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CAMERINI MARIO (1895-1981)

Mario Camerini est né à Rome en 1895. Grâce à son cousin, le cinéaste Augusto Genina, Mario Camerini débute comme assistant avant de passer à la réalisation avec Jolly, clown da circo en 1923. Mais ce n'est qu'en 1929, avec Rotaie (Rails) qu'il obtient un certaine reconnaissance critique et que son style, intimiste et gris-rose, s'affirme. Il s'agit là de l'un des derniers films muets italiens, mais la virtuosité en est remarquable : Camerini raconte comment un jeune couple, prêt à se suicider, trouve fortuitement une somme d'argent qui lui permet de vivre ses derniers jours dans le grand luxe de la Riviera. Au sortir de l'aventure, le couple optera pour la vie. Un apologue exemplaire des soucis de Camerini et de sa philosophie. Son œuvre regorge en effet de travailleurs et de petits bourgeois qui s'aventurent dans une sphère sociale élevée : immanquablement, ils leur faut revenir à leur point de départ. Ce conformisme plaît sans doute aux autorités fascistes en place qui, du coup, lui permettent de travailler avec une indéniable liberté, malgré une commande de propagande (Il grande appello, 1936). En fait, il s'agit moins pour Camerini de faire une concession au régime que d'exprimer un sentiment personnel sur la société.

Celui que l'on a appelé le René Clair italien possède au fond une inspiration sombre, où le destin social de chacun paraît impossible à infléchir. Alors que le cinéma italien engourdit son public dans le luxe ou le romanesque, Camerini peut montrer des gens du peuple et, chose rarissime à l'époque, des gens qui travaillent et qui sont représentés dans un milieu socio-professionnel précisément rendu. Le public italien fait un triomphe à Les Hommes, quels mufles ! (Gli Uomini, che mascalzoni !, 1932), délicate chronique d'une amourette entre une vendeuse de parfumerie et un mécanicien qui se fait passer pour un grand bourgeois. L'authenticité des scènes, situées dans la foire commerciale de Milan ou dans une auberge de banlieue, fait de ce film un document rare. Camerini inaugure là une collaboration heureuse avec l'acteur Vittorio De Sica, qui allait incarner si souvent pour lui ce « menteur » social qui finissait toujours par retrouver sa place initiale : Mais ce n'est pas une chose sérieuse (Ma non e una cosa seria, 1936), Monsieur Max (Il signor Max, 1937), ou Grands Magasins (Grandi Magazzini, 1939) constituent quelques magnifiques jalons de cette rencontre exceptionnelle. Ajoutons-y Je donnerai un million (Daro un milione, 1935), premier scénario de Cesare Zavattini, où De Sica a comme partenaire Assia Noris, à l'époque épouse de Camerini.

On voit mieux ainsi le rôle de transition que Camerini a joué dans le cinéma italien, permettant le passage vers le néo-réalisme qu'il préfigure notamment dans un beau mélodrame, Une histoire d'amour (Una storia d'amore, 1942) dont la tonalité sombre tranche sur le rose alors de mise dans les productions italiennes. S'il paraît quelque peu engoncé dans une grosse production à vocation littéraire comme Les Fiancés (I Promessi Sposi, 1941), d'après Manzoni, Camerini trouve naturellement sa place dans le néo-réalisme avec deux œuvres injustement oubliées : Deux Lettres anonymes (Due Lettere anonime, 1945), où le style que Rossellini vient de fixer dans Rome ville ouverte est adapté à une intéressante intrigue policière, et le remarquable Molti Sogni per le strade (1948), où brille Anna Magnani, et qui semble proposer une version comique du Voleur de bicyclette.

Après la guerre, cependant, Camerini ne retrouve pas la forme exceptionnelle qui fut la sienne, même si la plupart de ses films se maintiennent à un très honorable niveau qualitatif. On oubliera quelques incursions malencontreuses dans le film d'aventure au cours des années 1960, pour évoquer trois réussites indéniables.[...]

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Écrit par

  • : historien du cinéma, professeur émérite, université de Caen-Normandie, membre du comité de rédaction de la revue Positif

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • COMÉDIE ITALIENNE, cinéma

    • Écrit par Jean A. GILI, Gérard LEGRAND
    • 3 496 mots
    • 3 médias
    ...Totò a imposé le respect d'un style de jeu et d'un type de dialogues dont les origines remontent à la commedia dell'arte. Il n'est cependant pas le seul. Dès 1934, Mario Camerini avait appelé au cinéma, pour Le Tricorne (film « historique » qui eut des ennuis avec la censure), les grands maîtres du comique...
  • ITALIE - Le cinéma

    • Écrit par Jean A. GILI
    • 7 683 mots
    • 4 médias
    Dans cette production essentiellement tournée vers le divertissement, quelques cinéastes émergent grâce à des personnalités plus affirmées. Mario Camerini (1895-1981), sans doute le metteur en scène le plus remarquable de la période, se spécialise dans les comédies douces-amères et les mélodrames...

Voir aussi