FRANCEL'année politique 2021

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Quelle prise de la France sur le monde ?

Le président de la République avait prononcé de vibrants plaidoyers en faveur de l’universalité des droits de l’homme et des « défenseurs de la liberté » à la tribune des Nations unies en 2017 et en 2018. Les critiques des organisations des droits de l’homme ne l’ont pas épargné en 2021. On lui reproche une attitude trop restrictive en matière d’accueil des réfugiés et un traitement parfois brutal des migrants – en particulier à Calais –, mais aussi des prises de position internationales peu offensives. En effet, il ne dénonce pas explicitement la violente répression de l’opposition à Hong Kong et, bien qu’il ait condamné, en septembre 2020, les crimes contre l’humanité – sans employer le terme – commis par le régime chinois dans le Xinjiang contre les Ouïgours, les comptes rendus d’un entretien du président avec Xi Jinping en février ne mentionnent pas la question. Devant le pouvoir russe, Emmanuel Macron reste depuis plusieurs années dans une sorte d’entre-deux. D’un côté, il dénonce les actes d’agression ou d’intimidation du Kremlin, la violation de certains droits fondamentaux – sans toutefois dénoncer les crimes de guerre russes. De l’autre, il cherche à maintenir une possibilité de dialogue avec Moscou. En juin, Angela Merkel et lui vont jusqu’à proposer la tenue d’un sommet réunissant l’Union européenne et la Russie, ce qui provoque les vives protestations des pays de l’Europe centrale et orientale. Enfin, le texte de « Présentation de la présidence française du Conseil de l’UE » de décembre prévoit des initiatives pour préserver les Balkans occidentaux des influences russe, chinoise ou turque, mais il ne dit pas un mot de la menace russe sur l’Europe centrale et orientale, et en particulier sur l’Ukraine.

Les ventes d’armes de la France dans le monde arabe font aussi l’objet de vives critiques : vente en mai de 30 avions Rafale à un régime égyptien de plus en plus répressif ; en décembre de 80 Rafale aux Émirats arabes unis, coresponsables avec l’Arabie Saoudite de frappes contre les civils au Yémen. En décembre, le président rend une visite officielle au prince héritier saoudien Mohammed ben Salman, alors que celui-ci est considéré par la CIA comme le commanditaire de l’assassinat du journaliste dissident Jamal Khashoggi en 2018, au consulat saoudien d’Istanbul. Quelques jours après la rencontre, l’affaire s’invite d’ailleurs dans le débat public, lors de l’interpellation d’un des assassins présumés du journaliste – finalement remis en liberté en raison d’une probable erreur sur la personne (homonymie) – à l’aéroport de Roissy–Charles-de-Gaulle. Quant aux initiatives françaises au Liban et en Libye, elles sont loin de porter leurs fruits.

C’est en Afrique que se situe l’un des principaux défis du président. Un soin particulier est d’ailleurs consacré à l’organisation du sommet Afrique-France d’octobre, à Montpellier, où l’Élysée reçoit des représentants de la jeunesse et de la société civile plutôt que des chefs d’État, ce qui est diversement apprécié. En juin, Emmanuel Macron a annoncé la fin de l’opération Barkhane au Sahel « en tant qu’opération extérieure » et le redéploiement de « forces spéciales structurées » – opération Takuba où la France serait associée à des « forces africaines, européennes, internationales ». Malgré plusieurs opérations réussies contre des groupes djihadistes, la menace terroriste reste en effet élevée dans la région, quand elle ne s’aggrave pas. À l’automne, des manifestations contre la présence française se multiplient dans les pays du Sahel, où l’influence de Moscou se fait de plus en plus sentir. Les milices russes du groupe Wagner (également impliqué en Ukraine, en Syrie, ailleurs en Afrique…) se déploient, en particulier au Mali et en République centrafricaine, sur la demande des gouvernements des pays concernés.

Opération Barkhane : départ de l’armée française de Tombouctou

Photographie : Opération Barkhane : départ de l’armée française de Tombouctou

En juin 2021, le président Emmanuel Macron annonce la fin de l'opération Barkhane au Sahel et son remplacement par une opération Takuba, où la France doit être associée à des « forces africaines, européennes, internationales ». Après leur départ de Kidal (octobre) et de Tessalit... 

Crédits : Florent Vergnes/ AFP

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L’année 2021 est aussi marquée par une dégradation des relations entre la F [...]

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Emmanuel Macron lors de la visite d’un centre de vaccination contre la Covid-19

Emmanuel Macron lors de la visite d’un centre de vaccination contre la Covid-19
Crédits : Yoan Valat/ pool/ AFP

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France : abstentionnisme aux élections régionales, cantonales (1982-2011) et départementales (2015-2021)

France : abstentionnisme aux élections régionales, cantonales (1982-2011) et départementales (2015-2021)
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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France : élections régionales 2021

France : élections régionales 2021
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La précampagne présidentielle perturbée par la candidature Zemmour, 2021

La précampagne présidentielle perturbée par la candidature Zemmour, 2021
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  • : président du Centre d'étude et de réflexion pour l'action politique

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Pour citer l’article

Nicolas TENZER, « FRANCE - L'année politique 2021 », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/france-l-annee-politique-2021/