ARCTIQUE (géopolitique)

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L'Arctique, domaine des hautes latitudes boréales, est l'espace compris entre le pôle Nord et une limite méridionale que l'on peut fixer, dans une perspective géopolitique, au cercle polaire arctique, à savoir 660 33' de latitude nord, bien que cette ligne astronomique soit trop rigide du point de vue des milieux naturels. Il s'agit donc des latitudes les plus élevées et les plus froides de l'hémisphère Nord dont les moyennes thermiques annuelles sont comprises entre –2 0C au sud et –30 0C au pôle même.

Ces régions ont acquis un grand intérêt géopolitique depuis le milieu du xxe siècle, pour des raisons stratégiques d'abord, lors de la guerre froide, puis aujourd'hui parce qu'on y a découvert d'importantes ressources énergétiques.

Entre 900 et 650 N., la surface de la sphère terrestre est de l'ordre de 24 millions de kilomètres carrés (Mkm2), soit à peine 5 % de la surface du globe, dont un peu plus de 14 Mkm2 pour les espaces océaniques et 10 Mkm2 pour les terres émergées, parce que l'Arctique, à la différence de l'Antarctique, est occupé par un océan centré sur le pôle, et que les terres, en dehors de quelques archipels septentrionaux, se répartissent à la périphérie de celui-ci, donc à des latitudes plus basses. Avec ses 14,5 Mkm2, l'océan Arctique constitue une véritable méditerranée, ceinturée par l'extrémité septentrionale du continent américain, lui-même prolongé à l'est par le Groenland et la bordure de l'Eurasie qui s'étend du nord de la Scandinavie au détroit de Béring. Cette méditerranée communique mal avec l'océan Pacifique, alors qu'elle est plus ouverte sur l'océan Atlantique, grâce à plusieurs détroits profonds et surtout grâce aux mers de Norvège et du Groenland.

Ces milieux extrêmes, où les terres émergées et l'océan sont couverts en permanence ou durant une grande partie de l'année par les glaces et la neige, appartiennent aux marges de l'œkoumène et ne comptent que des populations rares et clairsemées. Ils sont longtemps restés politiquement et économiquement marginaux, mais les progrès techniques, le réchauffement climatique et l'épuisement de ressources naturelles plus accessibles sous d'autres latitudes confèrent un intérêt accru à l'Arctique et bouleversent la donne géopolitique de ce domaine, à commencer par les rapports entre les autochtones et les « colonisateurs ».

Les pays de l'Arctique et l'éveil des peuples autochtones

La méditerranée Arctique ne compte que cinq pays riverains, en excluant l'Islande. Ainsi l'immense façade de l'Eurasie, de la presqu'île de Kola en Europe au détroit de Béring, sur plus de 5 000 kilomètres, relève d'un seul pays, la Russie. En Amérique du Nord, le Canada exerce sa souveraineté sur l'ensemble de l'archipel arctique qui termine le continent, et l'Alaska appartient aux États-Unis qui ont acheté cette colonie russe en 1867. En Europe du Nord-Ouest, Norvège et Danemark bordent l'Arctique. La première occupe l'extrémité septentrionale de la péninsule scandinave avec la province du Finnmark, entièrement située au nord du cercle polaire, et l'archipel du Svalbard. Quant au second, de retour au Groenland au xviiie siècle, après une première occupation viking à laquelle il avait participé, il a placé l'île sous sa souveraineté en 1921, en a fait une province danoise en 1953, avant de lui conférer une assez large autonomie en 1979.

Arctique : situation politique

Dessin : Arctique : situation politique

Pays riverains, principaux peuples autochtones et frontières maritimes dans l'Arctique (conception : F. Carré et F. Bonnaud). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Les cinq pays se partagent inégalement les territoires qui bordent l'océan Arctique. Le Groenland (Danemark) est entièrement situé dans le monde polaire, les autres n'y sont que partiellement et à des degrés divers. Le Canada et la Russie y sont les plus engagés ; les États-Unis sont les plus extérieurs, puisqu'ils n'y sont présents que par la façade septentrionale de l'Alaska qui est, certes, un État de l'Union depuis 1959, mais sans continuité avec le territoire national.

Quant aux archipels, situés à des latitudes encore plus élevées, ils appartiennent aujourd'hui aux pays riverains, ce qui n'a pas toujours été le cas pour deux d'entre eux. La Terre François-Joseph a d'abord été intégrée à l'empire d'Autriche-Hongrie, patrie de ses découvreurs, avant de passer à l'URSS (aujourd'hui à la Russie). Le Spitsberg, longtemps non revendiqué faute d'intérêt suffisant, est revenu avec quelques îles voisines à la Norvège par le traité de Paris en 1920 ; l'ensemble a pris le nom de Svalbard.

Sur les territoires de ces États souverains vivent des peuples autochtones, traditionnellement chasseurs, pêcheurs et éleveurs de rennes. Ces petits groupes d'habitants, dispersés et parfois nomades ou semi-nomades, ont, depuis le milieu du xxe siècle, pris conscience de leur identité et nourrissent des revendications territoriales, politiques et économiques. Ils rassemblent moins de 500 000 individus, répartis entre plusieurs dizaines de peuples, parmi lesquels les Inuits, appelés autrefois Esquimaux ou Eskimos, en Amérique du Nord et au Groenland, sont les plus nombreux (150 000). Mais il y a aussi les Sâmes (dénommés autrefois Lapons) en Scandinavie et jusqu'en Russie (60 000) et les divers « petits peuples » en Russie du Nord, qualifiés ainsi en raison de la faiblesse de leurs effectifs, environ 200 000 personnes au total pour une trentaine de groupes ethniques.

Ces peuples autochtones se sont groupés dans trois associations boréales qui exigent des compensations à la tutelle des pays riverains et entendent peser sur les politiques de développement économique de l'Arctique. L'Inuit Circumpolar Conference, constituée en 1977, a obtenu la reconnaissance de plusieurs territoires autonomes. Les Inuits du Groenland ont été les premiers à se voir concéder par le Danemark, en 1979, un statut d'autonomie politique au sein du royaume, encore renforcé en 2008. Les vingt mille Inuits du Canada, en dehors de la province de Québec, ont reçu la pleine propriété d'un vaste territoire septentrional, assorti de droits miniers dans certaines régions. Ainsi est né, le 1er avril 1999, le Nunavut, esquisse de territoire inuit au sein de l'État fédéral canadien. Au Québec, le régionalisme inuit a été reconnu à l’échelle provinciale sur toute la partie nord, désormais ap [...]

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Écrit par :

  • : professeur de géographie de la mer à l'université de Paris-Sorbonne

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François CARRÉ, « ARCTIQUE (géopolitique) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/arctique/