DOUTE

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Présent dans les discours les plus divers, le doute n'est pas plus un concept méthodologique qu'un argument pédagogique, à quoi cependant on l'a maintes fois réduit. De Socrate à Descartes, de Montaigne à Lessing et de Kierkegaard à Nietzsche, il transforme le cours d'une réflexion en expérience ; dans un discours en première personne comme dans un dialogue, il ordonne une progression, fait repère, historicise la pensée et rompt le dogmatisme menaçant. Aussi n'est-il jamais premier, jamais terme originaire, mais au contraire réponse, intervention, menace : en cela il correspond à une altérité qui semble essentielle à la pensée. Mais l'expérience originale du doute ne peut se limiter à n'être qu'une simple objection, une question insidieuse, une aporie : elle est immédiatement remise en cause de la totalité de la réflexion, de la démarche même. Le soupçon qu'il fait naître ne porte pas sur un argument, une prémisse du raisonnement mais sur la valeur globale de la réflexion elle-même, sur l'assurance tranquille d'un savoir acquis : la progression du doute peut suivre la progression du raisonnement, elle peut aussi la précéder, exiger un effort préalable : « Maintenant donc que mon esprit est libre de tout soin, et que je me suis procuré un repos assuré dans une paisible solitude, je m'appliquerai sérieusement et avec liberté à détruire toutes mes anciennes opinions » (Descartes). Or cette volonté de détruire n'est chez Descartes que la conséquence d'une découverte préalable : celle de l'incertitude des opinions qu'on lui avait enseignées ; le doute sera ici le moyen de l'épreuve après avoir été sa raison déterminante ; il requiert [...]


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Dans le chapitre « Affectivité et passions dans la tradition classique »  : […] Sans pouvoir entrer ici dans l'extrême complexité et la richesse immense de l'expérience grecque de l'affectivité et des passions – notamment dans la littérature tragique –, il est néanmoins possible de placer quelques repères significatifs chez les philosophes. « Le Grec, écrit E. R. Dodds, a toujours vu dans l'expérience d'une passion une chose mystérieuse et effrayante, l'expérience d'une forc […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/affectivite/#i_48

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BRADLEY FRANCIS HERBERT (1846-1924)

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Dans le chapitre « Le doute et l'étonnement »  : […] Il est caractéristique que le dernier chapitre de ce livre ait pour titre « Doutes ultimes ». Le philosophe cherche le vrai ; mais le vrai n'est pas encore le réel, car le vrai reste enfermé dans le cadre du jugement. Et, cependant, Bradley pense avoir acquis ce qu'il appelle alors une certitude absolue. Mais, après avoir écrit ces mots, il complète sa pensée : « Cette conclusion, je l'ai déjà fai […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/francis-herbert-bradley/#i_48

CONSPIRATIONNISME

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Dans le chapitre « Nier la complexité du réel »  : […] Le dernier procédé prend la forme d’un raisonnement à sens unique. Le conspirationnisme nie la complexité du réel dont il va proposer une explication univoque et monocausale. Il ne s’embarrasse pas de contre-exemples ni de faits qui iraient à l’encontre de la théorie proposée, et donne à une même cause – l’action de quelques conjurés – des effets variés, permanents et de grande échelle. C’est ce q […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/conspirationnisme/#i_48

CROYANCE

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DIEU - La négation de Dieu

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GHAZĀLĪ AL- (1058-1111)

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MÉDITATIONS MÉTAPHYSIQUES, René Descartes - Fiche de lecture

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MONTAIGNE MICHEL EYQUEM DE (1533-1592)

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PROBABILITÉ SUBJECTIVE

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PROCTOR ROBERT N. (1954- )

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  • Mathias GIREL
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Pour citer l’article

Olivier JUILLIARD, « DOUTE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 novembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/doute/