AHMADINEJAD MAHMOUD (1956- )

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Président de la République islamique d'Iran de 2005 à 2013.

Mahmoud Ahmadinejad est né le 28 octobre 1956 à Aradan, une bourgade proche de Garmsar, à une centaine de kilomètres au sud-est de Téhéran. Il est le quatrième enfant d'une famille modeste (son père est forgeron) qui migre vers la capitale, comme beaucoup d'autres, dans les années 1960, période d'exode rural. Influencé par son père profondément religieux, Mahmoud Ahmadinejad manifeste très tôt une forte hostilité à l'égard du régime de Mohammed Reza Pahlavi et une vive admiration pour l'ayatollah Khomeyni, exilé en 1963. Lycéen, il fustige la « dictature pahlavi » qui a transformé l'Iran en un « marché de consommation des produits de luxe occidentaux » et est révolté par les fastes de la célébration du 2 500e anniversaire de l'Empire en 1971. C'est sans doute dès son jeune âge qu'Ahmadinejad est sensible aux thèses des Hojjatiyeh, un groupe messianiste créé en 1953, qui souhaite, en précipitant le monde dans l'apocalypse, hâter le retour de l'imam caché, le Mahdi. En 1976, Ahmadinejad, reçu en bonne place, entre à l'université de Science et Technologie. Le spectacle de jeunes femmes habillées à l'occidentale l'offusque et renforce ses positions radicales. Il adhère à plusieurs associations étudiantes islamiques, qui jouent un rôle important lors de la révolution de 1978-1979 et lors de la prise d'otages à l'ambassade américaine de Téhéran.

Les activités du futur président pendant la guerre Irak-Iran (1980-1988) ne sont pas clairement établies ; celui-ci aurait été instructeur dans l'organisation des bassidji (volontaires prêts à se sacrifier pour la République islamique) puis, à partir de 1986, officier dans le corps des gardiens de la révolution (pāsdārān), chargé de la suppression des opposants en Iran et à l'étranger (notamment dans le nord de l'Irak). Un an avant la fin de la guerre, il obtient un doctorat en ingénierie des transports publics dans son université d'origine. Après la guerre, Ahmadinejad participe à des « missions » à l'étranger (il aurait été notamment associé aux préparatifs de l'assassinat du leader kurde Abderrahman Ghassemlou à Vienne en 1989), occupe divers postes dans l'administration territoriale iranienne et devient, en 1993, gouverneur de la province d'Ardabil qui vient d'être créée. Il reste à ce poste pendant quatre ans avant d'être démis de ses fonctions à l'arrivée au pouvoir du réformateur Mohamad Khatami en 1997 ; il rejoint alors son université où il enseigne jusqu'en 2003, année où les conservateurs gagnent la plupart des municipalités et où il est lui-même élu maire de Téhéran. Il bénéficie, lors de ces élections, du mécontentement d'une large partie de la population face à la dégradation de la situation économique, d'un fort taux d'abstention traduisant la démobilisation des électeurs réformateurs (12 p. 100 de participation au scrutin à Téhéran) et du soutien de la formation politique conservatrice qu'il a créée (E'telāf-e ābādgarān-e Irān-e eslāmi : Coalition des bâtisseurs de l'Iran islamique). À la tête de la municipalité de Téhéran, Ahmadinejad se forge une image publique de conservateur radical, favorable à une application sourcilleuse de la shari'a, et renforce son parti dans l'optique de l'élection présidentielle de juin 2005 qu'il remporte au second tour contre Ali Akbar Hachemi Rafsandjani.

Marié, père de deux fils et d'une fille, dont on vantera la sobriété du mariage, Ahmadinejad, bien que président de la République, continue d'habiter dans un quartier populaire de l'est de Téhéran, de porter un blouson de toile, d'utiliser un langage simple et se veut proche des gens. « Les remerciements d'une vieille et pauvre femme à qui justice a été rendue compteront plus que tous les titres et médailles internationaux », écrit-il sur son blog. Peu enclin aux usages diplomatiques, il prend à parti directement dans ses discours ou dans les courriers qu'il leur adresse les chefs d'État étrangers, tels que George W. Bush ou Nicolas Sarkozy. Au premier, il annonce qu'il « sera jugé, dans un avenir proche, devant le tribunal des peuples » ; au second, il déclare qu'il « manque d'expérience » et « ne comprend pas vraiment ce qu'il dit ».

Adepte d'un langage direct, Ahmadinejad l'est aussi d'une gestion directe des affaires du pays ; po [...]

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Écrit par :

  • : professeur d'anthropologie à l'université d'Aix-Marseille, ancien directeur de l'Institut français de recherche en Iran

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Pour citer l’article

Christian BROMBERGER, « AHMADINEJAD MAHMOUD (1956- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/mahmoud-ahmadinejad/