SOLDATI MARIO (1906-1999)

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Cinéaste et écrivain italien, Mario Soldati est né à Turin en 1906.

Issu d'une vieille famille piémontaise de tradition à la fois militaire et littéraire, il a été marqué par la rigidité de l'éducation qu'il a reçue chez lui et chez les jésuites (qui fournissent la matière d'un de ses premiers écrits, L'Amico gesuita, 1929). Ses écrits autobiographiques (Un prato di papaveri, 1973 ; Lo Specchio inclinato, 1975 ; L'Avventura in Valtellina, 1986 ; Rami secchi, 1989) ne laissent aucun doute à ce sujet. Ses films les plus personnels aborderont la question de manière plus allusive, notamment à travers l'obsession de la séquestration (Le Mariage de minuit, Piccolo Mondo antico, 1940 ; Malombra, 1942) et dans la peinture de la vie bourgeoise ressentie comme un étouffement (Marchande d'amour, La Provinciale,1953).

Soldati est très tôt porté vers l'écriture – poésie et théâtre – et vers les voyages, qu'il inaugure grâce à une bourse d'études qui lui permet, de 1929 à 1931 de séjourner aux États-Unis (cette période est relatée dans America, primo amore, 1935). À son retour, il est engagé comme assistant puis scénariste notamment auprès de Mario Camerini, aux réussites de qui il collabore (Les Hommes, quels mufles !, 1932 ; Mais ce n'est pas une chose sérieuse, 1936 ; Monsieur Max, 1937). Même s'il écrit et publie sporadiquement, c'est le cinéma qui l'accapare. Après avoir réalisé les versions italiennes de certaines coproductions avec la France, il débute pleinement dans la réalisation de long-métrage avec Dora Nelson (1939), brillante comédie dans le style de Camerini, interprétée par l'épouse de celui-ci, Assia Noris. L'année suivante, Soldati fait preuve d'une étonnante maturité formelle et technique en réalisant Piccolo Mondo antico, qui sert d'étendard à de jeunes cinéastes débutants que l'on appelle les « calligraphes ». L'accent est mis sur le raffinement pictural, notamment grâce au soin apporté à la reconstitution d'époque (le xixe siècle) et à l'exactitude des costumes. Ce goût du beau a masqué, aux yeux de certains, la critique sociale acerbe que l'éloignement temporel et le raffinement visuel rendaient plus acceptable par le régime fasciste. Le film de Soldati montre que le calligraphisme va bien au-delà de l'académisme de l'apparence. Soldati, toujours marqué par son éducation littéraire, entreprend à partir de ce film de consacrer une trilogie à l'adaptation des œuvres de Fogazzaro : après ce premier volet, suivront Malombra (1942) et Daniele Cortis (1947). Malombra, œuvre foisonnante, romanesque, portant certaines obsessions jusqu'au malaise, est une réussite considérable, sans doute le meilleur des trois films. Soldati réalisera encore après la guerre deux belles adaptations littéraires qui relèvent peu ou prou du calligraphisme, Eugénie Grandet (1947) et Le Miserie del signor Travet (1946). Il apportera également sa contribution au mouvement néo-réaliste avec Fuga in Francia (1948). À partir de là, il va se montrer moins exigeant et réalisera plusieurs grands succès populaires où ses ambitions s'effacent (O.K. Nerone, 1951 ; Il Sogno di Zorro, 1952).

Cependant, on retrouve son honnêteté artistique dans un mélodrame qu'il rend crédible (La Fille du fleuve, La Donna del fiume, 1955). Mais c'est dans deux films qu'il renoue avec toutes les qualités des œuvres de ses débuts : Marchande d'amour et Policarpo ufficiale di scrittura (1959).

Après ce dernier film, Soldati se consacre complètement à la littérature. Dès le milieu des années 1950, il s'est affirmé beaucoup plus à travers ses succès littéraires qu'à travers ses films. Les Lettres de Capri (1954) et La Confession (1955) sont de grands succès, tant critiques que publics, et ses nouvelles (Racconti, 1958) confirment les qualités d'un style concis, précis, mais qui sait rester évocateur et sensuel. Ses centres d'intérêt et ses sources d'inspiration sont multiples. Soldati produit des nouvelles remarquables (Storie di spettri, 1962 ; I Racconti del maresciallo, 1967 ; 55 Novelle per l'inverno, 1971 ; 44 Novelle per l'estate, 1979). Ses voyages, en Italie et ailleurs, lui fournissent la matière de romans et de récits savoureux, souvent empreints d'une élégance, d'un sens du libertinage et d'une sensualité dignes du xviiie siècle (I Disperati del benessere, La Sposa americana, 1977 ; Addio diletta Amelia, 1979 ; El Paseo de Gracia, 1987 ;

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  • : historien du cinéma, maître de conférences à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne, membre du comité de rédaction de la revue Positif

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Pour citer l’article

Christian VIVIANI, « SOLDATI MARIO - (1906-1999) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/mario-soldati/