MONICELLI MARIO (1915-2010)

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Né en 1915 à Viareggio, Mario Monicelli a connu l'une des plus longues carrières de l'histoire du cinéma : scénariste de cent six films, réalisateur de soixante-huit films en soixante et onze ans, il aura gagné une immense réputation internationale. Monicelli est le metteur en scène d'un comique étroitement lié à la réalité, à la faim, à « ce qui va mal ». Dévastateur, triomphant, teinté d'amertume, de lucidité politique et souvent de cruauté, son humour est ancré dans la tradition italienne de la commedia dell'arte.

Son film le plus célèbre est Le Pigeon (1958). Manifeste de la commedia all'italiana, œuvre d'une grande beauté formelle, il réunit Totò, en pleine gloire, et un groupe de jeunes comédiens appelés à une carrière internationale – Vittorio Gassman, Marcello Mastroianni, Claudia Cardinale –, ainsi que d'autres, moins connus mais admirables, comme Tiberio Murgia ou Carlo Pisacane. Cette histoire féroce d'une bande de minables s'essayant au « gros coup » pour sortir de la misère et échouant lamentablement ouvre la voie à une série de films qui feront de l'Italie un des phares du cinéma mondial, au moins jusque dans les années 1970.

Lorsque sortit Le Pigeon, la carrière de Monicelli était déjà longue. Son premier film, I ragazzi della via Pal, adapté d'un roman du Hongrois Ferenc Molnar, date de 1935. Ce film autoproduit, muet, tourné en 16 mm et finalement primé à Venise, l'introduit dans le monde du cinéma. Pendant quatorze ans, il est assistant et scénariste d'auteurs prestigieux tels que Genina, Germi, Soldati ou Camerini. Grâce au producteur Carlo Ponti, il co-réalise dans les années 1950 plusieurs films avec le très prolifique et très inégal Steno, avec lequel il avait déjà écrit de nombreux scénarios. Le premier est Totò cherche un appartement (1949). Suivront Gendarmes et voleurs (avec la rencontre extraordinaire de Totò et d'Aldo Fabrizi, 1951) et Totò e Carolina (1955, longtemps censuré par des démocrates-chrétiens bien-pensants). Monicelli approfondit au contact de Totò, qu'il retrouvera dans le beau et mélancolique Larmes de joie (avec Anna Magnani, 1960), sa réflexion sur le comique et la tradition populaire. Ces films, parmi les plus beaux de Totò, obligent souvent le clown génial à la demi-teinte, à un humour sentimental auquel il se plie volontiers, même s'il ne perd pas sa veine délirante et excessive dans Totò et les femmes (1952)

Deux films « choraux » méditent sur la naissance de l'Italie contemporaine, sur un ton amer et comique : La Grande Guerre (1959) montre le premier conflit mondial du point de vue des hommes quelconques, de malheureux fantassins pris dans la boucherie et tentant vainement de sauver leur vie. Les Camarades (1963) évoque en Cinémascope noir et blanc la naissance douloureuse du mouvement ouvrier de Turin, les relations difficiles qu'entretiennent avec les intellectuels progressistes des prolétaires cherchant à s'organiser. Les comédiens de premier plan que choisit Monicelli (Marcello Mastroianni, Bernard Blier, Annie Girardot, François Périer, Alberto Sordi) savent offrir leur talent au projet ambitieux du metteur en scène et de ses très fidèles scénaristes, le célèbre tandem Age et Scarpelli.

Après le Moyen Âge picaresque et ironique de L'Armée Brancaleone (1966) et de Brancaleone s'en va aux croisades (1970), où rayonne Vittorio Gassman, Mario Monicelli connaît de grands succès en renforçant la cruauté de son humour impitoyable : Nous voulons les colonels (1973), Caro Michele (1976), Un bourgeois tout petit petit (exemplaire construction jouant sur l'oscillation entre le cocasse et le tragique, 1977) et un film à sketches co-réalisé avec Ettore Scola et Dino Risi, Les Nouveaux Monstres (1977). Ce cinéma épouse l'évolution morale et politique de la société italienne et n'évite pas les sujets les plus graves, comme le terrorisme des « années de plomb », avec un trait acerbe et d'une grande énergie.

Après 1978, les œuvres de Monicelli franchissent moins les frontières : de nombreux films restent inédits en France. Il demeure pourtant très actif. Le marquis s'amuse (1982), Une famille formidable (1992) sont des exemples de la constance de son propos et du ton très personnel qu'il approfondit depuis des décennies. Il tourne son dernier film en 2006, [...]

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Pour citer l’article

René MARX, « MONICELLI MARIO - (1915-2010) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/mario-monicelli/