ÉLECTRICITÉHistoire

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Les origines

L'Antiquité

Parmi les premières observations relatives à ce que l'on nommera plus tard électricité, il faut citer les éclairs orageux, la foudre (liée à la production du feu), les aurores boréales, l'attraction de certaines substances par d'autres (ambre et pierres d'aimant).

Thalès, né à Milet (env. 625-env. 547), le plus ancien des sept sages de la Grèce, fondateur de l'école ionienne, connaissait la propriété de l'ambre jaune ou succin (en grec êlektron, d'où électricité) d'attirer les corps légers grâce à une « âme vivante » possédée par ces matières. Il aurait rapporté ces connaissances d'Égypte. Platon (env. 427-env. 347) voit dans ce phénomène une sorte de « respiration » (Timée). Pline l'Ancien (23-79) et Plutarque (env. 47-120) insistent sur le fait qu'il faut frotter l'ambre pour obtenir une attraction.

Dans l'Antiquité, on connaissait aussi les propriétés de la pierre dite d'Héraclée, de Lydie ou de Magnésie (d'où le terme de magnétisme), qui constitue les aimants et que l'on appelle la magnétite (oxyde de fer Fe3O4). Démocrite (env. 460-env. 370) a donné un traité de l'aimant dont « les atomes pénètrent au milieu de ceux moins sensibles du fer pour les agiter ».

Une première application

Au iiie siècle, les Asiatiques savaient fabriquer des boussoles de divers types. D'abord constituées par des cuillères de magnétite placées sur des plans de marbre, elles étaient destinées à la divination, puis formées d'aiguilles aimantées flottant sur de l'eau (au moyen de brins de roseau) ; elles servirent à guider les navigateurs. Les croisés ont vraisemblablement trouvé ces instruments chez les Arabes.

Pierre le Pèlerin de Maricourt, qui fut le maître de Roger Bacon (env. 1219-env. 1292), cite, en 1269, dans son Epistola de magnete, l'expérience de l'aimant brisé (multiplication des pôles), puis ressoudé ; mais il semble avoir ignoré la déclinaison magnétique. C'est seulement au xve siècle que l'on parle de ce phénomène, dont Christophe Colomb (env. 1450-1506) aurait noté la variation d'un point à un autre du globe entre les 13 et 17 septembre 1492.

William Gilbert (1544-1603), médecin de la reine Élisabeth et du roi Jacques Ier d'Angleterre, pour expliquer l'inclinaison et la déclinaison des aiguilles aimantées, aurait admis le premier que la Terre est un aimant. Il serait également le créateur du terme même d'électricité, vis electrica.

Premières machines

Otto de Guericke (1602-1686), bourgmestre de Magdebourg, généralise le phénomène d'attraction par frottement à un grand nombre de corps (saphir, rubis, améthyste) ; il crée la première machine capable de produire de l'électricité (statique) au moyen d'un globe de soufre que l'on frottait alors qu'il était animé d'un mouvement de rotation autour d'un axe le traversant. Il tira de cet appareil des étincelles qu'il compara aux éclairs du ciel.

Christiaan Huygens (1629-1695) améliore cette machine en remplaçant la grosse boule de soufre par une petite sphère d'ambre. Vers la même époque, l'abbé Jean Picard (1620-1682) constate que le tube de verre d'un baromètre devient lumineux quand on agite le mercure qu'il contient. C'est aussi ce qui ressort des expériences du constructeur anglais Francis Hauksbee (env. 1666-1713), qui montre de plus que par frottement le verre donne des effets électriques plus importants que le soufre.

Arrivés à cette période du xviie siècle, on peut faire le point des observations et des expériences : une seule application a vu le jour, la boussole ; la distinction entre électricité (statique) et magnétisme est déjà établie ; les premiers effets du passage de l'électricité dans des gaz raréfiés (luminescence) se manifestent ; enfin, les résultats obtenus ne constituent que des curiosités, pour ne pas dire de simples amusements : on ne cherche pas encore à bâtir des théories.

Avec Stephen Gray (1666-1736), une nouvelle étape est franchie ; ce savant montre que l'on peut transporter la « vertu électrique » par des fils de soie, puis de métal, et ce même à travers le corps humain, à des substances qui ne la possèdent pas. Il parvient même à produire l'électrification sans contact (par influence) et divise les corps en conducteurs et non conducteurs.

Stephen Gray

Photographie : Stephen Gray

Gravure montrant le physicien anglais Stephen Gray (1666-1736), qui démontra en 1729 la conductibilité, c'est-à-dire le transport d'énergie à distance, découvrant ainsi l'électrisation par influence. 

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  • : ancien directeur du laboratoire de biochimie des isomères à l'École pratique des hautes études

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Pour citer l’article

Jacques NICOLLE, « ÉLECTRICITÉ - Histoire », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/electricite-histoire/