IRAK-IRAN (GUERRE)

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Officiellement, la guerre entre l'Irak et l'Iran commence le 22 septembre 1980, lorsque le Conseil de commandement de la révolution (C.C.R.) irakien donne l'ordre à l'armée de « porter des coups décisifs aux objectifs militaires iraniens ». En fait, l'initiative prise par le président Saddam Hussein de s'engager dans une « guerre totale » est la conséquence d'une série fort longue d'incidents frontaliers d'ampleur croissante : suivant un mémorandum officiel irakien, les forces iraniennes auraient commis, du 23 février au 26 juillet 1980, pas moins de « 244 actes de violation de frontières ou d'agression contre l'Irak », faisant l'objet de 240 notes officielles de protestation de Bagdad à Téhéran. Le président Saddam Hussein, selon son habitude, aura voulu précéder l'événement et contenir un déferlement de la révolution khomeiniste que ses services de renseignement jugent, à travers plusieurs indices, imminent. Ce faisant, il est sans doute loin de penser que vient de se déclencher la guerre la plus longue et la plus sanglante depuis la Seconde Guerre mondiale.

1962 à 1989. De la guerre froide à la détente

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Saddam Hussein, 1980

Photographie : Saddam Hussein, 1980

Saddam Hussein encourage ses troupes, avant l'invasion de l'Iran par son armée, en 1980. 

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Des causes multiples

Dès l'ouverture des hostilités, les Irakiens évoquent la victoire de Qadissiya. Illustre dans l'histoire musulmane, cette bataille, livrée en 637, a permis aux armées arabes, rangées sous la bannière de l'islam, de rejeter les Sassanides hors de Mésopotamie et de détruire l'Empire qu'ils avaient fondé en Perse : plus encore que l'introduction de l'islam dans la région, ce nom de Qadissiya évoque la première victoire décisive des Arabes contre les Iraniens. Cette référence est naturellement considérée, du côté iranien, comme un détournement – une appropriation sacrilège – d'une page de l'histoire de l'islam. Ces deux interprétations opposées d'un même événement historique permettent de caractériser un des aspects essentiels de la guerre du Golfe. Pour l'Irak, et pour les États arabes qui vont lui prêter appuis et concours, il s'agit d'un combat aux confins de l'arabisme, en vue de sauvegarder les intérêts de celui-ci. Pour l'Iran, la guerre, ressentie comme défensive, est essentiellement islamique, dirigée contre le gouvernement de Bagdad tenu pour mécréant et laïc.

Les frontières

Mais cette lutte, que les antagonistes représentent comme un conflit de civilisations, renouvelle, à ce titre, une contestation multiséculaire sur les frontières, aggravée par le fait que des minorités y revendiquent leur indépendance ou autonomie. Inégalement partagée entre Iran et Irak, la Mésopotamie a été, de tout temps, un couloir pour les invasions asiatiques et, dès la plus haute antiquité, les Perses l'ont souvent emprunté. L'Irak, dans cette région, succède depuis la fin de la Première Guerre mondiale à un Empire ottoman qui, durant des siècles, s'est opposé à l'expansion de l'Empire persan. Dans la partie montagneuse, au nord, la connivence, contre les Persans chiites, entre les sultans ottomans et la plupart des émirs kurdes sunnites, a assuré, dès le début du xvie siècle, la relative stabilité des frontières seulement troublées par les différends, limités, entre tribus. Au sud, en revanche, les Persans convoitent la Basse-Mésopotamie, dont le peuplement est arabe mais chiite et qui abrite les principaux lieux saints du chiisme (Nedjef, Kerbala) ; ils l'envahiront à plusieurs reprises, jusqu'au cours du xviiie siècle, et tiendront même quelques années Bagdad, tandis qu'à l'est du Chatt al-Arab l'autorité du cheikh arabe de Mohammarah (Khorramchahr) s'étendra longtemps sur l'Arabistan (Khouzistan).

Le Chatt al-Arab

Depuis le traité de Souhab (1639), et sous réserve de divers empiétements, l'extrémité méridionale de la frontière turco-persane est constituée par le Chatt al-Arab, large estuaire formé par la réunion de l'Euphrate, du Tigre et du Karun. L'exacte définition des limites et des droits dans cette voie d'eau, sur ses rives et dans le plat pays au nord, entre Tigre et Karun, nour [...]

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1962 à 1989. De la guerre froide à la détente

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Saddam Hussein, 1980

Saddam Hussein, 1980
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Guerre Irak-Iran, 1980-1988

Guerre Irak-Iran, 1980-1988
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Victimes de la guerre Irak-Iran

Victimes de la guerre Irak-Iran
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  • : docteur en sociologie politique des relations internationales

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Pour citer l’article

Philippe RONDOT, « IRAK-IRAN (GUERRE) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/irak-iran-guerre/