CHINE, histoire, de 1949 à nos jours

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Nom officielRépublique populaire de Chine (CN)
Chef de l'ÉtatXi Jinping (depuis le 14 mars 2013)
Chef du gouvernementLi Keqiang (depuis le 15 mars 2013)
CapitalePékin
Langue officiellechinois mandarin

Soixante dix ans après la naissance dans la violence de la république populaire de Chine, le cours de l'histoire chinoise apparaît plus stable, mais non dépourvu d'interrogations multiples. Symbole de la plus grande révolution communiste survenue dans le Tiers Monde, et réceptacle de nombreux espoirs révolutionnaires, la Chine est aussi la victime de la plus tragique des utopies radicales à l'ère maoïste. Elle a retrouvé, après la mort de son fondateur en 1976, l'ordre public et la paix civile, sans lesquels aucune tentative de modernisation n'était viable. De 1979 à sa mort en 1997, Deng Xiaoping, le dernier des grands fondateurs de la révolution chinoise, est resté l'homme clé du régime. Malgré le coup d'arrêt dû aux événements de 1989, la Chine populaire accélère son développement économique et son ouverture au monde extérieur, renoue avec l'héritage culturel et historique national, et engage une expérience de réforme en profondeur de la société communiste.

Chine : drapeau

Dessin : Chine : drapeau

Chine. Le dragon impérial bleu sur fond jaune a disparu en janvier 1912. Disparues aussi les cinq couleurs des armées d'autrefois (jaune, rouge, bleu, blanc, noir), qui avaient constitué des drapeaux monochromes, puis les bandes horizontales d'un même emblème. Le premier drapeau communiste... 

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Ainsi, après des années de changements dans la contrainte – l'instauration de la collectivisation, la révolution maoïste dans l'appareil politique et administratif, la destruction de la culture classique –, les successeurs de Mao surmontent l'héritage politique et idéologique de celui-ci. Appuyés au moins sur le consentement implicite d'une population lasse d'expériences et soucieuse de bien-être, ils retrouvent aussi la recherche toute confucéenne du bon gouvernement par l'équilibre, et non plus dans la poursuite de l'utopie.

Mais ce nouveau sentier d'équilibre – entre le maintien des institutions de la révolution communiste et les réformes économiques indispensables, entre l'indépendance du pays et sa modernisation technologique, entre la libéralisation politico-culturelle et le maintien d'un pouvoir central sans fondation démocratique – pose de multiples énigmes. L'entreprise de la réforme du communisme peut-elle survivre à Deng Xiaoping ? Les progrès économiques très rapides obtenus depuis 1978, et qui ont, pour la première fois depuis 1957, permis d'élever le niveau de vie de la population chinoise, seront-ils poursuivis au même rythme, tandis que la population croît toujours de près de 1,5 p. 100 par an ? Ayant appliqué, à partir du milieu des années 1970, une politique d'équidistance entre Washington et Moscou, la Chine paraît condamnée, malgré l'éclatement de l'Union soviétique, à osciller dans sa politique extérieure : retrouvera-t-elle les moyens d'un rôle mondial, ou même simplement régional ? Confrontée également au succès éclatant des nouveaux pays industrialisés d'Asie, parmi lesquels figurent Hong Kong, Taïwan et Singapour – trois États de culture et de population chinoises –, persistera-t-elle dans son programme patriotique de reconquête, même pacifique, de son aire nationale, ou au contraire laissera-t-elle plus encore pénétrer en Chine les influences, à la fois productivistes et émollientes, de la Chine d'outre-mer ?

Quand l'Armée rouge et le Parti communiste chinois conquirent le pouvoir par la guerre civile, la Chine comptait environ 500 millions d'habitants, des ressources alimentaires inférieures à 200 kilogrammes de céréales par tête, une industrie embryonnaire et une influence extérieure réduite à néant. Après trente ans de maoïsme, le bilan restait limité : près d'un milliard d'habitants ne disposant guère que de 240 kilogrammes de céréales par tête, une industrie vouée à la reproduction élargie du schéma stalinien, une influence extérieure contrecarrée par des divagations idéologiques et les soubresauts de la révolution culturelle – en Indochine, par exemple, l'influence chinoise tombait au plus bas niveau de son histoire. Par la suite, une ère de réformisme pragmatique, en dépit des réticences de l'appareil et de l'indiscipline sociale, a permis de commencer la modernisation de la Chine, au prix d'une modération de son expression politique. Mais, quelle que soit l'habileté de ses dirigeants, la Chine compte, au début du xxie siècle, 1,2 milliard d'habitants, et n'a pas mis fin à sa croissance démographique. Le Parti communiste chinois admet que le pays se trouvera encore pour les cent prochaines années dans une phase très primaire de construction du socialisme, et n'accédera pas avant ce terme au statut de pays moyennement développé. Après la tentation idéologique de trouver un raccourci communiste vers le statut de grande puissance, la Chine populaire est, pour de nombreuses décennies, confrontée aux choix et aux conflits de sa modernisation.

L'instauration du communisme classique (1949-1955)

La victoire du communisme chinois en 1949 n'est le fait ni d'une révolution classique, comme en 1917 à Petrograd, ni d'un rapport de forces international, comme dans les démocraties populaires européennes en 1946-1947 ; elle est l'aboutissement de décennies de guerre civile, au cours de laquelle l'Armée rouge a fondé plusieurs gouvernements soviétiques et administré jusqu'à 80 millions d'habitants : c'est un pouvoir et ses rouages largement testés qui sont appliqués à la Chine entière en 1949.

1945 à 1962. La décolonisation

Vidéo : 1945 à 1962. La décolonisation

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Armée populaire de libération

Photographie : Armée populaire de libération

Les combattants de l'Armée populaire de libération défilent à Pékin, vers 1955. 

Crédits : Hulton Getty

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Mais cette victoire n'est pas totale : communistes et idéologie révolutionnaire sont absents des villes d'où ils ont été éradiqués par Tchiang Kai-chek en 1927 ; le ralliement antijaponais, tantôt par patriotisme chez de nombreux intellectuels, tantôt par réflexe d'autodéfense dans la paysannerie, a joué un plus grand rôle que la volonté de révolution sociale. Les deux tiers de la Chine, conquis par une offensive militaire classique au cours de l'année 1949, n'ont guère eu l'expérience d'un mouvement communiste : celui-ci y manque de cadres et suscite souvent la méfiance.

Par-delà la « libération », que le nouveau régime célébrera symboliquement le 1er octobre, les révolutionnaires chinois devront d'abord instaurer leur ordre politique à l'échelle nationale, avant d'engager la construction du communisme dans leur pays : le bouleversement de la société servira, par d'immenses campagnes de masse, à cette première fin, tandis que le second objectif est envisagé, durant cette phase du régime plus orthodoxe et proche du régime soviétique, essentiellement sous l'angle de la croissance industrielle.

Anshan, combinat sidérurgique

Photographie : Anshan, combinat sidérurgique

Anshan (Mandchourie), la ville chinoise de l'acier, vers 1950. Photographe : Jean-Philippe Charbonnier. 

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La prise du pouvoir dans la société chinoise (1949-1952)

L'avènement du régime

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Écrit par :

  • : directeur de recherche émérite au CNRS, Centre d'études et de recherches internationales-Sciences Po
  • : maître de conférences à l'Institut national des langues et civilisations orientales, maître de recherche à l'Institut français des relations internationales

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Pour citer l’article

Jean-Philippe BÉJA, François GODEMENT, « CHINE, histoire, de 1949 à nos jours », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/chine-histoire-de-1949-a-nos-jours/