HERRMANN BERNARD (1911-1975)

Véritable père de la modernité en matière de musique de film, le compositeur et chef d'orchestre américain Bernard Herrmann a trouvé ses alliances les plus fécondes avec Orson Welles et Alfred Hitchcock ; celles-ci ne doivent cependant pas faire oublier ses collaborations avec de nombreux autres réalisateurs, au premier rang desquels Brian De Palma et François Truffaut.

Une formation classique

Né le 29 juin 1911 à New York dans une famille juive d'origine russe, Bernard Herrmann reçoit une formation musicale classique en matière de composition et de direction à l'université de New York, où il est l'élève de Philip James et de Percy Grainger, puis à la Juilliard School of Music de New York, où il travaille la composition avec Bernard Wagenaar et la direction d'orchestre avec Albert Stoessel.

Bernard Herrmann

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Bernard Herrmann (1911-1975) dirigeant sa musique. Il voulait être un grand chef d'orchestre, il fut…

Son désir de devenir un grand chef d'orchestre le hantera toute sa vie, même après sa reconnaissance comme un des plus importants compositeurs pour le cinéma. Il fonde d'ailleurs à New York, à l'âge de vingt ans, le New Chamber Orchestra. Au début des années 1930, il dirige des concerts à la radio américaine. La radio offre en effet une voie inattendue à son inspiration : Bernard Herrmann a compris que l'immense promotion de l'immédiat qu'offre ce médium est le moyen le plus puissant parce que le plus direct pour se faire connaître. En 1934, il est nommé directeur musical, chargé des émissions radiophoniques, au sein de la firme Columbia Broadcasting System (C.B.S.) et chef d'orchestre des séries estivales radiodiffusées de l'Orchestre symphonique de la C.B.S. Il écrit alors des fragments de musique qui accompagnent des émissions dramatiques... et des publicités. Que sa musique serve à mettre en valeur des biens de consommation ne le gêne en aucune façon : « Que l'un des produits de beauté les plus utilisés par les femmes permette de mettre en forme une dramatique ne me gênait pas ! Au contraire. Toutes les audaces étaient permises et flattaient l'annonceur. » Entre 1942 et 1955, Bernard Herrmann sera premier chef de l'Orchestre symphonique de la C.B.S., avec lequel il fera connaître des compositeurs américains et britanniques alors peu joués, Charles Ives et Carl Ruggles notamment, dont il se fait le champion, mais aussi Aaron Copland, William Walton, Edward Elgar, Frederick Delius, Ralph Vaughan Williams, Edmund Rubbra, Havergal Brian, Arnold Bax, Alan Gray, Cyril Scott, Joachim Raff...

En 1938, Bernard Herrmann, dont la maîtrise professionnelle impose partout le respect, rejoint Orson Welles comme compositeur de la série radiophonique The Mercury Theater on the Air. Pour leur première collaboration, Welles et Herrmann provoquent un scandale et sèment la panique dans le New Jersey : l'émission radiophonique The War of the Worlds (« la guerre des mondes ») créée par Welles d'après l'œuvre de Herbert George Wells déclenche, le 30 octobre 1938, un mouvement de panique collective chez les Américains, qui se croient envahis par les Martiens.

Malgré son conservatisme et sa frilosité, Hollywood s'intéresse à ces deux trublions qui jusque-là étaient restés étrangers au cinéma. En 1939, Welles quitte la radio et rejoint les studios de la côte ouest avec une grande partie de son équipe du Mercury Theater, dont Bernard Herrmann. Leur premier essai est un tour de force : Citizen Kane (1941) est sans doute un des films les plus inattendus de toute l'histoire du cinéma ; en mettant en scène un personnage aussi énigmatique que le magnat de la presse William Randolph Hearst, Welles offre une réflexion politique quasi philosophique par le biais du cinéma. La manière dont Bernard Herrmann conçoit la musique est complètement nouvelle. Il opère une véritable révolution orchestrale – en rompant avec la tradition des grands tutti orchestraux pour mettre en relief des timbres[...]

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Écrit par

  • Juliette GARRIGUES : musicologue, analyste, chef de chœur diplômée du Conservatoire national supérieur de musique de Paris, chargée de cours à Columbia University, New York (États-Unis)

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Pour citer cet article

Juliette GARRIGUES, « HERRMANN BERNARD (1911-1975) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le . URL :

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