MANGANO SILVANA (1930-1989)

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À la fin des années 1940, le néo-réalisme se dissout doucement dans la comédie italienne et dans l'érotisme : les entreprises de production romaines, reconstituées après la débâcle du fascisme, recrutent des actrices pour leur physique, révélé dans les innombrables concours de beauté qui émoustillent la péninsule. Apparaissent ainsi, entre 1947 et 1949, Gina Lollobrigida, Silvana Pampanini, Sophia Loren, puis Silvana Mangano, parmi des centaines d'autres qui ne se sont jamais hissées au-dessus des rôles de figurantes ou des productions de seconde zone.

Silvana Mangano a littéralement « explosé » à l'écran dans Riz amer (1949), un film de Giuseppe de Santis, illustrant avec une conviction toute militante un conflit social dans les rizières du nord de l'Italie. Pour le réalisateur et pour les scénaristes, tous proches du Parti communiste, le film s'inscrivait dans le droit fil d'un cinéma de contestation, tout bardé d'idéologie, tel que les pères fondateurs du néo-réalisme l'avaient imaginé et théorisé sous l'éteignoir mussolinien. Mais il faut reconnaître qu'ils ont simultanément joué, avec une belle conviction, la carte de l'érotisme, imposée sans doute par un producteur soucieux de rentabilité. La Mangano, dans son improbable short d'improbable prolétaire, la cuisse musclée, le corsage tendu, le regard fier, a séduit l'Italie, puis l'Europe. Elle a conquis également le jeune producteur du film, Dino de Laurentiis, qui l'a épousée l'année même de la sortie du film, en 1949.

Par la suite, l'actrice tourne dans des films inégaux. Il lui arrive même de chanter, dans Anna d'Alberto Lattuada (1951), ou de danser, dans Mambo de l'Américain Robert Rossen (1954). Mais, à la différence de ses rivales, elle s'est enfermée dans une vie privée discrète. Sa beauté s'assagit, elle évolue vers des rôles dramatiques dans des productions internationales (Barrage contre le Pacifique de René Clément, d'après Marguerite Duras, en 1958). À la fin des années 1960, elle assume souverainement une présence sereine dans les films que lui proposent aussi bien Pier Paolo Pasolini (Œdipe roi, 1967 ; Théorème, 1968 ; Le Décaméron, 1971) que Luchino Visconti (Mort à Venise, 1971 ; Ludwig, 1972 ; Violence et passion, 1974). En 1981, un drame privé, la mort accidentelle de son fils, fait basculer sa vie. Elle quitte son mari et les États-Unis, où les de Laurentiis ont transféré leurs entreprises, et s'installe à Madrid avec une de ses filles. Deux fois encore, elle cède à l'appel des studios. Son dernier rôle est celui de l'épouse de Marcello Mastroianni dans Les Yeux noirs (1987), mis en scène à Rome par Nikita Mikhalkov.

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Écrit par :

  • : professeur d'histoire, historien de cinéma, président de l'Association française de recherche sur l'histoire du cinéma

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Jean-Pierre JEANCOLAS, « MANGANO SILVANA - (1930-1989) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/silvana-mangano/