UKRAINE

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Ukraine : drapeau

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Ukraine : carte administrative

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Ukraine : carte physique

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Ukraine : territoire et activités

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UKRAINE : quelques données-clés.
Nom officielUkraine (UA)
Chef de l'ÉtatVolodymyr Zelensky (depuis le 20 mai 2019)
Chef du gouvernementDenys Chmyhal (depuis le 4 mars 2020)
CapitaleKiev
Langue officielleukrainien
Unité monétairehryvnia (UAH)
Population43 637 000 (estim. 2022)
Superficie (km2)603 549
drapeau : Ukraine : drapeau

Ukraine : drapeau

Ukraine (1918, repris janv. 1992). Cette République issue de l'ex-Union soviétique, indépendante depuis août 1991 mais membre de l'O.N.U. depuis 1945, présente un drapeau d'une simplicité extrême : deux bandes horizontales bleu clair et jaune. 

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Si l'on excepte la Russie, l'Ukraine est le plus vaste pays d'Europe. C'est aussi un des plus peuplés. En raison de sa situation géographique, l’Ukraine fut longtemps un État tampon, aux confins d'aires d'influences politiques et culturelles variées, voire antagonistes, comme l'atteste par exemple la géographie religieuse, linguistique et électorale. Ces influences resurgissent au début du xxie siècle à la faveur d’une crise politique et vont jusqu’à remettre en cause des frontières stabilisées depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

carte : Ukraine : carte administrative

Ukraine : carte administrative

Carte administrative de l'Ukraine. 

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La disparition de l'URSS a redonné toute son actualité à ce statut d'État tampon, entre la Russie qui a toujours souhaité conserver son influence sur l'ancien espace soviétique et des acteurs tels l'Union européenne et l'OTAN.

Géographie

carte : Ukraine : carte physique

Ukraine : carte physique

Carte physique de l'Ukraine. 

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S'étirant sur 1 300 kilomètres d'est en ouest et sur 700 à 900 kilomètres du nord au sud, l’Ukraine a une superficie terrestre et maritime de 603 700 kilomètres carrés (environ 576 600 km2 sans la Crimée, annexée de fait par la Russie depuis 2014). Ce pays de basses terres s'ouvre largement sur ses voisins. Plusieurs unités naturelles, disposées en bandes orientées ouest - sud-ouest/est - nord-est, peuvent être distinguées dans ce territoire où le climat continental s'accuse en allant vers l'est.

L'extrémité occidentale est partagée entre la terminaison des montagnes des Carpates et une dépression qui prolonge ici la plaine hongroise. Une part notable de cette région est occupée par la forêt (piémont carpatique) et par des alpages. Le nord du pays correspond à la dépression de la Polésie. Dans cette bande de territoire qui court de la frontière polonaise à la frontière russe en longeant le territoire biélorusse (de la Volhynie à la région de Tchernihiv), la forêt est dominante. Dans ce paysage de collines et de basses plaines entrecoupées de dépressions humides et marécageuses, les sols sont pauvres. Plus au sud, on entre dans le domaine des sols noirs, ou tchernoziom, qui sont parmi les plus fertiles du monde, initialement occupés par une steppe arborée. Ils couvrent un espace de 1 100 kilomètres d'est en ouest et de 500 kilomètres du nord au sud. C'est une succession de plaines et de plateaux sans contraste topographique majeur, traversés par plusieurs fleuves (Dniestr, Boug et Dniepr). Les épais sols lœssiques, associés à une topographie et à un climat favorables, permettent une agriculture intensive. En poursuivant vers le sud, c'est le domaine de sols bruns moins fertiles, de la région de Mykolaïv à celle de Louhansk. Le climat est moins humide mais la topographie reste favorable à la grande culture. Le dernier ensemble bioclimatique se déploie le long de la mer Noire, en Crimée et le long de la mer d'Azov. On peut y inclure aussi la Bessarabie ukrainienne (région située à l'ouest du Dniestr). Dans ces espaces qui offrent une topographie généralement basse et de nombreuses côtes à lagunes, les sols sont nettement moins fertiles et la sécheresse estivale est plus prononcée. Cela rend l'irrigation souvent indispensable.

Un tableau régional plus complexe qu'il n'y paraît

L'ouest de l'Ukraine s'ouvre largement sur l'Europe centrale et peut être divisé en plusieurs sous-ensembles bien individualisés. Le plateau de Podolie et de Volhynie correspond à la partie occidentale des Terres noires, entre les villes de Kiev et de Lviv. C'est une région fondamentalement rurale de collines et de terres basses, où les densités de population croissent en allant vers le sud. Le peuplement prend souvent la forme de villages-nébuleuses couvrant de vastes surfaces. L'économie repose sur une agriculture diversifiée (pomme de terre, lin, seigle, betterave à sucre, élevage bovin), où les céréales sont moins dominantes qu'autrefois, et sur des industries agroalimentaires dynamiques, dans un paysage d'allure souvent bocagère. L'industrie n'est pas absente de cette région tardivement incorporée dans l'URSS, mais elle est souvent sous-développée et généralement obsolète. Elle se concentre dans les chefs-lieux. Elle a bénéficié pour son développement de la densité élevée des infrastructures de communication et de la présence non négligeable de quelques ressources minières. C'est une région dominée par Lviv, véritable métropole de l'ouest.

En allant vers le sud-ouest, le piémont des Carpates est plus peuplé. Il a longtemps bénéficié de la présence de ressources naturelles (bois, potasse, hydrocarbures). La chaîne des Carpates à proprement parler est très boisée et possède quelques alpages. L'économie repose principalement sur l'élevage et sur la présence de touristes, mais les densités de population sont basses. Elles remontent en Ruthénie subcarpatique, où la plaine est structurée par un assez dense réseau de bourgs. L'économie repose aussi sur l'agriculture dont les spécialités sont l'élevage, les cultures fruitières et la vigne. Dans cette région stratégique passent de nombreux axes de communication, des oléoducs et des gazoducs qui relient la Russie au reste de l'Europe depuis l'époque soviétique.

photographie : Makiivka, Donbass (Ukraine)

Makiivka, Donbass (Ukraine)

La désindustrialisation guette l'Ukraine, comme de nombreuses régions d'Europe orientale. Ce complexe sidérurgique de Makiivka, une des usines les plus importantes et les plus anciennes du pays, est situé dans le bassin houiller du Donbass, très productif au temps de l'URSS. Victime du... 

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L'est de l'Ukraine, intégré dans l'URSS dès 1922, est beaucoup plus industrialisé. On y trouve un pays noir dont l'industrialisation commença à la charnière des xixe et xxe siècles. C'est le bassin houiller du Donets, ou région du Donbass, où les premiers signes de crise sont apparus dès les années 1960 et se sont accusés à partir des années 1980. Le Donbass a longtemps bénéficié de la proximité des gisements de fer de Kryvyï Rih (Krivoï Rog en russe) et de manganèse de la région de Nikopol. C'est un pays de mines, de terrils, d'industries lourdes (sidérurgie) et mécaniques, fortement urbanisé et structuré par un réseau de villes souvent grandes (Louhansk, Donetsk...). L'épuisement des gisements et l'obsolescence de l'outil industriel contraignent les autorités à trouver des solutions de reconversion économique pour cette région où de nombreuses villes souffrent d'une structure monosectorielle.

Plus au nord, la métropole de Kharkiv résiste mieux, car elle dispose de nombreux atouts : une bonne situation géographique près de la frontière russe, entre la ville de Koursk et le Donbass ; un grand carrefour ferroviaire ; de nombreux instituts d'enseignement supérieur ; une industrie plus diversifiée (machines, chimie, agroalimentaire...). Néanmoins, l'importance du complexe militaro-industriel hérité de la période soviétique et difficile à reconvertir fragilise encore quelque peu l'économie locale. Kharkiv domine une région agricole fertile qui correspond à la partie nord-est des Terres noires et qui présente une agriculture assez diversifiée (céréales, tournesol, tabac, volailles, élevage laitier...). Les paysages d'openfield sont ici plus monotones et les exploitations plus grandes qu'à l'ouest du Dniepr.

La vallée du Dniepr est un couloir de circulation majeur et d'intense industrialisation grâce à la présence du fleuve, d'une succession de grandes centrales hydroélectriques, à la proximité du Donbass et du gisement du fer de Kryvyï Rih. Un dense chapelet de villes industrielles s'égrène le long de la première artère fluviale de l'Europe orientale. Le Dniepr est également mis à contribution pour l'irrigation de nombreux périmètres agricoles. Mais les prélèvements d'eaux et les rejets industriels sont si massifs depuis la période soviétique que la situation écologique de la région inspire l'inquiétude. L'industrie repose principalement sur la production énergétique, la sidérurgie, la métallurgie non ferreuse, la chimie et la mécanique. Bien que les signes de crise ne soient pas absents, les principaux pôles urbains de la boucle du Dniepr (Poltava, Dnipro, Nikopol) bénéficient d'un tissu économique et d'infrastructures plus diversifiées, plus modernes et plus récentes que le Donbass.

Plus au nord, on entre dans la région de Kiev. La capitale ukrainienne est située au contact entre la dépression boisée et humide de la Polésie et les Terres noires, sur le grand axe méridien qui relie la mer Noire à la mer Baltique. Avec la soviétisation, Kiev est devenue un grand pôle industriel diversifié (agroalimentaire, construction mécanique de précision, chimie, armement, confection) et concentre également de nombreuses activités de services de haut niveau et la totalité des fonctions politiques centrales. La croissance rapide de l'agglomération contribue à vider les régions environnantes d'une bonne part de leur population.

Le sud peut être divisé en plusieurs sous-ensembles. La partie occidentale correspond à l'aire d'influence d'Odessa. Ce port est un centre industriel diversifié (sidérurgie, agroalimentaire, constructions mécaniques...), une base militaire, un pôle de recherche et une ville touristique importante. La plaine de Bessarabie toute proche (entre bas Danube et bas Dniestr) présente une agriculture diversifiée fondée sur une polyculture à base de céréales et de tournesols, sur la vigne et les arbres fruitiers. Cette activité est associée à une puissante industrie agroalimentaire. En allant vers l'est, la plaine située entre le Boug et le Dniepr présente des spécialisations agricoles proches (vigne, fruits). Elle est dominée par le pôle urbain et industriel de Kherson. Plus à l'est encore, le littoral de la mer d'Azov est une région agricole du même type. Ce littoral est structuré par un chapelet de villes industrielles et portuaires dont la principale est Marioupil, où les industries métallurgiques sont très liées au pays noir du Donbass. La proximité de ces pôles industriels (Mélitopol, Berdiansk, Marioupol, ainsi que Rostov en Russie) et d'une agriculture intensive irriguée nuit à l'équilibre écologique de la mer d'Azov. Celle-ci souffre de nombreuses agressions : baisse des apports d'eau douce, rejets industriels polluants, augmentation de la salinité, eutrophisation, perturbation de la niche écologique.

La Crimée se distingue du reste de l'Ukraine par son peuplement fortement russifié (plus encore que dans les parties orientales du pays), malgré le retour partiel de la population tatare autrefois déportée. Cette presqu'île de 27 000 kilomètres carrés est partiellement montagneuse. Son littoral compte plusieurs stations balnéaires qui tirent parti de la mer et de la douceur du climat (Alouchta, Foros, Feodossia). Les plaines situées au nord de la montagne criméenne sont occupées par une agriculture intensive irriguée (riz, fruits, légumineuses) et par une viticulture réputée. Les principales villes sont Simferopol, centre administratif et pôle industriel de taille moyenne, et surtout le port de Sébastopol, autrefois siège de la flotte soviétique de la mer Noire. La région a été annexée par la Russie en 2014.

Des évolutions sensibles, l'exemple de la population

Depuis les années 1980, l'espace ukrainien a subi de sensibles évolutions. Certaines sont liées à la disparition du modèle soviétique d'économie planifiée. D'autres sont plus anciennes et ont seulement été renforcées par celle-ci. L'évolution la plus significative est celle de la population et de sa répartition spatiale. Le pays comptait 51,9 millions d'habitants en 1991, année record. Depuis lors, la population a fortement baissé, tombant à 43,8 millions (Crimée comprise) en 2021 (donc avant l’invasion russe de 2022, qui provoque l’exil de plusieurs millions d’Ukrainiens et un surplus de décès dus, entre autres, aux bombardements). Autre fait remarquable, le taux d'urbanisation a presque stagné depuis 1990 : de 66,8 % cette année-là, il est passé à 67,1 % en 2000, pour atteindre 69,5 % en 2020, soit une quasi-stagnation. En nombre d'habitants, la population urbaine a plus fortement baissé que la population rurale.

photographie : Pripyat, Ukraine

Pripyat, Ukraine

La ville de Pripyat, où résidaient près de cinquante mille personnes, pour la plupart des employés de la centrale nucléaire de Tchernobyl et leurs familles, est désormais une ville fantôme. La population fut évacuée le 27 avril 1986, le lendemain de l'explosion, puis relogée à Kiev. 

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Les causes de ces évolutions sont connues. La baisse générale de la population est due à celle du solde naturel : la fécondité a baissé tandis que la mortalité a fortement augmenté depuis les années 1990. La deuxième cause est l'émigration (surtout de la population russe), qui compte pour 16 % dans la baisse de la population totale. La baisse des soldes naturel et migratoire est liée à la crise sociale et économique, à la dégradation de l'état de santé moyen des Ukrainiens, à la baisse du niveau de vie, à la catastrophe de Tchernobyl (1986), à l'anxiété face à un avenir incertain et au déclin de la qualité du système de santé. Ces évolutions générales n'ont pas atteint les mêmes proportions dans toutes les régions. Bien sûr, les bouleversements provoqués par la guerre déclenchée par la Russie en février 2022 ne peuvent qu’aggraver ces tendances.

L'Ukraine de l'ouest semble plus dynamique que l'Ukraine de l'est. Les oblasts (ou régions) occidentaux ont connu soit une augmentation, soit une faible baisse de leur population, souvent grâce à des soldes migratoires positifs. Les autres oblasts, à l'exception de Kiev et de la Crimée, ont enregistré en revanche une baisse souvent forte, voire très forte, du nombre de leurs habitants (notamment les oblasts de Tchernihiv et de Louhansk). Le déclin démographique du centre et de l'est du pays a des causes variées : catastrophe de Tchernobyl (oblasts de Tchernihiv et de Jitomir), crise des régions industrielles de l'est (Donbass en particulier), émigration et baisse du solde naturel parmi les Russes ethniques (Kharkiv, Donetsk, Louhansk...).

Une situation économique fragile de type postsoviétique

L'économie ukrainienne a souffert de la disparition de l'URSS, subissant une grave récession dont elle a peiné à sortir. Contrairement à d'autres anciennes républiques soviétiques, elle ne peut pas compter sur d'éventuelles ressources gazières et pétrolières pour financer ses réformes. Le signe le plus évident de la crise traversée par le pays a été la chute du PIB. En dollars constants, le PIB par habitant s'est effondré, entre 1990 et 1999, de plus de la moitié, avant d'augmenter à nouveau. Le PIB du pays a lui aussi chuté en termes réels. En dollars constants, il était tombé en 1999 à 41 % de sa valeur de 1990. Il est remonté ensuite progressivement, mais il n'était encore en 2004 qu'à 61 % de son niveau de 1990. Le retour de la croissance après 2000 est encourageant (+ 9,2 %, + 9,4 % en 2003 et même + 12 % en 2004), mais il repose sur des bases fragiles. La crise bancaire et financière mondiale de 2008 puis celle de la Covid-19 à partir de 2020 sont venus ralentir cette dynamique, mais le PIB par habitant se maintient aux alentours de 3 000 dollars.

L'Ukraine semble hésiter à s'engager fermement dans une réforme profonde de son système économique largement hérité de la période soviétique. Les deux années qui suivirent la disparition de l'URSS furent marquées par l'immobilisme des autorités, qui souhaitaient éviter un cataclysme social. Mais malgré l'évitement de toute thérapie de choc de type soviétique ou polonais (avec un refus manifeste d'ouverture économique sur l'extérieur et de mise en œuvre trop brutale de mécanismes de marché), les performances économiques et sociales ne furent pas meilleures que dans les pays voisins. C'est seulement à partir de 1994 que les autorités ont commencé à mettre en œuvre des réformes plus robustes, lançant notamment des programmes de privatisation (il est vrai souvent au profit de quelques oligarques locaux proches du pouvoir politique). Le pays a notamment réussi à se doter, en 1996, d'une monnaie stable (la hryvna) et à juguler partiellement son inflation, qui atteste d'un retour à un minimum de stabilité financière. Les signes économiques favorables après 2000 montrent que certaines décisions prises par les autorités ont aussi porté leurs fruits.

photographie : Culture du blé, Ukraine

Culture du blé, Ukraine

Ancien grenier à blé de l'Europe, l'ex-république soviétique mise sur le secteur agricole pour redresser son économie. L'Ukraine loue ainsi des centaines de milliers d'hectares de terres arables à des investisseurs étrangers tels que le groupe français AgroGénération de Charles Beigbeder. 

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L'économie ukrainienne présente encore néanmoins de nombreuses faiblesses : diversification insuffisante de ses productions (trop d'industries lourdes fournissant des produits semi-finis à faible valeur ajoutée et trop de produits de base dont les cours sont volatiles), lourdeur de la facture énergétique, ampleur inédite de l'économie grise (estimation de 30 à 50 % du PIB au milieu des années 2010) et des échanges sous forme de troc (y compris avec l'extérieur), creusement de certaines inégalités sociales, pauvreté croissante, inégalités régionales du développement économique... Certains secteurs, telles les industries d'armement, sont bien engagés dans une restructuration de fond, mais le processus reste lent et surtout se traduit par la suppression de milliers d'emplois. L'inertie structurelle du secteur agricole est révélatrice de la lenteur des réformes macroéconomiques, avec l'incapacité (ou l'absence de volonté) de créer un véritable marché de la terre et la persistance des structures coopératives (de type kolkhozes). Actuellement, les grands secteurs dominants de la période soviétique (industrie lourde et agriculture) accélèrent leurs réformes. L'industrie lourde modernise ses équipements. Les industries légères semblent, quant à elles, attirer à nouveau les investissements. L'agroalimentaire est porté par une conjoncture favorable. L'Ukraine voit repartir ses exportations.

Les investissements directs étrangers (IDE) sont généralement un puissant levier de modernisation dans tous les secteurs de l'économie. Ils ont commencé à augmenter mais sont restés nettement insuffisants en Ukraine, avec seulement 22 milliards de dollars de stock cumulés à la fin de 2006, soit environ 470 dollars par habitant. Par comparaison, à cette date, le stock cumulé en Pologne était quatre fois plus élevé pour un nombre d'habitants presque comparable. Les investisseurs étrangers restent prudents face à une économie et un contexte politique encore instables et face à une législation, en particulier fiscale, complexe et dissuasive. Par ailleurs, les IDE sont très mal répartis dans l'espace ukrainien et ne profitent qu'à quelques régions plus attractives : Dnipro, Kiev, Donetsk, Odessa, Kharkiv, Zaporijjia. Parmi les premiers investisseurs étrangers en Ukraine, on trouve les États-Unis, Chypre (il s'agit souvent de capitaux russes en réalité) et l'Union européenne. La position de la Russie est plus discrète. De ce point de vue, l'Ukraine semble se tourner davantage vers l'ouest que vers son grand voisin de l'Est. Son entrée dans l'OMC en 2008 vise à rassurer de nouveaux investisseurs étrangers et à les encourager à s'installer dans le pays.

Les relations commerciales extérieures sont plus équilibrées mais montrent elles aussi une tendance à l'ouverture vers l'ouest. La Russie a absorbé 43 % des exportations ukrainiennes en 2004, contre 58 % en 2000. Sa part s’est considérablement érodée (9 % en 2019) au profit d'autres partenaires, dont la Chine, la Turquie et surtout l'Union européenne. Les exportations vers l'Allemagne, la Hongrie, l'Italie et la Pologne augmentent très rapidement à partir du début des années 2000. En ce qui concerne les importations, la part de la Russie baisse également, passant de 16,5 % au milieu des années 2010 à 12 % en 2019. Toutefois, Moscou reste, avec le Turkménistan, le premier fournisseur de l'Ukraine en matières premières énergétiques. En 2019, la Chine est le premier partenaire commercial de l’Ukraine en termes d’importations, sauf à considérer ensemble les échanges avec les pays de l'Union européenne, dont la part a augmenté au détriment des anciennes républiques soviétiques. Alors que la Russie était, jusqu’en 2014, le premier pays partenaire économique de l'Ukraine (y compris pour les échanges de services), la situation a évolué depuis lors.

L’économie ukrainienne reste fragile, comme cela s’était manifesté lors la crise économique mondiale, puis lors de celle liée à la pandémie de Covid-19 : le PIB chute de 15 %, la hryvna est dévaluée de 50 %, à tel point que le FMI doit venir au secours de Kiev. Nul doute que la guerre qui commence en 2022 va encore fragiliser l’économie ukrainienne.

—  Yann RICHARD, Universalis

Histoire

Une terre de passage et d'échanges

Dès la préhistoire, les modes de migration et de colonisation dans les territoires de l'actuelle Ukraine se sont spécifiés selon les caractéristiques des trois zones géographiques qui les constituent. La côte de la mer Noire s'est naturellement trouvée pendant des siècles dans la sphère d'influence des puissances maritimes méditerranéennes. La steppe traversant l'Ukraine orientale et méridionale a toujours offert un passage naturel aux vagues successives de cavaliers nomades en provenance d'Asie centrale. Enfin, la région de steppe boisée et de forêts du centre-nord et de l'ouest du pays a traditionnellement fait vivre une population d'agriculteurs sédentaires, reliés par voie d'eau à l'Europe centrale et septentrionale. Les marches de ces zones étaient le théâtre fréquent d'affrontements militaires aussi bien que d'échanges culturels.

À partir des vii-vie siècles avant notre ère, de nombreuses colonies grecques furent fondées sur la côte nord de la mer Noire, en Crimée et sur les bords de la mer d'Azov. Ces avant-postes du monde hellénique passèrent ensuite sous hégémonie romaine. Au cours du Ier millénaire avant notre ère, la steppe de l'arrière-pays fut occupée successivement par les Cimmériens, les Scythes et les Sarmates. Ces peuples, tous de souche iranienne, entretenaient des relations commerciales et culturelles avec les colonies grecques.

Une période de grandes migrations commença vers 200 après J.-C. avec l'arrivée des Goths, venus de la région de la Baltique. Ils chassèrent les Sarmates, mais leur propre pouvoir fut brisé vers 375 par les Huns, venus de l'est et eux-mêmes suivis, aux v-vie siècles, par les Bulgares et les Avars. Entre le viie et le ixe siècle, la steppe ukrainienne fit partie du khaghanat turc khazar, un empire marchand centré sur la basse Volga. Le contrôle khazar sur la steppe fut battu en brèche à la fin du ixe siècle par les Magyars, suivis des Petchenègues aux xe et xie siècles, puis des Polovtzes (Coumans). Face aux invasions nomades, seul un petit nombre de colonies grecques de Crimée, en particulier la Chersonèse, maintinrent une existence précaire, reposant sur le soutien de Byzance.

À la même époque, sous l'effet des migrations germaniques des ve et vie siècles, les tribus slaves commencèrent à émigrer hors de leur foyer de peuplement primitif, au nord des Carpates. Tandis que certains Slaves se déplaçaient vers l'ouest et d'autres vers le sud, dans les Balkans, les Slaves orientaux occupaient les régions boisées du nord et de l'ouest de l'Ukraine, et du sud de la Biélorussie ; ils s'étendirent loin au nord et au nord-est, dans les territoires de la future Russie. Les Slaves de l'Est pratiquaient l'agriculture et l'élevage, et construisaient des places fortifiées, dont plusieurs devinrent par la suite d'importants centres commerciaux et politiques, telle la ville de Kiev, sur la rive droite du haut Dniepr.

La Rous kiévienne

La formation de l'État kiévien à partir du milieu du ixe siècle, le rôle joué dans ce processus par les Varègues (Scandinaves) et le nom de Rous sous lequel cet État vint à être connu sont matières à controverse chez les historiens. Il est clair toutefois que cette formation fut liée à l'importance nouvelle de la route du Dniepr entre la Baltique et Byzance. Le commerce au long de cette voie, sur laquelle la ville de Kiev occupait une position stratégique, était contrôlé par les guerriers-marchands varègues, dont étaient issus les princes de Kiev, même s'ils furent vite slavisés. Dans les anciennes chroniques, les Varègues étaient également appelés Rous et ce nom servit aussi à désigner la région de Kiev ; plus tard, il fut étendu à tout le territoire gouverné par la dynastie kiévienne.

À la fin du xe siècle, le territoire kiévien couvrait une vaste superficie allant du nord de la steppe ukrainienne au lac Ladoga et au bassin de la haute Volga. Il ne développa pas d'institutions politiques centralisées mais demeura un conglomérat lâche de principautés dirigeant ce qui n'était rien d'autre qu'une entreprise familiale dynastique. Kiev atteignit son apogée sous les règnes de Vladimir Ier le Grand (980-1015) et de son fils Iaroslav (1019-1054). En 988, Vladimir adopta la religion chrétienne et fit baptiser les habitants de Kiev. La Rous entra dans l'orbite de la culture et du christianisme byzantins (plus tard orthodoxes). Une hiérarchie ecclésiastique fut mise en place, dirigée (au moins à partir de 1037) par le métropolite de Kiev, qui était généralement désigné par le patriarche de Constantinople. La nouvelle religion fut accompagnée de nouvelles formes d'architecture, d'art et de musique, d'une langue écrite (le slave d'Église ou slavon) et d'une littérature naissante. Toutes ces nouveautés furent activement encouragées par Iaroslav, qui promulgua également un code de lois, le premier dans un royaume slave. Iaroslav entretint également des relations amicales avec les souverains européens, avec qui il établit des alliances matrimoniales pour sa progéniture (sa fille épousa le roi de France Henri Ier en 1051).

Après la mort de Iaroslav, Kiev entra dans une longue période de déclin, qui ne connut un bref répit qu'au xiie siècle, sous Vladimir II Monomaque (1113-1125). Des changements dans les itinéraires marchands sapèrent l'importance économique de Kiev, tandis que les affrontements avec les Polovtzes dans la steppe absorbaient ses richesses et ses énergies. Conflits de succession et rivalités princières érodèrent l'hégémonie politique de Kiev et fortifièrent les tendances séparatistes. Ce processus fut accentué par les invasions mongoles qui débutèrent dans les années 1220 et culminèrent avec le sac de Kiev en 1240.

Le territoire qui correspond plus ou moins à l'actuelle Biélorussie, et dont Polotsk était le centre principal, faisait partie des régions émergentes, ainsi que le pays de Novgorod, au nord, et celui de Vladimir-Souzdal (et plus tard Moscou), au nord-est. Dans la partie sud-ouest de la Rous, la Galicie-Volhynie émergea en tant que principauté dominante.

Vladimir (la moderne Volodymyr-Volynskyï), en Volhynie, avait été un siège princier important tout au long de la période kiévienne ; la Galicie, dont le siège se situait à Halitch, sur le Dniestr, devint quant à elle une principauté au xiie siècle. En 1199, les deux principautés furent unifiées par le prince Roman Mstislavovitch pour former un État riche et puissant. La Galicie-Volhynie atteignit son apogée sous le fils de Roman, Danilo (Daniel), qui tint le pouvoir de 1221 jusqu'à sa mort, en 1264. De nouvelles cités furent fondées, en particulier Lviv (en russe Lvov). Le commerce, tout spécialement avec la Pologne et la Hongrie, ainsi qu'avec Byzance, engendra une grande prospérité et la culture s'épanouit, manifestant des influences occidentales nouvelles et bien marquées. En 1253, Danilo accepta la couronne royale des mains d'un évêque mandaté par le pape Innocent IV, devenant ainsi le premier roi de Galicie-Volhynie et établissant une union de courte durée avec l'Église romaine. Le règne de Danilo fut également témoin de la montée des troubles causés par l'aristocratie des boyards, qui affaiblirent les liens dynastiques avec la Pologne et la Hongrie. Danilo résista avec vigueur à l'invasion mongole de 1240-1241, sans pouvoir échapper finalement au contrôle de la Horde d'or. Ces événements annoncèrent le déclin de la Galicie-Volhynie, qui se poursuivit jusqu'à l'extinction, en 1340, de la dynastie fondée par Roman Mstislatovitch.

Les dominations polonaise et lituanienne

Changements politiques

Au milieu du xive siècle, les territoires ukrainiens étaient sous la domination de trois puissances extérieures : la Horde d'or, le grand-duché de Lituanie et le royaume de Pologne.

La steppe et la Crimée, dont les villes côtières et le commerce maritime étaient désormais entre les mains des Vénitiens et des Génois, faisaient directement partie des possessions de la Horde d'or tatare. Cette dernière était la plus occidentale des puissances qui succédèrent à l'Empire mongol de Gengis Khan, et son khan résidait à Sarai, sur la Volga. Au milieu du xve siècle, la Horde d'or était en voie de désintégration. Parmi les États qui prirent sa succession se trouvait le khanat de Crimée qui, après 1475, accepta la suprématie des sultans ottomans. La péninsule de Crimée ainsi que de vastes zones de la steppe voisine restèrent aux mains du khanat jusqu'à son annexion à l'Empire russe en 1783.

Dans le reste de l'Ukraine, le pouvoir mongol était surtout indirect, limité à des extorsions de tributs et d'impôts dont le recouvrement était confié aux princes locaux. Il fut également d'une durée relativement courte : le nord-ouest et le centre de l'Ukraine étaient devenus une aire d'expansion pour une nouvelle puissance, qui avait émergé au xiiie siècle, le grand-duché de Lituanie.

Après avoir incorporé les territoires de l'actuelle Biélorussie en l'espace d'un siècle, la Lituanie progressa rapidement en Ukraine sous le règne du grand-duc Algirdas. Dans les années 1350, la ville de Tchernigov (Tchernihiv) et les régions adjacentes, puis, dans les années 1360, les régions de Kiev et, plus au sud, de Pereïaslav et la Podolie furent occupées par la Lituanie. La compétition avec la Pologne au sujet de l'ancienne principauté de Galicie-Volhynie prit fin, dans les années 1380, avec la partition qui accorda la Volhynie à la Lituanie, tandis que la Pologne se voyait confirmer la possession de la Galicie. Ainsi, le contrôle lituanien s'étendit jusqu'à la steppe et même, brièvement, jusqu'à la mer Noire.

Au sein du grand-duché, les territoires ruthènes (ukrainiens et biélorusses) conservèrent d'abord une large autonomie. Les Lituaniens, païens eux-mêmes, se convertirent de plus en plus fréquemment à l'orthodoxie et assimilèrent progressivement la culture ruthène. Les pratiques administratives et le système juridique du grand-duché s'inspirèrent fortement des coutumes slaves et le ruthène (slave fortement teinté d'éléments vernaculaires ukrainiens et biélorusses) devint langue officielle.

La domination polonaise directe sur l'Ukraine, à partir des années 1340 et au cours des deux siècles qui suivirent, fut limitée à la Galicie. Les changements de type administratif, juridique et foncier y furent plus rapides que dans les territoires ukrainiens soumis à la Lituanie. Cependant, la Lituanie elle-même se trouva bientôt attirée dans l'orbite de la Pologne, à la suite du rattachement dynastique des deux États en 1385-1386 et de la conversion des Lituaniens à l'Église catholique romaine de rite latin. La diffusion du catholicisme et de la culture polonaise dans la noblesse lituanienne affaiblit la position des Ruthènes orthodoxes, comme précédemment en Galicie. En 1569, par l'union de Lublin, le lien dynastique entre Pologne et Lituanie fut transformé en union constitutionnelle des deux États. Au même moment, la plus grande partie des territoires ukrainiens étaient détachés de la Lituanie et annexés directement à la Pologne. Cet événement précipita la différenciation entre Ukrainiens et Biélorusses (qui restèrent dans le grand-duché) et encouragea une intégration plus étroite de la Galicie et des territoires ukrainiens orientaux, en effaçant les frontières politiques qui les séparaient. Au cours du siècle suivant, presque tous les territoires peuplés d'Ukrainiens connurent la domination politique et culturelle de la Pologne.

Changements sociaux

Les familles des princes et des boyards dont les origines remontaient à la Rous kiévienne s'étaient largement amalgamées aux noblesses de Lituanie et de Pologne. À la fin du xvie siècle, la noblesse ukrainienne se montra de plus en plus encline à la polonisation, processus souvent inauguré par l'éducation dans les écoles jésuites et la conversion au catholicisme romain.

Avec le développement des villes et des métiers urbains, en particulier dans l'ouest de l'Ukraine, les bourgeois constituèrent une couche sociale importante. Ils se subdivisaient à la fois selon une hiérarchie sociale interne, associée au système des guildes, et selon la religion et l'appartenance ethnique. Depuis le xiiie siècle, de nombreux Polonais, Arméniens, Allemands et Juifs s'étaient installés dans les villes, où les Ukrainiens s'étaient souvent retrouvés minoritaires. Bien que les bourgeois en vinssent à jouer un rôle influent au sein de la communauté ukrainienne, les incapacités légales imposées aux non-catholiques limitèrent progressivement leur participation à l'autonomie municipale.

À l'époque de la domination polonaise, les conditions de vie de la paysannerie ukrainienne se dégradèrent progressivement. La paysannerie libre, qui s'était maintenue à la fin de la période lituanienne, fut rapidement soumise au servage, tandis que les obligations du servage devenaient elles-mêmes plus lourdes. L'agitation paysanne s'accrut vers la fin du xvie siècle, en particulier en Ukraine orientale. Les terres faiblement peuplées furent ouvertes aux propriétaires polonais et, grâce à la protection royale, de grandes exploitations furent créées pour approvisionner en grains les marchés européens. Pour attirer la main-d'œuvre sur ces nouveaux domaines, les paysans furent temporairement exemptés des obligations du servage : la suppression peu après de ces exemptions dans une population désormais accoutumée à la liberté provoqua un fort mécontentement et entraîna la fuite des paysans dans les steppes de l'est et du sud (les « Champs-sauvages »). Les tensions furent exacerbées par le fait que, alors que les paysans étaient ukrainiens et orthodoxes, les seigneurs terriens étaient, eux, largement polonais (ou polonisés) et catholiques romains, tandis que les intendants des domaines étaient souvent juifs. Ainsi, le mécontentement social eut-il tendance à s'ajouter aux griefs religieux et nationaux.

Évolution religieuse

Les tentatives pour améliorer le sort de l'Église ruthène, confrontée à la montée du catholicisme romain – favorisée par l'arrivée des jésuites – et à son propre déclin interne, reprirent de la vigueur dans les dernières décennies du xvie siècle. Vers 1580, le prince Konstantin Ostrocki fonda à Ostroh, en Volhynie, un centre culturel qui comprenait une académie et une imprimerie et attira l'élite savante de l'époque ; une de ses réalisations majeures fut la publication de la première traduction complète de la Bible en langue slave. Des confréries laïques, établies par les bourgeois à Lviv et dans les autres villes, subvenaient aux besoins des écoles et des imprimeries, et développaient des œuvres caritatives. Toutefois, elles entraient souvent en conflit avec la hiérarchie orthodoxe, qui prétendait garder sous son autorité leurs institutions et toutes les réformes ecclésiastiques.

L'évolution religieuse prit un tournant radical en 1596 quand, lors d'un synode réussi à Brest-Litovsk, le métropolite kiévien et la majorité des évêques signèrent un acte d'union avec Rome. Par cet acte, l'Église ruthène reconnaissait la primauté papale, tout en conservant le rite oriental et la langue liturgique slave, ainsi que son autonomie administrative et sa discipline traditionnelle, qui admettait entre autres un clergé marié.

L'Église uniate ne réussit pas à obtenir l'égalité juridique avec l'Église latine que prévoyait l'accord, pas plus qu'elle ne fut capable de freiner le processus de polonisation et de latinisation de la noblesse. En revanche, l'union de Brest-Litovsk provoqua une profonde déchirure dans la société et l'Église ruthènes. Cette déchirure se refléta dans la production d'une littérature polémique, des luttes pour le contrôle des évêchés et des propriétés de l'Église – qui s'intensifièrent après la restauration d'une hiérarchie orthodoxe en 1620 – et de nombreux actes de violence. Les efforts pour raccommoder cette déchirure dans les années 1620-1630 se révélèrent infructueux.

Les Cosaques

Au xve siècle, une nouvelle société guerrière, les Cosaques (du turc kazakh, « homme libre »), faisait son apparition dans la steppe méridionale de l'Ukraine. Le terme désignait à l'origine des hommes qui s'aventuraient périodiquement dans la steppe pour s'adonner à la chasse, la pêche et la collecte de miel. Leur nombre était continuellement augmenté par des paysans fuyant le servage et des aventuriers issus d'autres couches sociales, dont la noblesse. Regroupés en bandes pour assurer leur protection mutuelle, les Cosaques avaient, dès le milieu du xvie siècle, développé une organisation militaire d'un type démocratique singulier, avec une assemblée générale (rada) pour autorité suprême et des officiers élus (ataman), dont le commandant en chef (hetman). Leur centre était la Setch (Sitch), un camp fortifié situé au milieu des terres bordant le bas Dniepr « au-delà des rapides » (za porohy) – l'actuel Zaporojie – d'où le nom de Cosaques Zaporogues donné à ce groupe.

Les Cosaques défendaient les populations de la frontière ukrainienne contre les incursions tatares, menaient leurs propres campagnes en Crimée et, à bord de leurs embarcations légères, razziaient même les villes côtières turques d'Anatolie. Le gouvernement polonais trouva en eux une force militaire utile dans ses guerres contre les Tatars, les Turcs et les Moscovites, mais, en temps de paix, il les considérait comme un élément versatile et dangereux. Les tentatives de contrôle institutionnel et de limitation numérique à l'aide d'un registre officiel suscitèrent un vif mécontentement parmi les Cosaques, qui éprouvaient de plus en plus le sentiment de former un État distinct, avec des droits et des libertés propres. À partir de 1591 et pendant un demi-siècle, ils se soulevèrent de manière sporadique.

Les Cosaques furent également impliqués dans le conflit religieux qui fit rage au cours de la première moitié du xviie siècle. En 1620, l'armée zaporogue au grand complet se joignit à la communauté orthodoxe de Kiev ; la même année, une nouvelle hiérarchie orthodoxe fut consacrée dans cette ville, sous protection militaire. Ainsi les Cosaques furent-ils associés à un soutien loyal à l'orthodoxie et à une opposition sans compromis à l'Église uniate.

L'insurrection de Khmelnitski

Le mécontentement social, les querelles religieuses et le ressentiment contre l'autorité polonaise finirent par se cumuler et connurent leur paroxysme en 1648. À partir de ce qui ressemblait à un soulèvement cosaque ordinaire, sous la conduite de Bogdan Khmelnitski, l'Ukraine se retrouva rapidement emportée dans une révolution et une guerre sans précédent.

Khmelnitski était un membre de la petite noblesse et un officier cosaque qui, incapable d'obtenir justice pour des torts à lui causés par des Polonais, gagna la Setch à la fin de l'année 1647 et fut élu hetman. Au début de 1648, il entreprit les préparatifs d'une insurrection, s'assurant à cette fin l'aide militaire tatare. Une armée polonaise envoyée en Ukraine pour mater la rébellion fut battue à deux reprises en mai. Cette victoire donna le signal d'un soulèvement populaire massif. La violence se propagea dans tout le pays, les Cosaques et les paysans déchargeant leur colère sur tous ceux qu'ils associaient à l'oppression sociale et à la tyrannie polonaise – propriétaires terriens, fonctionnaires, clergés uniate et latin, juifs. Les Polonais exercèrent en retour de sanglantes représailles. En septembre, Khmelnitski infligea une nouvelle défaite cuisante aux Polonais, traversa la Galicie et assiégea Zamość, en Pologne même. Cependant, il ne poussa pas son avantage et en novembre, avec l'élection d'un nouveau roi polonais, il retourna en Ukraine centrale. En janvier 1649, Khmelnitski fit une entrée triomphale à Kiev, où il fut acclamé comme libérateur. Après cela, et bien qu'il n'eût cherché au départ que réparation de la part de la couronne polonaise, Khmelnitski développa une conception de l'Ukraine comme État indépendant cosaque. Il entreprit d'établir un système de gouvernement et des finances publiques, créa une administration locale placée sous la direction d'une nouvelle élite gouvernante, issue du corps des officiers cosaques, et amorça des relations avec les États étrangers. Toujours prêt à reconnaître la souveraineté royale, cependant, il engagea des négociations avec les Polonais, mais ni le traité de Sborov (août 1649) ni aucun autre ne se révélèrent acceptables, que ce soit pour la noblesse polonaise, pour le peuple cosaque ou pour les masses ukrainiennes radicalisées.

Tandis que les opérations militaires se poursuivaient sans résultat, et comme le soutien tatar se révélait peu fiable à des moments cruciaux, Khmelnitski se mit en quête de nouveaux alliés. En 1654, à Pereïaslav, il conclut avec la Moscovie un accord dont la nature précise a engendré une vaste controverse : les historiens russes ont insisté sur l'acceptation par l'Ukraine de la suzeraineté du tsar, qui légitimait la domination russe ; l'historiographie ukrainienne, quant à elle, a mis l'accent sur la reconnaissance par Moscou d'une large autonomie de l'Ukraine. La Moscovie entra alors en guerre contre la Pologne. Toutefois, aucune percée décisive n'aboutit, en dépit de quelques victoires occasionnelles, et Khmelnitski se montra de plus en plus désabusé quant à l'alliance avec Moscou. Des disputes éclatèrent à propos du contrôle sur le territoire conquis en Biélorussie et de l'ingérence russe dans les affaires internes de l'Ukraine. Particulièrement exaspérant pour l'hetman fut le rapprochement russo-polonais qui suivit l'invasion, en 1655, de la Pologne par la Suède, ennemie de Moscou mais alliée potentielle de l'Ukraine. Khmelnitski chercha de nouvelles alliances avec la Suède, la Transylvanie, le Brandebourg, la Moldavie et la Valachie, et plusieurs signes laissaient penser qu'il prévoyait de rompre avec la Moscovie quand il mourut, en 1657.

La « Ruine »

L'Ukraine entama ensuite un rapide déclin, jusqu'à un état prolongé de chaos que les contemporains appelèrent la « Ruine ». Les tensions augmentèrent entre le corps des officiers cosaques, qui se voyait transformé en une classe de propriétaires terriens à titre héréditaire, et les hommes de troupe et les paysans, qui formaient une simple réserve de main-d'œuvre. À partir de 1663, des hetmans rivaux firent leur apparition, qui tombèrent dans la sphère d'influence soit de la Pologne, soit de la Russie. En 1667, par le traité d'Androusovo, l'Ukraine fut partagée selon le tracé du Dniepr : la rive droite revint à la Pologne, tandis que la mainmise de Moscou sur la rive gauche et la ville de Kiev fut confirmée. Les terres du Zaporojie devinrent un condominium russo-polonais (transformé en 1686 en une souveraineté exclusivement moscovite). En fait, les Cosaques Zaporogues devinrent leur propre autorité et, les hetmans résidant désormais en dehors de la région, ils élurent leurs propres chefs et suivirent leur propre politique.

La partition de l'Ukraine provoqua une réaction patriotique. L'hetman de la rive droite du Dniepr, Petro Dorochenko, occupa brièvement la rive gauche et chercha à recréer un État ukrainien unifié sous la suzeraineté de l'Empire ottoman. Une intervention militaire turque massive, en 1672, eut pour principal résultat l'annexion sauvage de la Podolie par les Ottomans. Les espoirs de Dorochenko et sa popularité s'évanouirent quand de nouvelles opérations turques échouèrent à établir son pouvoir et semèrent la désolation, en particulier après que Moscou eut été entraîné dans la guerre. L'exode de la population vers la rive gauche, et même au-delà, dépeupla de vastes zones de la rive droite. Deux campagnes ottomanes de grande ampleur suivirent l'abdication de Dorochenko mais, en 1681, une trêve mit fin à de nouveaux engagements militaires directs de la Turquie. Le pouvoir ottoman ne tarda pas à décliner en Europe et, en 1699, la Podolie revint à la Pologne.

L'État autonome des hetmans et l'Ukraine Slobidska

Après la partition de 1667, l'État autonome des hetmans, ou Hetmanat, fut limité géographiquement à l'Ukraine de la rive gauche du Dniepr. À sa tête se trouvait l'hetman, élu en théorie par une assemblée générale cosaque mais en pratique par les officiers supérieurs (les starchina), qui étaient largement influencés par la préférence du tsar. Les modalités de l'autonomie furent renégociées à chaque élection d'un nouvel hetman, ce qui conduisit à une érosion progressive des prérogatives de ce dernier. Néanmoins, pendant un siècle, l'Hetmanat bénéficia d'un haut degré d'autonomie, ainsi que d'un développement économique et culturel considérable.

Si les conditions de vie des paysans empirèrent au fil du temps, la vie urbaine s'épanouit et certaines villes continuèrent à bénéficier d'un gouvernement municipal autonome. Dans le domaine ecclésiastique, l'Église uniate disparut et le siège du métropolite orthodoxe kiévien passa en 1686 de l'obédience du patriarcat de Constantinople à celle de Moscou. Si les ecclésiastiques ukrainiens gagnèrent en fin de compte une grande influence en Russie, au sein de l'Hetmanat même, l'Église perdit progressivement son autonomie traditionnelle et son caractère spécifiquement ukrainien au cours du xviiie siècle.

L'État des hetmans atteignit son apogée sous l'autorité d'Ivan Mazeppa. D'abord confiant dans le soutien du tsar Pierre Ier, Mazeppa exerça un pouvoir quasi monarchique dans l'Hetmanat. Sous son mécénat, la littérature, l'art et l'architecture de style baroque proprement cosaque trouvèrent leur plein épanouissement et l'académie Mohyla de Kiev, la première institution ukrainienne d'enseignement supérieur, connut son âge d'or. Mazeppa aspirait à l'origine à annexer la rive droite et à recréer un État ukrainien unifié, qui serait cependant toujours placé sous la souveraineté du tsar. Mais les réformes centralisatrices de Pierre le Grand et les exactions dont eut à souffrir l'Hetmanat à la suite de la seconde guerre du Nord, déclenchée par Charles XII de Suède contre l'empire russe, se révélèrent menaçantes pour l'autonomie de l'Ukraine. En 1708, Mazeppa conclut une alliance secrète avec Charles XII mais leurs forces conjuguées furent battues par le tsar à Poltava (1709). Mazeppa s'enfuit en Moldavie, où il mourut peu de temps après.

Bien que Pierre le Grand eût autorisé l'élection d'un successeur de Mazeppa, les prérogatives de l'Hetmanat autonome furent sévèrement rognées et ne cessèrent de se réduire dans les décennies suivantes. À l'accession au trône impérial de Catherine II, en 1762, l'hetman et les starchina réclamèrent la restauration du statut antérieur de l'Hetmanat. Au lieu de quoi, en 1764, l'impératrice obligea l'hetman en place, Rozoumovski, à renoncer à sa charge. Au cours des vingt années suivantes, tous les vestiges d'autonomie de l'Ukraine furent éliminés et, en 1775, le bastion des Cosaques, la Setch zaporogue, fut détruit par les troupes russes.

Au xviie siècle, la région qui s'étendait à l'est de l'Hetmanat était devenue une aire de colonisation pour les paysans ukrainiens et les Cosaques qui fuyaient le pouvoir polonais et plus tard les ravages de la « Ruine ». Les nouveaux arrivants établirent des colonies libres, appelées slobodes, qui donnèrent leur nom à la région. Kharkiv (Kharkov en russe) en devint le centre principal. De même que l'Hetmanat, l'Ukraine Slobidska connut une grande autonomie interne, bien qu'elle fût placée sous l'autorité de fonctionnaires nommés par le gouvernement impérial russe. Cette autonomie fut abolie en 1765.

La rive droite et l'Ukraine occidentale jusqu'à la partition de la Pologne

La société des territoires ukrainiens soumis à l'autorité polonaise au xviiie siècle différait nettement de celle de l'Hetmanat. Les Cosaques disparurent pratiquement de la zone en tant que force organisée. Les villes y connurent un sérieux déclin. Leurs populations devinrent plus sensiblement polonaises et, en particulier sur la rive droite, juives. Le catholicisme romain renforça son statut privilégié ; cependant, l'Église uniate devint majoritaire chez les Ukrainiens de cette région, tandis que l'orthodoxie n'y conservait plus qu'un petit nombre de fidèles.

En l'absence d'un pouvoir central fort, la rive droite fut dominée par la noblesse polonaise. Un petit nombre de familles étaient particulièrement influentes. Leurs vastes domaines formaient des fiefs quasiment indépendants, avec leurs milices privées. L'exploitation extrême de la paysannerie réduite au servage fit naître un mécontentement qui provoqua des révoltes sporadiques de bandes de rebelles appelés « hajdamaques » (ou haydamaks, « pirates », « maraudeurs » en turc).

La domination polonaise en terre ukrainienne prit fin avec les trois partages de la Pologne de la fin du xviiie siècle. En 1772, la Galicie fut annexée par l'Autriche des Habsbourg. En 1793, la Russie s'empara de la rive droite du Dniepr et de l'est de la Volhynie, dont elle absorba le reste en 1795.

L'Ukraine sous le gouvernement direct de la Russie

Après leur absorption dans l'Empire russe, les territoires ukrainiens perdirent toute trace officielle de leur spécificité nationale. Ils furent réorganisés sur le modèle des autres provinces russes et administrés par des gouverneurs nommés par Saint-Pétersbourg. Avec la liquidation de la Setch et l'annexion du khanat de Crimée en 1783, les terres faiblement peuplées du Sud (appelées Novorossiïa, « Nouvelle Russie ») furent colonisées par des immigrants venus du reste de l'Ukraine ainsi que, dans une proportion moindre, de Russie, des Balkans et d'Allemagne. Le nouveau port d'Odessa, sur la mer Noire, devint une vaste métropole cosmopolite.

Dans le domaine social également se produisirent des changements importants. En compensation de leurs droits perdus, les starchina cosaques furent mis sur un pied d'égalité avec les nobles russes. Nombre d'entre eux entrèrent au service de l'empire, et certains accédèrent aux plus hauts degrés de l'administration. Par le biais de l'éducation, des mariages et du service de l'État, la noblesse ukrainienne se russifia peu à peu. La noblesse polonaise de la rive droite, quant à elle, garda son statut et continua à former la classe dominante des propriétaires terriens. L'importante population juive était entravée par de nombreuses incapacités légales et, à partir de 1881, fut victime de vagues de pogromes récurrentes. L'asservissement progressif de la paysannerie de la rive gauche atteignit son point culminant sous Catherine II, en 1783. Les obligations y étaient cependant moins lourdes que sur la rive droite. Le servage resta le lot dominant de la paysannerie jusqu'à l'émancipation de 1861, à la suite de laquelle de nombreux paysans furent appauvris par le rachat qu'ils devaient faire de parcelles de terre. Néanmoins, les réformes stimulèrent le développement de l'industrie en libérant des forces de travail d'origine paysanne. Le développement industriel fut particulièrement marqué dans l'est de l'Ukraine, notamment dans le Donbass, qui attira des ouvriers venus de tout l'Empire. Par conséquent, la classe ouvrière émergente et les centres urbains en pleine croissance devinrent comme des îlots fortement russifiés au sein de l'environnement rural ukrainien.

Comme dans les domaines politique et social, le régime tsariste encouragea l'élimination des particularités ukrainiennes en matière religieuse. Si l'Église catholique romaine, en grande partie polonaise, fut tolérée, Catherine II lança un programme de conversion des uniates contrôlé par l'administration. Cette campagne fut en partie abandonnée par ses successeurs immédiats, mais elle fut reprise avec vigueur par Nicolas Ier. En 1839, le siège métropolitain uniate fut aboli, l'union de Brest-Litovsk, déclarée nulle et non avenue, et les uniates furent absorbés dans l'Église orthodoxe russe, tandis que les membres du clergé récalcitrants étaient sévèrement sanctionnés. Cette dernière devint ainsi un véhicule important de la russification en Ukraine.

Au xixe siècle, le développement de la vie culturelle ukrainienne se trouva étroitement lié aux cercles universitaires. La première université moderne du pays fut fondée en 1805 à Kharkiv (en russe Kharkov) et, pendant trente ans, l'Ukraine Slobidska constitua le principal centre d'études et de publications ukrainiennes. En 1834, une université fut fondée à Kiev et, en 1864, une autre à Odessa. Bien qu'elles fussent des institutions russes, elles firent beaucoup pour promouvoir l'étude de l'histoire et de l'ethnographie locales, qui eut un effet stimulant sur le mouvement national ukrainien.

C'est cependant la littérature qui devint le premier véhicule du renouveau national. L'écrivain le plus important – et indiscutablement la figure la plus significative dans le développement d'une conscience nationale ukrainienne moderne – fut Tarass Chevtchenko (1814-1861). En plus de son impact novateur sur le cours ultérieur de la littérature ukrainienne, son œuvre reflète une conception de l'Ukraine comme société libre et démocratique qui a exercé une profonde influence sur le développement de la pensée politique ukrainienne.

Au milieu du xixe siècle, les premiers frémissements de la vie littéraire et culturelle en Ukraine suscitèrent de l'inquiétude dans les cercles dirigeants tsaristes. Selon le point de vue officiel, qui prédominait également dans l'historiographie russe, les Ukrainiens étaient une subdivision, une « tribu », du peuple russe – les Petits-Russes – arrachée à l'unité de la Rous par les Tatars-Mongols et déviée de son propre cours historique par l'influence funeste de la Pologne. On considérait donc comme essentiel de réintégrer pleinement l'Ukraine dans le corps politique russe. Les vers politiques de Chevtchenko lui valurent d'être arrêté et exilé pendant des années en Asie centrale. En 1863, le ministre de l'Intérieur, Piotr Valouïev, interdit presque toutes les publications ukrainiennes. Cette interdiction fut renforcée par un décret impérial secret d'Alexandre II en 1876, l'oukase d'Ems, et étendue à l'importation de livres, aux lectures publiques et aux représentations théâtrales en ukrainien. La prohibition s'étendit à l'éducation, ce qui constitue l'une des raisons majeures du faible taux d'alphabétisation des Ukrainiens à l'époque (moins de 13 % en 1897). Avec de telles restrictions, les écrivains de l'Ukraine russe ne pouvaient voir leurs œuvres publiées qu'en Galicie autrichienne, où nombre de personnalités du mouvement national transférèrent leur activité.

La répression tsariste et le caractère encore largement rural de la société ukrainienne au sein de l'Empire russe gênaient le développement d'un mouvement politique. Une société secrète, la Confrérie des saints Cyrille et Méthode, connut une brève existence entre 1845 et 1847. Son programme plaidait pour l'égalité sociale, la fin de l'oppression de la nation et une fédération d'États slaves conduite par l'Ukraine. La confrérie fut rapidement dévoilée et anéantie, et ses dirigeants, arrêtés et punis. Dans la seconde moitié du xixe siècle, des sociétés clandestines appelées hromadas (« communautés ») furent formées dans diverses villes pour promouvoir clandestinement la culture, l'éducation et les publications ukrainiennes. C'est à la hromada de Kiev qu'était à l'origine associé le chef de file de la pensée politique de l'époque, Mykhaïlo Drahomanov (1841-1895), qui plaida pour la transformation de l'empire tsariste en une république fédérative dans laquelle les droits nationaux des Ukrainiens seraient garantis. Vers la fin du siècle, des hromadas plus récentes, d'abord dirigées par des étudiants, furent impliquées dans des activités plus ouvertement politiques. L'un de ces groupes, à Kharkiv, devint le Parti ukrainien révolutionnaire qui, dans un pamphlet publié en 1900, afficha pour la première fois comme but politique une Ukraine « seule et unique, indivisible, libre et indépendante ».

La révolution qui secoua l'Empire russe en 1905 engendra aussi des grèves ouvrières et une agitation paysanne en Ukraine. La transformation qui s'ensuivit de l'autocratie tsariste en une monarchie semi-constitutionnelle amena un certain soulagement dans la vie nationale ukrainienne. L'interdit qui pesait sur les publications en ukrainien tomba et les sociétés destinées à encourager l'édification des masses et le savoir proliférèrent, de même que les troupes théâtrales et les ensembles musicaux. Néanmoins, la population concernée par ces efforts culturels demeura peu nombreuse et l'ukrainien restait toujours exclu des écoles.

Sur la scène politique, l'introduction dans l'Empire russe, en 1906, d'une assemblée élue, la Douma, qui siégeait à Saint-Pétersbourg, fournit aux Ukrainiens un nouveau forum pour mettre en avant leurs intérêts nationaux. Dans les éphémères première et deuxième Doumas, les Ukrainiens eurent une représentation assez importante. Cependant, des changements dans la loi électorale de l'empire tsariste, au détriment de la paysannerie et des minorités nationales, limitèrent sévèrement la représentation ukrainienne et son efficacité dans les troisième et quatrième Doumas.

L'Ukraine occidentale sous la monarchie des Habsbourg

Sous le gouvernement autrichien, à partir de 1772, la Galicie, de peuplement ukrainien, fut jointe administrativement à des régions de peuplement purement polonais, avec Lviv (en allemand Lemberg) pour capitale provinciale. Cela, ajouté au fait que dans la partie ukrainienne même, les Polonais constituaient la quasi-totalité des propriétaires terriens et dominaient les villes principales (bien que de nombreuses cités eussent une large population juive), fit de la rivalité entre Ukrainiens d'Autriche (Ruthènes) et Polonais un élément crucial de la vie de la région.

Les réformes introduites sous les règnes de Marie-Thérèse et Joseph II (1745-1790) et la mise en place de la bureaucratie de l'empire d'Autriche en Galicie améliorèrent la position des Ukrainiens. Les paysans profitèrent de la limitation de la corvée et de l'abolition de l'attachement personnel au propriétaire terrien, ainsi que de nouvelles méthodes d'agriculture prônées par les « monarques éclairés ». Des réformes municipales stoppèrent le déclin des villes et permirent un redressement de la situation sociale et juridique de la population urbaine ukrainienne. Dès 1775, des réformes scolaires autorisèrent l'enseignement en langue ukrainienne mais, en pratique, son usage fut limité.

Le sort de l'Église uniate s'améliora également. Rebaptisée Église catholique grecque en 1774, elle reçut, par un décret impérial, un statut égal à celui de l'Église catholique romaine et, en 1807, Lviv devint le siège d'un métropolite de cette confession jusque-là mal tolérée. Les autorités impériales firent des efforts pour relever le niveau d'instruction du clergé. Dans les premières décennies du xixe siècle, les ecclésiastiques formés dans les institutions nouvelles constituaient presque exclusivement la classe instruite et leurs enfants, en adoptant des professions séculières, donnèrent naissance à une intelligentsia ukrainienne. Au cours du siècle, l'Église catholique grecque devint une institution nationale majeure, tout autant que religieuse.

La révolution de 1848 qui souffla sur l'Empire autrichien politisa les Ukrainiens de Galicie. Le Conseil ruthène suprême, créé pour exprimer les intérêts ukrainiens, proclama l'identité des Ruthènes d'Autriche et des Ukrainiens de Russie, réclama la division de la Galicie en deux provinces séparées, l'une polonaise et l'autre ukrainienne, organisa une garde nationale et publia le premier journal ukrainien.

Bien qu'étouffée, la révolution introduisit d'importantes transformations dans la société galicienne. La corvée fut abolie en 1848. Mais, du fait de l'absence de réforme foncière, de la surpopulation rurale et de la quasi totale absence d'industrie pour absorber l'excédent de main-d'œuvre, l'appauvrissement de la paysannerie ukrainienne s'accrut. Un vaste mouvement d'émigration vers les Amériques commença dans les années 1880 et se poursuivit jusqu'à la Première Guerre mondiale.

Également à la suite de la révolution de 1848, le régime impérial autrichien trouva un compromis avec la noblesse polonaise qui, dans les faits, laissait le contrôle politique de la Galicie aux Polonais. Les gouverneurs nommés par Vienne étaient exclusivement des aristocrates polonais. L'administration et l'université de Lviv, qui avaient été germanisées dans les premiers temps de la domination des Habsbourg, furent polonisées. Les élections au Parlement autrichien et à la diète galicienne, basées sur un système qui favorisait les propriétaires terriens et les classes urbaines, mirent inévitablement en place des majorités polonaises. Les efforts occasionnels des autorités impériales pour promouvoir la réconciliation entre Polonais et Ukrainiens n'obtinrent que de faibles concessions de la part des premiers en matière de culture et d'éducation.

La déception à l'égard des Habsbourg et l'inquiétude face au nouvel ascendant polonais firent émerger, dans les années 1860, des sympathies prorusses parmi les membres de l'intelligentsia cléricale. Les russophiles prônaient une langue hybride mêlant le russe et l'ukrainien et une orientation culturelle et politique tournée vers la Russie. À partir des années 1870, ils cédèrent du terrain aux populistes, qui défendaient l'usage de la langue vernaculaire et insistaient sur l'identité spécifique des Ukrainiens en Autriche-Hongrie et dans l'Empire russe. Les populistes développèrent une presse à large diffusion et fondèrent de nombreuses associations, qui donnèrent également une voix aux écrivains et aux savants de la partie russe de l'Ukraine.

Au tournant du siècle, le conflit ethnique en Galicie s'aggrava. Des grèves paysannes massives contre les propriétaires polonais se produisirent en 1902. Les étudiants ukrainiens se lancèrent dans des manifestations et des affrontements avec les Polonais et, en 1908, l'un d'eux assassina le gouverneur de Galicie. L'introduction en 1907 du suffrage universel (masculin) dans les élections au Parlement autrichien renforça la représentation ukrainienne à Vienne et intensifia les pressions pour obtenir une réforme similaire à l'échelon provincial, mais l'ancien système électoral fut maintenu. À la veille de la Première Guerre mondiale, les Ukrainiens de la Galicie autrichienne formaient toujours une population à dominante agricole et politiquement désavantagée.

En 1774, deux ans après l'annexion de la Galicie, les Habsbourg avaient acquis la Bucovine, un territoire peuplé en partie d'Ukrainiens et en partie de Roumains et situé entre le Dniestr et les Carpates, qui devint un royaume autonome à partir de 1861. Les frictions entre Ukrainiens et Roumains s'accrurent jusqu'à la fin du siècle, mais sans atteindre le degré d'hostilité qui existait en Galicie entre Ukrainiens et Polonais. À partir de la fin des années 1860, le mouvement national ukrainien de Bucovine suivit un cours parallèle à celui de Galicie.

La Première Guerre mondiale et la lutte pour l'indépendance

Dès le déclenchement des hostilités entre la Russie et l'Autriche-Hongrie, le 1er août 1914, les publications et organisations culturelles ukrainiennes furent interdites dans l'Empire russe, et les personnalités en vue, arrêtées ou exilées. Quand les troupes russes entrèrent en Galicie en septembre, les Autrichiens exécutèrent au cours de leur retraite des milliers de personnes suspectées de sympathie pour l'envahisseur. La campagne de russification entreprise par les autorités tsaristes pendant l'occupation de la région fut interrompue par la reconquête autrichienne du printemps de 1915, mais l'ouest de l'Ukraine resta le théâtre d'opérations militaires.

En mars 1917, à la suite de la révolution russe de février, un organe représentatif ukrainien fut formé à Kiev, la Rada (« conseil ») centrale, présidée par l'historien Mykhaïlo Hrouchevski. Son objectif déclaré était l'autonomie territoriale de l'Ukraine et la transformation de la Russie en république fédérative et démocratique. Bien que le gouvernement provisoire russe reconnût le droit de l'Ukraine à l'autonomie, les prérogatives politiques et la juridiction territoriale de la Rada centrale firent l'objet de différends non résolus. De plus, localement, en particulier dans l'est du pays, la Rada devait rivaliser avec les soviets (conseils des ouvriers et soldats), de plus en plus radicaux.

Les relations entre Russes et Ukrainiens se détériorèrent rapidement après le coup d'État bolchevique du 25 octobre (7 novembre) 1917. La Rada centrale refusa de reconnaître l'autorité du nouveau régime et, le 20 novembre, proclama la création d'un État autonome, la République nationale ukrainienne. De leur côté, les bolcheviks, au premier Congrès des soviets de tous les Ukrainiens, proclamèrent en décembre, à Kharkiv, la République soviétique d'Ukraine. En janvier 1918, ils lancèrent une offensive sur la rive gauche et marchèrent sur Kiev. La Rada centrale, déjà engagée dans des négociations de paix avec les Puissances centrales, proclama l'indépendance totale de l'Ukraine le 22 du même mois. Presque aussitôt cependant, le gouvernement dut se réfugier sur la rive droite, tandis que les troupes soviétiques occupaient Kiev. Le 9 février, l'Ukraine et les Puissances centrales signèrent le traité de paix de Brest-Litovsk. Une offensive austro-allemande délogea les bolcheviks de Kiev début mars et le gouvernement de la Rada réintégra la capitale. En avril, l'Armée rouge se retira d'Ukraine.

La politique socialiste du gouvernement ukrainien, en particulier la nationalisation des terres, entrait en conflit avec l'intérêt du haut commandement allemand, qui était d'optimiser les rendements agricoles pour son propre effort de guerre. Le 29 avril 1918, le gouvernement de la Rada fut renversé par un coup d'État du général Pavlo Skoropadski, soutenu par l'Allemagne. Ce dernier s'attribua le titre d'« hetman d'Ukraine », abrogea toutes les lois passées par la Rada et établit un régime conservateur qui s'appuyait sur les propriétaires terriens et la classe moyenne des villes, en grande partie russe. Pour coordonner l'opposition politique, une Union nationale ukrainienne fut créée, tandis que les paysans manifestaient leur hostilité par des révoltes et des actions de guérilla. La capitulation de l'Allemagne et de l'Autriche en novembre retira son principal appui au régime de Skoropadski et l'Union forma un Directoire pour préparer son renversement. Le 14 décembre, l'hetman abdiqua.

Dans l'ouest de l'Ukraine, avant même la chute de l'Autriche-Hongrie, en octobre 1918, une assemblée de leaders politiques avait proclamé la formation d'un État, baptisé peu de temps après République nationale d'Ukraine occidentale et englobant la Galicie, le nord de la Bucovine (peuplé de deux tiers d'Ukrainiens) et la Transcarpatie, un territoire de population ukrainienne situé au sud-ouest des Carpates et qui appartenait auparavant à la couronne hongroise. Le 1er novembre, les forces ukrainiennes occupèrent Lviv. Cette action déclencha une guerre avec les Polonais, eux-mêmes résolus à incorporer la Galicie dans un État polonais reconstitué. Le 22 janvier 1919, un acte d'union des deux États ukrainiens fut proclamé à Kiev, mais l'intégration politique réelle fut empêchée par la poursuite des hostilités. Ces dernières tournèrent à l'avantage des Polonais qui, fin juillet, contrôlaient l'ensemble de la Galicie, tandis que le gouvernement ukrainien de Yevhen Petrouchevytch s'exilait à Vienne. À la même époque, la Transcarpatie avait rejoint volontairement la nouvelle République tchécoslovaque, tandis que l'ensemble de la Bucovine était occupé par l'armée roumaine.

À Kiev, le Directoire (dirigé à partir de février 1919 par Simon Petlioura, qui était également commandant en chef) restaura officiellement la République nationale ukrainienne, tandis que la situation intérieure devenait de plus en plus chaotique et l'environnement extérieur, hostile. Les Alliés, dont la France qui tenait Odessa, soutenaient les Russes blancs, lesquels avaient groupé leurs armées autour du général Anton Denikine, en Russie méridionale. En février 1919, les bolcheviks reprirent Kiev. Le Directoire émigra sur la rive droite. En mai, Denikine déclencha sa marche à l'ouest à travers l'Ukraine, qui fut marquée par la terreur. Tandis que les bolcheviks se retiraient à nouveau, les forces ukrainiennes de Petlioura et les régiments de Denikine entraient simultanément à Kiev, le 31 août. De septembre à décembre, les deux armées s'affrontèrent mais, perdant du terrain, les Ukrainiens se replièrent sur la Volhynie. Confrontés aux Polonais à l'ouest, à l'Armée rouge au nord et aux Blancs au sud, ils cessèrent toute opération régulière et entrèrent en guérilla. En décembre, Petlioura se rendit à Varsovie en quête d'un appui extérieur. Au même moment, les bolcheviks battaient les forces de Denikine et, le 16, reprenaient Kiev. En février 1920, les Blancs avaient été expulsés d'Ukraine.

Les négociations de Petlioura avec le gouvernement polonais de Josef Pilsudski aboutirent au traité de Varsovie, signé en avril 1920 et aux termes duquel, en échange d'une aide militaire, la République nationale ukrainienne renonçait à ses prétentions sur la Galicie et l'ouest de la Volhynie. Une campagne commune débuta deux jours plus tard mais, en octobre, la Pologne conclut une trêve avec les Soviétiques et, en mars 1921, les deux belligérants signèrent le traité de Riga, qui reconnaissait à la fois l'Ukraine soviétique et l'annexion des territoires ukrainiens occidentaux par la Pologne.

L'Ukraine dans l'entre-deux-guerres

L'Ukraine soviétique

Les territoires sous contrôle bolchevique devinrent officiellement la République socialiste soviétique d'Ukraine. Le 30 décembre 1922 fut proclamée l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) – une fédération regroupant la Russie, l'Ukraine, la Biélorussie et la République fédérative socialiste soviétique (RFSS) de Transcaucasie – dont la première Constitution fut ratifiée en janvier 1924. Même si les républiques constitutives conservaient le droit théorique de faire sécession, leur domaine de compétence se limitait aux affaires internes.

À son congrès fondateur à Moscou, en juillet 1918, le Parti communiste (bolchevique) d'Ukraine – PC(b)U – s'était déclaré lui-même partie intégrante du Parti communiste russe, en dépit des efforts de bolcheviks de sensibilité nationaliste, tel Mykola Skrypnyk, pour le proclamer organisme indépendant. À l'époque de sa fondation, le PC(b)U comprenait 7 % d'Ukrainiens (sur moins de 5 000 membres). Cette composante fut renforcée en 1920 par l'arrivée des borotbistes (du nom de leur journal, Borotba, « Lutte »), membres du Parti communiste d'Ukraine non bolchevique (formé en 1919), mais, à la fin de l'année, elle était encore inférieure à 20 %. Largement étrangers par la nationalité et idéologiquement favorables au prolétariat, les bolcheviks ne disposaient que d'un maigre soutien au sein d'une population constituée de 80 % d'Ukrainiens, dont plus de 90 % étaient des paysans.

Dans les années 1920, les bolcheviks étaient confrontés à deux tâches majeures : reconstruire l'économie et se concilier les populations non russes. La politique du « communisme de guerre » (basée sur la nationalisation de toutes les entreprises et la réquisition forcée de nourriture) avait causé des ravages dans l'économie. Ajoutée à la sécheresse, elle concourut à la famine de 1921-1922, qui fit un million de morts en Ukraine. En 1921, Lénine introduisit la Nouvelle Politique économique (NEP), qui restaura en partie l'entreprise privée dans l'industrie et le commerce, et remplaça les réquisitions de céréales par une taxe fixe, avec le droit d'écouler les surplus sur le marché. En 1927, l'économie ukrainienne retrouvait son niveau d'avant-guerre et certaines couches de la société connaissaient une prospérité relative.

Par ailleurs, les bolcheviks prirent des mesures en faveur des populations non russes. En 1923 fut annoncée une politique encourageant l'usage des langues indigènes, le développement de la culture nationale et le recrutement des cadres au sein de la population autochtone. Dans les rangs du PC(b)U, la proportion d'Ukrainiens dépassa les 50 % à la fin des années 1920. En dépit de la propagande antireligieuse, l'Église orthodoxe autocéphale ukrainienne, qui avait emporté une large adhésion au sein de la population paysanne depuis sa formation en 1921, fut un facteur important de la renaissance culturelle.

L'ukrainisation fut vigoureusement encouragée par les « national-communistes », dont Skrypnyk ou l'écrivain Mykola Khvylovy, et par les anciens borotbistes, dont le plus important était le commissaire du peuple à l'Éducation, Oleksander Choumsky. Elle rencontra en revanche une forte résistance parmi les leaders non ukrainiens du PC(b.)U. et les fonctionnaires du Parti. Elle causa également des soucis à Moscou, où Staline resserrait son étreinte sur l'appareil bolchevique. En 1925, il envoya son lieutenant Lazar Kaganovitch diriger le PC(B)U. En un an, Kaganovitch manigança un clivage au sein des « national-communistes », obtint la rétractation de Khvylovy et l'expulsion du Parti de Choumsky et de ses partisans. Néanmoins, avec Skrypnyk comme nouveau commissaire à l'Éducation, l'ukrainisation continua à progresser.

L'introduction du 1er plan quinquennal, en 1928, marqua la fin de la NEP et la mise en œuvre d'une industrialisation effrénée qui provoqua, en Ukraine, une rapide transformation économique et sociale. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclata, la production industrielle avait été multipliée par quatre, le nombre d'ouvriers avait triplé et la population urbaine était passée de 19 à 34 % de la population totale. Cependant, cette évolution avait privilégié l'industrie lourde et avait surtout concerné les régions du Donbass et du Dniepr moyen.

Le coût de l'industrialisation accélérée fut supporté par la paysannerie. En 1928, le régime introduisit des mesures spéciales contre les koulaks (les paysans arbitrairement définis comme « riches »), d'abord des taxes exorbitantes, puis l'expropriation, et finalement la déportation, au milieu des années 1930, de cent mille familles en Sibérie et au Kazakhstan. La collectivisation massive et forcée débuta en 1929. Le pourcentage de fermes collectivisées passa de 9 à 65 % entre octobre 1929 et mars 1930, pour dépasser 90 % à la fin de 1935. À la résistance massive à la collectivisation répondirent des quotas de livraison de céréales encore plus élevés. Le résultat en fut la famine de 1932-1933, qui causa de cinq à sept millions de morts. Des colons russes furent amenés pour repeupler la campagne dévastée. Le village ukrainien traditionnel n'existait plus.

Parallèlement, le régime entreprit une campagne contre les « déviations nationalistes ». L'Église autocéphale fut liquidée en 1930, le clergé arrêté et exilé. Les arrestations, suivies de l'emprisonnement, de l'exil ou de l'exécution, décimèrent les rangs des intellectuels et des artistes. Certains, tel Khvylovy, se suicidèrent. Ce sont ainsi les quatre cinquièmes de l'élite culturelle ukrainienne qui furent victimes de la répression au cours des années 1930.

Le PC(b)U lui-même sortit transformé, dans sa composition et dans son caractère, de ces bouleversements. De 1929 à 1934, des séries de purges éliminèrent du Parti nombre des révolutionnaires de la première heure, partisans de l'ukrainisation, ainsi que ceux qui remettaient en question les excès de la collectivisation. Mykola Skrypnyk se suicida en 1933. En 1936-1938, une nouvelle vague de purges frappa le PC(b)U : 99 des 102 membres du comité central furent abattus. En 1938, Nikita Khrouchtchev arriva de Moscou avec un grand nombre de communistes russes pour prendre le contrôle du PC(b)U. À l'aube de la Seconde Guerre mondiale, la Grande Terreur et l'agitation au sein du Parti commencèrent à décroître.

L'Ukraine occidentale sous la domination polonaise

Bien que les Puissances alliées eussent accepté en 1923 l'annexion de la Galicie par la Pologne sur la base de l'autonomie régionale de la première, le gouvernement polonais procéda rapidement au démantèlement des institutions locales héritées des Habsbourg. La Galicie ukrainienne, officiellement nommée « Petite Pologne orientale », était administrée par des gouverneurs et des préfets locaux désignés par Varsovie. Une frontière administrative spéciale, appelée « frontière Sokal » (du nom d'une ville aujourd'hui ukrainienne, située dans la zone contestée), fut établie pour empêcher la diffusion des publications et institutions ukrainiennes de Galicie en Volhynie. En 1924, la langue ukrainienne fut éliminée des institutions étatiques. En dépit de la stagnation économique, de la faible industrialisation et de la surpopulation rurale, le gouvernement favorisa l'implantation d'agriculteurs polonais, exacerbant encore les tensions.

Dans une société où nationalité et religion étaient inextricablement liées, l'Église joua un grand rôle. En Galicie, l'Église catholique grecque fut relativement protégée de l'ingérence ouverte de l'État par le concordat de 1925 entre le Vatican et la Pologne. Toutefois, elle n'était pas autorisée à étendre ses activités au-delà de la frontière Sokal.

En Volhynie, l'orthodoxie restait la religion dominante. Dans les années 1930, les autorités polonaises encouragèrent la conversion (parfois forcée) des orthodoxes au catholicisme romain et fermèrent, détruisirent ou transférèrent à l'Église romaine des centaines d'églises orthodoxes.

En dépit des obstacles officiels, la vie de la communauté ukrainienne continua à se développer en Galicie sur les bases établies à l'époque autrichienne. Dans un contexte de dépression économique et de discrimination dans l'emploi public, le mouvement coopératif connut un vif succès. De grands progrès furent également accomplis en Volhynie.

La vie politique ukrainienne était dominée par le conflit avec les Polonais. Les premières élections à la Diète et au Sénat de Varsovie, en 1922, furent boycottées par les Ukrainiens de Galicie. Ceux de Volhynie y participèrent et, faisant bloc avec les Juifs et les autres minorités, ils l'emportèrent haut la main sur les candidats polonais. Les uns et les autres prirent part aux élections suivantes qui furent entachées d'abus, d'intimidation et de violence. Le parti politique le plus influent en Galicie était l'Alliance démocratique nationale ukrainienne (centriste) qui tentait d'arracher des concessions au gouvernement polonais et d'informer l'opinion publique. Les partis de gauche avaient beaucoup plus de force en Volhynie.

En 1920, fut fondée dans la clandestinité l'Organisation militaire ukrainienne, menée par Yevhen Konovalets. En 1929, elle devint l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN), qui commit des actes de sabotage et d'assassinat de fonctionnaires polonais. Elle eut de nombreux adeptes parmi les étudiants et les jeunes paysans, en Galicie plus encore qu'en Volhynie.

À la fin des années 1920, comme les activités nationalistes ukrainiennes s'intensifiaient, le régime polonais prit des mesures répressives supplémentaires. En 1930, une « campagne de pacification » menée par l'armée et la police se conclut par de nombreuses arrestations.

La Seconde Guerre mondiale et ses conséquences

L'invasion de la Pologne par les Allemands le 1er septembre 1939 marqua le début de la Seconde Guerre mondiale. À la mi-septembre, en accord avec les résolutions secrètes du pacte conclu entre Molotov et Ribbentrop, les troupes soviétiques occupèrent la Volhynie occidentale et une grande partie de la Galicie, qui furent bientôt officiellement incorporées à l'URSS. En juin 1940, le nord de la Bucovine – roumain depuis 1919 – fut occupé et peu après annexé à l'Ukraine soviétique. Le remplacement des langues polonaise et roumaine par l'ukrainien dans l'administration et l'éducation fut mené de front avec la suppression de toutes les associations existantes, la soviétisation des institutions et l'arrestation des meneurs politiques et des activistes locaux. À la mi-1941, plus d'un million de gens avaient été déportés à l'est, dont un grand nombre de Polonais et de Juifs.

Les régions les plus occidentales furent incluses, avec plus de 500 000 Ukrainiens, dans la région administrative de Pologne établie par les nazis. Sous la domination allemande, les activités politiques furent interdites, sauf pour l'OUN, qui était alors divisée entre les partisans d'Andryi Melnyk – qui dirigeait l'organisation de l'étranger depuis l'assassinat de Konovalets par un agent soviétique en 1938 – et ceux de Stepan Bandera, qui, eux, avaient une réelle expérience de la clandestinité. À l'issue d'un congrès tenu à Cracovie en février 1940, les deux factions donnèrent naissance à deux organisations distinctes, l'OUN-M et l'OUN-B.

Le 22 juin 1941 débuta l'invasion surprise de l'URSS par l'Allemagne. Au cours de leur retraite précipitée, les Soviétiques exécutèrent leurs prisonniers politiques et menèrent la politique de la terre brûlée. Près de quatre millions de personnes furent évacuées à l'est de l'Oural pendant la guerre. Néanmoins, les Allemands avançaient rapidement et, fin novembre, presque toute l'Ukraine était sous leur contrôle.

Au début, les Allemands furent accueillis en libérateurs par une grande partie des Ukrainiens. L'illusion fut rapidement dissipée. Lors de leur entrée dans Lviv le 30 juin, les Allemands étaient accompagnés par des membres de l'OUN-B qui, le même jour, proclamèrent la restauration de l'État ukrainien et la formation d'un gouvernement provisoire. En quelques jours, les auteurs de ce putsch furent arrêtés et déportés dans des camps de concentration (tels Bandera et, plus tard, Melnyk). Loin de soutenir les aspirations politiques ukrainiennes, les Allemands rattachèrent administrativement la Galicie à la Pologne en août et redonnèrent la Bucovine à la Roumanie, à laquelle ils confièrent le contrôle de la région située entre le Dniestr et le Boug méridional (la « Transnistrie »). Le reste forma le commissariat du Reich d'Ukraine, dirigé par Erich Koch.

photographie : Babi Yar, près de Kiev, Ukraine

Babi Yar, près de Kiev, Ukraine

Le ravin de Babi Yar, situé à la limite septentrionale de la ville de Kiev, servit de charnier pour des victimes, principalement juives, que des groupes de SS tuèrent de 1941 à 1943. La statue commémorative ne fut érigée qu'en 1974 et, à l'occasion du cinquantième anniversaire des... 

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À l'automne de 1941 commença l'extermination massive des Juifs. Environ 600 000 périrent, dont quelque 70 000 furent exécutés dans le ravin de Babi Yar, à Kiev. Dans le commissariat du Reich, les fermes collectives, dont les paysans souhaitaient si ardemment la dissolution, furent gardées intactes, les usines laissées à l'abandon, et les villes privées de ravitaillement, tandis que toutes les ressources disponibles étaient destinées à soutenir l'effort de guerre allemand. Environ 2,5 millions de personnes furent emmenées en Allemagne pour y cultiver les terres. Seule l'Église orthodoxe ukrainienne reconstituée fut autorisée à reprendre ses activités en tant qu'institution nationale. Dans le centre et l'est de l'Ukraine, des cellules secrètes du parti communiste maintinrent une activité clandestine, et un mouvement partisan soviétique se développa dans les forêts du Nord. Au début de 1942 commença la formation d'unités partisanes nationalistes en Volhynie et, plus tard, en Galicie, connues sous le nom d'« Armée insurrectionnelle ukrainienne » (AIU). Tout en menant une guérilla contre les Allemands, partisans soviétiques et AIU se combattaient les uns les autres.

Après leur victoire sur les Allemands à Stalingrad au début de 1943, les Soviétiques lancèrent une contre-offensive à l'ouest. À la mi-1943, les Allemands commencèrent leur lente retraite d'Ukraine. En novembre, les Soviétiques entrèrent à Kiev. Avec l'approche du front, la guérilla en Ukraine occidentale s'intensifia et des affrontements sanglants se produisirent entre Ukrainiens et Polonais. Au printemps de 1944, l'Armée rouge pénétra en Galicie et, fin octobre, toute l'Ukraine était sous son contrôle.

La victoire soviétique, l'occupation de l'Europe de l'Est par l'Armée rouge et la diplomatie alliée eurent pour résultat un remaniement durable de la frontière orientale de l'Ukraine. La Pologne accepta de céder la Volhynie et la Galicie (contre l'acquisition de territoires allemands à l'ouest). Un échange mutuel de populations avec l'Ukraine (et le déplacement par la Pologne des Ukrainiens restants vers ses nouveaux territoires occidentaux) créa pour la première fois une frontière politico-ethnique claire entre les deux pays. Le nord de la Bucovine fut réoccupé en 1944 et reconnu comme appartenant à l'Ukraine au traité de Paris de 1947. La Ruthénie subcarpatique (Transcarpatie) fut cédée à l'Ukraine par la Tchécoslovaquie en 1945. La même année, l'Ukraine devint membre des Nations unies.

Les pertes humaines et matérielles de l'Ukraine pendant la Seconde Guerre mondiale furent énormes. On estime que l'Ukraine comptait environ 36 millions d'habitants en 1947, soit près de cinq millions de moins qu'avant-guerre. Dix millions de personnes étaient sans abri, tandis que plus de 700 villes et 2 800 villages étaient détruits. Seulement 20 % des entreprises industrielles et 15 % des équipements agricoles restaient intacts, et le réseau de transports était sévèrement endommagé. Les pertes matérielles constituaient environ 40 % du patrimoine national.

L'Ukraine soviétique après 1945

Les dernières années du pouvoir stalinien

La reconstruction, le retour du totalitarisme et la soviétisation de l'ouest du pays caractérisèrent la fin de l'ère stalinienne en Ukraine.

Le quatrième plan quinquennal (1946-1950) privilégia à nouveau l'industrie lourde. Dès 1950, la production industrielle ukrainienne dépassait son niveau d'avant-guerre. En revanche, les niveaux de production agricole d'avant-guerre ne furent pas atteints avant les années 1960. En 1946-1947, une famine due en partie à la sécheresse fit environ un million de victimes.

Le système de contrôle totalitaire d'avant-guerre par l'entremise du Parti communiste et de la police secrète fut rapidement réimposé. Khrouchtchev continua à diriger le PC(b)U jusqu'à sa promotion au secrétariat du comité central du parti à Moscou, en décembre 1949. Leonid Melnikov lui succéda. Les purges au sein du parti furent relativement modérées. Cependant, des centaines de milliers de collaborateurs, réels ou prétendus, des nazis, d'anciens prisonniers de guerre et de travailleurs forcés rapatriés, ainsi que des « nationalistes bourgeois » ukrainiens, furent envoyés dans les camps de concentration du Grand Nord et de Sibérie. Les écrivains, artistes et scientifiques ukrainiens qui, en temps de guerre, étaient autorisés à développer des thèses patriotiques au nom de la lutte contre les Allemands, étaient maintenant accusés de nationalisme et soumis à la répression. Une campagne « anticosmopolite » détruisit les derniers vestiges des institutions culturelles d'une communauté juive décimée par l'Holocauste.

La soviétisation de l'Ukraine occidentale fut un processus prolongé et violent. L'AIU, sous la direction de Roman Choukhevytch (tué en 1950), continua à mener des opérations militaires contre les troupes soviétiques jusqu'au début des années 1950. L'Église catholique grecque fut accusée d'encourager les partisans. En avril 1945, le métropolite Yosyf Slipyi et tous les membres du clergé de Galicie furent arrêtés et condamnés à de longues peines d'emprisonnement. En mars 1946, un synode réuni à Lviv (en fait sur ordre de Staline) proclama la « réunification » des catholiques grecs ukrainiens et de l'Église orthodoxe russe. Officiellement « autodissoute », l'Église catholique grecque survécut dans la clandestinité au cours des décennies suivantes. C'est environ un demi-million de personnes – insurgés, nationalistes, croyants « déviants » – qui furent alors déportées depuis l'Ukraine occidentale.

Les années Khrouchtchev

L'ascendant pris par Khrouchtchev sur ses rivaux, après la mort de Staline en 1953, revêtait une importance toute particulière pour l'Ukraine. En tant que premier secrétaire du PC(b)U, il avait acquis une connaissance intime du pays, avait placé ses fidèles dans le parti et aux postes gouvernementaux et était devenu familier des élites culturelles ukrainiennes. Melnikov fut assez rapidement destitué de son poste de premier secrétaire du Parti communiste d'Ukraine (PCU) – ainsi fut rebaptisé le PC(b)U en 1952 – pour « déviations dans la politique des nationalités », c'est-à-dire en l'occurrence la promotion de cadres non autochtones et la russification de l'enseignement supérieur en Ukraine. Son remplaçant fut Oleksy Kyrytchenko, le deuxième Ukrainien seulement à occuper ce poste. Les célébrations à travers toute l'Union soviétique, en 1954, des trois cents ans de la « réunification » de l'Ukraine et de la Russie furent un autre signe de l'amélioration de la toute nouvelle position de l'Ukraine ; à cette occasion, la péninsule de Crimée, dont la population tatare avait été déportée en masse en 1944, fut transférée de la RSFS de Russie à l'Ukraine. Les fonctionnaires du Parti ukrainien commencèrent à recevoir des promotions aux organes centraux du Parti à Moscou. En 1957, Kyrytchenko fut transféré à Moscou comme secrétaire du comité central du Parti communiste d'Union soviétique (PCUS) ; il fut remplacé à la tête du PCU. par Nikolaï Podgorny, qui fut à son tour secrétaire du comité central du PCUS. en 1963. Le nombre des membres du parti s'accrut régulièrement, dépassant le million à la fin de 1958, dont 60,3 % d'Ukrainiens et 28,2 % de Russes.

Khrouchtchev introduisit une décentralisation limitée dans l'administration et l'économie. Dès 1953, la terreur de masse diminua. En 1955-1956, une amnistie libéra la majorité des détenus des camps de concentration et des centaines de milliers d'entre eux revinrent en Ukraine. Au cours de la campagne de déstalinisation qui suivit le Rapport secret de Khrouchtchev en 1956, les écrivains qui avaient souffert du régime stalinien furent loués et honorés et les historiens commencèrent à traiter des sujets auparavant interdits.

Dans la seconde moitié de la période dominée par Khrouchtchev, une nette tendance à la russification refit surface. Une réforme scolaire adoptée en 1959 inaugura un long processus de restriction de l'usage de l'ukrainien dans les écoles. En 1961, le nouveau programme du Parti insista sur l'importance de la langue russe pour l'intégration des peuples soviétiques et parla de la diminution de l'importance des frontières entre les républiques de l'URSS. De petits groupes clandestins de dissidents commencèrent à se former à la fin des années 1950.

L'Ukraine sous Chelest

En juin 1963, Piotr Chelest succéda à Nicolaï Podgorny comme chef du Parti en Ukraine. Sitôt après l'éviction de Khrouchtchev en octobre 1964, le pouvoir fut partagé à Moscou entre Leonid Brejnev, Alexeï Kossyguine et Nicolaï Podgorny. Dans le mois qui suivit, Chelest devint membre à part entière du Politburo.

Le repli apparent de Moscou dans sa politique des nationalités et les luttes de succession au sommet de l'État favorisèrent les trois grandes tendances caractéristiques des années Chelest en Ukraine : la renaissance culturelle, une confiance plus grande envers l'élite politique kiévienne, mais aussi le développement d'un vaste mouvement de dissidents.

La renaissance culturelle fut rendue possible grâce au soutien d'une fraction influente de la direction du Parti, dont Chelest lui-même. Ce dernier défendit également les intérêts économiques du pays. À la suite de ces efforts, le nombre des membres du Parti en Ukraine s'élevait à 2,5 millions en 1971.

En 1965, vingt dissidents furent arrêtés et jugés ; leurs portraits furent diffusés clandestinement et leur auteur, le journaliste Viatcheslav Tchornovil, fut également arrêté et emprisonné. Après cela, le mouvement dissident national se développa rapidement. Il prit la forme de lettres de protestation et de pétitions aux autorités, de clubs informels et de cercles de discussion, ainsi que de réunions et de manifestations publiques. Les textes inspirés par ce mouvement étaient diffusés sous forme de samizdats (« autopublications »), dont certains furent publiés à l'étranger.

En 1971, le protégé de Brejnev et rival de Chelest, Vladimir Chtcherbitski, fut promu membre à part entière du Politburo. Entre janvier et avril 1972, une vague de répressions balaya l'Ukraine et plusieurs centaines de dissidents furent arrêtés. En mai, Chelest fut remplacé par Chtcherbitski à la tête du Parti en Ukraine.

L'Ukraine sous Chtcherbitski

La promotion de Chtcherbitski fut suivie de changements de personnel au sein du parti et dans le gouvernement. Le plus important de ces changements fut, en octobre 1972, la nomination de Valentyn Malanchuk comme secrétaire à l'idéologie. En 1973-1975, environ 5 % des membres du PCU furent victimes d'une purge. Pendant cette période, Malanchuk supervisa également de nombreuses expulsions de l'Académie des sciences, des universités, des maisons d'édition et des organisations officielles d'écrivains, d'artistes et de cinéastes.

Après la signature des accords d'Helsinki et de leurs dispositions sur les droits de l'homme, en 1975, un Groupe de surveillance d'Helsinki fut fondé en Ukraine, avec à sa tête le poète Mykola Roudenko ; à la fin des années 1970, ses membres étaient presque tous enfermés dans des camps ou en exil à l'étranger. L'incarcération dans des institutions psychiatriques devint également une méthode de répression politique.

photographie : Centrale nucléaire de Tchernobyl (Ukraine)

Centrale nucléaire de Tchernobyl (Ukraine)

La centrale nucléaire de Tchernobyl (Ukraine) après l'accident du 26 avril 1986. Ce jour-là, l'un de ses quatre réacteurs explose, provoquant l'émission dans l'atmosphère d'une quantité considérable de produits radioactifs dont le nuage a survolé une grande partie de l'Europe. C'est le... 

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Les performances économiques du pays ne cessèrent de se détériorer au cours des années 1970 et 1980. La croissance ralentit, de sérieux problèmes affectèrent les industries minière (charbon) et métallurgique (fer). La production agricole fut en butte à une série de sécheresses, à un manque d'encouragements et à une centralisation excessive dans la gestion des fermes collectives. La politique énergétique soviétique misa de plus en plus sur l'énergie atomique et, en avril 1986, la centrale de Tchernobyl, au nord-ouest de Kiev, fut le théâtre du pire accident nucléaire de l'histoire. Des dizaines de personnes succombèrent immédiatement et des dizaines de milliers d'autres furent évacuées, tandis que les effets à long terme sur la santé et la vie humaine dans le pays et bien au-delà n'ont pu être calculés. Néanmoins, et en dépit de changements à la tête du pouvoir à Moscou à partir de 1982, Chtcherbitski resta en poste sans être inquiété.

L'Ukraine sur la voie de l'indépendance

Au début de 1986, face aux problèmes économiques croissants de l'URSS, Mikhaïl Gorbatchev lança une campagne pour une perestroïka (« restructuration ») économique et une confrontation honnête avec les vrais problèmes, ou glasnost (« transparence »). Dans les républiques non russes, cette politique permit l'expression, non seulement des problèmes économiques, mais aussi et surtout des questions nationales.

En Ukraine, à partir du milieu de l'année 1986, les médias commencèrent à aborder des sujets longtemps interdits. En 1988, on assista à la montée de la mobilisation des masses, avec les premières manifestations publiques (à Lviv en juin et à Kiev en novembre). Finalement, le renouveau national fit son entrée sur la scène politique officielle en 1989.

Les questions qui agitaient la société ukrainienne à cette époque comprenaient des sujets traditionnels, comme la langue. Les chiffres du recensement de 1989 confirmèrent que, en même temps que le pourcentage d'Ukrainiens avait diminué dans la population du pays, leur attachement à leur langue maternelle avait décru plus rapidement encore. À l'automne de 1989, une loi fut votée qui, pour la première fois, donnait à l'ukrainien le statut de langue officielle de la République.

Un renouveau religieux était également en marche, fortement stimulé par les célébrations, en 1988, d'un millénaire de christianisme dans la Rous kiévienne. Aux solennités somptueuses de l'Église orthodoxe russe à Moscou, soutenues par le gouvernement, répondirent des célébrations non officielles à travers toute l'Ukraine, incluant des manifestations publiques de l'Église catholique grecque proscrite. Le clergé et des paroisses entières de cette dernière confession commencèrent, à l'automne de 1989, à se délier de leur rattachement forcé à l'Église orthodoxe russe. Aussi, à la veille de la visite de Gorbatchev au Vatican, les autorités soviétiques annoncèrent-elles que la communauté catholique grecque serait officiellement reconnue comme Église autonome. Parallèlement, la formation d'un mouvement destiné à restaurer l'Église orthodoxe autocéphale ukrainienne fut annoncée à Kiev en février 1989.

Des révélations incessantes sur l'ampleur de la catastrophe de Tchernobyl et la faillite de plus en plus évidente des autorités dans la gestion de ses conséquences, ainsi que de nouvelles découvertes sur la dégradation de l'environnement en Ukraine, donnèrent naissance à un vaste mouvement écologique. C'est ainsi qu'en décembre 1987 fut créée l'association Zeleny Svit (« Monde vert ») qui, au cours de l'année 1989, devint une force politique puissante, dirigée par l'écrivain Iouri Chtcherbak.

Confrontés à des conditions de travail de plus en plus dangereuses dans les mines, les ouvriers de l'industrie d'extraction du charbon, traditionnellement passifs, commencèrent également à s'organiser. En juillet 1989, un mouvement spontané des mineurs du Donbass conduisit à une grève. Les concessions accordées par Moscou ne suffirent pas à contenir l'agitation croissante. Dans les mois qui suivirent, les mineurs, qui étaient en grande majorité russophones et dont les préoccupations étaient bien éloignées de celles de l'intelligentsia culturelle ukrainienne, commencèrent à être attirés par le mouvement national ukrainien, susceptible de défendre leurs intérêts dans leur confrontation avec Moscou.

La première organisation d'importance avec un programme politique clair fut l'Union ukrainienne d'Helsinki, créée en mars 1988 par des prisonniers politiques récemment libérés, dont beaucoup avaient appartenu au Groupe de surveillance d'Helsinki. Dirigée par Levko Loukianenko, avec Viatcheslav Tchornovil parmi ses leaders, l’Union avait pour objectifs déclarés de restaurer la souveraineté de l'Ukraine et de transformer l'URSS en une véritable confédération d'États.

Renouveau national et organisations autonomes rencontrèrent une âpre résistance de la part du PCU. Chtcherbitski restait en place, signe de la peur de Moscou face à une éventuelle déstabilisation de l'Ukraine. Néanmoins, la politique officielle de la glasnost bloquait les mesures les plus extrêmes, tandis que l'exemple des changements rapides qui s'opéraient dans d'autres républiques, en particulier dans les États baltes, encourageait les activistes démocrates ukrainiens.

La démocratie parlementaire

L'année 1989 marqua la transition entre la mobilisation sociale et la politisation massive de la vie ukrainienne. En janvier, sous l'égide de l'Union des écrivains ukrainiens, fut fondé le Mouvement national ukrainien (ou Roukh), dont le congrès fondateur se tint en septembre et élut une direction menée par le poète Ivan Dratch. Le 28 septembre, Chtcherbitski, depuis longtemps déclaré malade par la rumeur, démissionna de son poste de premier secrétaire du PCU. Son successeur, Vladimir Ivachko, fit prudemment référence, pour la première fois, aux nouvelles réalités politiques et à la nécessité, pour le Parti, de les prendre en compte.

Le 4 mars 1990, les premières élections (contestées) au Parlement ukrainien (qui remplaçait un « Soviet suprême » dépassé) mirent fin au monopole du Parti communiste en Ukraine. Le Parlement réuni à la mi-mai comptait un solide bloc démocratique qui, ajouté à la défection de nombreux élus communistes vis-à-vis de la discipline stricte du parti, réduisit la représentation du noyau dur du PCU à 239 membres sur 450. Le 16 juillet, la souveraineté fut proclamée au nom du « Peuple d'Ukraine » (sans distinction de nationalité ni d'ethnie) ; cette déclaration marqua le début d'un rapprochement des vues entre la majorité communiste et l'opposition démocratique, dont le programme fut peu à peu adopté par le pragmatique président du Parlement, Leonid Kravtchouk.

Gorbatchev, confronté à la montée d'une marée nationaliste, avait déjà proposé un nouveau traité d'union qui accorderait une large autonomie aux républiques, tout en préservant le contrôle central sur la politique étrangère, l'armée et le système financier. Des manifestations massives menées par les étudiants et une grève de la faim, à Kiev en octobre, poussèrent Gorbatchev à renoncer à son plan. Le même mois, le Roukh, dont l'effectif augmentait rapidement, déclara que son but ultime était l'indépendance totale de l'Ukraine. Seul le PCU affirma son soutien à Gorbatchev.

Un coup d'État organisé à Moscou en août 1991, par les durs du gouvernement Gorbatchev opposés aux mouvements centrifuges, avorta au bout de deux jours. Le 24 du même mois, le Parlement ukrainien, réuni en séance d'urgence, proclama l'indépendance totale de l'Ukraine, confirmée par référendum le 1er décembre.

—  Lubomyr A. HAJDA

L'Ukraine indépendante

L'indépendance de l'Ukraine est marquée dès sa proclamation, après le coup d'État d'août 1991, par une situation contradictoire : tandis qu'une partie des élites hésite à se rallier aux putschistes de Moscou, des mouvements issus de la perestroïka préparent depuis plusieurs années déjà l'émancipation de la République, posant les bases constitutionnelles, économiques et politiques d'un État de type nouveau.

Ce double mouvement, à la fois d'ouverture à la démocratie et de compromis avec l'ancien pouvoir, ponctuera les deux premières décennies de la construction de l'État. Celui-ci se constitue le plus souvent sur la base d'un accord entre ces tendances, marquant la vie politique d'avancées et reculs réguliers, lui conférant une sorte de balancement.

Les débuts de la construction de l'État

photographie : Leonid Kravtchouk

Leonid Kravtchouk

Élu président de la République d'Ukraine le 1er décembre 1991, Leonid Kravtchouk restera au pouvoir jusqu'à l'élection présidentielle du 19 juillet 1994, où il sera battu par son ancien Premier ministre Leonid Koutchma. 

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Le premier président d'Ukraine, Leonid Kravtchouk, est élu au suffrage universel en décembre 1991, dans la foulée d'un référendum approuvant massivement l'accession du pays à l'indépendance. Apparatchik converti aux idées démocratiques, il doit à la fois réaliser les promesses de la déclaration de souveraineté et régler les conflits avec la Russie liés à la question des frontières et au partage des « biens communs ». Principaux sujets de contestation : la flotte de la mer Noire, le statut de la Crimée – la souveraineté ukrainienne y est contestée – et la part du pays aux remboursements de la dette extérieure de l'ex-URSS.

Kravtchouk est par ailleurs confronté à un Parlement issu de l'Union soviétique majoritairement opposé aux réformes. Il parvient à imposer la dénucléarisation de l'État – signée à Moscou en janvier 1994 –, mais son incapacité à juguler l'inflation et à faire face aux problèmes énergétiques provoque le mécontentement de la population. Il est par ailleurs « lâché » par Moscou : des manifestations prorusses à Sébastopol par solidarité avec les mineurs grévistes du Donbass, dans l'est de l'Ukraine, et une lettre ouverte signée par les hauts responsables de l'industrie lui signifient que son temps est révolu.

L'élection présidentielle de juillet 1994 va marquer une première alternance politique : Leonid Koutchma, ex-Premier ministre (1992-1993) issu de la classe soviétique des « directeurs rouges », est élu avec 52 % des suffrages sur la promesse de réformes économiques, d'un rapprochement avec Moscou et de l'établissement du russe comme langue officielle, l'ukrainien restant langue d'État.

Pourtant, le premier mandat de Koutchma (1994-1999) est moins unilatéral que l'énoncé de son programme. La confiance – même limitée – du Parlement, de la Russie et des institutions internationales lui permet de régler plusieurs conflits jusqu'alors en suspens : un accord est trouvé sur le partage de la flotte et la gestion de Sébastopol (loué, en 1999, pour vingt ans contre des arrangements concernant la dette pétrolière) ; la Crimée reçoit le statut de « république autonome » disposant de sa propre Constitution. Le FMI accorde à l'Ukraine son premier prêt pour réduire le déficit budgétaire et faire baisser l'inflation. Pourtant, les retards de salaires et l'endettement dans le domaine énergétique vont freiner ce qui s'annonçait comme un second départ. La mise en œuvre des privatisations attise les convoitises. Une nouvelle Constitution est votée en juin 1996 : elle confirme le droit à la propriété privée, y compris sur la terre, mais élargit les pouvoirs présidentiels, encourageant un mode de gouvernement plus autoritaire.

Structuration politique : les clans ou la réforme ?

La vie politique se réorganise. Le Parti communiste, interdit après le putsch de 1991, retrouve sa place deux années plus tard, mais son électorat se tourne plutôt vers les formations claniques constituées autour du pouvoir qui protège leurs intérêts. Les partis dits « politico-financiers » se regroupent pour former la coalition électorale Pour une Ukraine unie – sur le modèle du parti Russie unie – en vue des élections de 2002. Parmi eux s'affirme le Parti des régions (dont Viktor Ianoukovitch prendra la tête), essentiellement lié au principal lieu des richesses du sous-sol, à l'est du pays.

Le mouvement démocratique connaît lui aussi une importante mutation. Il est historiquement incarné par le Roukh, porteur des valeurs de l'indépendance ; constitué en parti politique, celui-ci est en proie aux dissensions internes, sa popularité s'effilochant tout comme son ascendant politique et moral.

Cette sensibilité s'exprime sous d'autres formes et par une nouvelle génération : à Lviv, un milieu politico-intellectuel se constitue, d'abord sous forme de clubs, puis d'un mouvement, Nouvelle Vague, qui fait une percée lors des élections de 1994. Des personnalités émergent, soutenant des projets politiques nouveaux, comme Reformy i poriadok, « Réformes et ordre », de Viktor Pynzenyk en 1997, ou Za pravdou, « Pour la vérité », expression du milieu étudiant. Venue de son côté de l'establishment de Dnipropetrovsk, Ioulia Timochenko quitte le parti Hromada, « la Société », fondé par Pavlo Lazarenko et crée en 1999 Batkivchtchina, « la Patrie ».

La confrontation entre une frange marquée par des formations au caractère oligarchique et une autre d'inspiration davantage réformatrice et proeuropéenne s'accentue au fil de la présidence de Leonid Koutchma. Réélu en 1999, mais soumis à la pression des institutions internationales, celui-ci fait nommer au poste de Premier ministre Viktor Iouchtchenko, alors gouverneur de la Banque centrale.

Mais une série de scandales déstabilise alors la présidence : la disparition du journaliste Georgui Gongadze en septembre 2000 sert de révélateur à la criminalisation du régime et à la censure qui règne dans les médias. La crise est amplifiée par la diffusion d'enregistrements, effectués dans le bureau du président, dont le contenu mettrait en cause plusieurs hauts responsables de son entourage.

Réformes économiques en dents de scie

Dans un contexte politique marqué par l'instabilité, la vie économique de l'Ukraine évolue par à-coups, rendant difficile l'introduction d'une politique de réforme suivie. Il faut toutefois souligner, dès les débuts de l'indépendance, le passage régulier de réformateurs au sein des différents gouvernements, soutenant des orientations plus conformes au marché. Mais bousculant les intérêts en place, leurs actions furent la plupart du temps de courte durée.

Le début des années 1990 est lourdement handicapé par le processus de sortie de l'Union soviétique, géré par une élite le plus souvent inexpérimentée qui introduit une politique onéreuse de soutien aux industries traditionnelles et au maintien du secteur d'État. L'inflation atteint son taux record en 1993 : les prix sont multipliés par dix, le dollar devient la monnaie refuge tandis que prospère l'économie souterraine.

Sous l'impulsion de Viktor Iouchtchenko, qui a été à la tête de la Banque nationale de 1993 à 1999, une politique de redressement est mise en œuvre : arrêt du financement direct des entreprises, introduction d'un taux d'escompte réel, supérieur à celui de l'inflation. Des négociations sont ouvertes avec les institutions internationales, qui donnent de nouvelles orientations impliquant la réduction du déficit budgétaire et une accélération du programme de privatisation.

Régulièrement bloquée par l'Assemblée, celle-ci s'effectue avec lenteur. En 1998, seuls 2 % des actifs industriels ont été privatisés et 95 % de ceux qui l'ont été sont restés aux mains des anciens directeurs : l'industrie reste concentrée au sein de grands monopoles qui résistent à la privatisation.

À cette situation déjà fragile vient s'ajouter la crise financière russe de l'été de 1998, que l'Ukraine parvient à surmonter plus aisément qu'annoncé : la gravité du contexte permet au pays d'obtenir une forme d'indulgence tout en poussant à des décisions trop longtemps retardées. Le FMI reprend ses versements en avril 1999. Mais le déficit budgétaire a encore été creusé par la dévaluation du rouble.

Viktor Iouchtchenko accepte le poste de Premier ministre en 1999, à condition d'avoir l'aval du Parlement pour son programme de réformes. Son mandat, très court, est marqué par un ensemble de mesures – le plus souvent suivies par ses successeurs –, dont les résultats feront durablement sa réputation et lui permettront d’accéder à la présidence.

Pour la première fois depuis l'indépendance, le Parlement approuve ainsi au début de l'année 2000 un budget en équilibre. Un rééchelonnement de la dette est obtenu tandis qu'une série de codes est adoptée : Code foncier (légalisant la propriété privée), Code civil, Code économique favorisant la création d'entreprises, réforme fiscale. De 2000 à 2004, le PIB, qui avait baissé sans interruption depuis 1989, va regagner 50 %.

Contrastant avec cette accélération du cadre législatif des réformes, les privatisations continuent de faire l'objet de blocages ou d'opérations frauduleuses, rendues possibles par la politique de « favoritisme » de Koutchma, qui distribue les fleurons de l'industrie aux acteurs économiques les plus loyaux à son égard. Les trois principaux clans politico-financiers de Donetsk, de Dnipropetrovsk et de Kiev voient leur influence renforcée, introduisant leurs pratiques au sein du pouvoir (délits d'initiés, alimentation de comptes offshore, opacité des opérations). À la veille de la présidentielle de 2004, l'aciérie Krivorijstal – la première d'Ukraine et l'un des plus importants complexe de ce type en Europe – est bradée à deux oligarques proches de Koutchma ; elle est revendue (six fois plus que son prix initial) un an plus tard par le nouveau pouvoir qui en fera un modèle de transparence.

L'éveil de la société civile

Le règne du privilège dominant la vie économique, les fraudes lors des scrutins et les scandales à répétition provoquent une vague de protestations qui culminera en 2004.

Contesté à l'intérieur du pays, le président Koutchma se tourne vers Moscou, qui impose ses diktats : la vice-Première ministre Ioulia Timochenko est ainsi limogée en janvier 2001, sous pression russe, et Viktor Tchernomyrdine, ancien Premier ministre de Russie et ex-président de Gazprom, est nommé ambassadeur en Ukraine. Au printemps de 2001, Viktor Iouchtchenko est remplacé par une figure de compromis, Anatoly Kinakh, et celui-ci, l'année suivante, par Viktor Ianoukovitch, gouverneur de la région de Donetsk, qui ouvre ainsi la voie du pouvoir politique aux oligarchies de l'Est.

Désormais, c'est dans la rue que se jouent les contestations les plus radicales. Autour du mouvement « L'Ukraine sans Koutchma » se rassemblent jeunes et étudiants, rejoints par les députés de l'opposition démocratique et soutenus par une grande partie de la population. Tout au long de l'année 2001, des manifestations non violentes se succèdent à Kiev et dans les principales villes du pays, même si des échauffourées ont lieu au printemps dans la capitale.

Limogeages au sommet et répressions dans la rue contribuent à la structuration du courant démocratique. Autour de la figure de Ioulia Timochenko se constitue un Forum de salut national pour unifier l'opposition, tandis que de nouveaux leaders s'imposent.

Les échéances électorales jouent désormais un rôle majeur et les formations politiques s'organisent dans la perspective d'une possible alternance. Les résultats des législatives de 2002 montrent un changement majeur du rapport de force : les fractions démocratiques remportent près de 58 % des suffrages et la majorité des sièges, mais le changement de camp de certains députés succombant au chantage, à la tentation ou aux menaces, permet au pouvoir de se maintenir.

Après bien des hésitations, Viktor Iouchtchenko rejoint le mouvement démocratique et en devient la principale figure. Sa popularité, qu'il doit au résultat de son passage à la tête du gouvernement (déc. 1999-mai 2001), est déjà grande. Mais les persécutions dont il est l'objet lors de la campagne électorale pour la présidentielle de 2004 et la tentative d'empoisonnement qui le laisse défiguré radicalisent sa position. Il devient le candidat tout désigné de l'opposition face à Viktor Ianoukovitch, soutenu par Leonid Koutchma et par le Kremlin.

Un balancement Est-Ouest

Espoirs et désillusions de la « révolution orange »

Si le premier tour de l'élection présidentielle, le 31 octobre 2004, donne un très léger avantage à Viktor Iouchtchenko, le second est immédiatement contesté : la victoire de Viktor Ianoukovitch, annoncée par la Commission électorale, est démentie par les premiers sondages « sortie des urnes » ; dénonçant des falsifications visibles durant le scrutin, les manifestants affluent par milliers sur la place de l'Indépendance, symbolisée par le mot maïdan (« la place » en ukrainien). Un village de tentes – pour partie spontané, pour partie organisé – prend place tout au long de la rue centrale de Kiev, marquant le début de la « révolution orange ». Durant dix-sept jours et dans un froid glacial, le nom de Iouchtchenko est scandé accompagné du mot tak, « oui » en ukrainien.

Les hauts responsables du régime Koutchma sont divisés : certains se rapprochent de l’opposition démocratique, autant par conviction que par pragmatisme, tandis que l'usage de la force est envisagé par les proches de l'administration présidentielle. Ce clivage touche l'ensemble des structures d'État : armée, services secrets ou forces d'intervention spéciale ne répondent plus aux mêmes ordres. Des élus locaux – soutenus par le maire de Moscou Iouri Loujkov – se rassemblent dans l'est du pays, fief du candidat Ianoukovitch, et menacent de créer une république autonome susceptible de faire sécession en cas de victoire des « oranges ».

Conscient que cette mobilisation spectaculaire à la frontière de l'Europe risque de tourner au drame, le président polonais Aleksander Kwiasnewski prend l'initiative d'une médiation internationale qui rassemble les protagonistes du conflit, la « troïka » européenne et le président de la Douma russe. La Cour suprême de Kiev examine entre-temps les plaintes de l'opposition et conclut à une invalidation du scrutin. Un accord est trouvé sur la répétition du second tour ; en contrepartie, le principe d'une modification constitutionnelle est entériné, renforçant les pouvoirs du Premier ministre au détriment de ceux du chef de l'État. Le 26 décembre 2004, Viktor Iouchtchenko est élu avec plus de 52 % des suffrages.

Si ce troisième tour offre une majorité aux forces démocratiques, il donne l’image d’un État aux sensibilités politiques très polarisées : les deux challengers remportent des scores avoisinant parfois les 90 %, selon qu’ils s’expriment à l’Est ou à l’Ouest – des disparités accentuées par l’influence des médias russes sur la population de l’est du pays.

Les changements constitutionnels contribuent à attiser les rivalités entre les deux têtes de l’exécutif. À ceux-ci s’ajoutent les modifications de la loi électorale. La nomination du Premier ministre est désormais la tâche exclusive du Parlement. Le président garde la haute main sur la Défense et les Affaires étrangères, ainsi que le droit de dissoudre le Parlement.

Ioulia Timochenko est nommée Première ministre le 24 janvier 2005, mais Viktor Iouchtchenko désigne dans le même temps un de ses proches, Petro Porochenko, à la tête du Conseil de sécurité, un titre assorti de prérogatives exceptionnelles susceptibles de contrebalancer les nouveaux équilibres constitutionnels.

Le pouvoir « orange » s’attelle à la mise en œuvre du changement promis et des réformes : les salaires et les retraites sont augmentés, de nouveaux gouverneurs sont désignés dans les régions, les politiciens qui ont misé sur un éclatement du territoire font l’objet de poursuites, plusieurs entreprises industrielles bradées sous le précédent régime sont reprivatisées.

Au fil des premiers mois, les obstacles à l’activité gouvernementale se multiplient. Ioulia Timochenko, qui avait promis de « détruire la verticale de la corruption », doit faire face à la fronde de ceux dont elle attaque les intérêts. Accusé d'entretenir autour de lui un cercle de privilégiés et de pactiser avec certains oligarques, Viktor Iouchtchenko réplique en limogeant à la fois sa Première ministre et le secrétaire du Conseil de sécurité. Moins de huit mois après sa prise de fonction, Ioulia Timochenko est remplacée en septembre 2005 par Iouri Ekhanourov, un apparatchik rassurant pour le Kremlin qui a vu d’un mauvais œil l’arrivée d’une nouvelle révolution de couleur dans son voisinage. C’est un changement de cap total auquel Viktor Iouchtchenko consent et qu’il négocie. Le président signe un « mémorandum » dans lequel il s’engage à ne plus poursuivre les responsables politiques coupables de malversations en 2004 ou ceux qui spéculaient sur l’éclatement du territoire. L’élan premier de la « révolution orange » se solde ainsi en quelques mois par un retour aux figures politiques de l’ancien système.

C’est dans ce paysage que se préparent les élections législatives de 2006. Lassée des jeux politiques et de la faible amélioration de sa situation, la population sanctionne le pouvoir en place.

Alors que les fractions pro-occidentales dominaient en 2002, le Parlement se retrouve divisé entre trois pôles : le Parti des régions mené par Viktor Ianoukovitch, le Bloc Ioulia Timochenko et le parti présidentiel Notre Ukraine. La représentation nationale marque pourtant une première sortie du clivage Est-Ouest : la formation de Timochenko crée la surprise en faisant émerger une sensibilité modérée dans le centre du pays.

Mais les tergiversations perdurent entre les démocrates, le Parlement est bloqué et le Parti socialiste se retourne, s’alliant au Parti des régions et au Parti communiste pour constituer une « coalition anticrise ». Le vainqueur de la « révolution orange » est contraint de prendre pour Premier ministre Viktor Ianoukovitch, qui forme un cabinet dont de nombreux membres sont les responsables des fraudes de 2004. Limité à son ultime sphère de décision et menacé d’impeachment, le président doit dissoudre l’Assemblée à peine un an plus tard pour tenter de retrouver une majorité qui lui soit favorable.

Ces nouvelles élections amplifient les résultats précédents : les votes en faveur du Parti des régions se tassent, tandis que le Bloc Ioulia Timochenko marque une nouvelle poussée d’une sensibilité politique dépassant le clivage entre l’est et l’ouest du pays.

L’égérie de la « révolution orange » redevient ainsi Première ministre en décembre 2007. Avec son plan d’action gouvernemental, elle tente également de préparer son propre avenir : mettre en œuvre les réformes, y compris constitutionnelles, combattre la corruption et résoudre les problèmes sociaux. De nombreuses figures réformatrices se regroupent autour d’elle, ce qui contribue à isoler encore le président Iouchtchenko. De son côté, Viktor Ianoukovitch forme un cabinet de l’ombre en vue de la prochaine échéance, la présidentielle de 2010.

Une imbrication politico-diplomatique

Depuis l’indépendance, le Kremlin n’est pas neutre quant à l’émancipation et la souveraineté de l’ex-République soviétique. Mais c’est à partir de la « révolution orange » et de la nouvelle donne politique que les pressions deviennent quasi conflictuelles.

Les points d’appui en sont toujours semblables, même s’ils sont plus accentués à partir du début des années 2000 : il s’agit de prévenir dans « l’étranger proche » la reproduction de « révolutions orange », dont l’Ukraine constituerait un modèle d’exportation menaçant pour la Russie. Afin de « prévenir » cette « contagion », différents leviers sont utilisés : aux pressions économiques se mêlent la promotion de la langue, la défense de la « culture russe » aux vastes contours, soutenue par l’Église orthodoxe de Moscou qui accentue sa présence sur le territoire ukrainien. L’aide aux partis politiques prorusses – en particulier en Crimée – fait partie du dispositif.

Le mandat de Viktor Iouchtchenko (2005-2010), qui n’a pas caché son souhait de voir l’Ukraine se rapprocher de l’OTAN, contribue à entretenir la méfiance de Moscou – qui atteindra un sommet lors du conflit russo-géorgien de l’été 2008. Autour de l’ambiguïté du statut de Sébastopol se focalise une autre partie du conflit : de Crimée partent des navires et des munitions pour combattre en Géorgie les actions d’un pouvoir que Kiev soutient.

Les querelles gazières vont également émailler cet épisode dans lequel l’ingérence le dispute aux rationalités économiques. Prix du gaz et rappel des dettes s’expriment de façon pressante lors de chaque échéance électorale, devenant un argument en faveur d’un rapprochement de la Russie. Ces « guerres du gaz » aboutissent en janvier 2006, puis en janvier 2009, à un blocage des livraisons provoquant en retour un défaut d’approvisionnement de l’Union européenne (UE) qui dépend du gaz russe acheminé par l’Ukraine pour le quart de ses besoins.

L’accord signé par Ioulia Timochenko au Kremlin en janvier 2009 porte le coup de grâce à une alliance entre les différentes fractions du camp démocratique. Il est considéré comme avantageux pour Moscou qui aligne ses prix sur les tarifs occidentaux. Il met certes fin à la structure opaque que constitue RosUkrEnergo, regroupement favorable aux intérêts oligarchiques russes comme ukrainiens, mais il est ressenti comme un « cadeau » de Moscou qui voit Ioulia Timochenko comme un moindre mal si elle devait accéder à la présidence.

Ianoukovitch, président prorusse ou pro-ukrainien ?

Depuis qu’il est entré en politique, Victor Ianoukovitch a fait plusieurs passages à la tête du gouvernement. Il devient Premier ministre en 2002 sous la présidence Koutchma, voit la fonction « suprême » lui échapper en 2004, redevient Premier ministre pour quelques mois en 2006 ; avec la présidentielle de 2010, il tient enfin sa revanche. Il arrive en tête du second tour avec une faible avance sur Ioulia Timochenko, alors chef du gouvernement : le vote « contre tous », qui atteint plus de 5 % des suffrages, manifeste la lassitude de la population pour les querelles incessantes au sommet du pouvoir.

Même s’il se définit lui-même comme un président « pro-ukrainien » plutôt que prorusse, le nouveau président multiplie les avances et les gages à Moscou durant la première année de son mandat : il promet aux responsables du Kremlin de protéger la langue russe, de résoudre rapidement « la question » de Bandera, figure contestée du nationalisme ukrainien, qui a été élevé au rang de héros national par Viktor Iouchtchenko. Il n’exclut pas l’entrée de l’Ukraine dans l’Union douanière aux côtés de la Russie, de la Biélorussie et du Kazakhstan. La formation qui le soutient, le Parti des régions, s’est rapprochée du Parti communiste et prône une « fédéralisation » de l’Ukraine ; plusieurs monuments à la gloire de Staline sont officiellement inaugurés, tandis que les archives de l’époque soviétique sont fermées. Le 9 mai 2010, militaires russes et ukrainiens défilent côte à côte sur la place Rouge, pendant que les examens préliminaires reprennent en vue de la construction, au niveau du détroit de Kertch, d’un pont supposé relier la Crimée et la Russie d’ici les jeux Olympiques de Sotchi en 2014.

Cette politique de la main tendue atteint un seuil critique avec les accords de Kharkiv, signés par Viktor Ianoukovitch et Dmitri Medvedev en avril 2010 ; ils prolongent de vingt-cinq ans (jusqu’en 2042 au lieu de 2017) le bail russe sur la base navale de Sébastopol, en Crimée, et autorisent officiellement les services de renseignement des deux pays à collaborer. En contrepartie, Moscou se déclare prêt à discuter la révision du prix du gaz vendu à l’Ukraine. L’accord est ratifié par le Parlement ukrainien dans la confusion.

Le quiproquo de l’Euro 2012

Sur le plan international, Viktor Ianoukovitch entretient un double discours. Il apprend à s’adresser aux médias occidentaux, se défend sur la chaîne de télévision CNN d’être « une marionnette du Kremlin » et signe une tribune dans le Wall Street Journal intitulée « L’avenir de l’Ukraine est lié à l’Union européenne ». Il sait que cette aspiration européenne est partagée par une majeure partie de la population. Le pays est engagé depuis 2007 dans un processus de rapprochement avec l’UE, renforcé ensuite par le Partenariat oriental. Mais il est pressé par Moscou de rejoindre l’Union douanière.

Des forces contraires s’expriment au sein du pouvoir : les oligarchies qui soutiennent la présidence ont des intérêts divergents, d’autant que celle-ci a encouragé la montée en puissance financière de ses proches, surnommés « la famille », un « clan » qui figure bientôt au classement des plus grandes fortunes du pays et investit les fonctions clés de l’État : fiscalité, justice, économie, défense, services de sécurité.

Le gouvernement, dirigé depuis 2010 par un technocrate, Mikola Azarov, rassemble plusieurs responsables des malversations de 2004. De nouveaux gouverneurs sont nommés, dont certains tiennent des discours ouvertement séparatistes. Plusieurs figures de l’opposition démocratique sont inquiétées, et Ioulia Timochenko, ex-Première ministre, est condamnée à sept ans de prison au terme d’un long procès fabriqué.

Ces tensions s’étalent au grand jour au moment de l’Euro 2012 : l’Ukraine est sous les feux de la rampe, et les pressions se multiplient pour que les prisonniers politiques soient libérés avant le début de la compétition dont de nombreux chefs d’État boycottent l’inauguration.

Les enjeux financiers de l’Euro 2012 – qui grèvent le budget de l’État depuis cinq ans – ne sont pas minces non plus. En l’absence de transparence, et grâce à une législation fiscale adéquate, ils favorisent les oligarques qui soutiennent le pouvoir en place. Le vice-Premier ministre, Boris Kolesnikov, est responsable des Jeux et a lui-même plaidé en faveur d’un État fédéral avec la formation d’une « République du Sud-Est » ayant pour capitale Kharkiv, comme dans les années 1920.

Kiev se prépare dans le même temps aux élections législatives qui doivent avoir lieu à l’automne de 2012. Au sein du Parlement, les échanges se font de plus en plus âpres pour tenter d’empêcher le vote d’un projet de loi visant à élargir le droit d’utilisation officielle des langues dites « minoritaires », en premier lieu le russe : une des promesses de Viktor Ianoukovitch à Vladimir Poutine. La loi devrait aboutir à terme à la reconnaissance du russe comme langue d’État dans les régions du Donbass, du sud du pays et de la Crimée, une initiative qui provoque une nouvelle mobilisation de la population.

À la veille du scrutin, les atteintes à la liberté d’expression se multiplient et le budget pour la campagne électorale du Parti des régions explose. Les résultats s’avèrent décevants pour un camp comme pour l’autre. Le Parti des régions allié au Parti communiste ne parvient pas à former une majorité stable : les lois sont votées à la sauvette, parfois même en dehors de l’assemblée.

L’opposition démocratique, résignée à attendre la prochaine alternance, forme un front uni avec Batkivchtchina (« Patrie ») mené par Arseni Iatseniouk pendant que Ioulia Timochenko est en prison, Udar (« le coup ») du champion de boxe Vitali Klitschko et le parti nationaliste Svoboda, (« Liberté ») d’Oleg Tiagnibok resté marginal lors du dernier scrutin avec 10 % des voix. Leur plate-forme commune : démocratie, lutte contre la corruption, réformes et orientation européenne.

Entre guerre et démocratisation

Vilnius, la force d’un accord non signé

Entre l’Espace économique commun et l’accord d’association avec l’UE, Kiev va devoir choisir. Côté européen, le calendrier est fixé depuis presque dix ans et la présidence ukrainienne n’y déroge pas. À peine est-il assorti de commentaires, en fonction des circonstances et des interlocuteurs.

Durant l’été de 2013, Moscou fait pression sur les hommes d’affaires ukrainiens qui pensent pouvoir garder « un pied dans les deux mondes », selon l’expression de Dmitri Medvedev. Premiers visés : Petro Porochenko et ses confiseries soupçonnées soudain de dissimuler des substances toxiques, Victor Pinchuk et Serhiy Taruta dont les importations de pipelines, un des fleurons de l’industrie du pays, sont bloquées. La guerre commerciale menée par le Kremlin frappe les hommes d’affaires à la sensibilité la plus « européenne ».

Dans les milieux du pouvoir, une cassure de plus en plus nette se fait entre des hauts responsables prêts à rallier l’offre européenne et ceux qui penchent plutôt vers Moscou et ses alliés. Au sein du Parlement, les engagements basculent : l’opposition démocratique pousse au vote des lois proposées par la coalition au pouvoir, car elle y voit l’opportunité d’une démocratisation du régime, tandis que le gouvernement est lui-même sous pression européenne.

C’est qu’il ne s’agit pas d’un accord classique avec l’UE. Bien qu’il n’offre aucune perspective d’entrée dans l’Union, l’accord est sans précédent en termes d’ambition par le nombre de domaines couverts, la précision des engagements et les délais imposés. Il doit permettre d’arrimer l’Ukraine au grand marché européen, en supprimant progressivement les droits de douane, et constitue une ouverture nouvelle pour les exportations (sans compter la perspective à terme d’un régime de circulation sans visa). Sont concernés en premier lieu les productions agroalimentaires et l’acier, les deux points forts du système productif ukrainien. En contrepartie, le pays doit progressivement se mettre au niveau des normes en vigueur dans l’UE.

Le 21 novembre 2013, le Premier ministre Mikola Azarov annonce que l’Ukraine « suspend » la préparation de l’accord d’association. Le lendemain, il affronte un Parlement déchaîné qui scande « la honte », tandis qu’on le presse de finir au plus vite de lire son texte et qu’on protège sa sortie.

Au centre de Kiev, les rassemblements s’organisent, le sommet de Vilnius doit avoir lieu une semaine plus tard, et il s’agit de mettre à profit cette « suspension » pour tenter, sans grande illusion, d’infléchir la décision de la présidence. Au Maïdan de 2004, celui de « la révolution orange », répondent des « EuroMaïdan ». Ce ne sont plus les fraudes électorales qui servent de détonateur, mais l’aspiration à un État souverain, répondant aux standards européens.

Pendant ce temps, le gouvernement ukrainien négocie avec le Kremlin la possibilité de prêts ainsi que le prix du gaz : Moscou avait demandé que soit rendue publique l’annonce de la « suspension » de l’accord comme préalable aux pourparlers.

photographie : Manifestation à Kiev, 2013

Manifestation à Kiev, 2013

Le rejet par le gouvernement ukrainien, en novembre 2013, de l’accord d’association avec l’Union européenne est à l’origine des grandes manifestations sur la place de l’Indépendance, ou Maïdan, à Kiev (ici le 22 décembre 2013), qui aboutiront à la chute du président Viktor... 

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Les manifestations enflent : ce n’est bientôt plus pour l’Europe que la population se mobilise, mais pour faire tomber ceux qui ont trahi le pays lors du sommet de Vilnius.

La révolution de la dignité

Des centaines de milliers de citoyens de tous âges et couches de la société, venus de tout le pays, se relayent nuit et jour et pendant plusieurs mois par des températures parfois sibériennes. L’organisation est exceptionnelle, qu’il s’agisse d’ériger les barricades, de veiller au ravitaillement, aux soins ou à l’éducation, et de recueillir des fonds. Sur Maïdan, un village de tentes se dresse, organisé en centuries, clin d’œil au mode d’organisation cosaque : centurie médicale, éducative ou l’université libre de Maïdan, après les massacres de la mi-février, on ne parlera plus que de la « centurie céleste », celle des victimes.

Maïdan devient autant le nom d’un mode d’organisation sociale que celui de la place centrale de la ville, le lieu où la société reprend ses droits, exerce une forme de démocratie directe, hors des institutions politiques qui ont failli.

L’impératif des « maïdaniens » est la non-violence. Tout doit être obtenu par la force de la mobilisation et une stratégie – l’autodéfense – qui paralyse le pouvoir : des piquets et des groupes de voitures bloquent les va-et-vient des hauts fonctionnaires honnis. Les mouvements et communications sont relayés par les réseaux sociaux et l’usage intensif des smartphones, qui permettent de résoudre aussi bien les problèmes du quotidien que de lancer un message politique en direct. Dans un premier temps, les partis traditionnels sont pris de court et restent en retrait.

Les Maïdan s’étendent dans le pays, touchent plusieurs grandes villes dont Kharkiv et Donetsk à l’est, Zaporojie au sud-est ou Odessa au sud, et Lviv où 30 000 personnes sont rassemblées. Les aspirations sont semblables, même si les rassemblements ne sont pas également répartis sur le territoire. À peine le sommet de Vilnius terminé, les forces spéciales se livrent à une première tentative musclée de dispersion des rassemblements. L’opération contribue à resserrer les rangs des manifestants et provoque des désertions au sein du Parti des régions.

Mais comment venir à bout de la mobilisation sur le terrain ? Les manifestants ont investi peu à peu les principaux lieux du pouvoir et assiègent les bâtiments administratifs. Une série de lois sont votées hâtivement par le Parlement, taillées sur mesure pour priver l’opposition de ses moyens d’action, en infligeant des peines de prison pour les manifestations non autorisées. Les ONG qui bénéficient d’un soutien financier occidental doivent s’enregistrer comme « agent de l’étranger », une mesure similaire à celle prise en Russie quelques mois auparavant.

L’affrontement

Les responsables européens sont restés en retrait après la défection spectaculaire du président ukrainien lors du sommet de Vilnius. Mais conscients que « la donne a changé avec les scènes de guerre aux portes de l’UE », selon la formule du Quai d’Orsay, et répondant à l’appel de l’opposition ukrainienne, ils font un retour au centre d’un Kiev dévasté par la violence.

Le 20 février 2014 se retrouvent face à face le président Ianoukovitch, les chefs de file de l’opposition ukrainienne et les responsables de la diplomatie française, allemande et polonaise venus négocier « au nom de l’Europe » ; le Kremlin a dépêché son représentant, le délégué aux droits de l’homme et ancien diplomate Vladimir Loukine. La veille, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait exprimé son opposition aux « tentatives insistantes de médiation » des Européens. Dmitri Medvedev lui avait emboîté le pas en appelant « le pouvoir légitime » de Kiev à davantage de fermeté afin que l’on ne « s’essuie pas les pieds dessus comme sur un paillasson ».

La présidence ne manque pourtant pas de fermeté : le chef d’état-major des armées est limogé après avoir montré son hostilité au recours à l’armée contre les manifestants. Les services spéciaux annoncent une vaste opération antiterroriste, assortie de mesures d’exception qui octroient de larges pouvoirs aux militaires, car des « groupes extrémistes » menaceraient « la vie de millions d’Ukrainiens ».

Quand un accord politique est finalement trouvé, le 21 février, il est trop tard. Pendant les négociations, la confrontation a fait plus de cent morts dans le centre de Kiev. À Bruxelles, les sanctions européennes tombent contre ceux dont les mains sont « tachées de sang », une mesure dénoncée comme une « tentative d’intimidation » par Sergueï Lavrov, qui accuse des « forces radicales » de vouloir fomenter « une guerre civile » en Ukraine.

Différentes versions du départ ou de la « fuite » de Viktor Ianoukovitch le 21 février seront données. Après un détour dans l’est du pays, puis en Crimée, celui-ci gagne la Russie deux jours plus tard. Mais à Kiev, la majorité a basculé, et la destitution du Président est prononcée le 22 février. Douze députés ont quitté le Parti des régions et le maire de la capitale a démissionné pour protester contre les violences. Sont votés dans la foulée le retour à la Constitution de 2004, la libération de Ioulia Timochenko et l’abrogation de la loi sur les « langues minoritaires », qui servira de prétexte aux soulèvements des dits « russophones » dans le sud et dans l’est du pays un mois plus tard.

On ne peut pas dire pour autant que durant cette période s’est affirmée l’idée d’un État fédéré : selon les études d’opinion menées au début de mars 2014, y compris en Crimée, 61 % des sondés se prononcent en faveur d’un État unitaire, 24 % pour une fédéralisation.

La question de la Crimée

La Crimée est l’endroit où la présence russe est la plus structurée. Avec les accords de Kharkiv qui ont prolongé la présence de la flotte russe de la mer Noire, la Russie y a conforté sa place. À partir des années 2000, Moscou facilite la distribution de passeports russes à la population locale. Les partis politiques financés par le Kremlin comme le Russki Blok (« Bloc russe ») ou le Russkoe Edinstvo (« Unité russe ») sont soutenus par un foisonnement d’associations opaques d’aides « aux compatriotes de l’étranger ». Ces partis, liés au Parti des régions, sont majoritaires au sein du Parlement local. Les hauts responsables russes ont leurs habitudes et leurs intérêts dans la presqu’île, depuis Iouri Loujkov, ex-maire de Moscou, jusqu’à Vladislav Sourkov, conseiller de Vladimir Poutine pour les relations russo-ukrainiennes après l’avoir été pour l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud.

La République de Crimée bénéficie d’un statut particulier au sein de l’Ukraine indépendante, dotée de sa propre Constitution, d’un Parlement et d’un gouvernement. Cette autonomie administrative reste pourtant limitée et ne donne pas à la péninsule la possibilité de se soustraire à la loi ukrainienne. Mais, de fait, l’autorité de poids est la base de Sébastopol où mouille la flotte russe, une situation en contradiction avec la Constitution ukrainienne qui stipule que l’État ne peut avoir de troupes étrangères stationnées sur son territoire.

Sur le plan linguistique, la langue russe domine et les écoles russes y sont infiniment plus nombreuses que les établissements ukrainiens. La population largement composée de retraités de l’Union soviétique garde un œil vers Moscou. Victimes de la déportation en 1944, les Tatars, quant à eux, ont été encouragés au retour au moment de la perestroïka, puis par les formations démocratiques ukrainiennes auxquelles ils sont majoritairement liés.

Le 27 février, des hommes armés s’emparent du siège du Parlement à Simferopol, et les députés votent à huis clos l’organisation d’un référendum d’autonomie élargie. Le Premier ministre Anatoli Moguiliov, qui avait soutenu Viktor Ianoukovitch, est destitué au profit de Sergueï Aksionov, lequel appelle Vladimir Poutine à l’aide et précipite la tenue d’un référendum sur la réunification de la péninsule avec la Russie. Le rapprochement puis l’annexion seront menés au pas de charge : après le référendum du 16 mars sans reconnaissance internationale, le rattachement est signé le 18 mars par Vladimir Poutine lors d’une cérémonie solennelle au Kremlin. Le Parlement russe avait précédemment adopté une loi permettant à la Fédération de Russie d’accepter de nouveaux territoires en son sein selon une procédure simplifiée.

Âprement négocié en 1994, le mémorandum de Budapest, qui garantissait la sécurité et l’intégrité territoriale de l’Ukraine en échange du retrait de ses armes nucléaires, a été violé en quelques jours. Sont d’ailleurs remis en cause par Moscou les traités précédemment signés avec l’Ukraine, désormais inutiles, dont les accords de Kharkiv.

Seules les contingences géographiques entravent cet élan : la Crimée n’a pas de continuité territoriale avec la Russie, l’eau vient d’Ukraine ainsi que 80 % de l’électricité. Les échanges avec la Russie doivent désormais passer par le fragile détroit de Kertch, sur lequel aucun projet de construction de pont ne peut aboutir.

L’annexion de la Crimée contribue à une remontée spectaculaire de la cote de popularité de Vladimir Poutine en Russie. Elle devient en Russie un marqueur idéologique : Krim nash – « la Crimée est à nous » – sert de signe de ralliement aux adeptes de la reconquête de l’empire.

Une guerre qui ne dit pas son nom

Au début de l’année 2014, l’état d’impréparation de l’Ukraine à un conflit militaire est total. Si le pays a hérité de sa quote-part de l’ex-Armée rouge en 1991, avec près d’un million d’hommes, des mesures radicales ont été prises pour la réduire, dont les conséquences n’ont pas été maîtrisées. En 2005, on ne compte plus que 180 000 hommes. Le pouvoir orange s’oriente vers une armée de métier, mais ne s’en donne pas les moyens, et la conscription est suspendue en octobre 2013, au moment où la crise éclate. Au sein de l’état-major, les mentalités restent marquées par les échanges avec leurs homologues soviétiques puis russes que le pouvoir déchu a contribué à favoriser.

Kiev doit réorganiser dans l’urgence les institutions officiellement chargées de la défense du pays. Les Berkuts, forces spéciales du ministère de l’Intérieur, dont bon nombre n’ont pas hésité à tirer sur leur population en février 2014, sont dissoutes et remplacées par la Garde nationale.

Pour répondre à l’agression est mise sur pied l’opération « antiterroriste », une terminologie qui permet de faire intervenir l’armée sans décréter la loi martiale, ce qui bloquerait le processus de démocratisation. Dans la doctrine militaire est réintroduite une notion jusque-là absente, celle d’ennemi potentiel. La mobilisation reprend, mais ce sont les bataillons de volontaires qui vont permettre plusieurs avancées décisives.

La « guerre du Donbass » se déroule en plusieurs épisodes. Des manifestations sporadiques qualifiées de « prorusses » éclatent en avril 2014 dans la partie orientale du pays : les séparatistes s’emparent des sièges des représentations locales, forment les républiques autoproclamées de Donetsk puis de Louhansk et organisent rapidement un référendum sur leur indépendance (11 mai).

Les combats se concentrent autour de la ville de Sloviansk (libérée en juillet 2014), de l’aéroport de Donetsk (détruit, sous contrôle séparatiste), de Marioupol où un cessez-le-feu est obtenu, donnant jusqu’à l’été un avantage aux forces ukrainiennes.

Cette avancée va montrer par deux fois ses limites, lors de l’encerclement de la ville d’Ilovaïsk (août-septembre 2014) qui fait plusieurs centaines de morts et détruit une large partie de l’armement ukrainien, puis à Debaltseve (février 2015), nœud routier et ferroviaire stratégique, où les bombardements s’intensifient en dépit du cessez-le-feu prévu par l’accord de Minsk II. Aux erreurs stratégiques de l’état-major ukrainien vient s’ajouter le renfort que les séparatistes reçoivent de la Russie sous la forme de « convois humanitaires » banalisés.

Deux autres épisodes vont faire pencher l’opinion dans un sens puis dans l’autre : à Odessa, le 2 mai 2014, des séparatistes retranchés dans la maison des syndicats sont brûlés vifs après avoir attaqué une mobilisation de pro-ukrainiens ; le drame envenime les tensions dans le Donbass et alimente la propagande russe. Le 17 juillet, un avion de ligne de la Malaysia Airlines est abattu, faisant près de 300 morts : cette probable erreur de tir des séparatistes va accélérer chez les Occidentaux la recherche d’une médiation.

Le conflit fait plus de 6 000 morts entre avril 2014 et mars 2015. Cette guerre hybride ou « cachée » s’appuie sur une solide propagande audiovisuelle, détournement d’images et banalisation des véhicules qui interviennent sur le territoire. Elle adopte également une rhétorique répétitive, traitant les événements de février de coup d’État, les tenants du nouveau cours politique de fascistes ou de nazis, procédant à une assimilation entre russophone et prorusse.

Moscou justifie en revanche son influence sur la région en se référant à la « Nouvelle Russie » (Novorossia) héritée de l’empire aux xviiie et xixe siècles. Le terme est employé par Vladimir Poutine à la mi-avril, esquissant ainsi une sorte de feuille de route : « Kharkov, Lougansk, Donetsk, Odessa ne faisaient pas partie de l'Ukraine du temps des tsars. Dieu sait pourquoi, elles ont été transférées en 1920 ! »

Dans cette confrontation, les accords de Minsk (5 septembre 2014) représentent un premier essai de « sortie de crise », même si les intérêts de chacune des parties sont bien disparates. Tout en cherchant à calmer un conflit « à ses portes », l’UE tente de normaliser ses relations avec le Kremlin ; Kiev, de son côté, sait qu’il n’y a pas d’issue militaire, étant donné la disproportion du rapport de force. Moscou, pour sa part, y affine son rôle diplomatique, tout en poussant Kiev à des concessions majeures. Quant aux séparatistes, ils sont contraints par Moscou à une négociation à laquelle ils répugnent et changent de position dès l’accord signé.

Le protocole mentionne un cessez-le-feu bilatéral, la création de zones de sécurité à la frontière, la libération des otages, l’adoption d’une loi offrant un statut spécial aux régions de Donetsk et Louhansk. Ce dernier point est un des plus sensibles : Moscou souhaite que Kiev procède à un changement constitutionnel entérinant une fédéralisation, première étape d’une partition du pays.

Les élections générales qui se déroulent le 2 novembre 2014 dans les enclaves séparatistes, ni légitimes, ni reconnues, marquent une nouvelle rupture entre une partie du Donbass et le reste du pays. L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) considère le scrutin comme contraire au protocole de Minsk, alors que le chef de la diplomatie russe assure l’inverse. Kiev en tire les conclusions et suspend les services publics dans la zone dont elle n’a plus le contrôle.

Alors que les combats continuent, une nouvelle tentative est lancée par la France rejointe par l’Allemagne. Les accords de Minsk II (12 février 2015), dont le but essentiel est le respect des précédents, aboutissent aux mêmes impasses, bien que la stratégie de Moscou devienne plus transparente : par les négociations, le Kremlin tente d’influer sur la forme de l’État ukrainien, pousse à mettre face à face les séparatistes et les responsables de Kiev, et à accréditer – ce qu’elle proclame depuis le début du conflit – le fait qu’il s’agirait d’une « guerre civile » entre deux entités en conflit et où Moscou ne serait que médiateur.

Deux élections fondatrices

Parallèlement au conflit, le nouveau pouvoir continue la réforme de l’État et procède, en premier lieu, à des élections générales. Au terme d’une campagne électorale ouverte et couvrant l’ensemble du prisme politique, un nouveau président est élu dès le 1er tour, le 25 mai 2014. Petro Porochenko arrive en tête loin devant Ioulia Timochenko. Cette majorité est obtenue dans la quasi-totalité du territoire. Alors que l’est du pays est ravagé par le conflit, la carte électorale est la plus homogène que l’État ait connue depuis l’indépendance.

Ce premier pas est confirmé par les élections législatives du 26 octobre 2014 : les formations ultranationalistes, régulièrement montrées du doigt par Moscou, ne parviennent pas à franchir la barre des 5 % leur permettant d’entrer au Parlement. Le Bloc de Petro Porochenko et la formation menée par le Premier ministre Arseni Iatseniouk, le Front populaire, sont au coude à coude et peuvent former une majorité qualifiée. Ces deux scrutins constituent la première refondation de l’État et fournissent aux principales figures de Maïdan leur légitimité face à Moscou comme à l’UE.

Le nouveau Parlement est à l’image du bouleversement social que vit le pays. Il se rajeunit et se féminise : 249 députés (sur 423) ont moins de quarante-cinq ans et on compte 51 femmes. Les représentations professionnelles sont davantage en phase avec la société : 109 élus sont issus du monde des affaires, 92 sont des fonctionnaires ou des élus locaux, 38 viennent de la société civile, 16 représentent la culture ou la médecine et 15 sont des militaires.

Bon nombre de responsables de l’ancien régime ont participé au scrutin sous l’appellation « Bloc d’opposition », même s’ils sont accusés de se refaire une virginité politique grâce à la précieuse immunité parlementaire, de soutenir en sous-main les séparatistes ou de financer des activités susceptibles d’affaiblir l’État central. C’est autour d’eux que va s’articuler une forme de réaction politique à la « révolution de la dignité ».

Renforcé par le retour à la Constitution de 2004, le Parlement a en charge l’élaboration de l’appareil juridique censé encadrer les réformes, une tâche d’autant plus urgente que l’État est affaibli par l’absence de changements structurels depuis son indépendance. La loi sur la lustration (signée le 15 octobre 2014) constitue le pivot de la nouvelle politique gouvernementale : elle implique l’interdiction pour les fonctionnaires d’accéder à de hautes fonctions s’ils ont été partie prenante des anciennes structures du Parti communiste, des services de renseignement ou s’ils ont participé à la consolidation du pouvoir de Viktor Ianoukovitch.

Le pouvoir se trouve ainsi confronté à deux exigences majeures : celles des partenaires occidentaux de plus en plus méfiants au fil de l’enlisement du conflit, poussant parfois à un règlement négocié avec la Russie, et celles de la société à laquelle il faut répondre pour ne pas susciter un nouveau Maïdan.

Le souhait de se rapprocher de l’UE est encouragé par la signature, le 27 juin 2014, de l’accord d’association que le président Ianoukovitch avait repoussé à Vilnius le 29 novembre 2013, même si la Commission européenne retarde son entrée en vigueur à 2016.

Les textes de loi suivent : loi sur le système des cours de justice et le statut des juges, réforme de l’administration publique et de l’Éducation nationale. Ils sont encadrés idéologiquement par d’autres textes, comme les lois dites « mémorielles » (avril 2015), qui interdisent toute propagande politique concernant les régimes totalitaires, qu’ils soient communistes ou nazis.

La mise en application des textes se révèle toutefois malaisée. La loi sur la lustration qui se voulait un « nettoyage » de l’ancien appareil d’État montre rapidement ses limites ; les critères se restreignent ou s’élargissent selon les cas : la nouvelle classe politique n’est pas non plus vierge de toute promiscuité avec le précédent système. La bataille contre la corruption rencontre aussi des difficultés, liées plutôt à la surabondance de structures destinées à son éradication qu’au manque institutionnel.

Pour contribuer au renouvellement des élites, le pouvoir fait également appel à des figures issues du monde postsoviétique : le ministre du Développement économique est d’origine lituanienne, la ministre des Finances issue de la diaspora ukrainienne aux États-Unis, l’adjoint au ministre de la Justice responsable de la politique anticorruption est géorgien ; quant à l’ancien président géorgien Mikheïl Saakachvili, il est nommé gouverneur de la région d’Odessa.

L’État des volontaires

À la fin de 2014, l’Ukraine avait perdu 7 % de son territoire à la suite de la « guerre cachée ». Les régions qui s’étendent de Louhansk à la côte de la mer d’Azov contribuaient pour près de 17 % au PNB. La monnaie nationale, la hryvna, perd 50 à 60 % de sa valeur durant la même période. Les sanctions prises par l’UE et les États-Unis en réponse à l’annexion de la Crimée et au soutien de la Russie aux séparatistes rejaillissent également sur l’économie ukrainienne.

Mais si la guerre a affaibli l’État, elle a aussi renforcé ses défenses. Le conflit contribue à l’accouchement d’un pays démocratique, de vocation plutôt centre européenne, où la réforme devient autant un vecteur de survie nationale que de modernisation.

La société civile est le principal moteur de l’évolution. Face aux dérives autoritaires, son rôle n’a cessé de s’affirmer depuis le début des années 2000, obligeant la justice à davantage de transparence (affaire Gongadze), mettant les tenants du pouvoir en difficulté (mouvement L’Ukraine sans Koutchma), se mobilisant pour que cessent les fraudes électorales (« révolution orange ») et pour mettre finalement en échec la présidence de Ianoukovitch.

Au moment où l’État est menacé, la population supplée aux manques de moyens, collecte dons et biens matériels pour venir en aide aux réfugiés ou à ceux qui se battent pour la défense du pays. Sous la pression des événements, elle se radicalise et sa vision des options stratégiques du pays change. Les sondages d’opinion témoignent d’une adhésion grandissante à l’UE si l’offre en était faite – l’idée devient majoritaire dans le pays – et d’une baisse d’intérêt pour l’Union douanière. De même, les opinions favorables à l’OTAN se renforcent, même si les disparités régionales restent importantes.

—  Annie DAUBENTON

Après 2014, les tensions restent vives en Crimée et en mer Noire, ainsi que dans la région du Donbass, toujours aux mains des séparatistes prorusses et soutenue par Moscou.

Entre le protocole de Minsk du 5 septembre 2014 et la Conférence pour la paix de Paris le 9 décembre 2019, les accords et autres cessez-le-feu ne permettent pas de trouver de résolution aux tensions. Volodymyr Zelensky, candidat hors système (ancien acteur comique) est élu président en avril 2019, notamment sur la promesse de mettre fin au conflit avec la Russie.

Le président russe Vladimir Poutine ne faiblit pas dans son soutien aux séparatistes du Donbass, n’hésitant pas, en décembre 2021, à évoquer un risque de « génocide » pour les habitants russophones de cette région.

photographie : Tension à la frontière russo-ukrainienne, 2021

Tension à la frontière russo-ukrainienne, 2021

Alors que la Russie se fait menaçante à la frontière ukrainienne, le président ukrainien Volodymyr Zelensky (à droite) se rend sur le front, dans le Donbass, le 6 décembre 2021, pour soutenir les militaires en première ligne face aux séparatistes prorusses. 

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L’adhésion de son pays à l’OTAN apparaît au président Volodymyr Zelensky comme la seule solution possible pour mettre un terme à la guerre dans le Donbass. Vladimir Poutine s’oppose bien sûr à cette option comme à toute nouvelle extension de l’Alliance à d’anciens États ayant appartenu à la sphère d’influence de l’URSS. Malgré les initiatives diplomatiques de l’Union européenne et des États-Unis pour enrayer l’escalade, Vladimir Poutine reconnaît l’indépendance des républiques populaires de Donetsk et Louhansk le 21 février 2022. Trois jours plus tard, l'armée russe entre en Ukraine sous prétexte de « maintien de la paix », Moscou lançant une « opération militaire spéciale » en réaction aux prétendues agressions commises par le régime de Kiev contre les populations russophones.

À partir du 24 février 2022, des mouvements de troupes russes ont lieu sur le territoire ukrainien depuis la Crimée au sud, la région du Donbass à l’est et la Biélorussie au nord. Les Russes effectuent de nombreux bombardements pour neutraliser les forces aériennes ukrainiennes et pour prendre le contrôle des principales villes du pays. Les destructions matérielles sont importantes et ne se limitent pas aux infrastructures militaires et stratégiques.

La résistance ukrainienne se mobilise autour du président Volodymyr Zelensky, bénéficiant du soutien de la plupart des chefs d’État occidentaux. Toutefois, en l’absence d’alliance et pour éviter toute escalade militaire, aucun pays n’entre en guerre directement au côté de Kiev. Tandis que l’OTAN renforce rapidement ses positions sur le front oriental (États baltes, Pologne, Roumanie…), le soutien apporté à l’Ukraine se traduit par une aide logistique et humanitaire (envoi d’armes et de matériels, accueil des réfugiés), ainsi que par des sanctions économiques d’une ampleur inégalée dirigées contre la Russie.

Chronologie contemporaine

Pour l’histoire récente du pays, voir aussi UKRAINE, chronologie contemporaine

—  Universalis

Littérature

En esquissant à grands traits l'histoire de la littérature ukrainienne – ce qui nous amènera forcément à évoquer l'histoire de l'Ukraine –, nous avons conscience d'aborder une terra incognita. Rares sont les personnes, même cultivées, qui faisaient la distinction entre l'Ukraine et la Moscovie avant l'éclatement de l'URSS, et cette confusion était soigneusement entretenue par les Russes blancs ou rouges, d'accord au moins sur ce point.

Nation martyre, persécutée par tous ses occupants successifs, Polonais, Russes, Allemands, objet de convoitises féroces en raison de ses richesses naturelles, exploitée comme une colonie, soumise à des tentatives systématiques de dénationalisation et d'assimilation, ignorée des élites européennes (seul, au xviiie siècle, Voltaire fait exception et, dans son Histoire de Charles XII, écrit : « L'Ukraine aspira toujours à être libre... »), elle a résisté et résiste toujours pour survivre et préserver son individualité nationale. Malgré les obstacles, une nouvelle génération décidée à lutter pour la liberté est apparue dans les années 1980. Elle était appuyée par une population ukrainienne nombreuse et aisée, émigrée aux États-Unis et au Canada (où les Ukrainiens forment par le nombre la troisième nationalité après les Anglais et les Français). Quantité de publications interdites en URSS y voyaient le jour. En ce sens, les États-Unis et le Canada ont joué, mais à plus vaste échelle, le rôle qu'a joué au xixe siècle la Galicie autrichienne.

Chronique initiale

Le premier État ukrainien – celui qui avait déjà pour capitale Kiev sur le Dniepr – a duré jusqu'en 1240, date à laquelle il a été ruiné par l'invasion des Tatars mongols.

Fondé dès le xe siècle par des chefs varègues (c'est-à-dire scandinaves) au milieu d'une population indigène (ils se sont eux-mêmes peu à peu slavisés), il a connu pendant plusieurs siècles une brillante civilisation dans le domaine de la littérature et de l'art et a entretenu des relations commerciales surtout avec Byzance-Constantinople (Tsargrad), mais aussi avec l'Europe centrale et occidentale ainsi qu'avec l'Orient. « Tissus persans, argenterie arabe, étoffes chinoises, articles de Syrie, poteries d'Égypte affluaient vers elle » (Grekov).

Les premiers princes varègues portaient des noms scandinaves : Rjurik (Roerek), Oleg (Helgi), Igor (Ingvar). Ce dernier est tué par les sauvages Drevlianes. Sa veuve, Helga (Olga), exerce la régence pendant vingt ans. Elle est déjà chrétienne. Son fils Svjatoslav (962-972) est le premier à porter un nom slave. Mais c'est un vrai Viking. Il périt comme son père sur le champ de bataille sous les coups des Petchénègues (horde nomade d'origine turque qui envahit l'Ukraine à plusieurs reprises).

Vladimir (Volodymyr), 980-1015, reçoit le baptême (en 987) et fait participer son pays à la civilisation chrétienne. Il devient le héros d'un cycle de légendes et l'Église, au xiiie siècle, le canonisera.

Il a pour successeur Iaroslav le Sage (1019-1054), prince bâtisseur, qui fait construire de nombreuses églises, la plus célèbre étant Sainte-Sophie de Kiev (1035-1037), et des monastères. Il avait épousé Inguiguer de Suède, il maria sa sœur à Casimir de Pologne, ses filles Élisabeth à Harold de Norvège, Anne à Henri Ier de France, Anastasie à André Ier de Hongrie.

Sous les princes de Kiev, la littérature brille d'un vif éclat. Le Récit des temps passés – parfois appelé aussi Chronique initiale – expose, à partir du Déluge et du partage du monde entre les fils de Noé, les destinées de la Russie. Énumération des tribus slaves, traditions relatives à un voyage supposé de l'apôtre André et à la fondation de Kiev, appel aux Varègues, invasions, migrations de peuples, tableau de leurs mœurs, etc. constituent une première partie non datée. Puis l'auteur fixe sa chronologie et, à partir de 852, expose les faits année par année : les règnes des princes varègues, le baptême de la Russie sous Vladimir, le règne d'Iaroslav et d'autres princes jusqu'à Sviatopolk II.

Le Récit des temps passés est une compilation de sources très diverses : chronographes byzantins, documents plus ou moins historiques (traités avec les Grecs), récits légendaires (cheval d'Oleg) sur lesquels on peut déceler l'influence des sagas scandinaves, réflexions pieuses, digressions parfois très longues (sur Cyrille et Méthode, sur les magiciens, etc.). C'est une œuvre d'une valeur exceptionnelle pour les historiens – miroir de son époque et tableau de la vie ukrainienne – et en même temps un chef-d'œuvre du point de vue littéraire.

Sous le règne du prince Iaroslav, le métropolite Hilarion a écrit un important traité où il oppose la Loi, donnée par Moïse, à la Grâce, apportée par Jésus-Christ. Il montre la Loi, accordée aux Juifs, remplacée par la Grâce, donnée à tous les peuples, et termine par un éloge de Vladimir.

Les bylines, chants épiques qui célèbrent les « bogatyrs » (paladins, preux chevaliers), se répartissent en deux grands cycles, celui de Kiev et celui de Novgorod. Seul nous intéresse ici le premier de ces deux cycles.

Ilia de Mourom est peut-être, avec Vladimir, le personnage le plus populaire du cycle de Kiev. C'est le bogatyr par excellence et le favori du peuple, car il combat les brigands qui infestent la terre ukrainienne. Ce fils de paysan est resté trente ans cul-de-jatte. Mais un jour, des pèlerins (peut-être le Christ et ses apôtres) lui offrent un breuvage qui lui donne une force herculéenne. Il l'emploie à défricher la forêt environnante. Arrivé à Kiev, il se querelle avec Vladimir qui est finalement forcé de lui faire des excuses. Ce bogatyr, qui a son franc-parler avec les princes, est avant tout un héros national. Il est le protecteur des faibles et défend la foi chrétienne contre les brigands et les Tatars.

L'Ukraine écartelée et persécutée

Après la chute de Kiev, la civilisation ukrainienne se maintint encore dans la principauté de Galicie-Volynie. Puis l'Ukraine, ce pays plus grand que la France d'aujourd'hui, se trouva, pendant des siècles, écartelée entre plusieurs ensembles politiques (Lituanie et Pologne, Russie, Autriche, Hongrie, Roumanie) et subit tour à tour des influences diverses, connut des épreuves inouïes, mais réussit cependant à réunir tous ses membres épars, d'abord au sein de la république socialiste soviétique d'Ukraine, membre de l'URSS, et finalement à acquérir l'indépendance nationale en 1991.

La langue ukrainienne porte les traces de ces diverses influences. Le territoire lié à la Lituanie et à la Pologne s'est orienté vers l'ouest. Le russe a pris une grande quantité de termes de civilisation au vieux slave d'Église, l'ukrainien en a beaucoup moins (Meillet).

Les débuts de l'ukrainien, en tant que langue littéraire, remontent au commencement du xixe siècle. Mais il avait derrière lui, depuis des siècles, les liens les plus intimes avec la civilisation polonaise et, lorsque les lacunes de son vocabulaire littéraire l'ont amené, pour les combler, à se chercher des ressources extérieures, il n'a pas hésité à sacrifier la tradition slavonne à la tradition polonaise. Le polonais est ainsi devenu la source presque unique du vocabulaire abstrait de l'ukrainien, à peu près comme le latin pour le français (Unbegaun).

La langue et la civilisation ukrainiennes ont été persécutées sous le tsarisme par Pierre Ier, Catherine II (destruction de la Sitch zaporogue, 1775), Alexandre II (circulaire Valujev, 1863, et décret d'Ems, 1876) et par Alexandre III (intense russification). Un des plus grands écrivains ukrainiens, Gogol, se résignera à écrire en russe. Telle était la situation dans l'Ukraine soumise à la Russie et colonisée par elle. Mais, sur la rive droite du Dniepr, la Galicie, devenue en 1772, lors du premier partage de la Pologne, possession des Habsbourg, jouit d'une liberté relative. La Galicie fut ainsi le centre de l'ukrainisme.

Kotliarevsky et la formation de la langue ukrainienne littéraire

On a dit que la formation de la langue ukrainienne littéraire date du commencement du xixe siècle.

C'est Ivan Kotliarevsky (1769-1838) qui a jeté les bases de la littérature moderne. La publication à Saint-Pétersbourg, en 1798, des trois premiers chants de son Énéide travestie en langue petite-russienne marque une date de toute première importance dans l'histoire des lettres ukrainiennes. Cette parodie en langue populaire du poème de Virgile circulait depuis longtemps en manuscrit. À l'insu de l'auteur, un mécène ukrainien, nommé Parpura, fit les frais de la publication. Dix ans plus tard, une nouvelle édition sortait des presses, toujours sans l'autorisation de l'auteur. Kotliarevsky, fort mécontent, se décida à se faire son propre éditeur, et, en 1809, les quatre premiers chants du poème voyaient le jour. Enfin la première édition complète de l'Énéide travestie, comprenant les six chants, devait paraître en 1842, soit quatre ans après la mort de Kotliarevsky.

Il s'agit d'une fantaisie de lettré dans laquelle l'auteur ne voyait – au moins au début – qu'un amusement littéraire que, de toute évidence, il ne comptait pas livrer à l'imprimeur. Ce n'est pas une traduction, mais une libre adaptation sur le ton plaisant. Sans doute le sujet en est-il le même que celui du célèbre poème latin. Mais l'œuvre de Kotliarevsky est sensiblement moins longue que celle de Virgile – six chants au lieu de douze. Le récit circonstancié qu'Énée fait à Didon (deuxième et troisième chants dans Virgile) de la ruine de Troie et de ses propres voyages a disparu. Plus d'infandum, regina, jubes, renovare dolorem... Mais c'est surtout le ton qui est tout autre. La majestueuse épopée du poète romain est effectivement « travestie » en une parodie étincelante de gaieté et d'humour. Le mérite de Kotliarevsky réside non seulement dans le fond, mais aussi dans la forme de son œuvre. Avec lui, la langue populaire ukrainienne, telle qu'elle était parlée à l'époque, fait irruption au grand jour et acquiert ses lettres de noblesse. Ce n'est plus ce mélange parfois déconcertant et plus ou moins diversement dosé de vieux slave, de polonais ou de russe dont se servaient avant lui la plupart des écrivains, mais une langue drue et vigoureuse qui sort du terroir.

Ainsi dans cette strophe de l'Enfer :

Ceux qui n'avaient pas su tenir leurs femmes / En main et leur avaient lâché la bride, / Les laissant aller aux noces / Pour prendre part à la farandole / Où elles s'amusaient jusqu'à minuit / À rôtir le balai / Ils étaient là assis en chapeaux / Ornés de magnifiques cornes, / Les yeux continuellement fermés / Dans des chaudrons de soufre bouillant.

Ivan Kotliarevsky était né à Poltava dans une famille modeste de petite noblesse. De 1780 à 1789, il fut élève d'un séminaire où il se familiarisa avec les littératures anciennes et apprit l'allemand et le français. Il y manifeste déjà son goût pour la poésie... Précepteur dans des familles de propriétaires fonciers, il entra ensuite dans l'armée (1796-1808) et prit sa retraite avec le grade de capitaine. Devenu directeur du théâtre de Poltava, il y fit jouer en 1819 deux pièces en ukrainien, Nathalie de Poltava et Le Soldat magicien qui, chaleureusement accueillies, sont toujours au répertoire.

La première a servi de thème à un opéra, fort connu en Ukraine, du célèbre compositeur Lysenko. C'est une opérette en deux actes qui retrace l'histoire de Nathalie, jeune fille pauvre qui aime Pierre. Sa beauté lui attire bien des prétendants riches et titrés, mais, malgré l'insistance de sa mère, elle reste fidèle au souvenir de Pierre dont les prétendants soutiennent qu'il a mal tourné et qu'il l'a oubliée. Sur ce arrive Pierre. Les prétendants finissent par renoncer à leurs sombres desseins et Pierre épouse Nathalie.

Le xixe siècle

Passant délibérément sous silence des écrivains qui ne furent pourtant pas sans mérite, on ne retiendra, au xixe siècle, que Taras Chevtchenko, Marko Vovchok, Lesja Oukraïnka, Kotsubynsky et Ivan Franko, et, au xxe siècle, Ivan Bahrianyi, Oles Hontchar et Ivan Dratch.

Taras Chevtchenko

Une place particulière doit être réservée au grand écrivain national de l'Ukraine, Taras Chevtchenko (1814-1861), peintre et poète, patriote passionné, démocrate convaincu, ennemi acharné du tsarisme et du servage, et génial porte-parole de son peuple opprimé. Né serf dans un village du district de Zvenigorod, il manifesta très tôt des dons exceptionnels de dessinateur. Orphelin à onze ans, il fut mis en apprentissage chez un peintre en bâtiment de Saint-Pétersbourg ; il fut remarqué par un compatriote, Soshenko, jeune artiste qui suivait les cours de l'Académie des beaux-arts. Plusieurs amis de Soshenko s'intéressèrent à son sort et, en 1838, Chevtchenko fut affranchi.

Dans le domaine littéraire, la notoriété lui vint avec la publication, en 1840, du célèbre Kobzar, petit recueil de huit poésies qui marque une date dans l'histoire de la langue et de la littérature ukrainiennes. Le kobzar est un chanteur populaire, une sorte d'aède, qui s'accompagne sur la kobza, instrument de musique primitif assez semblable à une guitare. Le succès donna des ailes au jeune maître et, de 1841 à 1847, il compose sans pouvoir toujours les publier un grand nombre de poèmes en ukrainien et en russe ; en 1841, paraissent Les Hajdamaques, poème qui relate l'insurrection des paysans ukrainiens contre la Pologne en 1668 ; en 1844, paraît Hamalija qui raconte un coup de main des Cosaques sur Constantinople. En revanche, le poème intitulé Le Rêve, écrit en 1844, ne devait être publié pour la première fois qu'en 1865, à Léopol en Galicie. Il reste interdit en Russie jusqu'à la révolution de 1905, mais des copies en circulaient sous le manteau. C'est une violente attaque contre la politique des tsars en Ukraine : Pierre Ier et Catherine II y sont associés dans la même malédiction.

L'Hérétique ou Jan Hus est un chant à la gloire du martyr de Constance et un cri de haine à l'égard de l'Église romaine. Le poème s'ouvre par une attaque contre les Germains et un appel à la solidarité des peuples slaves. Resté en manuscrit et considéré comme perdu, l'Hérétique ne devait être publié dans son texte intégral qu'en 1906, quand on le retrouva dans les archives de la Sûreté générale, parmi les papiers saisis par la police au domicile de Chevtchenko lors de sa première arrestation.

Trois autres poèmes célèbres : le Caucase, l'Épître amicale à mes compatriotes morts, vivants et à naître qui se trouvent en Ukraine ou ailleurs, le Testament, tous trois écrits en 1845, ne devaient paraître qu'en 1859 à Leipzig. Le premier est une vive attaque contre l'impérialisme russe dans son effort pour soumettre les populations du Caucase et pour russifier les allogènes ; le second prodigue aux Ukrainiens des conseils de dignité et de fermeté devant les Allemands (et aussi des reproches sarcastiques). Quant au Testament, il demande aux amis du poète de l'inhumer dans la terre natale, mais il contient aussi des appels à la révolte : Enterrez-moi et levez-vous ! / Brisez vos chaînes ! / Et du sang impur des ennemis / Baptisez la liberté !

Le Testament est devenu l'hymne national ukrainien.

En 1845, ayant terminé ses études à l'Académie des beaux-arts, Chevtchenko retourne en Ukraine. Cette reprise de contact avec les masses paysannes, le spectacle des exactions et de l'arbitraire, dont les propriétaires fonciers, russes ou polonais, se rendaient coupables, ne pouvaient que renforcer le poète dans ses convictions à la fois patriotiques et révolutionnaires.

Cependant un terrible orage allait fondre sur la tête du malheureux Taras. Un certain nombre de jeunes intellectuels ukrainiens, l'historien Nicolas Kostomarov, le futur romancier et publiciste Kulish, le juriste Hulak et quelques étudiants de l'université de Kiev, avaient fondé, en janvier 1847, une société secrète qui devait par la suite être désignée sous le nom de Confrérie des saints Cyrille et Méthode. Cette société se donnait pour tâche de libérer les nationalités slaves de la domination étrangère, de les unir par un lien fédératif, d'abolir toutes les formes d'esclavage, de supprimer tous les privilèges de classe, d'assurer la tolérance religieuse, la liberté de la pensée et de la presse.

C'est au printemps de 1846 que Chevtchenko fait la connaissance de Kostomarov. Ses vues sont plus radicales que celles de son nouvel ami et de la plupart de leurs camarades. Pour répandre les idées de la Confrérie, Kostomarov composa, à l'imitation du Livre du peuple polonais et du pèlerinage polonais de Adam Mickiewicz, une brochure de propagande : Le Livre de la Genèse du peuple ukrainien, suite de versets à la manière biblique qui retrace à grands traits les diverses étapes de l'histoire de l'Ukraine. L'influence de l'Histoire des Ruthènes y est sensible dans la partie proprement historique. Si Kostomarov a tenu la plume, Le Livre de la Genèse n'en est pas moins le fruit d'une collaboration avec Chevtchenko.

Dénoncés à la fin de 1846 par un étudiant de la faculté de droit de Kiev, les membres de la Confrérie furent arrêtés et transférés à Saint-Pétersbourg. Ils furent condamnés à des peines diverses, généralement faibles, sauf Chevtchenko sur lequel s'appesantit la poigne de Nicolas Ier. Le poète fut tenu pour le représentant de la tendance extrémiste au sein de la Confrérie. Il lui était de plus reproché d'avoir écrit « des vers subversifs ». Il fut incorporé comme simple soldat au régiment d'Orenbourg « sous une surveillance très étroite » avec interdiction d'écrire et de dessiner. « Satan lui-même, a écrit Chevtchenko, n'aurait pas imaginé un jugement aussi froid, aussi inhumain. » Dans son Journal, il remarque que le païen Auguste n'interdit pas à Ovide de lire et de dessiner, et qu'un chrétien le lui interdit, à lui Chevtchenko !

En 1855, à la mort de Nicolas Ier, les amis du poète s'efforcèrent de le faire bénéficier de l'amnistie traditionnellement accordée au début d'un nouveau règne. Ils ne l'obtinrent qu'en 1857. Diminué physiquement par ses longues épreuves, mais resté très ferme dans ses convictions, Chevtchenko mourut à Saint-Pétersbourg en 1861.

Marko Vovtchok

Marie Vilinskaia (1834-1907) née dans le gouvernement d'Orel était issue d'un milieu cultivé. En 1851, elle épousa un ethnographe ukrainien Aphanasy Markovych, ancien membre de la Confrérie des saints Cyrille et Méthode, qui, amnistié, fut nommé professeur de géographie à Nemirov. C'est dans cette petite ville ukrainienne qu’elle composa ses Récits populaires, qu'elle devait publier sous le pseudonyme, destiné à devenir célèbre, de Marko Vovtchok (« le louveteau »). Ces onze récits eurent le plus vif succès. Chevtchenko, qui venait de rentrer d'exil, les salua avec enthousiasme et Ivan Tourgueniev écrivit une préface élogieuse à la traduction russe.

Marko Vovčok a vécu une grande partie de sa vie à l'étranger, en Angleterre où elle rencontra Alexandre Ivanovitch Herzen, en Italie où elle vit Mikhail Bakounine, en France où elle fréquenta Tourgueniev et L Tolstoï ainsi que les émigrés russes et polonais. À Paris, grâce à Tourgueniev, elle entra en relation avec Pauline Viardot, Gustave Flaubert, George Sand et Jules Verne dont elle traduisit plusieurs œuvres en russe. Les Lettres de Paris donnent un tableau pittoresque de la France du second Empire et méritent d'être mieux connues.

Lessia Oukraïnka

Larissa Kossatch (1871-1913) est devenue célèbre sous le nom de Lessia Oukraïnka. Née dans une famille de nobles appauvris, mais cultivés, musicienne et extrêmement douée pour les langues, elle fut atteinte de tuberculose dès l'âge de vingt ans. Elle continua pourtant ses études dans sa famille et devait plus tard traduire en ukrainien plusieurs œuvres de Byron, Mickiewicz, Gogo', Heine, Hugo. Pour rétablir sa santé, elle vécut longtemps en Géorgie, puis en Italie à San Remo, de nouveau en Géorgie, en Crimée et finalement en Égypte. Ce dernier pays lui inspira un recueil de poésies, Printemps en Égypte, 1910), et un grand poème allégorique, Inscription dans les ruines (1904) où, sous le visage des pharaons Thoutmès et Ramsès, elle a en réalité en vue les tsars russes. C'est en Géorgie qu'elle devait mourir.

Les thèmes civiques dominent dans son œuvre poétique et théâtrale : Contra spem spero (1890), Sur les ailes des chants (1893), Verbe, pourquoi n'es-tu pas acier (1896).

Son drame le plus connu s'intitule Dans les catacombes (1905). L'action se déroule à Rome, au iie siècle de notre ère, au milieu des premiers chrétiens, persécutés par les empereurs. La figure centrale est un néophyte, un esclave qui croit d'abord naïvement, puis se juge trompé par son évêque, discute avec lui, voit la « fausseté » de la doctrine chrétienne et va rejoindre les rangs d'une bande de révoltés. En raison de ses tendances antireligieuses, ce drame est resté au répertoire des théâtres soviétiques ukrainiens.

Mykhaïlo Kotsubynsky

Avec Mykhaïlo Kotsubynsky et Franko, on entre plus avant dans le xxe siècle. La révolution de 1905 fut bénéfique au mouvement national ukrainien qui, dans le désordre général, marqua quelques points. Les relations avec la Galicie furent plus fréquentes. Mais, dès 1907, la réaction se fit durement sentir.

Fils d'un petit fonctionnaire, Mykhaïlo Kotsubynsky (1864-1913), séminariste révolutionnaire, puis instituteur, eut la chance d'entrer en relation avec Gorki et de bénéficier de son appui, lequel n'était pas négligeable dans le milieu littéraire.

En 1903 parut la première partie de son œuvre la plus connue, Le Mirage, à laquelle il donna, en 1910, une suite inspirée par la révolution de 1905 et fortement influencée par la propagande des marxistes russes.

Autorisé à se rendre à l'étranger pour se soigner, Kotsubynsky rencontra à Capri Gorki qui, dit-il, le reçut à bras ouverts. Une grande amitié naquit entre les deux écrivains que rapprochaient leurs communes convictions politiques. Gorki aida Kotsubynsky à publier ses œuvres – en traduction russe – dans la revue Savoir (Znanie) qu'il dirigeait.

En 1903, l'écrivain ukrainien prononça un discours courageux à l'inauguration, à Poltava, d'un monument à la mémoire de Kotliarevsky. Cette inauguration, à laquelle assistaient plusieurs écrivains russes et ukrainiens, prit l'allure d'une manifestation contre la politique tsariste opposée à l'emploi de la langue ukrainienne.

Son œuvre la plus connue grâce à l'admirable film de Paradjanov, Les Ombres des ancêtres oubliés, présenté au public mondial sous le titre des Chevaux de feu, a reçu des spectateurs et de la critique unanime un accueil enthousiaste (1966).

Kotsubynsky mourut à Chernihiv où il est enterré, et où un monument lui a été élevé en 1955.

Ivan Franko

Par son activité scientifique et littéraire, le Galicien Ivan Franko (1856-1916) est, après Chevtchenko, la plus grande figure de la littérature ukrainienne et du mouvement national.

Savant, écrivain, romancier, poète, dramaturge, critique, éditeur de revues, homme politique, Franko étonne par la multiplicité de ses dons et par sa prodigieuse activité.

Né en Galicie dans le district de Boryslav, fils d'un forgeron, Franko publia ses premiers vers dans une revue d'étudiants, en 1874. Il suivit les cours de la faculté des lettres de Lviv (Lemberg à l'époque), mais arrêté en même temps que les autres membres de la rédaction de la revue, il dut abandonner ses études. Il devait les reprendre beaucoup plus tard à l'université de Vienne en 1893, sous la direction du grand slaviste Vatroslav Jagich, et soutenir sa thèse de doctorat sur Ivan Vychensky et ses œuvres (1895). Mais, en raison de ses opinions politiques, il n'obtint jamais une chaire de professeur. Son œuvre proprement littéraire est considérable et comprend des poèmes, Hauteurs et bas-fonds (1887), La Mort de Caïn (1889), Mon Émeraude (1898), Moïse (1905), ainsi que des nouvelles. D'une culture encyclopédique, il est considéré par ses compatriotes comme un homme de génie, le plus grand que la Galicie ait donné à l'Ukraine.

—  Georges LUCIANI

La littérature du xxe siècle

À l’approche du xxe siècle, l’Ukraine, divisée entre deux empires, russe et austro-hongrois, voit sa littérature consolidée par les efforts de folkloristes et d’ethnographes, d’historiens et d’hommes de théâtre qui ont œuvré tout au long du xixe siècle, constituant ce que Miroslav Hroch, dans Social Preconditions of National Revival in Europe (1985), appelle la première étape de construction nationale pour les « petits » peuples d’Europe, celle qui éveille la conscience nationale et prépare les revendications politiques.

L’aspiration à la modernité

Le xxe siècle, qui se révèlera dramatique pour l’Ukraine, s’annonce alors comme une grande promesse : le mouvement national prend de la force et sa littérature est en pleine expansion. Aux côtés des auteurs réalistes s’affirment les modernistes qui ne veulent pas tant se défaire de la charge portée par leurs prédécesseurs que la porter autrement. En effet, en absence d’un État, la littérature, avec la recherche historique, est l’unique lieu où s’exprime l’identité ukrainienne. Les écrivains se présentent comme ses détenteurs privilégiés.

Le modernisme a permis l’introduction de nouveaux sujets dans une littérature jusque-là plutôt tournée vers la réalité paysanne. Il se manifeste au tournant des deux siècles, touchant l’œuvre tardive d’auteurs majeurs, tels que Ivan Franko, Lessia Oukraïnka (Chanson sylvestre, 1911 ; Boïarynia, 1913 ; Chevalier de pierre, 1912), tandis que que Mykhaïlo Kotsubynsky, s’éloignant du réalisme ethnographique, tend vers l’impressionnisme avec La Fleur du pommier (1902), Intermezzo (1908) et Les Ombres des ancêtres oubliés (1911).

C’est aussi l’époque des traductions en ukrainien qui, tout en enrichissant la langue, permettent d’accéder au patrimoine littéraire universel. Cette progression est favorisée par l’abandon, à la suite de la révolution de 1905, de l’interdiction des publications en langue ukrainienne et par un certain relâchement de la censure en Russie.

Aux côtés des « coryphées » (I. Netchouï-Levytsky, I. Karpenko-Kary, P. Myrny, B. Hryntchenko), grandit une nouvelle génération d’écrivains et de poètes regroupés, entre autres, autour du mensuel Ukraïnska khata, édité à Kiev entre 1909 et 1914, et où ont débuté ou publié tous les auteurs importants de l’époque : M. Vorony, P. Tytchyna, M. Rylsky, V. Svidzinsky, O. Oles, H. Tchouprynka, I. Lypa, V. Vynnytchenko. Le talent de beaucoup d’entre eux va éclore avec la chute de l’empire tsariste et la révolution ukrainienne. Le destin de la plupart de ces écrivains, cependant, fut brisé par le régime stalinien, laissant un gouffre béant dans la culture ukrainienne, empêchant sa transmission et faisant disparaître pour une longue période certains noms et, parfois à jamais, certaines œuvres, détruites en même temps que leurs auteurs. Les recherches modernistes et l’orientation vers l’Europe impulsées dans la première quinzaine du xxe siècle se feront encore sentir dans la création pendant un long moment.

Dans l’empire austro-hongrois, en Galicie, actuelle Ukraine occidentale, où la culture ukrainienne venait souvent se protéger des persécutions tsaristes, le début du siècle est marqué par un groupe de jeunes auteurs symbolistes, appelé Moloda Mouza (« La jeune muse ») avec O. Loutsky, O. Touriansky, M. Yatskiv, V. Patchovsky, V. Birtchak, P. Karmansky, etc. Une place particulière revient au nouvelliste et activiste Vassyl Stefanyk (1871–1936), membre de Pokoutska triïtsia (« Le trio de Pokouttia », avec les écrivains L. Martovytch et M. Tcheremchyna). Recourant au dialecte local, il dépeint la vie et les préoccupations du peuple (comme l’émigration au Canada dans La Croix de pierre, 1899).

Originaire de Bucovine, également partie de l’Autriche-Hongrie, Olha Kobylianska (1863–1942) est une autre grande figure. Son œuvre est à la jonction de deux courants, réaliste et moderniste. Auteur du roman social La Terre (1901), elle a été parmi les premières féministes dans la littérature ukrainienne, avec La Valse mélancolique (1894) et Tsarivna (1895).

Un des écrivains et dramaturges les plus populaires du début du xxe siècle, Volodymyr Vynnytchenko (1880-1951) fut aussi un des chefs de la république populaire d’Ukraine (1917-1920). Déçu par l’échec de la révolution, il s’établit dans le sud de la France où il continue à écrire romans et pamphlets. Remarqué dès la publication de son recueil La Beauté et la Force (1902), il est l’auteur du premier roman de science-fiction ukrainien – La Machine solaire (1928) – et de nombreuses pièces de théâtre : La Panthère noire et l’ours blanc (1911), Le Mensonge (1910), etc. Néoréaliste à ses débuts, son style glisse vers l’impressionnisme et sonde la psychologie de ses personnages. Les œuvres de Vynnytchenko furent admirées et discutées en Ukraine jusque dans les années 1930 lorsque, déclaré « ennemi du peuple », il se vit proscrit par le régime soviétique jusque dans les années 1990.

Les Clarinettes solaires (1918), premier recueil de Pavlo Tytchyna (1891-1967), apporte un souffle nouveau à la poésie. Considéré comme une version ukrainienne du symbolisme, son style aux assonances lumineuses a été baptisé « clarinettisme ».

Après l’échec de l’indépendance ukrainienne et l’instauration du pouvoir soviétique, certains écrivains quittent l’Ukraine, tandis que d’autres s’engagent dans la construction d’une Ukraine soviétique ou adoptent une position attentiste.

De la politique d’ukrainisation à la Renaissance fusillée

Désireuse, dans le but de gagner l’adhésion des différents peuples, de prendre le contrepied de la politique tsariste russificatrice, l’URSS va engager une politique en faveur des langues et des cultures nationales, dite d’« enracinement ». Menée entre 1923 et 1932, la politique d’ukrainisation a ainsi favorisé une véritable effervescence culturelle, scientifique et éducative, dont témoignent les travaux de l’Académie des sciences, le développement de la presse, du théâtre, du cinéma et de la littérature.

Les écrivains et les poètes se regroupent dans des formations littéraires en fonction de leur style ou de leur localisation. Parmi les plus importantes : Lanka (devenu MARS – Atelier de la parole révolutionnaire –, avec V. Pidmohylny, H. Kosynka, Y. Ploujnyk, B. Antonenko-Davydovytch, T. Osmatchka, I. Bahriany), de Kiev ; Hart (devenu VAPLITE – Académie libre de la littérature prolétarienne –, avec V. Ellan-Blakytny, V. Sosura, M. Khvylovy, M. Johansen, O. Dovjenko, P. Tytchyna), de Kharkiv (capitale de l’Ukraine jusqu’en 1934) ; Plouh (« charrue » – union des écrivains paysans –, avec A. Holovko, P. Panch, D. Houmenna) ; la Nouvelle génération, qui rassemble les futuristes (M. Semenko, H. Chkouroupiy, O. Vlyzko). Mentionnons également les « néoclassiques » M. Zerov, M. Rylsky, P. Fylypovytch, M. Draï-Khmara, O. Bourhardt (Y. Klen).

Idéalistes, animés d’une fièvre créatrice et jouissant de la relative liberté des premières années du régime, ces écrivains vont expérimenter, dénoncer l’approche productiviste de la littérature et débattre de l’avenir de l’Ukraine, une des grandes questions étant le lien avec la littérature russe et le monde. Le chef de file de VAPLITE, Mykola Khvylovy (1893–1933), auteur de plusieurs pamphlets appelant à se détourner de Moscou pour se tourner vers « l’Europe psychologique », est à l’origine de ce débat qui lui attire les foudres de Staline. Écrivain et publiciste, communiste convaincu, il est une figure de proue de la prose ukrainienne postrévolutionnaire. Dans ses œuvres littéraires, il soulève la question de l’individu dans la révolution, celle aussi de la déception postrévolutionnaire (Les Bécasses de bois, 1927), et souligne la dichotomie entre les idéaux et les méthodes (Moi [Romantique], 1924). Dans ses pamphlets et articles, la place de l’Ukraine dans la nouvelle Union soviétique est centrale (Quo Vadis, 1925 ; Les Pensées à contre-courant, 1926 ; L’Ukraine ou la Petite Russie, 1926). Témoin de la famine qui dévaste les campagnes, pressentant les répressions à venir et ulcéré par l’arrestation de son ami M. Yalovy, il met fin à ses jours en ultime geste de protestation.

Les répressions au lendemain des suicides de M. Khvylovy en mai et de M. Skrypnyk (commissaire à l’Éducation, responsable de l’ukrainisation) en juillet 1933 sonnent le glas de la politique d’ukrainisation. Dans les mois et les années qui suivent, presque toutes les personnalités des milieux culturels seront arrêtées, accusées d’appartenir à des organisations contre-révolutionnaires, et pour la plupart fusillées ou condamnées à des peines de prison ou de travaux forcés. Les membres de tous les groupements littéraires, des nationaux-communistes engagés dans la construction du nouvel État aux néoclassiques, éloignés de la politique, ont été emportés dans la tourmente.

Si le destin d’un certain nombre d’entre eux reste inconnu, plusieurs dizaines d’hommes de lettres ukrainiens ont été fusillés en novembre 1937, sur les îles Solovki ou dans la forêt de Sandarmokh, en l’honneur du vingtième anniversaire de la révolution d’Octobre. Y ont trouvé la mort Valérian Pidmohylny (auteur de La Ville, 1928, considéré comme un des premiers romans urbains ukrainiens, et d’Un petit drame, 1930) ; le dramaturge Mykola Koulich dont les pièces, montées au théâtre Berezil en collaboration avec le metteur en scène Les Kourbas, fusillé au même moment, ont modernisé la scène ukrainienne (Malachi venu du peuple, 1927 ; Myna Mazaïlo, 1929 ; La Sonate pathétique, 1929 ; Maklena Grasa, 1933, qui dépeignaient la lutte révolutionnaire et les contradictions de la société soviétique) ; Mykola Zerov poète néoclassique, critique littéraire et traducteur de la poésie antique. Le milieu artistique ukrainien qui a subi cette répression a reçu l’appellation de Renaissance fusillée, reprenant le titre du recueil devenu la référence sur cette période, constitué à Paris par Y. Lavrinenko sous l’impulsion de la revue Cultura de J. Giedroitz.

Ceux qui ont survécu l’ont fait au prix de leur talent, de la négation de leurs engagements passés et du renoncement à leurs idéaux (P. Tytchyna, V. Sosura, Y. Yanovsky, M. Rylsky). Rares sont ceux qui ont pu s’échapper à temps (Y. Klen), revenir des camps (B. Antonenko-Davydovytch) ou dénoncer la terreur en s’exilant (I. Bahriany). Le réalisme socialiste et l’autocensure sont devenus, dès lors, le lot des écrivains ukrainiens soviétiques, asséchant et uniformisant une création encadrée par le parti et son appareil répressif. Les œuvres des écrivains qui ont émergé ou créé à cette époque intéressent désormais surtout les historiens. De cette période date le penchant pour les grandes fresques historiques et l’introduction d’un nouveau thème : l’amitié entre les peuples russe et ukrainien, un rôle dirigeant revenant au premier.

Un certain assouplissement eut lieu pendant la Seconde Guerre mondiale : évacués pour la plupart vers l’Oural, quand ils n’étaient pas en première ligne, les écrivains furent mis à contribution par le biais d’une radio diffusant en ukrainien pour le front. Dans cette optique, en 1943, l’auteur de pamphlets humoristiques Ostap Vychnia fut libéré du Goulag. En 1944, V. Sosura a composé Aimez l’Ukraine, poème qui lui valut après la guerre d’être accusé de « nationalisme bourgeois ».

Le temps de l’exil

Quant aux écrivains qui ont fui l’Ukraine à l’instauration du pouvoir soviétique et qui ont produit en Europe entre les deux guerres, ils sont entrés dans l’histoire comme l’École de Prague, lieu de résidence de la plupart d’entre eux (Y. Malanuk, L. Mossendz, O. Oljytch, O. Teliha). Marqués par l’échec de la révolution dont ils avaient été des acteurs actifs, meurtris par les nouvelles qui leur parvenaient d’Ukraine, ils pressentaient l’arrivée d’une nouvelle catastrophe tout en résistant aux tentations totalitaires et en défendant la liberté de création : leur œuvre est empreinte de douleur et de tristesse. Au même moment en Pologne, Oulas Samtchouk (1905-1987) crée sa trilogie Volhynie (1932-1937) et le premier roman consacré au Holodomor (la grande famine), Maria (1934) ; et le poète Bohdan-Ihor Antonytch (1909-1937) vient enrichir le modernisme ukrainien.

Les écrivains qui sont parvenus à quitter l’URSS après la guerre ont fondé dans les camps pour les personnes déplacées (DP) en Allemagne un Mouvement artistique ukrainien (MUR, 1945-1948), doté d’une maison d’édition, appelée Prométhée. I. Bahriany, Y. Cherekh, V. Barka, Y. Malanuk, O. Samtchouk, D. Houmenna, discutant de la modernisation de la littérature ukrainienne dans le monde d’après-guerre, soulignent la nécessité de lui donner une place dans l’art universel. De cette génération se détachent Ivan Bahriany (1906-1963), auteur des romans sur le régime soviétique, dont Le Jardin de Gethsémani (1950), et Vassyl Barka (1908-2003), qui écrivit un important roman consacré à la grande famine, Le Prince jaune (1963).

Dans les années 1950 se crée le Groupe de New York, réunissant les poètes modernistes de l’émigration qui privilégiaient les valeurs esthétiques par rapport aux thèmes politiques ou sociaux : B. Boytchouk, Y. Tarnavsky, B. Roubtchak, V. Vovk, R. Baboval, etc. Le groupe éditait une revue annuelle Les Nouvelles Poésies. Emma Andievska, poétesse, écrivaine et peintre surréaliste, lui a appartenu un temps.

Un lent dégel

La déstalinisation a été plus tardive en Ukraine qu’à Moscou et, si elle a permis aux auteurs tels que M. Rylsky ou M. Bajan de connaître une renaissance, P. Tytchyna n’a pu relever la tête. Les écrivains qui avaient connu la guerre, même si leurs textes restaient proches du réalisme socialiste, étaient marqués par l’autocensure ou s’attachaient à des sujets historiques selon le canon autorisé de la lutte des classes et de l’amitié des peuples, soulevaient des questions dérangeantes et étaient porteurs d’une certaine vérité (M. Stelmakh, O. Hontchar, H. Tutunnyk, L. Pervomaïsky, O. Dovjenko). Une relative liberté, la réapparition des noms et des œuvres des auteurs disparus dans les purges staliniennes, même si elle fut partielle, ainsi que le retour des camps, ont permis la naissance d’un esprit nouveau, celui de la génération des années soixante (chistdessiatnyky). Ayant grandi dans une atmosphère de dénonciation du culte de la personnalité, ces jeunes auteurs – essentiellement poètes – se distanciaient de leurs pères, alors que les errances créatrices des protagonistes de la Renaissance fusillée leur servaient d’exemples.

Ivan Dratch était considéré comme la plus grande promesse de cette génération à la publication de son poème Un couteau dans le soleil (1961) et de son premier recueil Le Tournesol (1962). Poète, traducteur et scénariste, il a contribué au cinéma poétique ukrainien (Paradjanov, Ilienko, Ossyka), mais a été amené à faire son autocritique en 1966. En 1988, il publie un des premiers poèmes consacrés à Tchernobyl, aux accents bibliques : La Madone de Tchernobyl.

Vassyl Symonenko (1935-1963), figure marquante de cette génération, s’était engagé, aux côtés du peintre Alla Horska et du metteur en scène Les Tanuk, dans la dénonciation des crimes du NKVD, symbolisés par les fosses communes dans les environs de Kiev, à Bykivnia. Mort prématurément, il laisse des recueils poétiques d’un grand courage et sens civique, avec pour fil rouge l’amour de l’Ukraine : Silence et Tonnerre (1962), L’Attraction terrestre (1964) et Le Rivage des attentes (1965).

L’œuvre poétique de Lina Kostenko contient aussi bien des poèmes lyriques (Rayons de la terre, 1957 ; Les Voiles, 1958 ; Les Pérégrinations du cœur, 1961), que des poèmes historiques nourris d’allusions politiques (Maroussia Tchouray, 1979 ; Berestetchko, 1999). Accusée d’apolitisme et réduite au silence pendant la stagnation brejnevienne, elle a continué à écrire sans être publiée, jouissant toujours d’une grande popularité. Son roman Journal d’un fou ukrainien (2010) a connu un vrai succès d’édition.

Il convient de mentionner également les poètes A. Vinhranivsky (1936-2004), V. Holoborodko dont le premier recueil, en raison de la censure, n’a été publié qu’en 1988, D. Pavlytchko, I. Kalynets et l’écrivain Y. Houtsalo (1937-1995).

Porté par ce souffle nouveau, Oles Hontchar (1918-1995) publie en 1968 La Cathédrale, roman où le destin d’une famille ukrainienne lui permet d’évoquer le glorieux passé cosaque, personnifié par une église en bois qui trône au milieu d’un bourg, comme une promesse d’avenir. Jugé nationaliste et retiré des librairies, le livre ne put reparaître qu’à la fin des années 1980.

La réaction ne s’est pas faite attendre. Dès 1965, les arrestations dans les milieux ukrainiens poussent I. Dzuba, V. Stous et V. Tchornovil à protester publiquement lors de la première du film de S. Paradjanov Les Ombres des ancêtres oubliés. Un an plus tôt, un incendie a ravagé l’Académie des sciences de l’Ukraine. Protestant contre la politique de russification qui, par vagues successives, réduisait le champ d’utilisation de la langue ukrainienne, le critique littéraire Ivan Dzuba publie un pamphlet, L’Internationalisme ou la Russification (1965). La vague d’arrestations de janvier 1972 touche une centaine de personnes, dont le critique littéraire Ivan Svitlytchny (1929-1992), véritable âme des chistdessiatnyky, ainsi que le philosophe Yevhen Sverstuk (1928-2014), auteur de l’essai Une cathédrale en échafaudage (1970) qui, dans le sillage de La Cathédrale de Hontchar, prolonge et approfondit la réflexion sur le sort de l’Ukraine. Ils seront condamnés à des peines de prison pour agitation et propagande antisoviétique.

Vassyl Stous (1938-1985), poète, essayiste et traducteur, occupe une place à part dans la dissidence ukrainienne. D’un immense talent combinant la poésie traditionnelle ukrainienne et la poésie européenne, son œuvre a été partiellement perdue dans les camps. De caractère entier et sans compromission, il meurt dans un camp à l’époque de Gorbatchev. Il est l’auteur d’essais littéraires sur Tytchyna (Le Phénomène d’une époque) et Svidzinsky (Une Floraison disparaissant) et des recueils de poésies Les Arbres en hiver (1970), Cimetière joyeux (1971) et Palimpsestes (1977).

La période de stagnation brejnevienne est marquée par un intérêt pour la fiction historique (P. Zahrebelny) et l’apparition d’une « prose chimérique », mêlant la réalité et l’imagination (R. Ivanytchouk, Y. Chevtchouk, V. Zemliak, V. Drozd).

Aussi bien I. Dratch que D. Pavlytchko, O. Hontchar et I. Dzuba reviennent sur le devant de la scène politique au moment de la perestroïka, assurant une continuité générationnelle et spirituelle avec l’Ukraine qui allait naître sur les décombres de l’URSS.

Reconquête d’une identité

Alors que l’Union soviétique approche de sa fin, accélérée par la catastrophe de Tchernobyl survenue en Ukraine le 26 avril 1986, la littérature va au-devant des changements. Avides de découvrir les auteurs et les textes universels dont ils ont été privés par le régime, mais également tous ceux dont les noms et les œuvres ont disparu à l’époque soviétique, écrivains et poètes s’efforcent d’accompagner le mouvement de démocratisation et l’avènement de l’Ukraine indépendante. Libérée des carcans idéologiques du réalisme socialiste, la littérature s’ouvre à des sujets inexplorés, recourt à des procédés littéraires jusque-là interdits, joue avec la langue et ne recule pas devant les excès de langage.

Dans la capitale, on relève les écrits ironiques, souvent mordants, de B. Joldak, L. Podereviansky, V. Dibrova, en prémisses de la littérature postmoderne. À l’ouest, trois jeunes poètes – Y. Androukhovytch, V. Neborak et O. Irvanets créent en 1985 le mouvement poétique Bu-Ba-Bu (burlesque, bazar, bouffonnade), inaugurant la nouvelle littérature ukrainienne, à la fois néobaroque et postmoderne, ironique, voire parodique. Le poète, écrivain et essayiste Youriy Androukhovytch est le représentant le plus connu du groupe, auteur de recueils poétiques Le Ciel et les Places (1985), Les Oiseaux et les Plantes exotiques (1991) et des romans Recréations (1992), Moscoviada (1993), Perversion (1996), Douze Cercles (2003), Mystère. À la place d’un roman (2007), etc. Son nom est lié au « phénomène de Stanislaviv » (actuelle Ivano-Frankivsk), qui désigne un groupe d’écrivains postmodernes (Y. Izdryk, T. Prokhasko, V. Yechkilev, H. Petrosaniak).

Oksana Zaboujko, poète, écrivain, philosophe et essayiste, a marqué elle aussi la littérature de l’Ukraine postsoviétique. Son roman Explorations sur le terrain du sexe ukrainien (1996), qui analyse les relations du couple à travers les vicissitudes de l’histoire, a provoqué un grand débat et remporté un vif succès. Son Musée des secrets abandonnés (2009) évoque, à travers le destin d’une famille, l’Ukraine au xxe siècle. On lui doit également des essais critiques sur les grandes figures de la littérature, telles que I. Franko, L. Oukraïnka, T. Chevtchenko.

Serhiy Jadan représente la génération suivante, mais aussi l’est de l’Ukraine, russifié et supposé être moins préoccupé par les problèmes nationaux. Poète et écrivain, traducteur et chanteur, il est devenu une figure centrale de la littérature ukrainienne. Le thème dominant de son œuvre poétique (Ballade sur la guerre et la reconstruction, 2001 ; Éthiopie, 2009 ; Armes à feu et armes blanches, 2012) comme de sa prose (Big Mac, 2003 ; Depeche Mode, 2004 ; Anarchy in the UKR, 2005 ; L’Hymne de la jeunesse démocratique, 2006 ; Vorochilovgrad, 2010 ; Mésopotamie, 2014), est la jeunesse postsoviétique, « lumpenisée » et perdue. La guerre dans le Donbass a pris une place croissante dans son œuvre (La Vie de Marie, 2015) et son action.

L’œuvre de Maria Matios se nourrit de sa Bucovine natale – dont une partie fut rattachée à l’Ukraine en 1947 –, où se déroule l’essentiel de son œuvre : Daroussia la douce (2004), Nation. Une confession (2006), Presque jamais autrement (2007), Les Brodequins de la Vierge (2013). Aussi exotiques et surannés que puissent paraître ses personnages, c’est la nature humaine face aux épreuves qui l’intéresse, rendant son œuvre universelle.

La jeune génération, plus littéraire que politique, compte notamment Lubko Deresh – dont le premier roman, Culte, écrit à l’âge de seize ans, a fait sensation – et Sophie Androukhovytch, remarquée pour Felix Autriche (2014). Les années 2000 ont révélé une pléiade d’auteurs prometteurs : N. Sniadanko, S. Povaliaeva, L. Denysenko, B. Matiache, A. Lubka, etc.

La prose féminine grand public (I. Rozdobudko, L. Dachvar) ou plus exigeante (Y. Kononenko) se porte bien, alors que la tradition du roman mystique est poursuivie avec succès par M. Dotchynets, H. Pahoutiak et encore davantage par Y. Vynnytchouk, qui y ajoute des éléments historico-gothiques, érotiques, humoristiques et culinaires liés à Lviv, sa ville natale. Il est également l’auteur d’un des premiers romans ukrainiens sur l’extermination des Juifs d’Ukraine : Le Tango de la mort (2012).

La guerre dans l’est du pays a modifié l’écriture. En 2014-2015, on trouve peu de romans, mais des textes courts, une production importante de chroniques et de témoignages (qui touche même les écrivains vivant de leur plume, comme A. Kourkov, M. Matios, O. Zaboujko). Avec la domination de la poésie, ce phénomène semble indiquer le besoin d’un exutoire que la littérature remplit avec plus ou moins de bonheur.

Les prix littéraires, les festivals (Meridian Czernowitz) ou les Salons du livre (Forum des éditeurs à Lviv, Arsenal à Kiev), les sites consacrés à l’actualité du livre, favorisent les nouveaux talents. La critique littéraire, réduite à l’époque soviétique à l’analyse de la conformité de l’œuvre aux principes du marxisme-léninisme, se reconstruit en s’inspirant des meilleures traditions occidentales.

À l’heure de l’émergence d’un État-nation, la littérature, particulièrement après les événements de 2013-2014 et la guerre dans l’est du pays, est confrontée à la question de la place de la littérature de langue russe, dont le représentant le plus connu est Andrei Kourkov (Le Pingouin, 1996 ; Le Dernier Amour du président, 2004 ; Laitier de nuit, 2007 ; Le Jardinier d’Otchakov, 2010 ; Le Concert posthume de Jimi Hendrix, 2012). Dans l’Ukraine post-maïdan où l’appartenance à une nation politique transcende la question de l’origine ethnique, la solution qui semble se dessiner serait de considérer comme appartenant à la littérature ukrainienne toute œuvre dont l’auteur s’identifie à l’Ukraine, indépendamment de sa langue de création ou de son origine. Ainsi, les auteurs de langue tatare, russe et autres devraient intégrer cette littérature.

Les défis que la littérature actuelle doit relever sont identiques à ceux de la plupart des littératures européennes : baisse du nombre de lecteurs, essor du livre numérique, etc. Si l’édition est touchée par des problèmes économiques et structurels, si la distribution en est le véritable maillon faible, l’écrivain tient encore et toujours une place de choix au sein de la société, intervenant dans la vie politique (Y. Androukhovytch, O. Zaboujko) jusqu’à se porter candidat lors d’élections (M. Matios). Lors des manifestations qui eurent lieu à Maïdan, de novembre 2013 à février 2014, la figure de Taras Chevtchenko continuait d’être une référence absolue. Cependant, forte de sa dynamique propre, intégrée au monde littéraire international grâce aux traductions et aux échanges, l’Ukraine ne devrait pas mettre longtemps à rejoindre pleinement son époque.

—  Iryna DMYTRYCHYN

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※ L'Ukraine indépendante

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La Renaissance nationale et culturelle en Ukraine de 1917 aux années 30, INALCO, Paris-Munich-Edmond, 1986

L'Ukraine et la France au xixe siècle, colloque, univ. Sorbonne nouvelle, Paris, 1987

Ukraine : Renaissance nationale, 1917-1932, Actes du colloque, PIUF, 1986.

Écrit par :

  • : spécialiste de l'Europe centrale et orientale, ancien correspondant à Moscou et conseiller culturel à l'ambassade de France à Kiev (Ukraine)
  • : maître de conférences à l'Institut national des langues et civilisations orientales
  • : directeur adjoint, Ukrainian Research Institute, Harvard University
  • : professeur de langues, littératures et civilisations slaves à l'université de Bordeaux-III
  • : maître de conférences à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

Classification

Autres références

«  UKRAINE  » est également traité dans :

UKRAINE, chronologie contemporaine

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Tous les événements politiques (élections, conflits, accords, …) et les faits économiques et sociaux qui ont marqué l’histoire contemporaine du pays jusqu’à aujourd’hui. […] Lire la suite

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CARPATES

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Peintre et poète, Tarass Chevtchenko est unanimement considéré comme le grand poète de l'Ukraine et le fondateur de la littérature ukrainienne. Le Kobzar , recueil des poésies de Chevtchenko, paraît la même année que Un héros de notre temps de Lermontov, en 1840. Entre ces deux livres, que de choses différentes et que de choses communes. Remarquons que le titre de Lermontov convient à désigner Ch […] Lire la suite

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Conservateur assumé et anticommuniste notoire, l’historien britannique Robert Conquest a inlassablement dénoncé pendant cinquante ans la nature violente du régime soviétique. Si ceux qui le voulaient étaient informés depuis les écrits des déçus exilés Boris Souvarine ou Victor Serge dans les années 1930, sans oublier Trotski ou l’affaire Kravtchenko en 1946-1950, Robert Conquest a le premier démo […] Lire la suite

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Long de 2 285 kilomètres et drainant un bassin de 504 000 kilomètres carrés, le Dniepr (le Borysthène des anciens Grecs) se classe en Europe au quatrième rang derrière la Volga, le Danube et l'Oural ; mais son débit moyen à l'embouchure (1 700 m 3 /s) reste sensiblement inférieur à celui de la Petchora, de la Dvina du Nord et même de la Néva. Le Dniepr traverse successivement la Russie sur 485 kil […] Lire la suite

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Le 24, jour de la fête nationale en Ukraine qui célèbre l’indépendance du pays en 1991, une frappe russe sur la gare ferroviaire de Tchaplyne, située entre Dnipro et Donetsk, près du Donbass, fait au moins vingt-cinq morts. Le 24 également, soit six mois jour pour jour après l’invasion du pays par la Russie, le président américain Joe Biden annonce une nouvelle tranche d’aide militaire à l’Ukraine d’un montant de près de 3 milliards de dollars. […] Lire la suite

Pour citer l’article

Annie DAUBENTON, Iryna DMYTRYCHYN, Lubomyr A. HAJDA, Georges LUCIANI, Yann RICHARD, « UKRAINE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 décembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ukraine/