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ARABISME

Au-delà des théoriciens que le nationalisme arabe a tardé à se donner, encore qu'ils furent précédés par les pionniers de ce qui est un proto-nationalisme, l'arabisme est d'abord le sentiment d'appartenance à l'ethnie ou à la nationalité arabe. Il y a lieu, en effet, de parler – et très tôt – d'une conscience ethnique diffuse. Et ce que l'arabisme suggère d'une doctrine ne s'entend, bien entendu, qu'à partir de ce sentiment, de cette conscience diffuse – et des situations objectives qui les fondent – dont le nationalisme arabe est une des expressions historiques.

La conscience ethnique diffuse

Les tribus arabes d'avant l'Islam formaient objectivement une unité, une ethnie, elles parlaient la langue arabe et avaient en commun un certain nombre de traits culturels plus ou moins spécifiques. À ce titre, les étrangers distinguaient nettement un peuple arabe. Il est vrai qu'ils confondaient avec lui les populations de langue sud-arabique parce qu'elles habitaient également l'Arabie. Mais celles-ci, également, considéraient les Arabes ('a‘râb) comme des étrangers. Les multiples tribus arabes étaient distinctes et souvent en lutte entre elles. Mais la conscience d'une certaine unité apparaît dans les désignations, fondées sur la langue commune, qui opposent les Arabes (al-‘Arab) aux « étrangers » (al-‘Adjam), même si le premier terme ne s'est appliqué d'abord qu'à certains éléments de cette ethnie. Elle s'exprime aussi par les généalogies fictives qui, très anciennement sans doute, rattachent les tribus les unes aux autres et qui seront, plus tard, adaptées au schéma biblique du chapitre x de la Genèse. Les joutes oratoires et littéraires, les grandes foires, les sanctuaires communs où beaucoup se rendent en pèlerinage, d'autres institutions intertribales (trèves sacrées, calendrier, etc.) renforcent ce sentiment d'unité. En 328, un chef de tribu se prétend, certainement avec beaucoup d'exagération, « roi de tous les Arabes ».

Au début du viie siècle, Mahomet considère qu'il prêche une doctrine universellement valable, l' islam, sous une forme spécifique destinée aux Arabes. Il est fait appel au sentiment national des Arabes pour les faire adhérer à la foi nouvelle. Au début des grandes conquêtes du viie siècle, s'il était permis aux juifs et aux chrétiens, parce qu'ils professaient substantiellement la même doctrine monothéiste, de garder leur religion moyennant le paiement d'une taxe spéciale, les Arabes devaient adopter l'islam. Sous les Omeyyades (660-750) qui dominent un Empire arabe, on s'intègre à la caste dominante à la fois en adoptant l'islam et en se rattachant à une tribu arabe par un lien de clientèle, en s'arabisant.

La disparition des principaux privilèges arabes et la transformation de l'empire arabe en empire musulman par la révolution abbaside (750) laissent coexister des ethnies hétérogènes dans cet empire et dans les États qui se constituent lors de son émiettement : Arabes, Turcs, Persans, Berbères... Des rivalités se font jour entre ces ethnies. Toute une littérature vante ou dénigre l'une ou l'autre qui constituent souvent des coteries en lutte pour des postes administratifs influents. Mais on ne perçoit pas l'idée d'un État national où les gouvernants seraient de la même ethnie que les gouvernés. Suivant la tradition léguée par l'Empire romain chrétien, l'unité de l'État réside dans l'idéologie religieuse de la caste dominante. L'allégeance va soit à l'État, à la dynastie, soit aux multiples groupes locaux : tribus, villages, villes, communautés religieuses.

Dans l'Empire ottoman, qui embrasse presque tous les pays ethniquement arabes, un changement se fait jour au xviii[...]

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Écrit par

  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études (IVe section)
  • Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Faysal à la conférence de paix de Paris, 1919

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La Ligue arabe

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Conférence de Bagdad, 1955

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Autres références

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