant empêché qu'elle devienne la capitale du Pakistan. Cette fonction est, depuis 1967, dévolue à une ville nouvelle, Islamabad (plus de 850 000 hab.), à quelques kilomètres de Rawalpindi (2 millions hab. en 2010), au croisement de la voie est-ouest (Great Trunk Road) et de la route de pénétration vers le Cachemire par la Jhelum.

Au moment de la partition, le Pendjab a été le théâtre de conflits sanglants : il a vu partir les Sikhs et affluer des réfugiés souvent très pauvres. De plus, l'alimentation en eau des canaux a été menacée, jusqu'à ce que le conflit soit résolu par le traité sur les eaux de l'Indus : cf. indus (fleuve).

Le Sind et Karachi

La basse plaine et le delta de l'Indus seraient un désert sans l'irrigation à partir du fleuve. En effet, le climat est sec et très chaud et la pluviosité est partout inférieure à 300 mm, parfois à 100. Les températures de l'été sont parmi les plus élevées du globe : à Jacobabad, la moyenne des maximums de juin est de 45,5 0C et elle reste de 30 0C pour les températures nocturnes.

On comprend donc que la seule partie vraiment active de la région soit l'énorme zone irriguée de 40 000 km2 qui a été créée grâce à l'Indus, par la construction des ouvrages de dérivation importants de Sukkur, Gudu et Ghulam Mohamad. L'agriculture est fondée sur le riz, les millets et, principalement, le coton en culture d'été et le blé en culture d'hiver. La répartition de la propriété est très inégale. Les métayers au tiers cultivant la terre de grands propriétaires sont extrêmement nombreux et assez misérables. La réforme agraire, tardive, qui a été tentée limite à 60 ha la propriété en régions irriguées, chiffre considérable pour le sous-continent indien (la limite a été fixée à 20 ha au Pendjab).

Karachi, établi sur la mer d'Oman, est le port du Pakistan. La ville a profité de l'importance de la culture du coton dans son arrière-pays, et surtout de la fonction de capitale qui a été la sienne de 1947 à 1959. De 360 000 habitants en 1941, sa population a crû très vite pour atteindre 13 millions d'habitants en 2010. Karachi a fait l'objet d'une concentration remarquable d'investissements de l'État pakistanais : bien que la ville ne rassemble que 7,2 p. 100 de la population du pays, elle a bénéficié entre 1955 et 1960 de plus de 50 p. 100 des investissements pour le logement et l'adduction d'eau. Karachi est donc non seulement un port actif, mais aussi le premier centre industriel et financier du Pakistan. Le textile (coton) y joue un rôle important, ainsi que de multiples industries de transformation liées au port et aux capitaux. Un feeder amène le gaz naturel de Sui, résolvant le problème de l'énergie. La ville, qui n'a guère de passé et a connu un développement rapide, est sans grand charme et le climat y est très dur.

—  François DURAND-DASTÈS

Histoire et vie politique

photographie : Muhammad Ali Jinnah, 1943

Muhammad Ali Jinnah, 1943

Muhammad Ali Jinnah (1876-1948), président de la Ligue musulmane, s'adresse aux congressistes de la Ligue, à la convention de New Delhi (Indes, 1943). 

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Depuis l'indépendance de 1947, le Pakistan a connu trois Constitutions et trois coups d'État militaires. En outre, l'exercice du pouvoir par les civils, entre deux interventions de l'armée, ne garantit pas l'existence d'une réelle démocratie. Si l'Inde a hérité du versant parlementaire du British Raj (Empire britannique des Indes), le Pakistan, lui, semble s'inspirer du modèle vice-royal dès le règne – pourtant bref – du « père de la nation », Mohammed Ali Jinnah. Ce dernier justifiait son autoritarisme par la nécessité de construire l'État de toutes pièces – ou presque –, un problème que l'Inde ne connaît pas. La démocratie est aussi fragilisée par l'arithmétique délicate des groupes ethniques : les tensions entre communautés linguistiques sont en effet l'une des grandes questions auxquelles le Pakistan est confrontée depuis l'origine.

L'impossible démocratie

Né sous le signe de l'autoritarisme

Jinnah a d'emblée introduit une forte personnalisation du pouvoir dont le Pakistan ne parviendra jamais à se débarrasser. Ce grand avocat au style de vie très occidentalisé s'était imposé dès les années 1930 à la tête d'une Ligue musulmane qu'il avait progressivement converti au séparatisme. La création du Pakistan fut l'œuvre du Qaïd-i-Azam (le Grand Guide), qui, fait unique dans les annales des dominions britanniques, cumule dès l'indépendance les fonctions de gouverneur général et de président de l'Assemblée constituante.

La concentration des pouvoirs va de pair avec une forte centralisation de l'État. En juillet 1948, le Premier ministre Liaqat Ali Khan, nouvel homme fort du pouvoir après la disparition de Jinnah, se donne les moyens constitutionnels de démettre un gouvernement provincial et en use dès le 24 janvier 1949 pour se débarrasser du gouvernement du Pendjab. Chef de la Ligue musulmane à partir de 1950, il ne s'en méfie pas moins des hommes politiques, comme en témoigne le vote du Public and Representatives Officers (Disqualification) Act (P.R.O.D.A.), le 26 janvier 1950, qui permet au gouverneur général, aux gouverneurs des provinces et même aux simples citoyens de porter plainte contre un ministre ou un élu soupçonné de corruption, de népotisme, de favoritisme ou de mauvaise gestion. De nombreuses personnalités furent interdites de vie publique à la suite d'une telle procédure.

Qui plus est, le rapport des forces démographiques entre provinces est un handicap important pour l'établissement de la démocratie. Le projet de Constitution proposé par Liaqat Ali Khan en 1949 prévoit que les Bengalis, bien que majoritaires dans le pays, seront représentés à égalité avec les autres entités administratives du Pakistan-Occidental (Pendjab, province de la Frontière du Nord-Ouest – North West Frontier Province ou N.W.F.P. –, Baloutchistan, Sind et Karachi) au sein de la Chambre haute. Face aux protestations des Bengalis, Liaqat Ali Khan le retire en novembre 1950.

Le 16 octobre 1951, il est tué dans un attentat lors d'une réunion politique à Rawalpindi. Khwaja Nazimuddin devient alors Premier ministre et laisse le poste de gouverneur général à Ghulam Mohammad, un ancien haut fonctionnaire porte-parole des intérêts pendjabis et très méfiant envers les hommes politiques. En avril 1953, il démet Nazimuddin, trop pro-bengali à son goût, et impose le « One Unit Scheme » pour intégrer en une seule toutes les provinces du Pakistan-Occidental et faire en sorte que cette zone contrebalance le Pakistan-Oriental. Le Pakistan ne compte plus désormais que deux entités administratives.

En octobre 1954, Ghulam Mohammad empêche l'adoption d'une Constitution qui aurait établi un véritable régime parlementaire au Pakistan en déclarant l'état d'urgence. Il fait approuver en 1955 la désignation d'une deuxième Assemblée constituante. En août de la même année, il démissionne pour raisons de santé au profit d'Iskander Mirza, un autre bureaucrate, qui devient ainsi le premier président du Pakistan et promulgue la Constitution en 1956. En conflit avec la classe politique, il proclame la loi martiale le 7 octobre 1958 sous les pressions du général Muhammad Ayub Khan, le commandant en chef d'une armée qui se compose alors aux trois quarts de Pendjabis, les Pachtouns représentant quant à eux un cinquième des troupes.

En matière de politique étrangère, la continuité l'emporte sur le changement malgré le passage à un régime militaire. Si l'Inde a opté pour le non-alignement, le Pakistan se rapproche des États-Unis, une évolution que reflète dès 1951 la décision des Pakistanais d'être partie prenante du traité de San Francisco (8 sept. 1951) reconnaissant l'indépendance du Japon. Les deux pays signent un accord d'assistance mutuelle en mai 1954 : les livraisons d'armes américaines peuvent commencer ; d'autant plus que, en septembre de la même année, le « Pays des purs » adhère à l'Organisation du traité de l'Asie du Sud-Est (O.T.A.S.E.) et, en 1955, au pacte de Bagdad qui deviendra le Central Treaty Organization en 1958. En 1959, à l'instar de la Turquie et de l'Iran, le Pakistan conclut avec les États-Unis un accord de défense en cas d'agression du « communisme international ».

Ayub Khan : dictature militaire et modernisation

Ayub Khan, un Pachtoun né au Pendjab, force Mirza à démissionner le 27 octobre 1958 pour aussitôt lui succéder au poste de président. La Constitution de 1956 est abrogée, les gouvernements démis de leurs fonctions, les Assemblées dissoutes et les partis politiques déclarés illégaux.

Ayub Khan relance la réforme agraire et le développement industriel – ce qui permet un taux de croissance annuel moyen de la production manufacturée de 11,5 p. 100 de 1960 à 1965. Il s'efforce aussi de moderniser l'islam pakistanais en réformant le divorce et en restreignant la polygamie via la Muslim Family Laws Ordinance du 15 juillet 1961.

S'il se prétend démocrate, Ayub Khan instaure, avec le Basic Democracies Order – promulgué lors du premier anniversaire de sa prise de pouvoir – un régime autoritaire. Au niveau du village, un comité est élu au suffrage universel mais, à celui du canton, du district et de la province, les « démocrates de base » qui peuplent les comités sont désignés au scrutin indirect et un grand nombre de membres sont nommés. Les « démocrates de base » forment un collège électoral de quatre-vingt mille personnes auxquelles il revient d'élire le président. Ayub Khan, seul candidat à ce poste, est ainsi élu en janvier 1960 par 75 084 voix contre 2 829.

La Constitution promulguée le 8 juin 1962 consacre le règne d'Ayub Khan. Le droit de veto du président sur les décisions du Parlement est absolu pour toutes les questions autres que financières.

photographie : Frontière du Cachemire

Frontière du Cachemire

En 1965, au cours du deuxième conflit indo-pakistanais sur la question du Cachemire, patrouille des troupes pakistanaises le long de la frontière. 

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En matière de politique étrangère, les années 1960 sont celles du rapprochement sino-pakistanais. En 1964, Zhou Enlai, pour qui le Pakistan est un allié idéal contre l'Inde, un rival de la Chine en Asie, souscrit publiquement à la thèse pakistanaise suivant laquelle la question du Cachemire ne trouvera de solution qu'au moyen d'un référendum – une hypothèse que rejette New Delhi. Pour cette dernière, le Jammu-et-Cachemire est partie intégrante de l'Union indienne puisqu'il forme une province dont le maharadjah avait décidé d'adhérer à l'Inde en 1947. Pour les Pakistanais, le principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes implique une consultation des citoyens de cette région qui a vocation à rejoindre le Pakistan, puisqu'elle se compose en majorité de musulmans. Conforté par le soutien de Pékin et convaincu que l'Inde ne s'est remise ni de sa défaite contre la Chine en 1962 (un affrontement justifié par un différend frontalier et sous-tendu par l'accueil réservé au dalaï-lama par New Delhi trois ans plus tôt), ni de la disparition de Nehru – mort en 1964 –, le Pakistan attaque le 1er septembre 1965 au Jammu-et-Cachemire, une province indienne qu'il croit au bord de l'insurrection. En fait, les Cachemiris ne se soulèvent pas et l'Inde remporte une nette victoire.

Cette défaite marque un tournant en politique intérieure. Considérablement renforcée par la création du Pakistan People's Party (Parti du peuple du Pakistan, P.P.P.) en novembre 1967 par Zulfikar Ali Bhutto, l'ancien ministre des Affaires étrangères, l'opposition dénonce la paix de Tachkent qui met fin au conflit.

Finalement, la question bengalie porte le coup de grâce au régime d'Ayub Khan. La campagne du leader bengaliMujibur Rahman en faveur d'une plus grande autonomie du Pakistan-Oriental amène Islamabad à promulguer la loi martiale le 17 mars 1969. Quelques jours plus tard, le 25, le président se résout à quitter son poste. Il invite alors le chef des armées, le général Agha Muhammad Yahya Khan, à lui succéder, au mépris des procédures constitutionnelles qui prévoient de remettre le pouvoir au président de l'Assemblée en cas de démission du président.

Bhutto ou la démocratisation avortée

Yahya Khan abroge la Constitution, dissout les Assemblées, tant nationales que régionales, et interdit les partis politiques, comme Ayub Khan onze ans plus tôt. Mais il annonce aussi des élections, annule le One Unit Scheme et promulgue, le 30 mars 1970, un Legal Framework Order stipulant que la future Assemblée nationale compte désormais 313 sièges, dont 169 (162 sièges + 7 réservés aux femmes) – une majorité – revenant au Pakistan-Oriental.

photographie : Exécution sommaire

Exécution sommaire

Exécution par un guérillero indien de deux hommes accusés d'avoir collaboré avec les Pakistanais lors de la lutte pour l'indépendance du Pakistan oriental, le futur Bangladesh, en 1971. 

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Le P.P.P. remporte 81 sièges, dont 62 au Pendjab et le parti de Mujibur Rahman, l'Awami League, 160 des 162 sièges mis en jeu au Bengale. Mais Bhutto et l'armée refusant une prise de pouvoir par les Bengalis, l'opération Searchlight est déclenchée le 25 mars. La répression fait aussitôt des centaines de morts. Mujibur Rahman est arrêté et 10 millions de réfugiés trouvent asile en Inde. New Delhi mène en novembre 1971 une guerre-éclair au cours de laquelle le Pakistan perd la moitié de sa marine, un tiers de son armée de terre et un quart de son aviation, quatre-vingt-treize mille soldats étant en outre faits prisonniers. Certes, la Chine a condamné l'intervention indienne et les États-Unis ont envoyé le porte-avions Enterprise croiser dans le golfe du Bengale, mais sans que cela n'ait changé l'issue de la guerre : l'indépendance du Pakistan-Oriental, qui prend le nom de Bangladesh. Les accords de Simla, signés en 1972 entre l'Inde et le Pakistan, interdisent toute internationalisation du conflit du Cachemire où le respect de la ligne de contrôle entre les deux pays est réaffirmé. L'année 1971 a toutefois été marquée par l'émergence d'un triangle Washington-Pékin-Islamabad, l'administration Nixon ayant choisi de passer par l'intermédiaire des Pakistanais pour amorcer un dialogue avec la Chine.

Après la défaite de 1971, Yahya Khan doit rendre le pouvoir à un civil, Bhutto, qui fait voter en 1973 une nouvelle Constitution introduisant un véritable système parlementaire où le pouvoir est aux mains du Premier ministre, élu par l'Assemblée, et non plus du président. Se disant socialiste, Bhutto, devenu Premier ministre en août 1973, relance une nouvelle fois la réforme agraire et nationalise une trentaine de grandes entreprises.

En politique étrangère, Bhutto s'efforce de resserrer les liens du Pakistan avec les autres pays musulmans. Soucieux d'apparaître comme le leader du monde musulman, il organise à Lahore, en 1974, le deuxième sommet de la Conférence islamique.

Les élections de 1977, très disputées, sont officiellement remportées par le P.P.P., mais leur résultat est contesté par neuf partis d'opposition, dont les manifestations sont durement réprimées (200 morts en quinze jours).

Appelée en renfort, l'armée saisit l'occasion pour dénoncer l'incurie des politiciens corrompus, justifiant ainsi un nouveau coup d'État. Le chef d'état-major, le général Zia Ul Haq prend le pouvoir le 5 juillet 1977, sans effusion de sang. Il organise le procès de Bhutto, qui est condamné à la peine capitale le 18 mars 1978 et exécuté le 3 avril 1979.

Le régime militaire et islamique du général Zia

photographie : Zia Ul Haq, 1980

Zia Ul Haq, 1980

Le président pakistanais Mohammed Zia Ul Haq, lors d'une conférence des ministres des Affaires étrangères islamiques à Peshawar, en 1980, pour discuter de la récente intervention soviétique en Afghanistan. 

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Zia, à la différence d'Ayub Khan, conserve ses fonctions de Chief of Army Staff grâce à un amendement constitutionnel, et les cumule avec celles de président à partir de 1978. Il interdit les partis et durcit la censure. Le contexte est propice au renforcement de son autorité, puisque l'invasion soviétique déclenchée à la fin de décembre 1979 en Afghanistan amène les États-Unis à soutenir le Pakistan dans ses efforts de containment. Washington versera 3,2 milliards de dollars en six ans et renoncera à exiger le retour à la démocratie au Pakistan. En outre, les Américains ferment les yeux sur la dimension militaire des transferts de technologie nucléaire auxquels procède Pékin dans le cadre d'un nouveau traité de coopération signé en 1986. L'administration américaine fera lever les contraintes qui pesaient sur le Pakistan aux termes des amendements Symington (1977) et Pressler (1985).

La guerre d'Afghanistan permet aussi à Zia de resserrer ses liens avec le reste du monde musulman en présentant le Pakistan comme une nouvelle ligne de front défendue par les Moudjahidins ; elle lui permet en outre d'espérer prendre pied à Kaboul et d'acquérir ainsi une certaine profondeur stratégique face à l'Inde.

Musulman très pratiquant, voire bigot, Zia s'efforce d'islamiser l'économie en interdisant le prêt à intérêt (riba). Le 20 juin 1980, il introduit une taxe de charité qui prétend reproduire la tradition islamique de la zakat en vertu de laquelle chaque musulman est censé procéder à des dons volontaires et désintéressés. Il rend les études islamiques et coraniques obligatoires et fait reconnaître les diplômes délivrés par les séminaires islamiques comme équivalant aux maîtrises des études d'arabe et de civilisation musulmane. Le développement des madrasas est aussi soutenu. En mai 1980, une Federal Shariat Court est créée pour faire respecter la loi coranique. Deux ans plus tard, des oulémas sont autorisés à siéger au Shariat Appellate Bench de la Cour suprême. Ce dispositif est chargé d'administrer un Code pénal islamique introduit par les ordonnances de 1979 qui reprennent les sanctions prévues par le Coran et la Sunnah (comme les châtiments corporels et les amputations) pour punir les auteurs de crime de sang, d'adultère, de parjure et de blasphème. Les chiites jugent cette politique discriminatoire, car seuls des sunnites siègent aux Shariat Courts et la zakat n'est pas une pratique chiite.

En 1981, onze partis d'opposition forment une coalition et créent le Mouvement pour la restauration de la démocratie (M.R.D), qui se révèle surtout influent dans le Sind, le bastion du P.P.P. La répression y fait près de deux cents morts. Zia s'efforce alors d'obtenir un soutien populaire. En décembre 1984, il demande par référendum aux Pakistanais s'ils approuvent sa politique d'islamisation ; 97,71 p. 100 des électeurs ayant répondu oui, il organise aussitôt des élections qui n'ont toutefois pas lieu sur une base partisane et que le M.R.D. boycotte donc. Dès la première session parlementaire, Zia se fait élire président du Pakistan. La loi martiale est levée le 30 décembre 1985 et les partis recouvrent alors le droit à une existence légale.

Benazir Bhutto, la fille de Zulfikar Ali Bhutto, revient de son exil londonien en avril 1986, puis est arrêtée dès août alors qu'elle manifeste en faveur d'élections libres. Zia durcit encore le caractère présidentiel du régime via le huitième amendement à la Constitution permettant au président de démettre le Premier ministre ainsi que les chefs de gouvernement des provinces, de dissoudre l'Assemblée nationale tout comme celles des provinces et de désigner les juges des principaux tribunaux ainsi que les chefs des différents corps d'armée. Mais il trouve la mort le 17 août 1988 dans un mystérieux accident d'avion. L'armée se retire du jeu politique. Les élections du 16 novembre 1988 marquent le retour du multipartisme.

Benazir et Nawaz : la décennie perdue

photographie : Sympathisants de Benazir Bhutto, 1988

Sympathisants de Benazir Bhutto, 1988

Des sympathisants de Benazir Bhutto et des militants de son parti, le P.P.P. (Pakistan Peoples Party), pendant les élections de novembre 1988, qui verront la victoire du camp démocratique et feront de la fille du président Ali Bhutto, exécuté en 1979, la première femme Premier ministre d'un... 

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Le P.P.P. est, en 1988, la seule formation disposant d'un leader populaire, Benazir Bhutto, qui reprend le discours populiste de son père. En face, une coalition d'opposants, l'Islami Jomhuri Ittihad (Alliance démocratique islamique, I.J.I.) émerge grâce au regroupement de huit partis, dont la Ligue musulmane de Nawaz Sharif, soutenus par les militaires.

Le P.P.P. ne remporte que 92 sièges sur 217, avec 25,1 p. 100 des suffrages exprimés, faute d'avoir « mordu » sur le Pendjab. Il fait donc alliance avec les Mohajirs, « migrants » musulmans venus d'Inde en 1947, du Mohajir Qaumi Mahaz (Mouvement national mohajir, M.Q.M.), qui a remporté 13 sièges dans les villes du Sind, pour pouvoir former le gouvernement.

Le rapport des forces instauré par le huitième amendement place cependant Benazir Bhutto dans la dépendance du président Ghulam Ishaq Khan, élu en décembre 1988, à travers lequel l'armée continue d'exercer une forte influence. Elle tente de lui résister en s'insurgeant, par exemple, contre le droit qu'il s'est arrogé de nommer les juges des Hautes Cours, mais en vain.

Nawaz Sharif, devenu chef du gouvernement du Pendjab mène, en outre, un combat acharné contre le Premier ministre. Opérant un renversement d'alliance, le M.Q.M. s'associe à l'I.J.I. après que Benazir Bhutto a déçu ses attentes ; sur le terrain, on observe un déchaînement de violences dont témoigne la tuerie de Pucca Qila, le 27 mai 1990, à Hyderabad (Sind) : la police tire sur des manifestants Mohajirs, faisant de nombreux tués et blessés. Ghulam Ishaq Khan utilise immédiatement cet « incident » pour démettre Benazir Bhutto de son poste de Premier ministre et dissoudre l'Assemblée.

Lors des élections qui suivent, l'I.J.I. remporte 92 de ses 105 sièges au Pendjab, ce qui lui donne la majorité absolue mais pas les deux tiers des voix nécessaires pour amender la Constitution et abroger le huitième amendement.

Nommé Premier ministre en décembre 1990, Nawaz Sharif ne peut donc pas s'émanciper du président. Il entre en conflit avec lui lorsqu'il s'agit de nommer le chef des armées à la suite de la retraite du général Beg et chute finalement, comme Benazir Bhutto, sur la question Mohajir, les violences de Karachi offrant à nouveau au président et à l'armée une bonne raison de démettre le Premier ministre le 18 avril 1993. Mais Nawaz Sharif en appelle à la Cour suprême qui, se ressaisissant après des années de soumission des juges à l'armée, le rétablit dans ses fonctions. La victoire de l'État de droit est de courte durée car les commandants de corps de l'armée se réunissent en urgence pour élaborer une formule de compromis aux termes de laquelle Ghulam Ishaq Khan et Nawaz Sharif sont requis de démissionner tous les deux – ce qu'ils font.

Les élections d'octobre 1993 ramènent le P.P.P. au pouvoir ; mais, avec 86 sièges sur 217, le parti de Benazir Bhutto reste loin de la majorité. Il refait donc alliance avec le M.Q.M. et parvient ainsi à faire élire un des vétérans du P.P.P., Farooq Ahmed Leghari, au poste de président en novembre 1993. Mais le gouvernement se révèle particulièrement corrompu, le mari du Premier ministre, Asif Ali Zardari, ministre des Investissements, étant même connu sous le nom de « monsieur dix pour cent » en raison des commissions qu'il empoche. L'image du pouvoir est aussi ternie par l'assassinat du dernier frère du Premier ministre, Murtaza Bhutto, en 1996, dont on l'accuse d'être le commanditaire.

photographie : Benazir Bhutto

Benazir Bhutto

Des sympathisants de Benazir Bhutto, pendant les élections de novembre 1988, qui verront la victoire du camp démocratique et feront de la fille du président Ali Bhutto, exécuté en 1979, la première femme Premier ministre d'un pays musulman. 

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Cette dérive des mœurs politiques et l'autoritarisme croissant de Benazir Bhutto lui aliènent peu à peu le soutien de Leghari, qui décide de la démettre et de dissoudre l'Assemblée nationale le 5 novembre 1996, une destitution validée par la Cour suprême.

Les élections de février 1997, marquées par un faible taux de participation (35,92 p. 100) donnent une écrasante majorité à la Pakistan Muslim League (P.M.L.-N., pour Nawaz) un très lointain héritier de la Ligue musulmane, une formation qui n'aura pas eu de véritable descendance : 134 sièges sur 217 contre 18 au P.P.P. Le Premier ministre étant enfin en mesure d'amender la Constitution, le 1er avril 1997, les deux Chambres votent le treizième amendement qui rend au Premier ministre les pouvoirs que le président s'était arrogés grâce au huitième amendement.

Mais Sharif use dès lors de son autorité pour affaiblir les contre-pouvoirs. Ayant obtenu la démission de Leghari, il fait élire Rafiq Tarar, un ami de son père, président de la République, alors que son frère Shahbaz devient chef du gouvernement du Pendjab.

photographie : Reprise des essais nucléaires en Inde, mai 1998

Reprise des essais nucléaires en Inde, mai 1998

Vue du site où eurent lieu trois essais nucléaires souterrains, le 11 mai 1998, après que le gouvernement indien d'Atal Behari Vajpayee en eut autorisé la reprise. Le Pakistan ripostera en procédant, lui aussi, à plusieurs essais nucléaires. 

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Nawaz Sharif s'appuie sur l'armée, qui est autorisée à mettre sur pied des cours martiales habilitées à juger certains crimes et à exécuter les sentences. La hiérarchie militaire apprécie aussi les essais nucléaires de juin 1998, décidés en réponse aux essais indiens. Les premiers signes d'un divorce entre Sharif et l'armée apparaissent cependant à la suite de la « guerre de Kargil », du nom de la ville du Cachemire indien où se déroulent de violents combats du printemps à l'été de 1999. L'armée indienne y rencontre ses premiers succès lorsque Sharif est convoqué à Washington le 4 juillet 1999 et sommé de retirer ses troupes. Le Premier ministre s'exécute au grand dam du chef d'état-major, le général Moucharraf, qui se juge trahi.

L'ère Moucharraf : la fin du complexe militaro-islamiste ?

Le coup d'État de Pervez Moucharraf intervient le 12 octobre 1999, en réponse à la décision de Sharif de le démettre de ses fonctions. Ce putsch ne suscite aucune manifestation, l'opinion pakistanaise ayant visiblement perdu confiance dans le pouvoir civil. Moucharraf se proclame Chief Executive of Pakistan, Nawaz Sharif est exilé en Arabie Saoudite tandis que Benazir Bhutto, sous le coup d'une accusation de corruption, vit déjà à Londres et à Dubaï. Les partis politiques ne sont pas dissous, mais ils ont perdu leurs leaders, et la Constitution tout comme les Assemblées sont de toute façon suspendues. La presse n'est pas soumise à la censure, mais l'état d'urgence est déclaré.

Moucharraf se résout à organiser des élections locales en janvier 2001 pour répondre aux demandes de la Cour suprême et aux pressions internationales, les Occidentaux exigeant le retour de la démocratie, mais ce scrutin est organisé sur une base non partisane.

photographie : Oussama ben Laden

Oussama ben Laden

Le terroriste d'origine saoudienne Oussama ben Laden (au micro). Déjà soupçonné par les États-Unis d'être l'instigateur du premier attentat contre le World Trade Center en 1993, il devient pour Washington l'ennemi public numéro un après les attaques commises contre des intérêts... 

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Après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, l'administration Bush considère très vite qu'elle ne pourra pas mener ses opérations en Afghanistan sans le Pakistan. Moucharraf ne souhaitait pas rompre avec le régime des talibans qu'Islamabad avait contribué à installer pour jouir d'une « profondeur stratégique » en Afghanistan. Mais l'état de l'économie pakistanaise et l'isolement diplomatique du pays ne lui laissent qu'une très faible marge de manœuvre. En effet, le Pakistan est alors lourdement endetté : en 2000, le service de la dette représentait 45 p. 100 des dépenses budgétaires. Il a, en outre, été mis au ban des nations à la suite des essais nucléaires de 1998, de son soutien aux talibans et du coup d'État militaire d'octobre 1999. En aidant les Occidentaux à mener la guerre en Afghanistan, le pays qui héberge Oussama ben Laden – désigné par Washington comme étant l'instigateur des attentats –, le Pakistan redevient fréquentable à l'échelle internationale ; il reçoit d'ailleurs une manne financière considérable. En tout, si l'on fait la somme des aides directes, des programmes de soutien économique et des facilités commerciales, le pays engrangera 6 milliards de dollars en trois mois.

Moucharraf espère alors que ce retour en grâce est compatible avec la poursuite de sa politique afghane, comme en témoigne son désir d'installer des « talibans modérés » à Kaboul. Mais il déchante lorsque les États-Unis portent un adversaire du Pakistan, Hamid Karzaï, aux commandes de l'Afghanistan et durcissent le ton contre la complaisance pakistanaise vis-à-vis des djihadistes. Les pressions occidentales sont d'autant plus fortes que l'année 2002 est marquée par une recrudescence des attentats terroristes visant des Américains et des Européens – comme celui de mai qui fait quatorze morts à Karachi, dont onze Français expatriés de la Direction des constructions navales. Moucharraf est aussi soumis à de vives critiques de la part de l'Inde, le nouvel allié des Américains, qui attribue à des groupes pakistanais l'attentat du 13 décembre 2001 contre le Parlement de New Delhi et masse, en conséquence, cinq cent mille hommes à la frontière. C'est dans ce contexte que les États-Unis inscrivent formellement Lashkar-i-Taïba et Jaish-i-Mohammed, deux groupes islamistes du Pakistan, sur leur liste des organisations terroristes. Le 12 janvier 2002, Moucharraf prononce un « discours à la nation pakistanaise » dans lequel il s'élève contre la montée de l'intolérance et du fondamentalisme. Jaish-i-Mohammed et Lashkar-i-Taïba sont dissous et mille neuf cents activistes arrêtés. Mais les premiers réapparaissent sous un autre nom et les seconds sont peu à peu relâchés. Moucharraf souhaite visiblement garder cette carte djihadiste en réserve, lui qui en a fait un usage immodéré au Cachemire, comme la guerre de Kargil a permis de le constater. En 1999, Moucharraf avait en effet œuvré de concert avec les djihadistes pour infiltrer des soldats et des « moudjahidins » sur les hauteurs de Kargil, au Cachemire indien.

En 2002, Moucharraf s'attaque de façon plus déterminée aux islamistes du réseau Al-Qaida qui se sont réfugiés au Pakistan après la guerre d'Afghanistan. Plusieurs lieutenants de Ben Laden sont arrêtés – dont le planificateur des attentats du 11 septembre, Khalid Cheik Mohammed, et livrés aux États-Unis. Moucharraf est alors la cible de plusieurs attentats. Il échappe de justesse à deux attaques qui ont lieu à quinze jours d'intervalle en décembre 2003. Il persévère néanmoins et décide même, en concertation avec les autorités américaines, de déployer quatre-vingt mille soldats dans les Zones tribales sous administration fédérale (Federally Administered Tribal Areas, ou F.A.T.A.), frontalières de l'Afghanistan où nombre de militants se sont repliés. À partir de février 2004, le Waziristan sud est ainsi passé au peigne fin, ce qui provoque l'ire de populations qui n'ont jamais été véritablement soumises à une administration autre que celle de chefs de tribus. La résistance des islamistes combinée à celle des tribus (qui ont parfois accueilli les premiers avec un grand sens de l'hospitalité) provoque de nombreux troubles et fait des centaines de victimes dans les rangs de l'armée. En 2006, Islamabad retire ses troupes du Waziristan après avoir conclu des accords aux termes desquels les chefs des tribus sont censés faire la police eux-mêmes, ce qui suscite une grande perplexité à Washington.

Non contents de résister aux assauts du pouvoir, les islamistes démontrent leur capacité organisationnelle à la suite du séisme qui frappe le Cachemire le 8 octobre 2005, faisant près de quatre-vingt-dix mille morts côté pakistanais. Ils sont en effet parmi les premiers à apporter des secours aux populations en détresse.

Vers la démocratie ?

En avril 2002, le général Moucharraf voit son nouveau titre de président du Pakistan confirmé par un référendum qui rappelle celui qui avait été organisé par Zia en 1985 : officiellement, 98 p. 100 des électeurs s'en remettent à lui pour diriger le pays pour cinq années supplémentaires. Ainsi conforté dans ses prérogatives, il décide d'organiser des élections générales, non sans avoir assuré au préalable ses arrières au moyen d'un Legal Framework Order qui, promulgué le 21 août, rend au président le pouvoir de dissoudre l'Assemblée nationale et de démettre le Premier ministre.

Le scrutin se déroule en octobre, dans des conditions peu conformes aux règles démocratiques. Ni Nawaz Sharif – exilé en Arabie Saoudite –, ni Benazir Bhutto – sous le coup d'un mandat d'arrêt pour une affaire de corruption, elle doit abandonner la présidence du P.P.P. pour cette raison – ne reviennent faire campagne. En outre, l'interdiction qui pèse sur les activités politiques n'est levée que trente-neuf jours avant les élections. Le taux de participation s'établit à 41 p. 100, ce qui est un peu mieux qu'en 1997. La Pakistan Muslim League (P.M.L.-Q., pour Qaïd-e-Azam), une création de Moucharraf et des militaires n'ayant que le nom en commun avec le parti de Jinnah, arrive en tête avec 76 sièges, en majorité gagnés au Pendjab où la P.M.L-N., fidèle à Nawaz Sharif, ne survit qu'à Lahore. Mais le P.P.P., qui remporte 62 sièges, a opposé une belle résistance – insuffisante, toutefois, pour conserver le gouvernement du Sind, la seule province où le parti arrivait en tête. La surprise vient cependant des partis islamiques qui, regroupés au sein d'une coalition, le Muttahida Majlis-e-Amal (Front uni pour l'action, M.M.A.), remportent 53 sièges et la majorité dans la province de la Frontière du Nord-Ouest.

Faute de majorité claire, le pays reste sans gouvernement pendant quarante jours après les élections générales et ce n'est qu'au terme du ralliement de députés du P.P.P. à la P.M.L.-Q. que le Premier ministre Mir Zafarullah Khan Jamali est intronisé, le 23 novembre. Aussitôt, le Parlement est le théâtre de protestations véhémentes de la part du M.M.A. et surtout de l'Alliance for the Restoration of Democracy (A.R.D.) qui fédère plusieurs partis d'opposition et dont le P.P.P. est la clé de voûte. Empêchant le Parlement de fonctionner, l'A.R.D. et le M.M.A. dénoncent le fait que Moucharraf occupe à la fois le poste de président et celui de chef des armées. Le gouvernement parvient à sortir de l'impasse en concluant un marché avec le M.M.A. à la fin de 2003 : Moucharraf amende la Constitution – ce sera le dix-septième amendement du 31 décembre 2003 – pour y faire inscrire le pouvoir du président de démettre le Premier ministre et de dissoudre les Assemblées et s'engage, en échange, à renoncer au poste de chef de l'armée d'ici au 31 décembre 2004. Mais cette échéance arrive sans que Moucharraf ne s'exécute, ce qu'il justifie par le vote à l'Assemblée, en octobre, d'une loi permettant au président d'exercer plus d'une charge « rémunérée au service du Pakistan ». Entre-temps, le M.M.A. a été neutralisé, son chef ayant obtenu le poste de leader de l'opposition, alors même que son groupe parlementaire n'est pas le plus nombreux à l'Assemblée et... qu'il collabore avec le gouvernement sur les questions les plus importantes.

L'une d'entre elles, à partir de janvier 2004, est « l'affaire Abdul Qadeer Khan » du nom du père de la bombe atomique pakistanaise, qui se révèle être au centre d'un vaste réseau de prolifération nucléaire. Khan se serait ainsi enrichi en vendant son savoir-faire à plusieurs pays, dont la Corée du Nord. Moucharraf s'efforce de donner satisfaction à la communauté internationale, très choquée par cette découverte, sans s'aliéner une opinion publique portant volontiers A. Q. Khan aux nues. Le 5 février 2004, il déclare que le docteur Khan a organisé tous ses trafics à titre personnel sans que l'État n'en sache rien – ce qui est hautement improbable – et qu'il est un « héros » national. Il le fait néanmoins placer en résidence surveillée à Islamabad.

Si Moucharraf domine une P.M.L.-Q. qui se comporte en parti godillot au point de changer de Premier ministre selon son bon vouloir – comme en témoigne la promotion à ce poste du ministre des Finances, Shaukat Aziz, en 2004 –, l'opposition s'intensifie à l'approche de l'élection présidentielle de 2007. La P.M.L.-N. et le P.P.P. dénoncent le cumul des postes de président de la République et de chef des armées. Surtout, le pouvoir judiciaire – jusque-là fort docile – sort de sa réserve. La Cour suprême s'inquiète de la disparition de nombreux opposants dont les corps ne sont jamais retrouvés – au Baloutchistan notamment – et du rôle croissant des militaires dans l'économie, à travers des fondations fort corrompues et l'expropriation de milliers de paysans sur les terres desquels l'armée construit, par exemple, des zones résidentielles pour les officiers. Le 9 mars 2007, Moucharraf demande au chef de la Cour suprême, Iftikhar Mohammad Chaudhry, de quitter ses fonctions, ce qu'il refuse. Il est alors suspendu, ce qui provoque des manifestations de juges et d'avocats. L'armée les réprime durement, mais la P.M.L.-N. et le P.P.P. s'associent à la protestation. Chaudhry entreprend une tournée nationale qui rencontre un grand succès. À Karachi, le 12 mai, sa venue provoque des violences orchestrées par le M.Q.M., le parti des Mohajirs et l'un des soutiens du président ; les émeutes font quarante-trois morts. Moucharraf impose alors, le 4 juillet, une censure de la presse. Mais, le 20, la Cour suprême rétablit Chaudhry dans ses fonctions. Moucharraf songe à instaurer l'état d'urgence, mais il en est dissuadé par Washington. Il ouvre alors des négociations avec Benazir Bhutto, sous la pression des Américains. Le 23 août, la Cour suprême autorise Nawaz Sharif à revenir au Pakistan, ce qu'il fait le 10 septembre, pour être aussitôt réexpédié en Arabie Saoudite au mépris de la décision des juges.

L'élection présidentielle a lieu le 6 octobre 2007 dans la plus grande confusion : la Commission électorale autorise Moucharraf à se présenter, mais la Cour suprême est saisie par des opposants qui soulignent l'incompatibilité de son statut de chef de l'armée et de la fonction présidentielle. La proclamation officielle des résultats est reportée jusqu'à l'arrêt de la Cour, mais les chiffres qui circulent officieusement lui reconnaissent une victoire écrasante. Benazir Bhutto est autorisée à revenir au Pakistan à la suite de nouvelles pressions américaines. De retour à Karachi le 18 octobre, elle est accueillie par une foule en liesse, mais son cortège est victime d'un attentat-suicide qui fait plus de cent quarante morts. Le 3 novembre, le général Moucharraf déclare l'état d’urgence – ce qui implique la mise entre parenthèses des libertés fondamentales, l'arrestation de nombreux opposants et la destitution d’Iftikhar Mohammad Chaudhry. Il justifie cette mesure par la recrudescence de l'agitation islamiste, mais elle s'explique surtout par la crainte que la Cour suprême ne valide pas son élection – ce qu'une Cour largement renouvelée finit par faire. Soumis aux pressions internationales – le Pakistan est suspendu du Commonwealth –, et notamment américaines, Moucharraf se résigne cependant à annoncer des élections générales pour le 8 janvier 2008, à laisser rentrer Nawaz Sharif d'exil le 25 novembre et à quitter ses fonctions de chef des armées au profit du général Kayani, l'ancien patron de l’I.S.I. (Inter Service Intelligence, agence de renseignement militaire). Moucharraf est intronisé président pour cinq ans dès le lendemain de cette transition, le 29 novembre. Il annonce aussitôt la levée de l’état d'urgence pour le 16 décembre et se lance dans la compétition électorale, où Benazir Bhutto et Nawaz Sharif s'activent déjà.

Le 27 décembre, Benazir Bhutto est toutefois victime d'un attentat à Rawalpindi. Cette action – attribuée à des néo-talibans pakistanais par les autorités – décapite le principal parti d'opposition. Asif Ali Zardari et son fils de dix-neuf ans, Bilawal Zardari-Bhutto, en prennent aussitôt la direction, et le premier conduit la campagne des élections générales reportées au 18 février 2008. Le P.P.P. sort vainqueur des urnes, sans obtenir la majorité absolue. Fort de 121 sièges sur 336, il s'allie à la P.M.L.-N., arrivée en deuxième position avec 91 sièges, et à l'Awami National Party (A.N.P., 13 sièges) pour former le gouvernement. Le 23 mars 2008, Syed Yusuf Raza Gilani, un leader du P.P.P. originaire de Multan (Pendjab), est nommé Premier ministre.

Peu après, la confusion qui a entouré l'élection présidentielle d'octobre 2007 rattrape le président Moucharraf. Les deux leaders de la coalition au pouvoir, Asif Ali Zardari, pour le P.P.P., et Nawaz Sharif, pour la P.M.L.-N, lui reprochent d'avoir limogé des magistrats pour assurer sa réélection et d'avoir instauré l'état d'urgence en novembre ; ils demandent sa destitution. Le 18 août, Pervez Moucharraf remet sa démission au Parlement ; il est remplacé par Asif Ali Zardari le 6 septembre 2008.

Celui-ci ne revient toutefois pas sur la suspension qui frappait le juge Chaudhry, jusqu'à ce que le successeur nommé par Moucharraf pour remplacer ce dernier arrive à l'âge de la retraite. Le 22 mars 2009, le président Zardari accepte enfin de rétablir dans ses fonctions Iftikhar Mohammad Chaudhry, ainsi qu'une centaine de juges qui avaient été injustement destitués. La Cour se saisit aussitôt des plaintes concernant l'instauration de l'état d'urgence par Moucharraf, qu'elle déclare anticonstitutionnelle. La démocratisation se traduit par des mesures d'une portée significative. La plus importante est certainement le vote, en avril 2010, du dix-huitième amendement à la Constitution qui rétablit le régime parlementaire initial (celui de 1973) et octroie une plus grande autonomie aux provinces, même si le fédéralisme pakistanais continue de souffrir d'une centralisation certaine.

La démocratisation est toutefois sujette à caution, notamment parce que le pouvoir civil n'a su conserver ni sa popularité du début, ni son unité.

Le président Zardari se discrédite rapidement, non seulement parce qu'il alimente les soupçons de corruption pesant sur lui par ses réticences à rétablir le juge Chaudhry qui pourrait rouvrir de vieux dossiers le concernant, mais aussi par sa mauvaise gestion des secours envers les victimes des inondations de 2010, notamment en maintenant sa tournée européenne qui n'avait pourtant aucun caractère d'urgence.

Les divisions internes à la coalition parlementaire s'en trouvent exacerbées, certains alliés du P.P.P. cherchant à profiter du déclin de Zardari dans l'opinion publique. En décembre 2010, le Jamiat-Ulema-i-Islam (parti religieux surtout présent dans la province de Khyber-Pakhyunkhwa et au Baloutchistan) puis, en janvier 2011, le M.Q.M. se retirent de la coalition gouvernementale en protestant contre la hausse du prix des carburants. Le gouvernement Gilani doit revenir sur cette décision pour conserver le soutien du M.Q.M.

—  Christophe JAFFRELOT

Une démocratisation en panne

Les violences d’origine religieuse viennent alourdir le climat politique. Le gouverneur du Pendjab, opposé à l’extrémisme islamiste, est assassiné en janvier 2011 car il souhaitait la révision de la disposition du Code pénal qui punit de mort tout blasphème envers le prophète Mahomet. Ce gouverneur avait été nommé par le président Zardari pour faire contrepoids à l’influence du principal parti d’opposition, la Ligue musulmane du Pakistan de Nawaz Sharif, dont le frère est le Premier ministre du Pendjab. En 2013, la communauté hazara, chiite, est visée en janvier par des attentats au Baloutchistan ; en septembre, c’est la communauté chrétienne qui est victime de deux attentats-suicides à Peshawar, attentats tous revendiqués par des groupes radicaux sunnites.

Par ailleurs, les soupçons de corruption entourant le président Zardari coûtent son poste au Premier ministre. Ce dernier est destitué par la Cour suprême en juin 2012, en raison de son refus de rouvrir les enquêtes pour corruption visant Asif Ali Zardari. Son successeur, Raja Pervez Ashraf, est arrêté à son tour en janvier 2013 par la même instance et pour le même motif.

photographie : Nawaz Sharif

Nawaz Sharif

L'ancien Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif lors des élections législatives du 11 mai 2013. Son parti, la Ligue musulmane, remporte le scrutin et Nawaz Sharif sera nommé, le 4 juin, chef du nouveau gouvernement. 

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Dans ce contexte de violences et d’instabilité, les élections législatives de mai 2013 ramènent la Ligue musulmane du Pakistan au pouvoir. Nawaz Sharif est nommé Premier ministre pour la quatrième fois. En juillet, l’homme d’affaires Mamnoon Hussain, candidat de la Ligue musulmane, est élu président de la République.

Enfin, la démocratisation reste partielle en raison de la mainmise qu'exerce toujours l'armée sur des dossiers majeurs comme la politique pakistanaise en Afghanistan et au Cachemire (voire en Inde) et l'arme nucléaire.

—  Universalis

La lancinante question nationale

Le Pakistan est né pour donner un pays aux musulmans du British Raj. L'unité religieuse y est donc plus grande qu'ailleurs en Asie du Sud, mais l'islam ne s'est pas révélé un ciment suffisant pour désamorcer les tensions ethniques, certains groupes linguistiques étant même à l'origine de véritables forces centrifuges. Celles-ci furent d'autant plus vives que, à la différence de l'Inde, la République pakistanaise ne s'est pas dotée d'un cadre fédéral et démocratique qui aurait pu accommoder les communautés ethno-linguistiques. Soixante ans après sa création, le pays n'a toujours pas réglé sa question nationale.

L'État d'un groupe ethnique ?

Le Pakistan qui naît en 1947 est d'abord la création des Mohajirs dont le nom, « migrants », traduit le fait qu'ils viennent des provinces de l'Inde où les musulmans étaient minoritaires (Uttar Pradesh, Bihar, province de Bombay). C'est en effet dans l'élite de ces milieux, de plus en plus concurrencée par la majorité hindoue, que la Ligue musulmane a recruté ses premiers soutiens et que s'est développée l'idée selon laquelle les musulmans de l'Inde devaient avoir leur propre pays. Si, en 1947, cent mille Biharis parlant l'ourdou optent pour le Pakistan-Oriental, 1 million de musulmans de l'Uttar Pradesh et du Gujarat s'installent dans les villes du Sind, et en particulier à Karachi, le grand centre industriel, commercial et administratif du pays, qui devient la capitale du nouvel État.

Les Mohajirs dominent le pays à travers la Ligue musulmane, leur parti et leurs deux chefs, le gouverneur général, Jinnah (originaire de la présidence de Bombay), et son Premier ministre, Liaqat Ali Khan (originaire de l'Uttar Pradesh) dont le gouvernement compte une majorité de mohajirs. Ils sont aussi très présents dans la fonction publique et les professions libérales.

Jinnah meurt dès 1948 et Liaqat Ali Khan disparaît en 1951. La Ligue musulmane perd alors de son influence faute d'une structure forte et d'un réseau de militants suffisamment dense. Très vite, les Mohajirs sont amenés à partager leur position dominante avec les Pendjabis qui constituent la communauté la plus nombreuse au Pakistan-Occidental et représentent environ 80 p. 100 des forces armées.

Le séparatisme bengali

Le territoire du Pakistan, tel qu'il est découpé au moment de la partition de 1947, comporte deux « ailes » de part et d'autre de l'Inde. Le Pakistan-Oriental compte plus d'habitants que le Pakistan-Occidental : 41,9 millions contre 33,7 millions en 1951. À ce titre, le premier exige une représentation au moins équivalente au second dans les institutions démocratiques que l'Assemblée constituante est chargée d'établir. Les Pendjabis s'inquiètent de cette demande, d'où un conflit qui empêche l'Assemblée de progresser dans ses travaux.

Les autorités s'aliènent définitivement les Bengalis en 1952 lorsqu'elles décident d'ériger l'ourdou au rang de langue nationale. Si cet idiome des Mohajirs a été adopté par les Pendjabis, tellement désireux de s'identifier à la nouvelle nation, les Bengalis le rejettent tant ils sont attachés à leur langue, le bengali. Des manifestations sont organisées pour protester contre cette décision. La répression fait un mort. La Ligue musulmane connaît ensuite un très sérieux revers lors des élections qui ont lieu en mars 1954 pour renouveler l'Assemblée bengalie. Le pouvoir pakistanais, en mai 1954, concède un amendement constitutionnel qui reconnaît l'ourdou et le bengali à parité comme « langues de l'État ».

Mais le pouvoir passe en force sur l'essentiel en imposant le « One Unit Scheme ». Or les Bengalis supportent d'autant plus mal la domination de l'Ouest qu'ils souffrent d'un retard socio-économique considérable. L'Awami League, qui a remporté les élections régionales de 1954, radicalise son programme sous l'impulsion d'un homme de gauche, Mujibur Rahman. En 1966, celui-ci formule six revendications majeures : la Constitution doit établir une véritable fédération et une démocratie parlementaire fondée sur le suffrage universel direct ; le gouvernement central ne contrôlera dans ce cadre que la défense et les affaires étrangères ; chaque « aile » du pays disposera de sa monnaie qui sera librement convertible ; la collecte de l'impôt relèvera des États qui en reverseront une part au pouvoir fédéral ; chaque « aile » du Pakistan gérera ses propres réserves en devises et pourra commercer avec qui elle veut ; le Pakistan-Oriental disposera d'une force paramilitaire propre.

Ayub Khan, président de la République depuis 1960, répond à ces demandes par la répression mais Yayha Khan décide d'organiser des élections qui sont un triomphe pour Rahman. Le Pakistan-Oriental refusant sa défaite, seule la guerre de 1971 avec l'Inde permettra au Bangladesh de voir le jour.

Le problème du Sind

Après la sécession du Pakistan-Oriental, les Pendjabis représentent désormais 60 p. 100 de la population totale et occupent environ trois quarts des emplois militaires. Néanmoins, c'est un Sindi, Zulfikar Ali Bhutto qui, ayant succédé à Yayha Khan comme chef de l'État dans le cadre de la loi martiale prorogée, occupe le pouvoir. La Constitution dont il dote le pays en 1973 est plus favorable au fédéralisme que les précédentes : elle accorde aux petites provinces un nombre de sièges équivalent à celui du Pendjab au sein de la Chambre haute. La portée de cette réforme est toutefois limitée, car cette Assemblée ne possède aucun pouvoir financier. L'essentiel des investissements continuent d'ailleurs de se concentrer au Pendjab. En fait, Bhutto conclut avec les Pendjabis un accord tacite qui permet aux Sindis et aux Pendjabis de dominer l'État.

Les nationalistes sindis, comme G. M. Syed, ont dénoncé dès 1947 la présence massive des Mohajirs dans leur région, puis la mainmise des Pendjabis sur le Pakistan, ce dont témoigne notamment le transfert de la capitale de Karachi à Islamabad au début des années 1960.

En 1972, le gouvernement du Sind est aux mains du P.P.P. de Bhutto, qui reprend à son compte une partie du programme des nationalistes sindis en rétablissant le sindi dans les écoles. Au même moment, le gouvernement de Bhutto à Islamabad introduit un quota de 11,4 p. 100 des postes de l'administration centrale en faveur des Sindis pour remédier à la domination des Mohajirs au sein de la bureaucratie.

La politique du P.P.P. exacerbe le sentiment de vulnérabilité des Mohajirs, qui se trouve en outre renforcé par leur déclin démographique, relatif, à Karachi. Des migrants y affluent en effet de toutes les provinces du Pakistan pour tirer avantage du dynamisme de la ville.

Le Mohajir Qaumi Mahaz (Mouvement national mohajir, M.Q.M.) est créé dans ce contexte en 1984 par des étudiants de la classe moyenne frustrés dans leurs espoirs d'ascension sociale, à l'image de leur chef, Altaf Hussain. Le M.Q.M. réclame notamment une représentation proportionnelle au poids démographique des Mohajirs dans l'université et l'administration ; il demande également que seules les personnes installées depuis au moins vingt ans dans le Sind soient considérées comme des résidants et jouissent du droit de vote, et que les étrangers ne puissent plus acheter des biens immobiliers dans le Sind.

En 1987, le M.Q.M. remporte les élections municipales à Karachi et à Hyderabad (la deuxième ville du Sind), puis un franc succès aux élections générales de 1988 après lesquelles Benazir Bhutto conclut d'ailleurs une alliance avec ce parti dont l'appoint en sièges lui permet de former le gouvernement. Le nouveau Premier ministre refuse cependant l'entrée des Biharis du Bangladesh qui souhaitent depuis longtemps rejoindre les Mohajirs (pour lesquels ce serait une bonne façon de gonfler leurs rangs) et ne nomme pas de Mohajirs à des postes importants. En 1989, le M.Q.M. proteste contre cette attitude au moyen de grandes manifestations à l'origine de violences très meurtrières et rompt avec le P.P.P. En juin 1992, l'armée est déployée à Karachi. Les leaders du M.Q.M. entrent dans la clandestinité ou fuient à l'étranger – notamment à Londres où Altaf Hussain s'était déjà établi. L'opération, baptisée Clean-up, ne fait que radicaliser la population mohajire en faveur du M.Q.M. Les militaires se retirent de Karachi en novembre 1994, non sans avoir réussi à scinder le parti en deux, avec la formation d'une faction dite Haqiqi, constituée de militants tout aussi violents que ceux du parti originel, le M.Q.M. (A, pour Altaf). En 1995, le bilan humain des violences s'éleva à mille cinq cents morts (contre 600 en 1994).

Les élections de 2008 offrent une belle victoire au P.P.P., avec 90 sièges sur 164, contre 51 au M.Q.M., qui oscille toujours entre une stratégie d'alliance et une démarche d'opposition vis-à-vis du parti des Bhutto. Si le M.Q.M. retire son soutien – avant de revenir sur sa décision – au gouvernement de Gilani en janvier 2011, c'est autant pour protester contre la hausse du prix des carburants que pour manifester sa colère envers la complaisance du pouvoir à l'égard des Pachtounes de Karachi, un bastion mohajir où ceux-ci sont non seulement de plus en plus nombreux, mais aussi de plus en plus militants – au point que l'A.N.P. obtient quelques sièges dans les circonscriptions où les Pachtounes sont les plus nombreux.

Le mouvement baloutche pour l'autodétermination

La population des Baloutches s'étendant sur plusieurs pays, le Pakistan, l'Iran et l'Afghanistan, leur nationalisme comporte une dimension irrédentiste. Cette idéologie se réclame d'ailleurs du royaume de Kalat qui coïncidait pratiquement au xviiie siècle avec l'aire d'extension des populations baloutches et qui constituait une principauté de l'État afghan. En 1947, le prince de l'État de Kalat opta pour l'indépendance, mais l'armée pakistanaise eut raison de sa résistance en quelques mois.

La résurgence du nationalisme baloutche date du début des années 1970. En 1972, l'alliance du National Awami Party (une formation pachtoune bien implantée dans la province de la Frontière du Nord-Ouest) et du Jamiat-Ulema-i-Islam (J.U.I., un parti conservateur soutenu par les sardars – notables à la tête de tribus – du Baloutchistan) remporta les élections dans ces deux régions. Les nouveaux gouvernants s'efforcèrent d'indigéniser les administrations de leur État en remplaçant les fonctionnaires venus de l'extérieur par des « fils du sol », ce qui suscita l'hostilité du gouvernement Bhutto. Le Baloutchistan et la province de la frontière du Nord-Ouest reprochaient en outre à Islamabad de ne pas investir suffisamment dans l'économie de leurs régions et revendiquaient donc la maîtrise de leur industrialisation.

Bhutto démit finalement le gouvernement du Baloutchistan en février 1973 (celui de la province de la frontière du Nord-Ouest démissionna en signe de solidarité). Le mouvement de guérilla, mélange de séparatisme et de marxisme-léninisme qui existait déjà au Baloutchistan depuis les années 1960, rallia alors de nouveaux soutiens et, pendant quatre ans, des organisations telles que le Baluch People's Liberation Front et la Baluch Students' Organisation furent au centre d'une insurrection qui impliqua environ cinquante-cinq mille personnes (dont 11 500 combattants). L'armée pakistanaise déploya quatre-vingt mille hommes au cours d'une guerre qui fit cinq mille trois cents victimes dans les rangs baloutches et trois mille trois cents parmi les soldats. Cette insurrection fut finalement réduite en 1977, certains de ses leaders prenant la route de l'exil, comme Attaullah Khan Mengal qui partit pour Londres fonder le Sind Baloch Pashtun Front. Bien des sardars préférèrent toutefois collaborer avec le pouvoir central, qui ne demandait pas mieux que de les coopter. Mengal revint d'ailleurs en 1995 pour former le Baluchistan National Party (B.N.P.), qui arrivera en tête des élections de février 1997 sans disposer d'une majorité à l'Assemblée.

La mobilisation nationaliste s'est trouvée relancée à la fin des années 1990 lorsque, à la suite de trois années de sécheresse, le Baloutchistan s'est insurgé contre le pillage de ses ressources naturelles (la province, qui produit 40 p. 100 du gaz national, vend les trois quarts de sa production au reste du pays à vil prix) et le développement par les autorités pakistanaises d'un port financé par la Chine et construit grâce à son assistance à Gwadar, qui promet d'être un grand centre économique mais dont l'activité échappe totalement aux Baloutches. Ceux-ci se sont sentis d'autant plus exclus que, en 2002, les élections provinciales ont porté au pouvoir une coalition du M.M.A. et de la P.M.L.-Q. grâce, notamment, au vote des réfugiés pachtouns. Le viol d'une femme médecin de la ville de Sui – principal terminal gazier de la région – par des militaires Pendjabis a mis le feu aux poudres le 2 janvier 2005. L'insurrection s'est traduite par des attaques répétées contre les installations gazières et le lancement d'une guérilla par la Balouch Liberation Army. Nawab Akbar Khan Bugti, président du Jamhoori Watan Party (un parti nationaliste baloutche) et ancien gouverneur de la province, entré lui-même dans la clandestinité, a été assassiné le 26 août 2006 lors d'une attaque aérienne massive, ce qui a encore exacerbé l'agitation.

Les élections de 2008 placent la P.M.L.-Q. en tête (une situation qui ne sera observée dans aucune autre province), mais avec seulement 20 sièges sur 63, le M.M.A. conservant 10 sièges, le P.P.P., 11, et le B.N.P., 7. Mais le jeu électoral importe assez peu dans une zone en proie à la guerre où bien des leaders politiques sont en prison.

L'irrédentisme pachtoun et ses limites

Les Pachtouns s'étendent eux aussi sur le territoire de plus d'un État, puisqu'ils se répartissent pratiquement à égalité des deux côtés de la ligne Durand, en Afghanistan et au Pakistan, où ils vivent dans la province de la frontière du Nord-Ouest dont ils représentent les deux tiers de la population. En 1947, ils s'opposèrent à leur incorporation dans le Pakistan par la voix de leur principal leader, Ghaffar Khan, qui aspirait à la formation d'un Pachtounistan. Mais son fils, Wali Khan, fut, en 1957, l'un des fondateurs du National Awami Party, qui s'intégra finalement au système politique pakistanais. Les Pachtouns étaient de toute façon moins marginalisés par l'État pakistanais que les Sindis et les Baloutches en raison, notamment, de leur surreprésentation dans l'armée.

Ils se sont toutefois trouvés confortés dans leur nationalisme par l'attitude centralisatrice du gouvernement. Lorsque Bhutto destitua en 1973 le gouvernement N.A.P. du Baloutchistan, celui de la province de la Frontière du Nord-Ouest démissionna en signe de solidarité. Au début de 1975, Bhutto argua du meurtre d'un ministre P.P.P. de la province de la Frontière du Nord-Ouest, pour arrêter Wali Khan et dissoudre le N.A.P. Le procès de Wali Khan dura jusqu'à la destitution de Bhutto en 1977.

photographie : Réfugiés afghans

Réfugiés afghans

À la passe de Khyber, en 1980, des réfugiés afghans franchissent la frontière vers le Pakistan. 

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Le conflit afghan des années 1980 a atténué l'irrédentisme pachtoun, car l'afflux de 3 millions de réfugiés afghans de la même origine ethnique a fait passer la population de la province de la Frontière du Nord-Ouest à 16 millions de personnes, contre 14 millions d'Afghans dans les années 1980, de sorte que certains leaders pachtoun ont pu dire que le Pachtounistan existait de facto.

La démocratisation de 1988 ne s'est pas traduite par un réveil du nationalisme pachtoun. En 1997, l'Awami National Party (A.N.P., issu du National Awami Party en 1986 et dont Wali Khan fut le premier président) n'a d'ailleurs remporté que 28 sièges à l'Assemblée de la province de la Frontière du Nord-Ouest qui en compte 83. Il a ensuite été littéralement submergé par la vague islamiste consécutive à la guerre d'Afghanistan de 2001. Le M.M.A. remporta d'ailleurs une majorité des sièges dans la province en 2002, y forma donc le gouvernement régional et mit alors en œuvre une politique d'islamisation dont le Shariat (Islamic Law) Bill et le contrôle de l'espace public (interdiction de la musique, des publicités dites tapageuses, etc.) furent les pierres angulaires. Le 14 juillet 2005, l'Assemblée de la province franchit un pas de plus dans cette direction en instituant une fonction nouvelle, des « tehsil mohtasibs » chargés de veiller au respect de l'islam par les fonctionnaires locaux. Hostile à cette démarche, obscurantiste à ses yeux, Moucharraf saisit la Cour suprême qui cassa cette décision.

Les élections de 2008 sont marquées par un échec cuisant du M.M.A., qui ne remporte que 14 sièges sur 131, contre 46 à l'A.N.P. et 30 au P.P.P., ces deux derniers partis étant appelés à former une nouvelle coalition. Ironie des alliances politiques marquées par l'opportunisme, le J.U.I., parti rival de l'A.N.P. s'est aussi associé à la coalition au pouvoir, avant de la quitter à la fin de 2010.

La montée en puissance des talibans pakistanais dans la zone se traduit depuis 2007 par la multiplication des attentats-suicides et des assassinats ciblés visant les opposants qui cherchent, par exemple, à constituer des milices d'autodéfense. Pris entre l'armée qui est massivement intervenue en 2009 pour reprendre le contrôle de la vallée de Swat et le Mouvement des talibans du Pakistan (Tehrik-e-Taliban, T.T.P.), le gouvernement central n'a guère pu aller au-delà de réformes symboliques telles que le changement de nom de la province de la Frontière du Nord-Ouest qui a été rebaptisée Khyber Pakhtunkhwa. La situation est naturellement plus critique encore dans les F.A.T.A. où l'armée a certes délogé le T.T.P. du Sud-Waziristan mais hésite à mener une opération comparable au Nord -Waziristan.

Un nationalisme sans nation ?

Parallèlement à ces tensions ethno-linguistiques, l'opposition entre différents courants musulmans s'est développée. Si les Ahmadiyas, une communauté hétérodoxe fondée au Pendjab à la fin du xixe siècle, furent la cible privilégiée des partis islamiques – et même de l'État – au début de la République, l'opposition entre sunnites et chiites s'est exacerbée ensuite en réaction à la politique d'islamisation – de « sunnisation » en fait – du général Zia. Ce conflit a pris un tour violent dans les années 1990-2000. Aucune région n'est épargnée par les attentats visant tantôt une mosquée sunnite, tantôt une procession chiite. Non seulement l'islam n'a pas été un ciment suffisant pour dépasser les clivages ethno-linguistiques, mais la religion d'État elle-même a donc fini par connaître des divisions profondes.

Si la nation pakistanaise peine à se construire en raison de la force des mouvements ethniques, le nationalisme, lui, demeure d'autant plus virulent qu'il se construit par rapport à un Autre, extérieur au pays. Longtemps, cet Autre a été l'Inde, accusée d'asservir une population cachemirie qui avait vocation à rejoindre le home land des musulmans d'Asie du Sud. Depuis la deuxième guerre d'Afghanistan, cet Autre, c'est aussi l'Amérique, notamment sous George W. Bush, accusée d'exercer des pressions telles sur le Pakistan que celui-ci en aurait aliéné sa souveraineté. Si Moucharraf a été rebaptisé « Busharraf » par les islamistes – les plus virulents dans ce domaine –, c'est bien parce qu'il apparaissait à leurs yeux comme un laquais des États-Unis. Ceux-ci, d'un côté, clament haut et fort leur reconnaissance pour un pays qui les épaule au mieux dans leur guerre contre le terrorisme – d'où l'élévation du Pakistan, en 2004, au rang de « non-N.A.T.O. Ally » (allié non membre de l'O.T.A.N.) des Américains. Mais, d'un autre côté, ils dénoncent la mollesse de la répression anti-islamiste et la persistance de complicités au sein même de l'appareil militaire, qui expliquerait que la traque de Ben Laden n'ait rien donné jusqu'en 2011. Ce soupçon a alimenté l'anti-américanisme des Pakistanais et a renforcé encore leur nationalisme.

(Voir également PAKISTAN, chronologie contemporaine)

—  Christophe JAFFRELOT

Population et activités économiques

La population

Bien que les premiers recensements de 1951 et de 1961 soient peu fiables, la croissance démographique est rapide : de 34 à 40 millions en 1951, la population est passée à 84 millions en 1981, à 130,5 millions en 1998, et à 174,5 millions en 2010, dont 35 p. 100 vivent désormais dans les villes.

Les 800 000 kilomètres carrés sont très inégalement peuplés, au point que la densité moyenne (225 hab./km2) n'a guère de signification. Elle tombe à quelques unités dans les zones désertiques pour s'élever à 500 hab./km2 ou au-delà, dans les districts les plus peuplés du Pendjab, province où vit plus de la moitié de la population pakistanaise. Cette dernière s'est regroupée dans les plaines fertiles, notamment le long de l'Indus ; le nomadisme et la transhumance sont des modes de vie traditionnels qui ont quasi disparu.

Le territoire a toujours été sur la route des conquêtes militaires et a constitué de ce fait un creuset pour les peuples et les cultures. D'ailleurs, le Pakistan connaît d'importants problèmes frontaliers (ligne de cessez-le-feu au Cachemire disputé avec l'Inde, porosité de la frontière du nord-ouest), dans la mesure où les divers groupes ethniques, loin de former une unité, s'étendent sur les pays voisins (Pachtounes en Afghanistan, Sindis, Cachemiris et Pendjabis en Inde). Face à la diversité ethnolinguistique – plus de quatre-vingts langues sont parlées – l'État tente de promouvoir l'unité nationale constamment menacée. L'anglais et l'ourdou sont les deux langues officielles, la première n'étant que la clé d'accès aux postes à responsabilité tandis que la seconde, pourtant parlée par seulement 8 p. 100 des Pakistanais, est le symbole de l'identité musulmane depuis la partition de 1947 et est utilisée par les médias, journaux et télévisions. L'islam est la religion de 95 p. 100 des Pakistanais et elle est inscrite dans la Constitution comme religion d'État, mais le pays voit la montée en puissance des groupes religieux rivaux, les sunnites et les chiites (respectivement 75 et 20 p. 100), dont les dissensions à propos de l'application de la charia sont à l'origine de massacres récurrents.

Le taux d'accroissement naturel, estimé à 3 p. 100 dans les années 1980, serait tombé à 1,8 p. 100 au début du xxie siècle. Le taux de fécondité est, en 2010, de 3,28 enfants/femme et encore plus du tiers de la population a moins de quinze ans. L'émigration a toujours été forte au Pakistan, principalement vers les pays du Moyen-Orient, le Royaume-Uni et les États-Unis. Les envois d'argent de ces millions de travailleurs émigrés représentent la plus importante source de devises du pays (7 milliards de dollars en 2008), loin devant l'aide internationale qui a pourtant nettement augmenté depuis les attentats du 11 septembre 2001 et la mise en place par Islamabad d'une politique antiterroriste et pro-américaine.

Malgré une misère moins aiguë qu'en Inde ou au Bangladesh, les indicateurs du développement humain restent médiocres bien qu'ils aient constamment augmenté depuis 1980 (de 0,4 en 1980 à 0,57 en 2007, selon le Programme des Nations unies pour le développement). Le taux d'alphabétisation est estimé à 58 p. 100 pour les hommes et à seulement 29 p. 100 pour les femmes, l'espérance de vie se situe à 62-64 ans, la mortalité infantile est à 67 p. 1 000. La pression démographique toujours plus forte, notamment dans les villes, avec son corollaire, la hausse du chômage et du sous-emploi, ainsi que l'insuffisance des investissements dans les services sociaux ont contribué à accentuer la pauvreté et les déséquilibres socio-économiques (près de 30 p. 100 de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté). L'extrême pauvreté et le sous-développement touchent particulièrement les zones rurales, délaissées par le pouvoir central. Qui plus est, le système d'éducation fonctionne mal : manque de maîtres et de matériel, écoles « fantômes » qui n'existent que sur le papier, dégradation de l'enseignement supérieur. En revanche, on trouve quelques business schools et instituts de recherche de bon niveau.

Les étapes de la croissance économique

Jusqu'à la prise du pouvoir par le général Ayub Khan, l'instabilité politique empêche un développement cohérent. L'agriculture reste semi-stagnante, ce qui se traduit par des importations de grain, lesquelles, insignifiantes en 1947, dépassent le million de tonnes en 1953-1954.

Quasi inexistante au départ, l'industrie connaît en revanche une vigoureuse poussée, principalement à Karachi. Les grands marchands venus de Bombay se muent en industriels, développant les textiles de coton, d'autres industries légères, des raffineries de sucre (dans l'intérieur), des cimenteries. Parmi les principaux industriels, plusieurs appartiennent à de très petites communautés musulmanes, khojas (ismaéliens), bohras, memons.

Le deuxième plan (1960-1965) est mieux coordonné, grâce à un pouvoir politique plus efficace. En même temps commencent à apparaître de nouvelles élites, dont plusieurs économistes. Les crédits et dons extérieurs augmentent.

Le gouvernement suit une ligne pragmatique, encourageant le secteur privé, même s'il ne parvient pas à éliminer toutes les interventions bureaucratiques. Cette politique porte ses fruits. L'industrie continue à se développer et à se diversifier. L'agriculture progresse grâce à l'irrigation et à l'emploi d'engrais chimiques.

Au cours des cinq années 1965-1970, l'ensemble de l'appareil économique s'affaiblit, conséquence de la guerre indo-pakistanaise de 1965. Si l'agriculture marque de nouveaux points, l'industrie perd une partie de son élan.

Zulfikar Ali Bhutto déclenche une vague de nationalisations qui touche plusieurs secteurs de l'industrie, la plupart des banques, des entreprises commerciales. Comme on pouvait le prévoir, l'État n'est pas en mesure d'assurer la gestion et l'expansion de toutes ces entreprises qui s'ajoutent au secteur public déjà existant, d'où un ralentissement des activités, et des pertes. Quant aux grands projets du secteur lourd (dont l'aciérie de Karachi), ils prennent corps très lentement et immobilisent des masses de capitaux.

Le secteur privé conserve une certaine place, notamment avec la très importante branche des textiles de coton. Cependant, devant la succession de nationalisations, les entrepreneurs privés se gardent d'investir et même de renouveler leurs équipements qui, dans le textile en particulier, vieillissent dangereusement.

Sur le front agricole, de mauvaises conditions météorologiques et des faiblesses de planification expliquent la médiocre progression.

Dès la fin des années 1970, le président Zia est sensible au vent de réformes qui souffle sur l'Asie. Il se met à corriger la ligne socialo-populiste de son prédécesseur, ce qui relance la croissance. Néanmoins, il faut attendre Nawaz Sharif, à la fin de 1990, pour que des changements profonds et irréversibles soient mis en œuvre. Libéralisation et ouverture deviennent les maîtres mots. Une partie des pesanteurs bureaucratiques est éliminée. Le Pakistan s'ouvre davantage aux investissements privés étrangers. Le commerce extérieur est encouragé, les barrières douanières s'abaissent. Plusieurs entreprises publiques (banques, industries) sont privatisées, certaines subventions sont abolies. Cette politique est maintenue dans ses grandes lignes par Benazir Bhutto en 1993.

Ces réformes, qui ont pour elles le bon sens, ne vont pas tarder à se heurter à plusieurs freins ou obstacles, en partie hérités des années écoulées, en partie dus à la conjoncture actuelle. L'économie ne retrouve plus les cadences des années 1960 et 1980.

Les troubles et la violence créent un climat peu propice à une forte croissance, en particulier à Karachi et à Hyderabad qui abritent 35 à 40 p. 100 des grandes et moyennes industries. Les fréquents changements de gouvernement depuis 1988 ne favorisent pas non plus les investissements privés à long terme. Malgré une légère baisse, le poids de la défense nationale reste lourd, correspondant à 4,8 p. 100 du P. I. B.

Les faiblesses du système financier font dire à Vasim Jafarey, ancien gouverneur de la banque centrale et grand commis de l'État : « Le Pakistan est un pays riche, mais les caisses de l'État sont vides. » Régimes autoritaires ou aujourd'hui démocratiques, tous se montrent incapables d'opérer de véritables réformes du système fiscal pour réduire les fraudes et évasions. S'y ajoute ce que nous appelons « l'économie du coulage » : corruption, dépenses exagérées, gaspillages, contrebande, argent noir qui pourrait correspondre à près de la moitié du P.I.B. Que dire aussi des mauvaises créances des banques ? Crédits non remboursés, très souvent par des membres éminents de la classe politique.

Par conséquent, l'endettement intérieur et extérieur du Pakistan a atteint la cote d'alerte au milieu des années 1990, et notamment en 1998, avec les sanctions internationales à la suite des essais nucléaires et de la crise financière asiatique. Mais dès la fin de cette même année, les sanctions des États-Unis et du Japon se relâchent. Quant au F.M.I., il accorde un crédit de 5,5 milliards de dollars. La Banque mondiale et la Banque asiatique de développement apportent des appuis supplémentaires ; le Pakistan redresse lentement la tête.

Malgré ses difficultés économiques, Islamabad libéralise ses échanges commerciaux, notamment dans le cadre d'accords avec le F.M.I., la Banque mondiale et l'O.M.C. Le gouvernement militaire de Pervez Moucharraf (1999-2008) a mené, en 2000, d'importantes réformes économiques : privatisation des entreprises d'État, réforme du secteur bancaire, adoption d'une loi contre le blanchiment d'argent... qui, ajoutées à l'afflux de l'aide internationale – conditionnée à la lutte contre le terrorisme – et au rééchelonnement de la dette extérieure ont permis d'obtenir une croissance du P.I.B. de l'ordre de 4 à 8 p. 100 entre 2004 et 2007, une hausse des exportations, des investissements étrangers et des réserves de change. Mais, après ces années d'embellie, les déséquilibres structurels tels que la forte inflation (de 7,7 p. 100 en 2007 à 14,2 p. 100 en 2009), le déficit de la balance courante, la crise énergétique, et l'insuffisance des investissements, aggravés par la crise financière mondiale, font chuter la croissance du P.I.B. (2 p. 100 en 2008-2009). La dette extérieure atteint 52 milliards de dollars à la fin de 2009 et le déficit budgétaire continue d'être un point d'inquiétude majeur. Le nouveau pouvoir civil dirigé par Asif Ali Zardari – veuf de Benazir Bhutto – depuis 2008, accepte un plan d'assistance du F.M.I. d'un montant de six milliards de dollars sur deux ans afin de restaurer la confiance parmi les investisseurs étrangers et au sein des milieux d'affaires locaux. Islamabad est totalement dépendant des plans d'ajustement structurel – dont la mise en œuvre est pourtant douloureuse pour la population – pour assurer sa solvabilité financière et une certaine stabilité économique, quelle que soit la mobilisation des capitaux privés locaux ou étrangers.

L'économie du pays est également affectée par le déplacement d'environ 2,5 millions de personnes à la suite de la guerre contre les talibans.

Travaux hydrauliques et agriculture

Depuis le début des années 1980, au Pakistan, comme dans plusieurs autres pays d'Asie, l'agriculture marque le pas, faute de capitaux publics. Or quelque 43 p. 100 de la population active en dépend, et elle assure encore 20 p. 100 du P.I.B.

L'eau représente le problème numéro un. Dans le bassin de l'Indus au climat aride ou semi-aride, sauf au pied de l'Himalaya, l'irrigation est indispensable. Apparue il y a des millénaires, elle connut une prodigieuse expansion sous les Britanniques, suivie de nouveaux grands travaux après 1947. Il s'agit de l'un des plus grands bassins irrigués du monde, avec 14 millions d'hectares. Les canaux, cause initiale d'un fort développement, constituent aujourd'hui le principal obstacle aux futures étapes de la croissance agricole.

Sous la pression démographique, les paysans tendent à irriguer le maximum de terre, de sorte que l'eau est insuffisante. Fait plus grave, l'entretien et la rénovation des canaux sont négligés depuis des décennies, et ces carences n'ont été que partiellement atténuées par l'installation de 300 000 puits tubés à pompe.

À ces faiblesses s'ajoutent l'excès d'eau (waterlogging) et la salinité : de grosses infiltrations d'eau provenant des canaux font monter la nappe phréatique, avec pour conséquence soit un simple excès d'eau dans la zone des racines, soit un excès de salinité du fait de la remontée des sels souterrains. De gros travaux de drainage et de reconstitution des sols ont été entrepris, mais il reste beaucoup à faire. Par ailleurs, la rénovation des systèmes de canaux constitue une tâche gigantesque.

Récupérer l'eau perdue n'empêche pas le besoin de sources additionnelles, d'où le projet de barrage de Kalabagh sur l'Indus, à sa sortie en plaine. Mais cette entreprise est bloquée depuis les années 1960 par les dissensions inter-provinciales, alors que les besoins en électricité du pays, loin d'être satisfaits, génèrent d'importantes coupures quotidiennes.

Avec la « révolution verte » apparue dans la période 1965-1970, les trois facteurs semences-engrais-eau sont devenus indissociables. Les rendements moyens des deux principales productions, le blé et le riz, ont doublé. Le coton a, lui aussi, connu un progrès remarquable dans les années 1980. Cette plante joue un rôle de premier plan pour l'agriculture, l'industrie et les exportations, notamment de coton brut et de textiles.

Ce premier bond de la production était possible avec une irrigation imparfaite et la fourniture en partie inadéquate des autres intrants. Mais les nouvelles étapes conduisant à un rendement plus élevé s'avèrent beaucoup plus exigeantes (renouvellement des semences, irrigations multiples, dosage des engrais, traitements antiparasitaires).

Sur tous ces points, les progrès sont minces depuis le début des années 1980. Les fonds publics indispensables à la rénovation des canaux, à la recherche agronomique, aux services de vulgarisation font défaut. En conséquence, les rendements tendent à plafonner ou varient au gré des pluies. En cas de sécheresse, les rendements baissent. Quand la mousson et les petites pluies d'hiver sont généreuses, elles suppléent aux insuffisances de l'irrigation et améliorent de surcroît les cultures qui ne dépendent que des pluies. Toutefois, la mousson peut provoquer des pluies excessives et dommageables. Ainsi, les plus grandes inondations de l'histoire du pays, qui ont eu lieu durant l'été de 2010, ont non seulement causé d'importantes pertes humaines (plus de 1 500 morts et des millions de sans-abri) et matérielles (infrastructures détruites), mais elles mettent en péril l'avenir du pays sur le long terme avec la destruction des récoltes et des matières premières comme le coton, sur lesquelles reposent l'économie pakistanaise et la survie de la population.

Une autre tendance, celle-ci positive, s'est renforcée comme dans le reste de l'Asie, c'est la diversification croissante du secteur agricole en faveur de l'élevage, du lait, des fruits et légumes, de la pisciculture et même de l'horticulture. Les productions de lait et de viande ont fortement augmenté. Fruits et légumes ont un bon rapport sur de petites parcelles. Les paysans peuvent investir dans la petite irrigation comme le système goutte à goutte (drip). Ces divers produits répondent à la hausse de la demande locale et aux exportations, surtout à destination du Moyen-Orient. Ces activités exigent une main-d'œuvre importante, y compris dans la commercialisation et les transports. Mais tout cela ne compense pas les insuffisances des principales cultures et le Pakistan reste un importateur de produits alimentaires.

La culture et le trafic du pavot ainsi que ceux du cannabis occupent un large secteur de l'économie informelle du pays, qui est l'un des plus grands producteurs mondiaux de fleur de pavot. La production d'opium et sa transformation en héroïne sont localisées dans le nord-ouest du pays, qui est contrôlé non par le gouvernement central mais par des autorités locales à composante tribale. Mais des réseaux existent également au sein du pouvoir et de l'armée ; ils recyclent l'argent de la drogue dans l'équipement militaire et les recherches nucléaires du pays.

L'industrie et les infrastructures

N'occupant désormais qu'un cinquième de la population active, le secteur industriel continue toutefois de contribuer pour 25 p. 100 au P.I.B. L'effort fourni dans l'industrialisation du pays date de la fin du commerce entre l'Inde et le Pakistan en 1949, après l'indépendance des deux pays. Au départ, il s'agissait de construire les machines agricoles indispensables à la production intérieure. Puis des usines de textile pour le coton se sont implantées et sont devenues les plus grandes pourvoyeuses d'emplois, aux côtés des usines de textile de laine, des raffineries de sucre, des usines de papier et de tabac. Dans les années 1950, le gouvernement mena une politique de substitution d'importations qui favorisa la production de biens de consommation, de produits semi-finis et de biens d'équipement. À la fin des années 1970, il installa un complexe sidérurgique à Pipri, près de Karachi, grâce à l'assistance financière et technique de l'Union soviétique.

Bien qu'ayant bénéficié, dans les années 1990, des investissements privés étrangers et de la création de nouvelles entreprises dans le secteur de l'automobile, de l'électroménager et des machines, la croissance pakistanaise est tirée à la baisse par la contraction de la production industrielle, ce secteur souffrant de l'insuffisance des investissements passés et du déficit chronique d'approvisionnement en énergie. Le manque d'électricité qui s'accentue depuis 1980 a atteint le seuil critique, au point que nombre d'usines en souffrent. Les deux corporations publiques, la W.A.P.D.A. (Water and Power Development Authority) et la K.E.S.C. (Karachi Electric Supply Corporation) fonctionnent très mal : entretien insuffisant, vols de courant, pertes dans la transmission et la distribution.

En 1994, le gouvernement de Benazir Bhutto a fait appel à des entreprises étrangères pour construire des centrales, les faire tourner et vendre le courant à un prix très favorable pour elles à la W.A.P.D.A. Dans un premier temps, l'opération a remporté un gros succès, les tensions entre l'offre et la demande se sont calmées mais, revers de la médaille, les entreprises publiques furent incapables de payer le courant au prix fixé. De plus, revenu au pouvoir en 1997, Nawaz Sharif a accusé les firmes étrangères de corruption, et a remis en cause les prix d'achat du courant. Les autres projets de centrales privées en construction ont souffert de ces différends qui, en même temps, affectaient le climat des investissements étrangers dans leur ensemble.

Pourtant, d'importants progrès ont été accomplis dans l'exploitation du potentiel hydroélectrique. Une installation gigantesque fonctionne au barrage de Mangla, sur le fleuve Jhelum, au Cachemire, et une autre au barrage de Tarbela, sur le fleuve Indus. Le Pakistan est également doté d'importants gisements de gaz naturel et de plusieurs champs pétrolifères ; toutefois, il n'arrive à couvrir que la moitié de ses besoins énergétiques. Il est ainsi fortement dépendant des importations de pétrole – et du cours fluctuant du brut – pour répondre à une consommation croissante. Bien que le pays soit devenu à la fin des années 1980 une puissance nucléaire, les centrales ne fournissent qu'une infime part des besoins en électricité.

Dans le domaine des transports, les chemins de fer se sont beaucoup dégradés et le réseau n'a guère augmenté depuis 1947. Les transports routiers ont pris le dessus. Près de la moitié de l'axe principal Karachi-Lahore-Peshawar est à quatre voies. Quant au port de Karachi, il s'est adjoint de nouvelles installations à Port Qasim. D'une manière générale, les dysfonctionnements dans les transports semblent moins aigus qu'en Inde ou en Chine.

Les services et le commerce extérieur

L'administration publique est traditionnellement le plus gros employeur du pays, notamment pour la sécurité financière qu'elle apporte. Malgré les efforts entrepris par les divers gouvernements pour privatiser une large part de ses unités, le service public reste prédominant. Pris dans son ensemble, le secteur des services occupe plus du tiers de la population active et contribue pour plus de la moitié au P.I.B.

C'est le commerce qui reste le secteur le plus important de l'économie pakistanaise. Le pays s'est de tout temps montré plus ouvert aux investissements étrangers que l'Inde, mouvement qui s'est accentué avec les réformes de Nawaz Sharif (1997-1999). À côté de la large part prise par les centrales électriques, des progrès apparaissent dans les secteurs des machines, des produits pharmaceutiques, de l'agroalimentaire. Les Émirats arabes unis, les États-Unis et l'Union européenne sont de loin les premiers investisseurs, suivis de Singapour et de la Malaisie. Par ailleurs, comme l'Inde, et contrairement à l'Indonésie, le Pakistan dispose, malgré un important exode des cerveaux, d'un nombre élevé de cadres supérieurs de tout type dont profitent les multinationales. Elles n'utilisent qu'un très petit nombre d'expatriés, ce qui réduit leurs coûts. Ces élites dans l'industrie, les banques et le commerce constituent un atout de taille pour l'avenir du pays.

Même si le Pakistan a mené une politique favorable aux échanges extérieurs, la balance commerciale est toujours restée déficitaire. Les exportations concernent le textile, le riz, le cuir, etc., et sont destinées principalement aux États-Unis, aux Émirats arabes unis, à l'Afghanistan, au Royaume-Uni et à la Chine ; les importations de pétrole et de ses dérivés, ainsi que de biens d'équipement et produits chimiques proviennent surtout de Chine, d'Arabie saoudite et des Émirats arabes unis. Finalement, les visées ambitieuses du côté de l'Asie centrale – le Pakistan se voyait comme un tremplin pour accéder à ces marchés et y entraîner les multinationales – ont été déçues dès la fin des années 1990.

Par ailleurs, les investissements étrangers sont fortement dépendants du contexte politique du pays et des mesures gouvernementales – qui peuvent ébranler la confiance des entreprises multinationales – ainsi que de l'insécurité régionale. La désorganisation économique du Pakistan est ainsi largement provoquée par la recrudescence des violences politiques et religieuses. Malgré la réaffirmation de l'importance prioritaire du Pakistan au sein de la nouvelle doctrine américaine du président Obama énoncée en 2010, qui pourrait sauver in extremis l'économie du pays de la banqueroute, les promesses d'aides américaine et internationale restent assujetties à une prise de position plus claire d'Islamabad à l'encontre des talibans. Or, la lutte contre le terrorisme absorbe déjà jusqu'aux trois quarts du budget de l'État, cause des dégâts immenses dans les zones de conflit et se fait au détriment du développement économique.

La plupart des indicateurs dressent un tableau pour le moins inquiétant : image négative du Pakistan dans les relations internationales et régionales, turbulences politiques et dégradation de l'ordre public, économie engourdie aux deux niveaux du secteur privé et du rôle que devrait jouer l'État. Face à cette sombre toile de fond, on ne saurait oublier que le pays ne manque pas de moyens financiers, mais que la question est de mieux les utiliser. Plusieurs multinationales (Unilever et Nestlé, dans l'agroalimentaire) ont compris l'importance d'un tel marché. Le handicap majeur se situe au niveau politique. Du fond des campagnes jusqu'aux beaux quartiers de Karachi ou d'Islamabad, en passant par les bazars des petites villes, revient le même écho : la classe politique, toutes tendances confondues, est discréditée, ce qui fait le jeu des extrémistes religieux.

—  Gilbert ÉTIENNE, Universalis

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S. N. H. Naqvi dir., On Raising the Level of Economic and Social Well-Being of the People, P.I.D.E., Islamabad, 1992.

Écrit par :

  • : professeur à l'université de Paris-VII-Denis-Diderot
  • : professeur honoraire des Instituts universitaires de hautes études internationales et d'études du développement, Genève (Suisse)
  • : directeur de recherche au CNRS, Centre d'études et de recherches internationales-Sciences Po
  • : professeur titulaire de la faculté des sciences de l'université de Picardie

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Pour citer l’article

François DURAND-DASTÈS, Gilbert ÉTIENNE, Christophe JAFFRELOT, Guy MENNESSIER, « PAKISTAN », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pakistan/