MITTERRAND FRANÇOIS (1916-1996)

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Bilan d'une présidence

Le bilan de François Mitterrand, finalement considérable, est politique plus que gestionnaire. Il a reconstruit le Parti socialiste et en a fait un parti de gouvernement. Il a permis la première alternance sous la Ve République ; il a contribué à la bipolarisation des forces politiques ; il a rendu possible un exercice long et, pour la première fois, non dramatique, du pouvoir par la gauche. Il a acclimaté celle-ci aux nouvelles institutions et mis en place la première cohabitation. Sur le plan économique, malgré certaines de ses préventions, il a présidé à une certaine libéralisation économique du pays au cours de son second septennat. Au plan européen, il a joué un rôle clef dans la relance européenne – le traité de Maastricht, la création du grand marché unique et de l'euro. Cette attitude favorable à la construction européenne est un autre fil rouge dans son parcours. Il a fait preuve de solidarité, atlantique et occidentale, à certains moments importants, en soutenant l'installation des fusées Pershing en Allemagne – « le pacifisme est à l'ouest, les euromissiles à l'est », déclara-t-il à Bruxelles en 1983. Il a engagé, enfin, la France dans la guerre du Golfe aux côtés des États-Unis en 1991.

Ce bilan n'est pas sans passif. Personnalité provocante et controversée, François Mitterrand a d'abord été un joueur. Certains épisodes de sa carrière, notamment l'affaire de l'Observatoire, l'auraient abattu sans son immense talent politique et sa détermination sans faille. Il est demeuré jusqu'au bout un grand animal politique, haï par les uns, adulé par les autres, ne pliant pas, ne se désunissant pas, homme de bataille et de polémiques, aimant être au centre du jeu. Il est demeuré ainsi garde des Sceaux du gouvernement Mollet jusqu'à sa chute, apparaissant alors comme l'un des responsables de la « sale guerre » d'Algérie. Après avoir finalement pris le dessus sur Pierre Mendès France, il a eu plus tard la satisfaction, au terme de son second mandat présidentiel, d'avoir contribué et assisté à l'échec politique de son rival au sein du Parti socialiste, Michel Rocard. En politique étrangère, le chute du Mur de Berlin en 1989, l'éclatement de la Yougoslavie en 1991, le putsch de Moscou en août de la même année, ou encore la guerre au Rwanda et le génocide des Tutsi en 1994 ont révélé de graves erreurs de jugement chez un homme trop attaché à une diplomatie française héritée du gaullisme. La fin de son second septennat a été marquée par des affaires touchant ses proches et par les révélations sur son passé vichyste, notamment sur son amitié durable avec René Bousquet. Elle fut marquée aussi par une longue et cruelle maladie, dépistée dès avant sa prise de fonction, en 1981, qui réduisit fortement son activité mais qui ne l'empêcha pas de terminer son second mandat.

Didier Ratsiraka et François Mitterrand, 1986

Photographie : Didier Ratsiraka et François Mitterrand, 1986

Didier Ratsiraka, président de la République malgache, est reçu par François Mitterrand, président de la République française, en 1986. 

Crédits : Pierre Rousseau/ Hulton Archive/ Getty Images

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Pour lui, la politique avait une autonomie aussi bien par rapport à ses fins ultimes que par rapport aux grandes idéologies. À cet égard, il fut un précurseur « de la désolation du paysage idéologue. Un précurseur qui a précipité le Parti socialiste dans une crise d'identité profonde. Qui a débarrassé la politique de toute référence à un corps de doctrine, laissant ainsi le roi nu face à la réalité du pouvoir et de son exercice ».

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François Mitterrand, 1981

François Mitterrand, 1981
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Didier Ratsiraka et François Mitterrand, 1986

Didier Ratsiraka et François Mitterrand, 1986
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Pour citer l’article

Gérard GRUNBERG, « MITTERRAND FRANÇOIS - (1916-1996) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/francois-mitterrand/