PONTI CARLO (1910-2007)

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Né à Magenta près de Milan en 1910, Carlo Ponti fait des études de droit avant de rejoindre la société milanaise Artisti Tecnici Associati (dont il prendra plus tard la direction). Pour elle, il produit Piccolo mondo antico (1940) de Mario Soldati, Sissignora (1941) de Ferdinando Maria Poggioli, Giacomo l'idealista (1942) d'Alberto Lattuada, trois films qui se détournent des bluettes sentimentales à la mode et qui annoncent les profondes transformations du cinéma italien en cours pendant les dernières années du fascisme. Après la guerre, Carlo Ponti s'installe à Rome. Il entre à la puissante compagnie Lux de Riccardo Gualino, où il est associé comme producteur exécutif à de nombreux films réalisés par des cinéastes appréciés du public (Mario Camerini, Luigi Zampa, Riccardo Freda, Mario Soldati, Alberto Lattuada, Luigi Comencini, Steno et Mario Monicelli). C'est là qu'il fait la connaissance du Napolitain Dino De Laurentiis, en charge à la Lux de responsabilités identiques. Les deux hommes, malgré des tempéraments très différents, s'unissent en 1950 pour former la société Ponti-De Laurentiis, avec laquelle ils produisent notamment Europe 51 de Roberto Rossellini (1952), Gendarmes et voleurs de Steno et Monicelli (1951, primé à Cannes), Anni facili de Luigi Zampa (1953), L'Or de Naples de Vittorio De Sica (1954), La Strada de Federico Fellini (1954, primé à Venise), sans oublier de nombreuses comédies et mélodrames populaires ainsi que des colossals auxquels ils associent les Américains : Attila de Pietro Francisci (1954), Ulysse de Mario Camerini (1954), Guerre et Paix de King Vidor (1956).

Dans les années 1950, Carlo Ponti lance Sophia Loren qu'il épouse au Mexique en 1957, car le divorce n'existe pas alors en Italie – une situation qui lui vaudra d'être accusé de bigamie. Vittorio De Sica, après L'Or de Naples, va être longuement lié à la carrière de la jeune femme dans des films produits dans les années 1960-1970 par Ponti (Les Séquestrés d'Altona, La Ciociara, Hier aujourd'hui demain, Mariage à l'italienne, Les Fleurs du soleil, Le Voyage). Toujours pour son épouse – leur mariage a été régularisé en France en 1966 –, Ponti produit en 1977 Une journée particulière d'Ettore Scola, un film qui raconte une brève rencontre entre deux « marginaux » de l'époque fasciste : une femme au foyer et un homosexuel, interprété par Marcello Mastroianni, que la police vient arrêter. Loren et Mastroianni constituent un des couples les plus célèbres du cinéma italien.

À partir des années 1960, Carlo Ponti, séparé de De Laurentiis, qui est devenu le pygmalion de Silvana Mangano, entreprend une carrière internationale. En 1962, il crée la Compagnia Cinematografica Champion et se lance dans de nombreuses coproductions avec la France. Associé à Georges de Beauregard, il produit notamment Léon Morin prêtre (1962) de Jean-Pierre Melville et Le Mépris (1963) de Jean-Luc Godard. En Italie, son nom est lié à une nouvelle génération de cinéastes : Damiano Damiani (L'isola di Arturo, La noia), Marco Ferreri (Le Mari de la femme à barbe), Elio Petri (La Dixième Victime), Francesco Rosi (La Belle et le Cavalier), Dino Risi (La Femme du prêtre), Mario Monicelli (La Mortadella), ces trois derniers films ayant pour vedette, une fois de plus, Sophia Loren. Dans ces années-là, il produit également Zabriskie Point (1970) de Michelangelo Antonioni, tourné aux États-Unis, Lady L. de Peter Ustinov (1965) et surtout – sans doute le sommet de sa carrière – Le Docteur Jivago (1965) de David Lean.

Puissance déclinante dans les années 1970, Carlo Ponti produit des films de genre (policiers, comédies, westerns), mais aussi quelques œuvres ambitieuses comme Profession : reporter (1975) d'Antonioni, Affreux, sales et méchants et Une journée particulière de Scola. Il finance aussi des œuvres plus inattendues comme What ? (1973) de Roman Polanski ou les deux films de Paul Morrissey, Du sang pour Dracula et De la chair pour Frankenstein (1974). Poursuivi par le fisc italien, Ponti s'installe aux États-Unis (il y produira des téléfilms), où il a déjà séjourné à la fin des années 1950, puis au Canada où il termine sa carrière avant de prendre sa retraite en Suisse. Il est décédé à Genève.

Riche d'une filmographie marquée par de nombreux succès mais aussi par quelques échecs et des conflits avec des metteurs en scène qui n'appréciaient pas sa vision trop rigide du métier, Carlo Ponti est le type même du producteur boulimique qui affronte indifféremment films d'auteur et films de genres, films pour le marché intérieur et grosses superproductions internationales. Au total, il a été associé à près de deux cents films, souvent réalisés par des cinéastes prestigieux.

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Écrit par :

  • : professeur à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

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  • Écrit par 
  • Jean A. GILI
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Pour citer l’article

Jean A. GILI, « PONTI CARLO - (1910-2007) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/carlo-ponti/