ISLANDE

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Islande : carte physique

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Islande : drapeau

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Le glacier Vatnajökull, Islande

Le glacier Vatnajökull, Islande
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Geysers en Islande

Geysers en Islande
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Nom officielRépublique d'Islande (IS)
Chef de l'ÉtatGudni Th. Jóhannesson (depuis le 1er août 2016)
Note :
Chef du gouvernementKatrín Jakobsdóttir (depuis le 30 novembre 2017)
CapitaleReykjavik
Langue officielleislandais
Unité monétairecouronne islandaise (ISK)
Population341 300 (estim. 2017)
Superficie (km2)103 022
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L'Islande, qui a acquis son indépendance complète vis-à-vis du Danemark en 1944, est une île de 103 000 kilomètres carrés, située au nord de l'Atlantique, près de l'océan Arctique. Elle est constituée par un plateau dont l'altitude dépasse souvent 500 mètres et dont le centre est recouvert de glaciers, de champs de lave et de sables volcaniques. Un volcanisme récent et actuel se manifeste par l'existence de volcans encore en activité (Hekla, 1 447 m), des geysers et des sources chaudes. Sauf au sud, les côtes sont profondément entaillées par des fjords. Le climat, moins rigoureux que la latitude ne le ferait attendre, est tempéré à l'ouest, au sud et à l'est par des influences océaniques.

Islande : carte physique

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Carte physique de l'Islande. 

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Islande : drapeau

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Islande (1919 ; off. 1944). Simple croix scandinave rouge bordée de blanc, inscrite dans un champ bleu marine (toutefois, certains textes officiels mentionnent un « bleu ciel » ?). Le bleu et le blanc seraient inspirés par l'ordre du Faucon d'argent ; la croix rouge rappelle à la fois les... 

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Le glacier Vatnajökull, Islande

Le glacier Vatnajökull, Islande

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Le glacier Vatnajökull, la plus grande calotte glaciaire d'Europe, couvre 8 400 km2 dans le sud-est de l'Islande. 

Crédits : G. Kavanagh/ Getty Images

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Geysers en Islande

Geysers en Islande

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Les geysers, jaillissements périodiques d'eau chaude qui interviennent quand la pression de la vapeur d'eau est trop élevée en profondeur, sont un phénomène courant en Islande. Le mot tient d'ailleurs son origine de la zone thermale islandaise de Geysir, où de nombreux geysers se manifestent... 

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Vers l'an 872, le Nord dépêche dans une île lointaine les plus entreprenants des siens, toute une élite qui, une fois installée, s'organise en société originale, politiquement en avance sur son temps de plusieurs siècles. Ces explorateurs – ici commence la saga – sont aussi poètes, historiens et prosateurs, et, dès qu'ils sont mis par l'Église en mesure de le faire, ils consignent par écrit toutes les grandes traditions gnomiques, mythiques et héroïques de leurs ancêtres proches ou lointains, développent et poussent à sa perfection un type d'écriture servi par une vision du monde et de l'homme, et par une langue qui ne changeront guère pendant un millénaire. Qui plus est, ils sauvent de l'oubli, ce faisant, ce que la Germanie (peut-être) et le Nord (à coup sûr) avaient de plus précieux. Tel est ce que l'on a justement appelé le « miracle islandais » pendant trois siècles au moins (du xiie au xive siècle), l'une des productions littéraires les plus remarquables de tout le Moyen Âge, les plus injustement méconnues aussi en France ; un style poétique qui fait songer aux recherches les plus modernes ; un coup d'œil historique qu'on ne redécouvrira qu'à la fin du xixe siècle ; chez les prosateurs, une technique du « regard froid » que Flaubert, sinon Robbe-Grillet, n'aurait pas désavouée, un art de la litote et une science du rendu elliptique, du sous-entendu, de la formule explosive qui gardent, à sept ou huit siècles de distance, une surprenante actualité.

Mais la médaille a son revers. Passé l'« ère de la grandeur », au cours de la longue nuit qui succède à la perte de l'indépendance (1264) et même depuis sa restauration (1918), les Islandais sont restés envoûtés par la réussite exceptionnelle, la manière inimitable de leur Moyen Âge. Non que les talents leurs aient fait défaut ou que l'ouverture à l'étranger, l'un des traits caractéristiques de ce peuple, ait cessé en Islande. Mais sur les plus belles œuvres planent les ombres gigantesques d'Egill Skallagrimsson, de Snorri Sturluson ou d'Ari le Savant.

Aussi doit-on faire un double effort pour rendre justice à une littérature d'une fécondité et d'une qualité sans exemple, pour un pays qui ne compte que 320 000 habitants (recensement de 2011) : admettre, d'une part, notre ignorance et s'initier de plus près à ces chefs-d'œuvre que sont les Eddas, les sagas, le Heimskringla ; comprendre, d'autre part, que la qualité de cette littérature, à l'âge moderne, tient aux tentatives courageuses pour résoudre un grave dilemme : demeurer dignes de l'héritage des prestigieux ancêtres, et pourtant essayer de dégager une note personnelle de cette emprise, dans une Islande redevenue indépendante et prospère.

—  Régis BOYER, Lucien MUSSET

Géologie

Située entre 14 et 24 degrés de longitude ouest et entre 63,5 et 66,5 degrés de latitude nord, dans l'Atlantique nord, l'Islande est une île de 103 000 kilomètres carrés, aux structures et à l'histoire géologiques riches. L'Islande est une terre géologique d'exception, connue du grand public pour son volcanisme principalement, mais d'un intérêt plus fondamental par sa situation géodynamique pour les géologues.

En effet, cette terre, dont l'histoire est plus récente que celle des dinosaures, se situe à la fois à cheval sur la dorsale médio-atlantique et à l'aplomb d'un point chaud dont le panache remonte des profondeurs du manteau terrestre. Cette superposition de ces deux processus magmatiques se traduit à terre par une géologie très spécifique.

Géodynamique

L'histoire géologique de l'Islande remonte à la fin du Crétacé, il y a quelque 60 millions d'années, à l'époque où le cœur de l'ancienne Pangée, tiraillé par les mouvements convectifs du manteau sous-jacent, finit de se déchirer pour donner naissance à l'océan Atlantique alors que disparaît l'ancien océan Téthys. La dorsale médio-atlantique marque aujourd'hui cette fracture originelle qui sépare la plaque eurasienne de la plaque nord-américaine. C'est au sein de cette dorsale, sous environ 4 000 mètres d'eau, que se forme puis s'épanche régulièrement le plancher océanique.

Les modèles géodynamiques actuels considèrent que la rupture des supercontinents, comme la Pangée, et la naissance concomitante de nouveaux océans résultent de l'arrivée sous la plaque continentale de courants de matière mantellique chaude particulièrement vigoureux, qu'on nomme panaches ou plumes thermiques ; on appelle « points chauds » la manifestation en surface de ces panaches. Certains de ces panaches sont encore actifs aujourd'hui, et c'est notamment le cas du panache situé sous l'Islande. La première caractéristique remarquable de l'Islande est donc de résulter de l'interaction entre deux courants chauds au sein du manteau terrestre : un courant bidimensionnel assimilable à un rouleau convectif peu profond sous la dorsale océanique et le courant plus localisé, plus profond et plus actif d'un panache mantellique. Sous l'Islande (fig. 1), les roches caractérisées par des vitesses sismiques lentes – donc une température anormalement élevée – dessinent une anomalie qui montre que le panache s'enracine à 660 kilomètres au moins. La conjonction des deux phénomènes entraîne une surproduction de magma qui, par son accumulation, a permis l'émersion de la dorsale il y a environ vingt millions d'années et explique le volcanisme extrêmement actif de l'île. Ainsi, en Islande, on peut découvrir à pied sec un véritable segment de dorsale océanique, ce qui constitue une inestimable source d'informations pour les géologues.

Tomographie sismique le long de la dorsale médio-atlantique

Tomographie sismique le long de la dorsale médio-atlantique

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Image de tomographie sismique montrant une coupe du manteau sous la dorsale médio-atlantique (d'après J. Ritsema et R. M. Allen, 2003). Les zones rouges correspondent à vitesses de propagation des ondes sismiques anormalement lentes qu'on interprète comme des courants chauds dans le manteau... 

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Les dorsales sont caractérisées par leur vitesse d'expansion. En Islande, les mesures du déplacement des stations G.P.S. installées de part et d'autre de la dorsale, combinées à l'étude des anomalies magnétiques au large de l'île, montrent que le plancher océanique s'épanche avec une vitesse moyenne de 2 centimètres par an, dans une direction quasi est-ouest. Ces vitesses, près de dix fois moins fortes que celles des parties rapides de la dorsale Pacifique, correspondent à une dorsale lente. L'expansion islandaise est assez constante et régulière, avec une variation de moins de 2 millimètres par an depuis au moins 12 millions d'années. La superficie de l'île s'agrandit ainsi de près de 2 000 mètres carrés par an.

En ce qui concerne la troisième dimension, « l'épaisseur de l'île », c'est-à-dire l'épaisseur de la croûte océanique qui la forme, elle est bien supérieure à celle de la croûte océanique formée sur une dorsale classique. L'épaisseur de la croûte est mesurée par la profondeur de l'interface avec le manteau, appelée Moho. La localisation du Moho est obtenue par des mesures sismologiques utilisant la réflexion des ondes sismiques aux interfaces (sismique-réflexion et sismique-réfraction), combinées à des mesures de gravimétrie prenant en compte la différence de masse volumique entre la croûte (« légère ») et le manteau (plus dense). Le résultat de ces études montre que l'épaisseur de la croûte islandaise varie de 15 kilomètres environ à la périphérie de l'île à plus de 40 kilomètres dans la zone centrale. Ces valeurs sont nettement supérieures à l'épaisseur d'une croûte océanique moyenne, qui varie de 5 à 10 kilomètres. Comme noté précédemment, cette épaisseur anormale résulte d'une activité magmatique particulièrement importante car nourrie à la fois par les courants chauds actifs sous la dorsale et par le panache mantellique.

Histoire géologique

Les roches présentes à l'affleurement en Islande sont très majoritairement constituées de laves refroidies provenant de la fusion partielle du manteau lors de sa remontée vers la surface. Ces roches volcaniques ont été classiquement réparties par les géologues en trois catégories. Les basaltes tholéitiques, typiques de la production magmatique des dorsales, couvrent environ 92 p. 100 de la surface de l'île et constituent la catégorie principale. Les deux autres catégories sont des laves plus riches en silice, qualifiées de plus « différenciées » car elles ont connu une évolution chimique dans une chambre magmatique avant d'être mises en place. Elles se répartissent entre andésites (60 p. 100 de silice en moyenne) pour 5 p. 100 de la surface, et dacites-rhyolites (70 p. 100 de silice) pour les 3 p. 100 restants. Les basaltes, assez pauvres en silice, donnent des laves peu visqueuses, faiblement explosives, qui vont avoir tendance à former de grands épanchements subhorizontaux. Les andésites et les dacites-rhyolites, plus visqueuses et plus riches en gaz dissous, vont être plus explosives et auront tendance à produire des explosions volcaniques et éventuellement des panaches de cendres et de gaz. Le bilan des surfaces affleurantes résumé ci-dessus montre ainsi qu'environ 10 p. 100 de l'activité volcanique est explosive en Islande.

Les appareils volcaniques produisant les laves islandaises forment en général des systèmes complexes, allongés dans la direction de la dorsale (au premier ordre nord-sud). La durée de vie de ces systèmes est d'en moyenne 1 million d'années. Ils sont formés typiquement par un volcan central associé à des essaims de dykes de quelques dizaines de kilomètres de longueur. Ces dykes, visibles à l'affleurement comme des murs de laves refroidies, correspondent à des poches de magma, souvent de forme parallélépipédique, remontant des chambres magmatiques vers la surface.

La première période d'activité de l'Islande débute au Cénozoïque, entre 15 et 3 millions d'années environ (fig. 2), avant la glaciation de l'île. Les dépôts volcaniques de type glaciaire sont donc rares à cette époque, et la stratigraphie est marquée par des alternances de basaltes tholéitiques où s'intercalent parfois des dépôts volcaniques aériens plus ou moins altérés en argiles brunes. Les laves de cette époque forment des piles d'environ 1 kilomètre d'épaisseur, émises en 1 million d'années, incluant une coulée majeure tous les 10 000 ans en moyenne. Plus localement, des unités sédimentaires plus épaisses peuvent s'être développées entre deux épisodes magmatiques majeurs.

Carte géologique de l'Islande

Carte géologique de l'Islande

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Carte géologique simplifiée de l'Islande (d'après Sigmundsson et Saemundsson, 2008). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Au début du Plio-Pléistocène, défini en Islande comme la fin de la période magnétique « Mammouth », à 3,3 millions d'années, l'Islande entre dans une période d'intense glaciation associée à un refroidissement du climat global de la Terre. Cette évolution climatique correspond à un changement drastique du style d'activité volcanique : alors que les dépôts volcano-glaciaires représentaient moins de 6 p. 100 du volume des séries volcaniques tertiaires, leur fraction grimpe à plus de 50 p. 100 dans la période quaternaire. Les roches formées à cette époque sont beaucoup plus variées, les piles de magmas tholéitiques étant très fréquemment interrompues par des sédiments fluvio-glaciaires et des arrivées morainiques. La forme des affleurements magmatiques est également plus riche : on trouve des basaltes en oreiller (pillow-lavas) traduisant des effusions sous-marines, des brèches volcaniques (produites par des explosions) ainsi que des fragments de verres magmatiques. Les roches magmatiques portent majoritairement des traces d'interactions avec la glace, mais on trouve également des dépôts volcaniques « secs », montrant que le Plio-Pléistocène était marqué par l'alternance de périodes froides et de périodes de relatif réchauffement. Dans le sud de l'Islande par exemple, on ne trouve pas moins de treize épisodes de glaciation entre 3,1 et 1,8 million d'années.

Le passage au Pléistocène supérieur est défini à 0,8 million d'années, à la transition entre la période magnétique Matuyama (correspondant à un champ magnétique inverse) et la période Brunhes (champ magnétique normal). Le Pléistocène supérieur est marqué par un volume encore plus grand de roches dites « hyaloclastiques » résultant de la fragmentation brutale de la lave au contact de l'eau. Les paysages qui en résultent, formés de petites montagnes volcaniques, les « tuyas », et de vallées, sont appelés localement « formation palagonite ». Ces formations sont souvent associées à des centres éruptifs encore actifs.

La déglaciation en Islande a débuté il y a quelques milliers d'années, un peu avant le Dryas récent. Les dépôts de cette période sont très frais, et alternent coulées de laves massives, dépôts pyroclastiques (c'est-à-dire générés par des éruptions explosives) et sédiments. Les sédiments récents sont formés notamment lors des grandes débâcles déclenchées par les éruptions sous-glaciaires, qu'on nomme localement les jökulhlaup. La période postglaciaire est elle-même divisée en deux périodes dites préhistorique et historique, le passage de l'une à l'autre étant fixé par l'installation des premiers colons sur l'île à la fin du ixe siècle. On peut noter que la période historique, bien que volcanologiquement remarquable, est caractérisée par une baisse sensible de l'activité volcanique par rapport au millénaire précédent.

Activité récente

Aux extrémités nord et sud de la zone de rifting, là où se produit la connexion avec la dorsale immergée (fig. 3), se trouvent les deux zones où l'activité sismique d'origine tectonique se concentre : la zone sismique du sud (South-Iceland Seismic Zone, ou S.I.S.Z.) et la zone de fracture Tjörnes au nord (Tjörnes Fracture Zone, ou T.F.Z.). Les autres séismes sont induits par l'activité volcanique et se répartissent aux alentours des volcans en phase de réveil et pendant les éruptions.

Centres volcaniques actifs en Islande

Centres volcaniques actifs en Islande

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Les centres éruptifs sont formés de volcans centraux (ronds rouges), éventuellement associés à des caldeiras (ronds violets) et entourés de faisceaux de dykes (fond jaune-vert). Les systèmes les plus actifs sont ceux des volcans Askja, Bárdarbunga, Grímsvötn, Hekla, Krafla, Katla, et... 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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La zone volcanique actuellement active en Islande est segmentée en un ensemble de systèmes complexes (fig. 3), développés sur des zones géothermales et souvent marqués par des caldeiras. Ces systèmes se répartissent au sein de la zone d'expansion (ou de rifting) ou, plus marginalement, à l'extérieur du rift. Ces deux localisations correspondent elles-mêmes à des différences pétrographiques et chimiques entre les laves émises. Les laves de la zone de rifting sont des tholéites classiques, alors que les laves externes à cette zone sont enrichies en éléments chimiques dits « incompatibles », qui passent préférentiellement dans le liquide magmatique lors de la fusion, l'uranium par exemple. Sur la base de mesures géochimiques plus fines, notamment les compositions isotopiques des laves, on peut établir que trois types de roches se mélangent dans le matériau dont la fusion produit ces basaltes. Le premier composant correspond au manteau supérieur, qu'on qualifie d'appauvri car, il y a environ 2 milliards d'années, il a en partie fondu pour donner naissance aux continents, perdant à cette occasion les éléments chimiques constitutifs des plaques continentales. Le deuxième composant est de type croûte océanique recyclée : une très ancienne croûte océanique entraînée par subduction dans le manteau, puis remontée des millions d'années plus tard au sein de courants mantelliques chauds. Le troisième composant correspond à du matériel qualifié de primitif, provenant des profondeurs du manteau et qui n'a probablement jamais été affecté par les phénomènes de surface (fusion, dégazage, altération...) et ainsi préservé les caractéristiques du manteau primordial de la jeune Terre. Alors que le composant « manteau appauvri » est typique des dorsales océaniques, les composants « croûte recyclée » et « manteau profond primitif » ne se trouvent qu'à l'aplomb des panaches mantelliques, seuls à même d'échantillonner le manteau inférieur.

Au sein de la zone volcanique, de vingt à vingt-cinq éruptions par siècle se sont produites durant la période historique. Ces éruptions furent de styles assez variés, avec un grand nombre d'éruptions sous-glaciaires, caractérisées alors par de fortes interactions entre la glace et la lave. Les volumes émis sont très variables : de moins de 0,1 à près de 20 kilomètres cubes de magma. Les systèmes volcaniques les plus régulièrement actifs sont les volcans Hekla, Katla, Grímsvötn et Bárdarbunga. Les plus importants événements explosifs sont quant à eux l'éruption de 1362 du mont Öræfajökull et l'éruption plinienne du volcan Askja en 1875. Les événements qui ont produit la plus grosse quantité de magma furent l'éruption du Laki (apparenté au système volcanique du Grímsvötn) en 1783-1784 et l'éruption de l'Eldgjá (du système Katla), avec chacune plus de 15 kilomètres cubes de laves émis. Il convient d'ajouter à cette activité volcanique des épisodes qu'on qualifie d'intrusifs : avant chaque éruption, sur une période variant de quelques mois à la quinzaine d'années, la croûte islandaise est en effet le lieu de transferts de magma mesurés par des bombements du sol. Nombre de ces injections de magma se produisent sans provoquer d'éruption, le magma étant alors stocké en profondeur dans la croûte. Certaines injections ont lieu à grande profondeur (entre 3 et 7 kilomètres), là où ont été détectés des réservoirs de magma – ou chambres magmatiques –, à l'aplomb des volcans les plus actifs. Les injections de magma dans les chambres magmatiques sont associées à l'étirement de la croûte induit par les forces divergentes de la tectonique des plaques divergentes sous l'Islande. Au dernier de ces événements dits de rifting, celui du Krafla entre 1975 et 1984, fut associée une arrivée continue de magma via une vingtaine d'injections de dykes. À l'issue de cet épisode, la zone de rifting du Krafla, longue de 80 kilomètres environ, s'était élargie de 4 à 6 mètres. La récurrence de ces épisodes de rifting tectono-magmatiques, potentiellement générateurs de vastes épisodes volcaniques, varie entre 100 et 1 000 ans.

Déchirure volcanique du Laki (Islande)

Déchirure volcanique du Laki (Islande)

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À environ 90 kilomètres à vol d'oiseau au nord-est de l'Eyjafjallajökull, la zone du Lakagigar (ou Laki) montre un alignement volcanique d'environ 25 kilomètres de longueur. Il fait partie d'un ensemble de fossés tectoniques distensifs (grabens) qui traversent l'Islande du nord au sud et… 

Crédits : Tokelau/ Shutterstock

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L'activité magmatique intense de l'Islande résulte de l'interaction entre la dorsale médio-atlantique et un panache mantellique. La forte production de magma, conjuguée aux conditions climatiques glaciaires régnant en Islande, induit un volcanisme très actif et varié : majoritairement effusif, il produit à intervalles réguliers des éruptions explosives rendues d'autant plus violentes qu'elles interagissent avec la glace. Depuis plus de 10 millions d'années s'écrit en Islande une histoire volcano-tectonique riche et intense, histoire dont seul le dernier millénaire s'est déroulé sous le témoignage des hommes, et dont la crise récente de l'Eyjafjallajökull nous montre que de nombreux chapitres spectaculaires restent à écrire.

Éruption volcanique du volcan islandais Eyjafjallajökull

Éruption volcanique du volcan islandais Eyjafjallajökull

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Sur cette vue satellitaire prise le 11 mai 2010, le panache volcanique que crache le volcan islandais Eyjafjallajökull s'étend sur environ 900 kilomètres à 5 000 mètres d'altitude. De par sa seule présence et en vertu du principe de précaution, il affectera sérieusement le transport... 

Crédits : J. Schmaltz/ MODIS Rapid Response Team/ NASA

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—  Édouard KAMINSKI

L'histoire

Le Moyen Âge

L'Islande ne semble pas avoir été connue de l'Antiquité. Il n'est guère probable, en effet, que ce soit la « Thulé » de Pythéas. Sa découverte fut le fait de moines irlandais du viiie siècle à la recherche d'îles désertes pour y mener une vie érémitique. Elle est mentionnée pour la première fois vers 825 par le géographe irlandais Dicuil. Ces clercs celtiques fréquentaient encore l'île quand les premiers Scandinaves y arrivèrent ; quelques toponymes rappellent leur séjour dans le Sud-Est.

Les sources du xiie siècle, seules précises, attribuent à un Suédois établi au Danemark le premier voyage en Islande ; le navigateur aurait été détourné par une tempête alors qu'il se rendait aux Hébrides. Mais ce furent des Norvégiens qui explorèrent et colonisèrent le pays. Le premier hivernage aurait eu lieu en 865, et le peuplement commença vers 870, à peu près sur le site actuel de Reykjavik. L'Islande offrait aux Norvégiens une terre absolument vide, riche en pâturages et en pêcheries, et relativement peu froide, malgré sa latitude. La culture n'y était guère possible. Cependant, les premiers colons firent des récits enthousiastes ; ils suscitèrent un fort mouvement d'immigration.

Les pionniers furent surtout des chefs de la Norvège occidentale, qui supportaient mal les premiers progrès du pouvoir royal ; ils vinrent accompagnés de vastes clientèles et de nombreux esclaves ; une très petite minorité danoise les rejoignit. Plusieurs avaient d'abord « fait métier » de Viking, dans les îles Britanniques et en ramenaient de nombreux Celtes, dont la trace anthropologique reste reconnaissable. Le souvenir des premiers établissements a été conservé par un précieux recueil compilé vers la fin du xiie siècle, la Landnámabók (Livre de la colonisation) : il énumère plus de mille immigrants, venus entre 880 et 930 environ, dont quatre cents chefs ; leurs descendants ont dominé toute l'histoire islandaise jusqu'au xive siècle.

Peu après la fin de la migration, l'Islande donna à son tour naissance à une colonie : le Groenland. Aperçu pour la première fois vers 900, il fut peuplé à partir de 985 par un banni, Erik le Rouge. Les relations des deux pays furent toujours matériellement difficiles et le Groenland se comporta en État indépendant. Mais c'est par l'intermédiaire de l'Islande qu'ont été conservées les traditions très riches relatives à sa colonisation et à la découverte du Vinland, en Amérique.

On estime, de manière assez hypothétique, que l'Islande médiévale pouvait compter de 30 000 à 40 000 habitants, et le Groenland de 3 000 à 4 000 colons nordiques. Ce peuplement relativement considérable s'explique si l'on note que, pour l'essentiel, il s'effectua durant la période d'accalmie succédant au premier mouvement des Vikings.

L'État libre

De ses origines, la société islandaise garda à travers le Moyen Âge un caractère très original : empreinte aristocratique prononcée, individualisme ombrageux des chefs, méfiance envers toute autorité politique, surtout celle qui viendrait de la mère patrie. Les colons, d'abord indépendants les uns des autres, se regroupèrent autour de chefs de canton, de nature surtout religieuse (godhi), puis finirent par constituer vers 930 un embryon d'État républicain. Il fut dirigé par une assemblée plénière des hommes libres, l'Althing, siégeant annuellement en plein air dans le site majestueux de Þingvellir (« plaines de l'assemblée »), au sud-ouest de l'île. Mais l'État organisé par la loi dite d'Ulfljot fut très imparfait : il ne comportait aucune organisation militaire, financière ou administrative, ni même un véritable pouvoir exécutif. Son chef nominal, l'« homme qui dit la loi » (lögsögumadhr), n'était qu'un expert juridique, tout au plus un arbitre. Plusieurs réformes partielles ne réussirent jamais à donner à ce système une réelle efficacité.

Sur le plan économique également, l'île occupe une place à part dans le monde médiéval. Uniquement agricole, sauf un faible appoint provenant de la pêche, son économie était cependant incapable de faire face à plusieurs besoins vitaux : les céréales et le bois durent toujours être importés, de Norvège le plus souvent. De tout le Moyen Âge, il n'y eut jamais ni villes ni villages ; le commerce et l'artisanat restèrent cantonnés dans le cadre de fermes se suffisant à peu près à elles-mêmes. Les minces ressources d'un élevage transhumant de bovins, de chevaux et de moutons n'autorisaient presque aucune exportation. La monnaie restait inconnue. Tout cela fixait à l'indépendance de l'île des limites assez étroites.

La véritable grandeur historique de l'Islande médiévale est d'ordre intellectuel. La réussite en ce domaine fut extraordinaire, paradoxale, mettant l'île polaire au premier rang du monde occidental. Au rebours de presque toute la chrétienté latine, l'Islande s'exprima toujours dans sa langue nationale, une variété de nordique occidental qui n'a guère évolué depuis le xiie siècle. Cela ne l'empêcha pas de suivre de près la production du reste de l'Europe, surtout quand le principal foyer littéraire se fixa, avec Saemundr Sifgússon, le Savant, ancien élève des écoles de Paris, à la ferme d'Oddi, dans le Sud-Ouest.

Le fait majeur de l'histoire de l'Islande libre fut la conversion au christianisme. Les premiers missionnaires apparurent vers 980 ; en 999 ou 1000, les incitations du roi de Norvège Olaf Tryggvason décidèrent l'Althing à adopter officiellement le nouveau culte. Bien des pratiques païennes restèrent longtemps tolérées, comme les sacrifices privés ou les expositions d'enfants. L'Église ne s'enracina vraiment que lorsqu'un Islandais, Isleif Gissurarson, eut reçu à Brême en 1056 la consécration épiscopale. Après 1108, l'île fut divisée en deux diocèses, Hólar et Skálholt, et environ trois cents paroisses. Son clergé ne participa que de loin à la vie générale de l'Église catholique, et, par exemple, n'adopta jamais réellement le célibat ; mais il fut le guide intellectuel et souvent aussi politique de la population. Le monachisme fut introduit en 1133, et compta au xive siècle une dizaine de maisons. Sous l'influence chrétienne, l'esclavage disparut vers 1100.

Le xiiie siècle fut un temps de troubles. Les grandes familles, surtout celle des Sturlungar, dans l'Ouest, armant des bandes de paysans pauvres, se lancèrent dans des vendettas sans fin que la procédurière justice islandaise ne put apaiser. Ces divisions favorisèrent l'intervention des rois de Norvège. Håkon IV Håkonsson (1217-1263) se fit de plus en plus pressant ; l'Église appuya ses revendications, que la situation économique rendait irrésistibles. Entre 1262 et 1264, les différentes parties de l'île acceptèrent de se soumettre à la couronne de Norvège.

L'Islande norvégienne

Le Vieux Pacte (gamli sáttmáli) de 1264, qui régla cette soumission, laissait en principe à l'Islande son autonomie interne et son Althing. Mais les gouverneurs royaux, maîtres du commerce extérieur, et donc de la survie économique de l'île, la mirent en coupe réglée. Ce furent d'abord des Norvégiens, puis des Danois, ou même des Allemands au temps de l'Union dano-norvégienne. Les évêques, eux aussi étrangers, ne témoignèrent plus envers leurs ouailles que d'un intérêt fiscal.

La conscience nationale islandaise a gardé un souvenir amer de cette période de décadence où le pays sombra dans la misère. Le gouvernement royal ne tint pas ses engagements économiques : incapable de ravitailler régulièrement les Islandais, il laissa agir des marins allemands ou anglais, plus qu'à demi pirates, qui multiplièrent les violences. À la fin du xve siècle, le commerce étranger fut autorisé.

Durant cette période, la société évolua peu. Elle resta purement rurale et aristocratique, sans connaître ni féodalité ni noblesse. Elle devint donc fort différente de la société scandinave du continent, et prit une teinte prononcée d'archaïsme. Si la pêche se développa, elle n'enrichit guère la population, faute de marchés proches, et la situation des pauvres, soumis depuis le début du xve siècle à une sorte de travail obligatoire, devint préoccupante. De graves épidémies en 1402-1404 et 1494, des éruptions de l'Hekla, jointes à une détérioration probable des conditions climatiques, font de la fin du Moyen Âge une époque assez noire.

—  Lucien MUSSET

Les Temps modernes

La tutelle danoise

Au début du xvie siècle, la monarchie dano-norvégienne, besogneuse, tenta d'hypothéquer ou de vendre l'Islande à l'Angleterre. Christian Ier (1426-1481) avait accordé aux marchands allemands le droit de commercer directement avec l'île, à condition de n'y pas stationner au-delà de l'hiver ; les échanges ne cessèrent de croître au détriment des Hanséates de Bergen. Christian II (1481-1559) voulut chasser les Wendes d'Islande, mais il fut renversé, et l'activité commerciale islandaise de Hambourg culmina en 1530. Christian III (1503-1559) prit des mesures pour réserver la pêche et le commerce à ses nationaux, et à dater de 1560, les marchands danois se mirent à entretenir eux-mêmes des relations régulières avec l'Islande. Vers 1575, le monopole germanique d'Islande fut brisé ; pourtant, des Allemands y vinrent encore jusqu'à l'interdiction absolue de 1601. Contrebandiers et pirates continuèrent néanmoins de hanter ces parages.

La Réforme fut imposée par les Danois au moment le plus sombre de la vie sociale et culturelle. Le dernier évêque catholique, l'énergique Jón Arason, tenta de résister à Christian III, mais il fut exécuté ; les Danois implantèrent le luthéranisme à Skálholt (1551). Cependant, la traduction islandaise de la Bible ne parut qu'en 1584, et l'activité missionnaire de Palladius ne porta ses fruits qu'ultérieurement. Au point de vue économique, l'adhésion à la Réforme permit à la monarchie de séculariser les biens monastiques et une partie des terres épiscopales (un cinquième des terres exploitées de l'île) et le roi acquit une part de la dîme épiscopale. Christian IV (1577-1648), mercantiliste, attribua à Copenhague, Malmö et Elseneur le monopole du commerce d'Islande (20 avr. 1602). D'autres compagnies maintinrent par la suite l'exclusif danois jusqu'en 1787, qui fut onéreux et désavantageux pour les Islandais, les marchands du continent restant maîtres des prix.

Depuis 1537, l'Islande, jusque-là tributaire de la Norvège, était uniquement administrée par les Danois ; elle reçut, en 1572, un gouverneur particulier, membre du Rigsråd danois, comme un pays vassal de la Couronne. L'absolutisme instauré en Danemark-Norvège, en 1660-1665, fut imposé à l'Islande, et l'ancien Althing eut tendance au siècle suivant à n'être plus qu'un tribunal, avant d'être supprimé en 1800 et remplacé par une cour d'appel établie à Reykjavik.

Le xviiie siècle fut pour l'île l'ère des épreuves. Déjà la fin du xviie siècle avait connu les redoutables hivers de 1695-1696 ; l'épidémie de variole de 1707 fit périr 18 000 personnes sur une population de 50 000 habitants. Les paysans, petits locataires à bail révocable, de plus en plus endettés, n'étaient plus guère en mesure de pratiquer l'élevage, tandis que s'alourdissaient les taxes et impôts perçus par les sŷslumenn (économes d'État).

Frédéric V (1746-1766) comprit que s'imposait une politique de relèvement de cette Islande que nous connaissons bien par ailleurs, grâce à la volumineuse description d'Olafsen et de Povelsen. L'apôtre des réformes, le bailli royal Skuli Magnússon (1711-1794), s'efforça de promouvoir l'agriculture, l'élevage et la pêche, et développa les filatures, le tissage, les teintures, avec la collaboration d'ouvriers allemands. Mais les résultats furent décevants en raison de la résistance des marchands attachés au monopole danois. Le juriste Jón Eiríksson, conseiller royal pour les affaires d'Islande, tenta à son tour, de 1771 à 1787, de développer l'agriculture en améliorant les moyens de transport et les routes, et d'augmenter les impôts. Ces mesures furent mises en échec par une série de catastrophes naturelles, éruptions volcaniques et séismes, qui firent plus de 10 000 victimes entre 1783 et 1786. Ce n'est qu'en 1823 que l'île retrouva ses 50 000 habitants de 1707. Néanmoins, avec l'abolition du monopole des compagnies, le commerce prospéra à la fin du siècle, et les récoltes s'améliorèrent.

De l'autonomie à l'indépendance

La paix de Kiel (1814), qui sépara la Norvège du Danemark pour la rattacher à la Suède, ne changea pas le statut de l'île qui resta possession danoise. En 1845, Christian VIII rétablit l'Althing dans son rôle d'assemblée consultative siégeant à Reykjavik. Bien que dès 1855 tous les étrangers fussent admis à commercer dans l'île, le statut politique et administratif de l'Islande ne progressa qu'après 1874. Une constitution fut alors accordée au pays, à la demande des autonomistes dirigés par Jón Sigurdsson. Elle reconnaissait l'exercice du pouvoir législatif à l'Althing conjointement avec le roi de Danemark, et un ministre pour l'Islande, résidant à Copenhague, fut nommé. Pourtant, le statut de l'Islande fut encore contesté par les insulaires, tandis que de mauvaises conditions climatiques portaient préjudice au pays dans les années 1890, entraînant l'émigration vers le Canada. L'autonomie fut obtenue en 1904, avec un régime parlementaire, les ministres étant responsables devant l'Althing. En même temps, les progrès culturels en cours se traduisaient par la fondation, en 1911, de l'Université d'Islande.

L'acte d'Union de 1918, conclu pour vingt-cinq ans, fut une nouvelle étape vers l'indépendance. Accepté par une large majorité plébiscitaire, il ne laissait subsister que le lien personnel de la monarchie entre les deux États souverains. Le Danemark conservait cependant la responsabilité des Affaires étrangères, des Finances et de la Cour suprême. Il était prévu qu'après 1940, le Parlement danois et l'Althing islandais pourraient demander la révision du traité de 1918.

L'occupation allemande du Danemark, en avril 1940, laissa l'Islande seule face aux événements. Le 10 avril, à l'unanimité, l'Althing déclara le roi incapable d'exercer ses pouvoirs selon la Constitution, prit la responsabilité du gouvernement, et, en mai, élut un régent.

L'importance stratégique de l'île en faisait un enjeu entre les belligérants. Le 10 mai 1940, les Britanniques y débarquaient pour laisser la place aux Américains, en juillet 1941. Dès le 17 mai 1942, l'Althing avait déclaré la séparation complète avec le Danemark, annulant le traité de 1918, et affirmé son désir de voir établir la république en Islande. La résolution de l'Assemblée islandaise du 25 février 1944 entérina cette volonté, confirmée par un plébiscite voté à près de 98 p. 100. La Constitution républicaine fut également acceptée par un vote populaire, et le 17 juin 1944, l'Islande devint une république indépendante.

—  Claude NORDMANN

L'Islande indépendante

La vie politique

À l'heure de la guerre froide

L'indépendance acquise, il fallait l'enraciner. La Constitution confiait le pouvoir législatif à une assemblée de soixante membres, élue selon un système complexe favorable aux campagnes et divisée en deux chambres, le pouvoir exécutif étant exercé par un président élu au suffrage universel (pour quatre ans) et dix ministres responsables devant l'Althing. Aux élections législatives de 1946, les électeurs choisirent une majorité de centre droit autour du Parti de l'indépendance (P.I., conservateurs et libéraux) et du Parti du progrès (P.P.). L'Alliance du peuple (A.P., communistes et socialistes de gauche) fit cependant un bon score qui la plaça loin devant les sociaux-démocrates. En outre, comme un peu partout en Europe, le nouveau gouvernement fut issu d'une large coalition nationale. L'un des premiers problèmes qu'il eut à régler fut celui des bases militaires anglo-américaines présentes sur le sol islandais depuis 1941, malgré la neutralité officielle de l'île. Une demande officielle de retrait de ces bases fut formulée. Cependant, les prémices de la guerre froide amenèrent la droite politique à composer avec Washington et, durant l'année 1946, une majorité de l'Althing signa avec les États-Unis un traité maintenant la base de Keflavik, à la grande colère de l'Alliance du peuple, dont les ministres démissionnèrent. Entre-temps, un ambitieux plan national d'assurances avait été voté. Il posait les bases d'un État-providence à l'européenne. La puissance des syndicats et des coopératives entraîna aussi des mesures en faveur de l'amélioration des salaires et du plein-emploi, quitte à accepter une forte inflation et un affaiblissement de la monnaie.

Les années 1950 furent encore très marquées par la question de Keflavik, qui divisait l'opinion. L'adhésion à l'O.T.A.N. puis le renouvellement en 1951 du traité avec les États-Unis donna lieu à d'importantes manifestations. La victoire de l'atlantiste Asgeir Asgeirsson (pour seize années consécutives) à l'élection présidentielle de 1952 entérina cependant ce choix. La participation au Conseil nordique dès 1953 impliqua aussi davantage le pays dans l'aire scandinave, marquant la fin des tensions avec l'ancienne métropole. L'Alliance du peuple ne participa plus aux affaires à l'exception d'une courte période en 1956, malgré une presse et une maison d'édition puissantes qui lui garantissaient une bonne implantation dans les milieux ouvriers et intellectuels.

Aux temps de l'État-providence

Dans les années 1960-1970, la grande question de politique internationale fut celle de l'extension des zones de pêche. Cette ressource majeure pour l'économie était devenue l'objet d'une concurrence féroce depuis l'intensification de la pêche industrielle. S'engagèrent alors avec le Royaume-Uni, de septembre 1958 à février 1961, de septembre 1972 à novembre 1973 et de novembre 1975 à mars 1976, les trois cod wars (« guerres de la morue ») qui permirent à l'Islande de repousser les limites de ses eaux territoriales de 12 milles marins à 50, puis à 200 en 1975, malgré un jugement défavorable de la Cour internationale de La Haye en 1974. Les autorités islandaises avaient su créer autour de leur petit pays un courant de sympathie qui fut matérialisé par cette victoire. Sur le plan intérieur, les rapports de force évoluèrent peu. Le Parti de l'indépendance obtenait généralement autour de 40 p. 100 des suffrages, le Parti du progrès autour de 25 p. 100, l'Alliance du peuple autour de 17 p. 100 et les sociaux-démocrates un peu moins de 15 p. 100. Le consensus autour de l'État-providence et de l'indexation des salaires sur les prix restait fort, le curseur se déplaçant entre des majorités de centre gauche ou de centre droit pratiquant des politiques assez proches. L'élection en 1980 (pour quatre mandats consécutifs) de la première présidente de la République en Europe, Vigdis Finnbogadottir, femme de lettres francophile et non affiliée à un parti politique, apporta la seule note d'originalité.

Usine de pêche en Islande

Usine de pêche en Islande

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Une usine de pêche à Siglufjordur. Malgré le développement du tourisme et de l'industrie, l'économie islandaise est dépendante de son industrie de la pêche. 

Crédits : S. Finn/ Getty

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Le tournant libéral

À partir de 1975 toutefois, un certain marasme économique et une inflation croissante (100 p. 100 d'octobre 1982 à octobre 1983) donnèrent des armes aux campagnes conservatrices en faveur de l'équilibre budgétaire et monétaire. Tandis qu'à gauche l'A.P. voyait ses positions s'effriter au profit d'une social-démocratie fort modérée, les élections législatives de 1983 virent le P.I. et le P.P. l'emporter sur la base d'un programme libéral d'inspiration anglo-saxonne. Le gouvernement de centre droit imposa une cure d'austérité en 1984 et opéra les premières privatisations d'entreprises publiques. Cependant, dès 1985, l'inflation repartit de plus belle ainsi que l'endettement extérieur. Seule la bonne conjoncture de la pêche permit l'année suivante de limiter les dégâts. Les électeurs sanctionnèrent ce maigre bilan en 1987, mais la gauche, de plus en plus divisée avec l'irruption du Parti des femmes, n'était pas en mesure de proposer une alternative. De ce fait, c'est le nouveau dirigeant du P.I., Thorstein Pálsson, qui devint Premier ministre, avec le soutien des sociaux-démocrates. L'augmentation des taxes à la consommation et une récession brutale en 1988 eurent raison de cet attelage inédit. En septembre de la même année, un gouvernement de centre gauche, dirigé par Steíngrimur Hermansson (P.P.), flanqué des sociaux-démocrates et de l'A.P., tenta de sortir du marasme. Mais il fut desservi par la conjoncture (baisse du P.N.B. en 1989, record de faillites) comme par ses hésitations entre relance et déflation. Sa popularité en souffrit et, aux élections de 1991, on remit à l'honneur une combinaison P.I.-S.D., dirigée par le conservateur David Oddsson. Celle-ci voyait la solution des maux récurrents de l'économie (aléas de la pêche, inflation, déficit) dans le rapprochement avec l'Europe, l'allègement des impôts sur les entreprises et l'augmentation des taxes sur les ménages. Elle ne réussit pas mieux. Au contraire, dans un pays pourtant peu habitué au chômage, celui-ci grimpa jusqu'à 4,3 p. 100 en 1993. En janvier 1994, les pêcheurs entamèrent une grève dure dirigée contre les armateurs et les quotas.

Ce sont les formations de gauche qui payèrent l'addition du mécontentement à partir du milieu des années 1990. Une scission affecta les sociaux-démocrates, ce qui provoqua la naissance du Mouvement du peuple. L'Alliance du peuple se divisa en deux tendances, l'une favorable à une entente avec la gauche traditionnelle, l'autre, plus radicale, à une alliance avec les écologistes qui avaient le vent en poupe depuis la construction de nouveaux barrages hydroélectriques et autres usines géantes d'aluminium. La droite et le centre, dirigé désormais par une personnalité plus libérale et atlantiste, Halldor Ásgrimsson, en profitèrent pour se réconcilier et proposer un programme dit de « rupture », qui rappelait en fait celui de 1983. Dans l'esprit de ses promoteurs, il s'agissait de libéraliser sans complexes l'économie, de se mouler davantage dans l'O.T.A.N. et de se rapprocher encore plus avant de l'Union européenne (U.E.) malgré les réticences d'une partie de la population, en particulier les pêcheurs. La coalition au pouvoir signa en 1996, sans opposition majeure, un traité renouvelant les accords de 1951 avec les États-Unis, alors même que les dirigeants américains envisageaient déjà de faire participer financièrement les Islandais à l'entretien de Keflavik. À l'élection présidentielle, ce fut le candidat de centre droit, Ólfur Ragnar Grímsson, qui succéda à Vigdis Finnbogadottir. Trois ans plus tard, la coalition conservatrice emporta nettement les élections législatives contre la Gauche verte (radicaux de l'ex-A.P. et Verts, 9,1 p. 100) de Steingrímur Sigfusson et l'Alliance (sorte de cartel constitué par les sociaux-démocrates, le Mouvement du peuple et la majorité de l'ex-A.P., 26,4 p. 100). Servie par une bonne conjoncture économique et une forte croissance, elle mit en tête de ses objectifs la « réforme » du secteur public, l'accélération des privatisations, les fusions bancaires et la lutte contre l'inflation. Nommé ministre des Affaires étrangères, Halldor Ásgrímsson s'employa de son côté à renforcer ce qu'il appelait le « lien transatlantique irremplaçable » ; il proposa les services islandais en Bosnie et au Kosovo, plaida pour ne pas ratifier le protocole de Kyōto et prépara l'opinion à une éventuelle entrée dans l'U.E. Le gouvernement envisagea aussi d'assouplir la défense de la langue autochtone, sous la pression de milieux patronaux désireux d'attirer davantage la main-d'œuvre étrangère. Les élections de 2003 ne furent pas exceptionnelles pour la majorité gouvernementale, mais elles ne constituèrent pas de tournant fondamental. Les partis au pouvoir procédèrent durant quatre ans à quelques modifications constitutionnelles et approfondirent leur orientation libérale et atlantiste. La question de l'adhésion à l'Europe fut de plus en plus ouvertement posée. La machine économique semblait tourner à bon régime et la balance commerciale s'améliora. Toutefois, la dépendance par rapport à quelques secteurs exportateurs resta entière et le système de protection sociale comme les services publics eurent tendance à se dégrader. C'est sans doute pourquoi les électeurs sanctionnèrent le parti du Premier ministre Halldor Ásgrímsson aux élections municipales de 2006, ce qui provoqua son remplacement par Geir Haarde du P.I. Aux élections législatives de mai 2007, ils firent en outre nettement progresser le Mouvement de gauche-Verts (alliance entre ex-communistes et écologistes) et s'effondrer à nouveau le P.P., ressenti comme le principal responsable du néo-libéralisme. Une nouvelle coalition P.I.-Alliance (sociale-démocrate) fut mise en place sur un programme d'allure plus sociale, mais tout aussi atlantiste.

La grande crise de 2008 et ses suites

Mais la crise économique de 2008 ruina le crédit des libéraux. Malgré la nationalisation des banques en faillite et la promesse d'accélérer l'entrée dans l'U.E, souhaitée alors par les électeurs, de grandes manifestations demandèrent le départ de Geir Haarde. En février 2009, il céda la place à la sociale-démocrate Johanna Sigurdardottir. Les élections législatives d'avril 2009 ayant sanctionné la droite et renforcé la gauche, en particulier le Mouvement de gauche-Verts, Johanna Sigurdardottir prit la tête d'un gouvernement formé à part égale des deux partis de gauche. Sa tâche s'avéra ardue. En juillet 2009, le Parlement n'approuva la candidature à l'U.E. qu'à une faible majorité. En outre, en mars 2010, la décision de rembourser 3,9 milliards d'euros aux épargnants britanniques et néerlandais victimes des créances de la banque en ligne Icesave fut rejetée à 93 p. 100 (elle le fut à nouveau en avril 2011 à 59,1 p. 100) par une population déçue de ses élites et désormais hostile à l'adhésion. Les élections municipales de 2010 confirmèrent ces tendances en offrant la mairie de Reykjavik à un humoriste populiste. Depuis lors, bien que l'U.E. ait approuvé le 17 juin 2010 le principe d'une adhésion, celle-ci n'est toujours pas mise en œuvre car l'opinion islandaise risque de la rejeter en cas de référendum. La fermeture unilatérale de la base américaine de Keflavik en 2006 a renforcé aussi l'hostilité d'une partie de l'opinion envers l'O.T.A.N dont la tutelle sur l'île apparaît de moins en moins justifiable. Aux élections législatives d’avril 2013, la formation sociale-démocrate du Premier ministre et le Mouvement de gauche-Verts subirent un revers important, devancés par l’opposition de centre droit qui forma le nouveau gouvernement, dirigé par Sigmundur Davíd Gunnlaugsson. En septembre 2013, le ministre des Affaires étrangères annonça la suspension des négociations d’adhésion à l’U.E., comme promis dans la plate-forme électorale, annonce concrétisée en mars 2015 avec le retrait de la candidature de Reykjavik à l’U.E. En avril 2016, la publication des « Panama papers », une fuite d’informations provenant de fichiers du cabinet fiscaliste panaméen Mossack Fonseca, contraignit le Premier ministre Sigmundur Davíd Gunnlaugsson à la démission, après les révélations sur sa société offshore basée dans un paradis fiscal.

(Voir également ISLANDE, chronologie contemporaine)

La vie économique

L'économie islandaise, encore très pauvre à la fin du xixe siècle, s'est largement développée depuis 1945. Elle est tout à fait comparable à celles des pays européens occidentaux. Elle a surtout réussi le tour de force de rééquilibrer peu à peu ses échanges extérieurs et d'afficher provisoirement le taux de chômage le plus faible d'Europe (1,5 p. 100 de 2000 à 2007). Elle pâtit néanmoins d'un marché intérieur restreint, malgré une croissance rapide de sa population (environ 80 000 habitants vers 1900, un peu plus de 300 000 aujourd'hui), d'un faible nombre de secteurs exportateurs (la pêche et l'aluminium) et de l'éloignement certain (2 000 km au minimum) des grands centres de production et de consommation. Depuis 2008, l'économie islandaise a connu un coup d’arrêt brutal dû principalement à des choix contestables en matière bancaire et financière.

Les grands secteurs d'activité

L'agriculture ne bénéficie pas de conditions favorables. La côte septentrionale, longée par la dérive orientale du Groenland, est assez froide (limite des neiges éternelles à 400 m). Ailleurs, la dérive nord-atlantique réchauffe l'atmosphère (neiges éternelles à 1 400 m), mais les fortes précipitations entraînent des crues de printemps difficilement maîtrisables. La luminosité est faible pendant toute une partie de l'année et surtout, en raison de vents très violents, les terres sont souvent nues, phénomène aggravé par la déforestation médiévale et le surpâturage des moutons. De surcroît, les volcans de la médiane atlantique et les glaciers occupent une part très importante du territoire intérieur. De fait, 1 p. 100 seulement du sol est en culture et 20 p. 100 consacrés à des prairies de qualité inégale, pour l'essentiel en zone côtière. Les exploitants agricoles ne représentent donc qu'à peine 6 000 emplois et fournissent moins de 3 p. 100 du P.I.B. Les fermes sont généralement isolées les unes des autres avec de vastes granges pour le fourrage. On y élève en moyenne une vingtaine de bovins de race écossaise, quelques chevaux et 150 à 300 moutons (cheptel en baisse). On trouve souvent de petites cultures de proximité pour l'usage familial et le marché local. La moitié du revenu agricole est fournie par le lait et la viande. Autour de Reykjavik se sont développées, depuis la fin des années 1970, des serres chauffées par géothermie qui alimentent en fruits et légumes la conurbation (plus de la moitié de la population du pays).

Cascade Ófærufoss, Islande

Cascade Ófærufoss, Islande

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Dans le sud de l'île, dans la faille d'Eldgjá, la plus longue fissure éruptive de la planète, la cascade Ófærufoss. Jusqu'en 1993, un pont de lave naturel, maintenant effondré, enjambait sa partie inférieure. 

Crédits : Smari/ Getty Images

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La pêche est en réalité la grande richesse nationale. Depuis 1945, on estime qu'elle a assuré plus de la moitié de la croissance du revenu national. Avec les emplois induits, elle occupe encore près de 18 p. 100 de la population active, fournissant plus de la moitié des exportations. L'un de ses atouts est de disposer depuis 1975 d'eaux territoriales très étendues, soit au total plus de 750 000 kilomètres carrés. La flotte est impressionnante tant en volume (malgré le désarmement des baleiniers dans les années 1980) qu'en qualité. Elle utilise des méthodes très modernes qui essaient d'être plus respectueuses de l'environnement depuis la fin des années 1980. Les prises ont connu un accroissement spectaculaire jusque dans les années 1980 : proches de 400 000 tonnes vers 1946, elles dépassaient 1 600 000 tonnes en 1979. Mais la diminution préoccupante des ressources halieutiques, en particulier pour le hareng et la morue, a imposé l'usage de quotas et la protection des fonds et des frayères. L'aquaculture s'est également développée, bien qu'elle subisse la concurrence norvégienne. Cette pêche est dispersée sur les côtes, essentiellement à l'est et au nord. Les principaux ports sont Reykjavik, Akureyri et les îles Vestmannaeyjar. La plupart des exportations sont destinées au Royaume-Uni et à l'Allemagne pour le surgelé et le congelé (les deux tiers du total), au Portugal pour le salé (18 p. 100). Bien qu'elle constitue une manne indiscutable, la pêche islandaise est cependant inquiète de son avenir. La fluctuation des prises est certes moins forte que dans les années 1980 ou 1990 et les ressources sont mieux gérées, mais le système actuel des quotas est impopulaire chez les professionnels, qui ont peur, en cas d'adhésion à l'U.E., de se voir imposer des normes trop strictes.

L'industrie a longtemps été le parent pauvre de l'activité. C'est désormais une époque révolue. Un gros effort a été produit depuis la première crise pétrolière de 1973 pour utiliser les énormes ressources hydrauliques du pays. Le nombre de barrages a plus que doublé en un quart de siècle, ce qui ouvre d'importantes perspectives à des branches grosses consommatrices d'électricité. Ce développement des sites hydroélectriques est d'ailleurs à l'origine d'un fort mouvement écologiste qui s'inquiète non seulement de la dégradation des paysages, mais aussi de la dépendance croissante vis-à-vis de gros trusts étrangers attirés par des coûts d'exploitation peu élevés. La géothermie a aussi connu, depuis la fin des années 1980, une véritable explosion. Une part élevée des immeubles est aujourd'hui chauffée de cette manière, ce qui allège de beaucoup la facture pétrolière ou charbonnière. De grosses unités de production d'aluminium et de ferrosilicium se sont installées en Islande à partir de 1969. L'usine géante de Straumsvik est la plus importante, à une quinzaine de kilomètres seulement de Reykjavik. Celle de Hvalfjödur, créée en son temps avec des capitaux publics, est la deuxième par ordre d'importance. Chacune dispose de sa propre centrale électrique et de son propre port. Ces unités n'emploient en fait qu'un nombre restreint de salariés. Le reste de l'industrie est constitué d'entreprises modestes à l'usage du marché local qui sont souvent dépendantes de l'étranger pour leurs fournitures. L'ensemble représente à peine 13 p. 100 des emplois et 10 p. 100 du P.I.B., auquel il faut toutefois rajouter l'activité du bâtiment qui a nettement progressé depuis le début des années 1990.

Géothermie en Islande

Géothermie en Islande

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Une centrale géothermique, près d'une source d'eau chaude, en Islande. 

Crédits : Jamey Stillings/ Getty Images

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L'activité des services, en particulier privés, a connu un important développement. La gamme s'est diversifié en raison des progrès du pouvoir d'achat, du bon niveau d'éducation et de l'urbanisation massive du pays depuis les années 1950 (93 p. 100 en 2010), surtout dans la conurbation de Reykjavik. Le secteur financier a pris durant quinze ans une place grandissante dans la croissance économique, mais il est en régression depuis la crise brutale de 2008.

Le secteur des transports reste pour sa part insuffisant. Il y a très peu de navires traversiers, sauf pour desservir la capitale, le chemin de fer est inexistant. Quant au réseau routier, il est peu dense, inconfortable (moins de 3 000 km asphaltés sur 11 500) et réduit pour l'essentiel aux zones côtières. Le tourisme a progressé, mais il reste encore modeste, car les capacités d'accueil sont limitées et les distances très grandes avec l'étranger.

Le centre d'activité principal du pays réside de plus en plus dans la capitale et ses abords. Reykjavik est passé de 10 000 habitants environ vers 1900 à près de 120 000 de nos jours (recensement de 2011). Sa banlieue est peuplée de plus de 50 000 personnes et comprend les deux autres villes les plus importantes d'Islande : Kopavogur et Hafnarfjördur (respectivement 30 000 et 25 000 habitants). C'est là que se concentrent la plupart des grandes entreprises et des services du pays (que ce soit en matière de commerce, d'administration et d'éducation avec la présence, entre autres, de l'Université). La quatrième ville est Akureyri sur la côte septentrionale, mais, en termes de population et d'économie, son agglomération reste très modeste.

Les remises en cause récentes

Durant les années 1990 et 2000, les néolibéraux islandais (David Oddsson et ses alliés) dérégulèrent l'activité bancaire et boursière tout en privatisant de nombreuses entreprises publiques et en affaiblissant un secteur coopératif jusque-là très dynamique. Cela favorisa la financiarisation de l'économie et ouvrit la voie à l'activité de grands groupes, comme Samson ou Baugur, dirigés par des hommes d'affaires ambitieux qui développèrent leurs activités au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et en Scandinavie grâce à un crédit facile et à des montages financiers risqués. Dans ce dispositif, les banques privatisées à leur service (Landsbanki, Glitnir) jouèrent un rôle central. Elles n'hésitèrent pas à lancer sur le marché des créances douteuses, comme les glacier bonds qui pariaient sur la hausse continue de la couronne islandaise, ou à promettre des taux d'épargne très attractifs avant de faire faillite, comme la banque en ligne Icesave, qui dupa trois cent mille clients étrangers. Le secteur financier hypertrophié alla jusqu'à manipuler près de douze fois le P.I.B. du pays. Cette réussite apparente fit illusion, avec une croissance économique officielle de plus de 5 p. 100 dans les années 2000 et un chômage réduit à 1,5 p. 100. Les Islandais, alléchés par des prêts faciles, s'endettèrent lourdement et se lancèrent dans une frénésie de consommation accompagnée d'une forte inflation.

La crise de 2008 mit un coup d'arrêt brutal à cette économie de casino. La couronne perdit 80 p. 100 de sa valeur, les banques privées firent faillite et furent nationalisées, de nombreuses entreprises durent cesser leur activité, par exemple McDonald's qui ne pouvait plus payer ses importations à un prix raisonnable. La dette publique grimpa jusqu'à 70 p. 100 du P.I.B. et il fallut emprunter au F.M.I. comme un pays en voie de développement. Le chômage monta pour sa part à 9 p. 100 et le P.I.B. recula de 10 p. 100 à la fin de 2009. Depuis lors, l'activité économique reprend de manière progressive et la balance commerciale se rééquilibre, mais avec des taux de croissance moindres. La malchance s'en est en outre mêlée avec l'éruption, en avril 2010, de l'Eyjafjöll dont les conséquences ont été néfastes pour le tourisme, secteur sur lequel les autorités comptent pour relancer l'économie. La route sera dure, même si l'espoir renaît.

—  Maurice CARREZ

La littérature

Même s'il est encore trop mal connu en France, le phénomène islandais – littéraire, notamment – est tellement extraordinaire que les spécialistes parlent volontiers de « miracle ». Ce pays à la population minuscule a su donner aux lettres européennes, dès le xiie siècle et presque sans discontinuer, l'une des plus remarquables littératures de l'Occident.

L'ère de la grandeur

Les Islandais n'ayant appris à écrire, aux divers sens du mot, qu'après la christianisation de leur île (999) et selon les enseignements de l'Église, il n'existe pas d'œuvre de leur main antérieure à 1100 approximativement. Et leurs premiers écrits accusent fortement l'influence de la littérature hagiographique, du style clérical dit style savant (lœrum stil), et d'une conception du monde orientée par l'augustinisme.

Pourtant, dès le commencement, la littérature islandaise présente trois caractères originaux : elle bénéficie, presque d'emblée, d'écrivains de génie qui mènent immédiatement certains genres, histoire et récit en prose en particulier, à un point de perfection ; elle est le fait d'auteurs qui, presque tous, ou bien descendent directement de Vikings célèbres (on se rappellera que, vers 1050, le phénomène viking a disparu) et, à ce titre, gardent quelque chose d'un esprit d'aventure, d'entreprise et d'ouverture, ou bien restent comme imprégnés d'une conception active, énergique, de la vie et du destin ; surtout, elle possède, selon toute probabilité, une tradition orale prodigieusement riche où se mêlent non seulement les souvenirs récents des actes prestigieux des ancêtres célèbres – Norvégiens, Danois et Irlandais en majorité –, mais encore les évocations de textes anciens, religieux ou profanes, nés dans toute la Scandinavie antérieurement au ixe siècle et, de plus, partiellement, les grandes traditions sacrées ou épiques du monde germanique.

Pendant deux siècles, toute l'Islande s'est mise à écrire sur tous les sujets en usage à l'époque et, en ce qui concerne les textes eddiques et scaldiques en particulier, il est presque impossible, dans la plupart des cas, de décider s'ils ont été fidèlement retranscrits selon une tradition orale bien vivante, ou s'ils ne l'ont que partiellement été, ou même s'ils ont purement été inventés à partir de réminiscences plus ou moins vagues. Néanmoins, pour la commodité de la présentation, on a l'habitude, après avoir fait droit au rôle éminent des deux initiateurs, Ari Þorgilsson inn frói et Saemundr Sigfússon inn frói, de distinguer dans la production de l'Islande médiévale quatre courants, probablement successifs, mais en fait souvent parallèles : l'eddique, le scaldique, le clérical et le (para-)historique.

De Saemundr inn frói (le Savant, le Sage ; 1056-1133), dont toute l'œuvre est perdue, on ne sait rien sinon qu'il écrivit en latin une chronique des rois de Norvège, qui a dû donner le ton et servir de modèle à l'historiographie islandaise. En revanche, on est mieux renseigné sur Ari inn frói (1067 ou 1068-1148), prêtre-chef (goi), qui composa, entre autres ouvrages, l'Íslendingabók (Livre des Islandais) dans lequel il raconte l'histoire de l'île, de la colonisation à ses jours, en passant par la christianisation. Par sa volonté de rigueur scientifique, étonnante pour l'époque, par sa façon d'utiliser ses sources et d'en faire la critique, surtout par son style, rapide sans sécheresse, il met au point le type d'écriture d'une littérature qui saura maintenir ses trois grandes qualités : l'objectivité, la précision, le dynamisme. Il se pourrait qu'Ari ait été aussi l'inventeur d'une œuvre unique en son genre dans la littérature mondiale, et qui connaîtra de nombreuses versions ou remaniements en Islande, le Livre de la colonisation qui relate l'installation des quatre cents premiers occupants de l'île, et dont dérive très certainement toute la littérature de sagas.

La poésie eddique

La découverte, au xviie siècle, d'un manuscrit datant du xiiie siècle, le Codex regius, dont le contenu est incontestablement bien antérieur, a confirmé l'existence, chez les Islandais, d'un grand nombre de traditions remontant au paganisme pangermanique. Ces textes, anonymes, divers par l'origine (Norvège et Islande surtout) et la date (échelonnés peut-être du viie au xiiie siècle), retracent dans des formes et des genres multiples, au fil de l'évolution disparate des techniques, toute l'histoire cosmogonique, mythologique, épique et héroïque de ce que l'on entend par le Nord. Documents irremplaçables, ils éclairent d'un jour décisif sa préhistoire, en même temps qu'ils la rattachent clairement au monde indo-européen sans négliger pour autant de vieilles traditions noroises, finnoises ou même chamanistes. Ils se groupent d'eux-mêmes en deux catégories : les poèmes mythologiques où se détachent l'extraordinaire Völuspá (Prédiction de la voyante) avec ses visions dantesques, les subtils Hávamál (Dits du Très-Haut) qui condensent la sagesse nordique ancienne, la troublante Skírnisför (Voyage de Skírnir), aux implications animistes, érotiques et magiques ; et les poèmes héroïques qui donnent la version nordique de l'histoire de Siegfried-Sigurᵭr, vainqueur du dragon, et de ses ancêtres : ici, c'est toute la Germania qui parle sur des thèmes, bien connus depuis Wagner. D'un art extrêmement concerté, écrits pour des Vikings, et donc exaltant des valeurs d'action et de triomphe sur le destin, baignant dans un halo magique assez fascinant, les poèmes de l'Edda constituent une remarquable collection de chefs-d'œuvre. S'y ajoute le curieux manuel composé vers 1230 par Snorri Sturluson, précisément pour rendre intelligibles certaines obscurités de ces textes, et que l'on appelle Edda de Snorri.

La poésie scaldique

Née en même temps sans doute que les textes les plus anciens du genre eddique, et qu'elle soit littérature magique, funéraire ou destinée à célébrer un grand de ce monde, la poésie scaldique semble spécifiquement scandinave. Encore qu'elle ait pu exister dès le vie siècle, elle n'est attestée pour la première fois qu'au ixe siècle avec l'œuvre du Norvégien Bragi le Vieux, auteur de la Ragnarsdrápa, description amoureuse d'un beau bouclier historié. Elle va connaître un prodigieux succès chez les Islandais, attirés sans doute par les prouesses techniques qu'elle exige. En effet, elle se sert d'un mètre particulier, le dróttkvaett aux multiples variantes, d'une complication qui égale les plus belles contorsions de nos grands rhétoriqueurs, et n'existe pas sans l'utilisation de procédés torturés dont le caractère commun est d'éviter à tout prix le terme propre et la phrase discursive, entre autres le heiti – sorte de synonyme – et la kenning, ou métaphore filée. Ce genre aura fleuri sans discontinuer jusqu'au xive siècle, faisant souvent partie intégrante des sagas, et il est difficile de dire dans quelle mesure les Islandais, de nos jours encore, échappent à sa fascination.

Il a trouvé un maître dès le xe siècle en la personne du Viking Egill Skallagrímsson (910 ?-990), auteur, entre autres chefs-d'œuvre, de l'inoubliable Sonatorrek (Perte irréparable des fils), où la douleur paternelle se trouve peu à peu sublimisée en extase poétique. Au siècle suivant, Kormákr Ögmundarson célèbre la belle Steingerᵭr en poèmes amoureux qui feront école, tandis que se lève toute une génération de poètes de cour que domine Sighvatr Þórᵭarson (995 ?-1045), chantre de saint Olaf, auteur de fort beaux poèmes savants comme les Austrfararvísur (Strophes sur un voyage à l'Est) et les Bersöglísvísur (Strophes à cœur ouvert). Nombreux seront les successeurs de Sighvatr – citons le Geisli (Le Rayon) d'Einarr Skúlason au xiie siècle, les essais de Snorri Sturluson et de ses neveux Sturla Þórᵭarson et Óláfr Hvítaskáld au xiiie siècle –, mais le genre dégénérera assez vite pour se réfugier dans de pures prouesses techniques comme le Háttalykill (c'est-à-dire Clavis metrica) de Hallr Þórarinsson et Rögnvaldr kali (xiie s.) ou le Háttatal (Dénombrement des mètres) de Snorri Sturluson (1222).

La littérature de clercs

Dès son implantation dans l'île, l'Église s'est appliquée à imposer ses sujets d'inspiration et son type d'écriture. Elle l'a fait avec souplesse, respectant à la fois le génie conteur des Islandais et des traditions dont ils vivaient encore, créant des écoles et formant des évêques conscients de l'originalité de leur peuple. Il s'ensuit qu'en poésie c'est sous l'influence des scaldes et des textes eddiques que naîtront des chefs-d'œuvre comme l'anonyme Sólarljó (Lai du soleil, vers 1200) ou, au xive siècle, le pathétique Lilja (Le Lys) écrit par le moine Eysteinn Ásgrímsson à la gloire de la Vierge Marie. En prose, les clercs s'intéressent très tôt aux sciences exactes, astronomie et mathématiques en particulier, à la grammaire, à la rhétorique et surtout à la jurisprudence : au Premier Traité grammatical (fin xiie s.) qui atteste un philologue au sens moderne du mot répond le surprenant Grágás (xiiie s.), recueil de lois et de coutumes qui reprend les codes norvégiens antérieurs. Surtout, à l'imitation des vitae latines, les Islandais se mettent à écrire la biographie, d'abord de leurs évêques (Byskupa sögur), puis de leurs ancêtres ou contemporains : de là vient la littérature de sagas, qui doit beaucoup également au genre historique qui avait débuté, on l'a vu, avec Ari et Saemundr. Ceux-ci avaient été rapidement imités, et l'on compte un nombre respectable de sagas consacrées aux deux rois norvégiens Óláfr Tryggvason et Óláfr Haraldsson le Saint. Mais en matière d'histoire, le maître incontesté est Snorri Sturluson (1179-1241), grand chef au destin mouvementé, qui fut aussi scalde. Sa Heimskringla (Orbe du monde), qui raconte la vie des rois de Norvège des origines mythiques à Magnús Erlingsson, laisse loin derrière tout ce que l'Europe a pu écrire en fait d'histoire à la même époque. On peut se demander pourquoi les Islandais, qui n'ont jamais voulu ni roi ni chef et qui n'ont jamais constitué de monarchie, se sont intéressés de la sorte aux rois danois ou norvégiens. Ce peut être, bien sûr, pour s'aligner sur des modèles latins ou grecs. Mais il est tentant de penser que ce type de chronique s'inscrit dans un culte archaïque – et resté vivant dans l'inconscient collectif – du « roi sacré », tel qu'on le trouve dans la civilisation.

Les sagas

Les sagas sont nées, vers la fin du xiie ou le début du xiiie siècle, des influences conjuguées de l'historiographie classique, des écrivains comme Salluste ou Lucain ayant été traduits en islandais très tôt, et de l'hagiographie médiévale, également en latin, l'une des toutes premières compilations à avoir vu le jour en Islande étant les Heilagra Manna sögur (Sagas des Saints Hommes) qui reprend les sources continentales connues. Leur origine reste très discutée : il paraît vraisemblable tout de même que, loin d'être la transcription fidèle de traditions orales, ce soient des œuvres éminemment littéraires, composées avec soin sur des modèles établis par des auteurs hautement conscients de leur art. Elles rapportent la vie et les aventures de héros ou de personnages mémorables, mythiques ou ayant réellement existé, dans un style lapidaire, rapide, concis jusqu'à l'obscurité parfois, attaché aux faits et aux actes, ennemi du pathos et de la digression, d'une force tragique ou d'un humour froid admirables ; elles peuvent se hisser sans effort apparent au mode épique ou dramatique. Détail remarquable : elles ne donnent jamais dans le registre lyrique.

Elle se répartissent assez naturellement en cinq catégories, selon leur sujet. Les plus anciennes sont les sagas royales (konungasögur) consacrées aux grands rois de Danemark (Knytlinga saga) ou de Norvège (toute une série de textes sur saint Óláfr Haraldsson, dont le joyau est la Saga de saint Óláfr, de Snorri Sturluson, dans sa Heimskringla), sans compter des textes certainement anciens, comme la Saga des Vikings de Jómsborg (Jómsvíkinga saga) ou celle des jarls des Orcades (Orkneyinga saga). Assez directement imitées, pour la structure d'ensemble et les thèmes, de l'hagiographie médiévale, elles ont suscité un chef-d'œuvre, la Heimskringla, de Snorri Sturluson, collection de seize sagas qui retracent l'histoire des rois de Norvège depuis les origines mythiques (Ynglinga saga) jusqu'au début du xiiie siècle, où elles sont relayées par la Saga de Sverrir, de l'abbé Karl Jónsson. Ce sont des documents de premier ordre, qui valent en outre pour un art de dire et une science de la composition sans grands équivalents au Moyen Âge européen.

Viennent ensuite les sagas dites de contemporains (samtíarsögur), ainsi appelées parce que leurs auteurs, qui font la chronique des événements islandais entre le début du xiie siècle et la fin du xiiie, ont été contemporains des faits qu'ils relatent ou ont consulté des témoins. On compte dans cette catégorie, qui a vu le jour au cours du xiiie siècle, deux collections : celle des Sagas des Évêques (Byskupa sögur) islandais, et celle de la Saga des descendants de Sturla (Sturlunga saga), qui rassemble en fait une bonne douzaine de textes dont le chef-d'œuvre est la Saga des Islandais (Íslendinga saga), de Sturla Þórᵭarson, neveu de Snorri Sturluson. Ce sont des œuvres vivantes, d'une bonne qualité historique et qui, surtout, nous renseignent admirablement sur la mentalité et la vie quotidienne des Islandais de ce temps.

Datent de la même époque les sagas dites de familles ou, plus justement, des Islandais (Íslendingasögur). Les auteurs, presque tous anonymes, retracent les hauts faits des colonisateurs de l'île et de leurs premiers descendants, qui vivaient donc aux ixe et xe siècles. Cette catégorie contient tous les grands fleurons du genre des sagas en général. Elles peuvent être réalistes et sauvages comme Egils saga Skallagrímssonar (qui est peut-être de Snorri Sturluson), truculentes et baignées de paganisme nordique comme Eyrbyggja saga (La Saga de Snorri le godi), romantiques comme Gísla saga Súrssonar, chevaleresques comme Laxdoela saga, démesurées et fatidiques comme Grettis saga, classiques comme Hrafnkels saga Freysgoa. L'ensemble est dominé par Brennnu-Njáls saga, la Saga de Njáll le Brûlé, un des chefs-d'œuvre de la littérature européenne au Moyen Âge.

Restent les sagas légendaires (fornaldarsögur), rédigées sans doute à partir de la fin du xiiie siècle, sur des thèmes légendaires pangermaniques, scandinaves ou même étrangers. Elles ne se déroulent plus en Islande, et font appel au fantastique ou à l'invraisemblable, registres que les précédentes catégories s'interdisaient. Certaines, comme Völsunga saga, dédoublent le cycle des poèmes héroïques de l'Edda, d'autres, comme Hervarar saga ok Heireks konungs, se font l'écho de lointaines réminiscences qui remontent à l'âge des migrations, celle d'Oddr l'Archer (Örvar-Odds saga) accueillant tout le trésor de mythes, légendes et « dits » que véhiculait le Moyen Âge.

Quant aux dernières venues, les sagas de chevaliers (riddarasögur), ce sont des traductions ou adaptations, faites en général sur l'incitation des souverains norvégiens qui voulaient mettre leur cour à l'heure européenne, comme Hákon Hákonarson et ses successeurs, de romans de Chrétien de Troyes (Parcevals saga), de chansons de geste (Karlamagnúss saga), de romans arthuriens (Breta sögur, c'est-à-dire Sagas des « Bretons ») ou du cycle d'Alexandre (Alexanders Saga, qui est due à un évêque). Il convient de préciser que ces grands textes, souvent longs, existent aussi sous une forme brève qui a même pu, selon certains commentateurs, être à l'origine du genre tout entier. Il s'agit des Þættir (sg. Þáttr), ce que notre Moyen Âge aurait appelé « dits », sagas-miniatures de quelques pages au maximum, qui constituent une parfaite introduction à la connaissance du genre, dont ils possèdent toutes les qualités.

À partir du xive siècle et sous l'influence, d'une part, de cette dernière catégorie de sagas, d'autre part, de divertissements populaires anciens où intervenaient satire, érotique et danse, les dansar, l'Islande développe une nouvelle forme originale de littérature, les rímur, sortes de romans mesurés ou de ballades aux mètres fixes, fort savants eux aussi : la poésie scaldique se survit également dans ce genre, qui a produit de nombreux chefs-d'œuvre comme Skía ríma ou le Poème de Tristan.

Les ouvertures successives (du XVIe s. à 1918)

Diverses causes, et en particulier la perte de l'indépendance (1264), puis les calamités naturelles et l'isolement vont précipiter la décadence des lettres islandaises. Elles végètent tant bien que mal pendant quelques siècles.

La Réforme entraîne bien quelques traductions intéressantes de la Bible, celle, partielle, d'Oddur Gottskálksson, vers 1540, celle, intégrale, de l'évêque Guᵭbrandur Þorláksson en 1584, en particulier. Mais une véritable renaissance ne se dessine qu'au xviie siècle. Sous l'impulsion d'Arngrímur Jónsson le Savant (1568-1648), les Islandais reprennent goût à l'étude. Il écrit sa Crymogaea (1609) qui inaugure la reprise des études historiques en Islande. Désormais, fait caractéristique, la plupart des grands écrivains de l'île mèneront parallèlement deux activités : l'une, proprement littéraire, l'autre, plus scientifique et attachée à l'étude des antiquités islandaises. Arngrímur aura un successeur en la personne d'Árni Magnússon (1663-1730) qui a rassemblé, sa vie durant, la prodigieuse collection des manuscrits islandais anciens sans laquelle on ignorerait l'existence des chefs-d'œuvre du Moyen Âge.

À partir de 1550, d'ailleurs, et pour deux siècles, la littérature de rímur avait retrouvé un second souffle, tandis que les anciennes dansar revivaient sous la forme des vikivakar, sortes de ballades populaires qui connurent un succès considérable : la plupart des poètes s'essayèrent à l'un et à l'autre exercice. Mais ils s'effacent devant l'imposante figure de Hallgrímur Pétursson (1614-1674), auteur fécond dont le chef-d'œuvre, les Pássíusálmar (Cantiques de la Passion), atteint à une pathétique grandeur, et devant celle, plus profane, de Stefán Ólafsson (1620-1688) dont les Kvoei (Poèmes) évoquent Rabelais par leur verdeur et leur humeur satirique. On retiendra encore Jón Þorkelsson Vídalín (1666-1720), savant austère dont les Húspostilla (Sermons) sont gâtés par une enflure rhétorique qu'une nature passionnée et un penchant prononcé au sarcasme lui font heureusement oublier de temps à autre.

L'Islande se rouvre aux influences étrangères, anglaises et françaises surtout, à compter de 1750 et jusqu'à 1830. L'ère des Lumières provoque un courant rationaliste et utilitaire dont le grand représentant est Eggert Ólafsson (1726-1768), poète et géographe. On peut oublier ses Poèmes (1832), mais son Voyage à travers l'Islande (Reise igjennem Island, 1772), écrit en danois et traduit presque aussitôt en plusieurs langues dont la française, reste par son pittoresque et sa verve un monument de l'esprit national.

Vers 1830, le romantisme atteint l'Islande : il trouvait dans le passé glorieux de l'île des sagas un merveilleux sujet d'exploitation. Les influences allemandes et danoises aidant, une véritable frénésie de résurrection du passé s'empare des écrivains. Le lyrisme connaît une floraison d'œuvres sans précédent, tandis qu'une étude scientifique, méthodique, des trésors d'autrefois, est entreprise par quelques savants infatigables qui n'hésitent pas à s'exiler, comme Guᵭbrandur Vigfússon ou Eirikur Magnússon, pour faire connaître le patrimoine culturel islandais. Bjarni Vigfússon Thorarensen (1786-1841) et Jónas Hallgrimsson (1807-1845) sont des poètes féconds tandis que Jón Þórᵭarson Thoroddsen (1818-1868) crée le roman islandais moderne avec Piltur og stúlka (Garçon et fille, 1850). Grímur Thomsen (1820-1896), poète et traducteur, retrouve dans ses poèmes le ton des temps anciens, et Benedikt Sveinbjarnarson Gröndal (1826-1907), dont on apprécie encore les poèmes, reste avant tout l'auteur d'une excellente satire, Heljarslóarorusta (La Bataille sur les champs d'enfer), où il tourne en ridicule la « victoire » de Napoléon III à Solferino. Fait intéressant : désormais, presque tous les écrivains islandais, et ce jusqu'à nos jours, se feront un devoir d'adjoindre à leurs écrits de fiction et à leur études scientifiques des traductions d'auteurs étrangers, anciens ou modernes. C'est ainsi que, comme presque tous ses prédécesseurs, Steingrímur Thorsteinsson (1831-1913) mène de front une féconde activité poétique dans le goût romantique pour la nature et le passé national, et une œuvre de traduction et d'étude. Le plus grand nom de cette période est certainement celui de Matthias Jochumsson (1835-1920). Poète de talent, essayiste et mémorialiste, il eut en outre le mérite de doter son pays d'un répertoire dramatique (Skugga-Sveinn, 1864 ; Jón Arason, 1900) où les ombres de Shakespeare et d'Ibsen se mêlent à celles des héros d'autrefois.

Vers 1874, date du premier pas fait par l'Islande sur la voie de l'indépendance, se dessine tout un faisceau de tendances contradictoires. L'évolution politique, économique, et la naissance de quelques villes, conjuguées aux influences venues d'Angleterre, d'Amérique où commence à se développer un fort courant d'immigration islandaise, de France et du Danemark (Georg Brandes surtout), déterminent un courant réaliste puissant aux colorations politiques prononcées (nationalistes en particulier). Les représentants les plus notables en sont Gestur Pálsson (1852-1891), romancier et auteur de nouvelles acides, Þorsteinn Erlingsson (1858-1914), auteur de poèmes d'une grande perfection formelle, Einar Hjörleifsson Kvaran (1859-1938), romancier dans la manière de Henry James, et Hannes Hafstein (1861-1922), poète puissant qui a célébré son pays, la vie, l'amour et la poésie. Mais, presque parallèlement, apparaît une tendance à l'idéalisme, sinon au mysticisme, bientôt accueillante à la leçon du symbolisme français, voire à celle de la décadence. De cette évolution témoigne au moins un écrivain de premier plan, Einar Benediktsson (1864-1940).

Le XXe siècle

Pendant plusieurs siècles, tous les écrivains islandais sont restés assez fidèles à deux impératifs : respecter le legs culturel du Moyen Âge, défendre farouchement un nationalisme ardent qu'exaspéraient les circonstances. À partir de 1918, l'excellence des antiquités nationales est unanimement reconnue, au moins dans les pays germaniques et anglo-saxons, tandis que l'autonomie reconquise fait perdre au nationalisme son caractère polémique. Un problème nouveau se trouve posé : qui doit l'emporter d'un traditionalisme si ferme ou d'un modernisme résolu ?

Suivant l'exemple donné au théâtre par Jóhann Sigurjónsson (1880-1919), auteur de deux chefs-d'œuvre dramatiques, Eyvindur-des-Monts, d'un romantisme flamboyant, et le ténébreux Galdr-Loftur (Loftur le sorcier), quantité d'écrivains de tous ordres ont essayé de secouer le vénérable joug du fond comme de la forme. Le plus célèbre est Halldór Kiljan Laxness (1902-1998), qui soutient la comparaison avec les plus grands noms du Moyen Âge islandais aussi bien qu'avec les meilleurs écrivains européens du xxe siècle. Prix Nobel de littérature en 1955, il montre un tempérament puissant et contradictoire, ce que manifeste son évolution : du catholicisme au marxisme, puis à la mystique orientale ; de la rage iconoclaste dadaïste à un retour pondéré aux sources toujours vives du passé, il finira par se retrouver... islandais, en chantant dans des chefs-d'œuvre romanesques comme La Cloche d'Islande (1943-1946) ou Gens indépendants (1935) la formidable énergie de ses compatriotes pendant six siècles. Il tient notamment de ses ancêtres un sens magique du réel qui n'existe pas autrement que métamorphosé, doté d'une dimension occulte uniquement sensible aux poètes. Avec lui, Þorbergur Þórᵭarson (1889-1974) défend le socialisme, tendance qui est à l'origine du mouvement des poètes dits « atomiques » qui s'efforcent, sous des influences diverses, les surréalistes français surtout, de faire de la poésie chose explosive en rompant complètement avec les anciennes façons de dire. Ils reconnaissent pour aîné Jóhannes úr Kötlum (1899-1972), au caractère révolutionnaire. Les poètes « atomiques » entendaient désintégrer le fond et la forme de la tradition, manière de scandale dans un pays où le respect du passé était une sorte de dogme. Il est juste de dire qu'ils auront renouvelé à peu près complètement le genre dans tout le Nord, rencontrant dans le reste de la Scandinavie, et presque tout de suite, un étonnant succès. Les « atomiques » sont certainement, avec les « absurdistes » danois, et les « prolétaires » suédois, ce que le Nord aura apporté de plus attachant aux lettres européennes du xxe siècle. Les « atomiques » islandais avaient eu un extraordinaire précurseur en la personne de Steinn Steinarr (pseudonyme d'Aᵭalsteinn Kristmundsson, 1908-1958) dont Le Temps et l'Eau alliait un nihilisme féroce à une transfiguration magique des apparences. Derrière lui, il faut citer le chef de file, Einar Bragi (1921-2005, Étangs clairs), le subtil et tendre Jón Óskar (1923-1999, La Nuit sur nos épaules), si proche souvent de notre Paul Eluard, le laconique Stefán Hörᵭur Grímsson (1920-2002, Danse des elfes noirs) ou encore dans leur sillage, Sigurᵭur Pálsson (1948, Poèmes des hommes et du sel) : l'intérêt majeur de ce mouvement est d'avoir retrouvé les grands secrets de fabrication de la poésie scaldique tout en faisant droit aux thèmes majeurs de l'inspiration moderne, notamment en matière politique et sociale. Il faut ajouter que ce renouveau avait été permis par une revue d'avant-garde de haut vol, Birtingur (1958-1963), qu'aura animée, entre autres, un très grand romancier, poète également, Thór Vilhjálmsson (1925-2011), auteur de remarquables romans-documents comme La mousse grise brûle ou Comptine matinale dans les brins d'herbe. Mais la vieille veine traditionnelle n'a jamais cessé de nourrir de beaux talents d'écrivains ; tels Sigurᵭur Nordal (1886-1974), Einar Ól. Sveinsson (1899-1980), Jón Helgason (1899-1983) ou le poète Tómas Guᵭmundsson (1901-1983). On n'oubliera pas, enfin, que sont Islandais deux grands romanciers qui ont composé en danois la majeure partie de leur œuvre, Guᵭmundur Jónsson Kamban (1888-1945) et Gunnar Gunnarsson (1889-1975).

Les toutes dernières décennies ont poursuivi la valse-hésitation entre respect de la tradition et volonté de rester aux écoutes du modernisme. Pourtant, l'actualité a bouleversé le paysage mental. L'Islande a recouvré définitivement son indépendance en 1948. Elle s'est américanisée, et c'est à présent un pays riche qui s'entend admirablement à exploiter ses ressources tant naturelles que touristiques. La politique, qui avait suscité tant d'œuvres militantes, a laissé progressivement place à une littérature plus symbolique ou suggestive, tandis que perdure le sens de la narration qu'ont dicté les sagas médiévales. Le lyrisme garde ses droits avec Hannes Pétursson (né en 1931) – Trente-Six Poèmes, 1983 – ou Sigurjón B. Sigurᵭsson (né en 1940, pseudonyme Sjón), voire l'ex-« atomique » Stefán Hörᵭur Grímsson (né en 1920) – Lien, 1987 – ou encore Sigfús Daᵭason (1928-2000), poète d'une rare délicatesse, attaché à traduire en termes subtils les mouvements les plus ténus de sa sensibilité – Contours au-delà du souvenir, 1987. Le temps présent est à l'arrière-plan de quelques grandes œuvres centrées sur Reykjavík. Ainsi de la trilogie romanesque d'Einar Kárason (né en 1955) – L'Île d'or, 1985, en est le sommet – ou de Battements d'ailes au bord du toit (1983) d'Einar Már Guᵭmundsson (né en 1954), le genre étant dominé par la verve mi-sarcastique, mi-épique de Guᵭbergur Bergsson (né en 1932) – Quête du beau pays, 1985 – et par l'art feutré de Pétur Gunnarsson (né en 1947) – Voilà toute l'histoire, 1985. Ajoutons les romans, trop modernistes pour un Islandais féru de respect de la forme et de sa langue, de Hallgrímur Pétursson (né en 1960), comme 101 Reykjavik, tout de suite adapté au cinéma. Bien entendu, ici comme ailleurs dans le Nord, les femmes cherchent à s'imposer, avec Svava Jakobsdóttir (1930-2005) qui passe d'un récit à la Camus, Le Locataire (1969), à des textes kafkaïens (Contes pour les enfants, 1973), puis à une exaltation de la vie en poésie qui est aussi une superbe variation sur le motif de l'« invention » de la poésie par le dieu Odinn, inscrite dans un cadre moderniste et, bien entendu, féministe, mais sans connotations politico-sociales fracassantes : c'est la Femme en tant que source de vie et donc de poésie vivifiante qui intéresse cet auteur (La Saga de Gunnlö, 1987). Citons encore Álfrún Gunnlaugsdóttir (née en 1938) avec Errances (1987). De cette intense activité littéraire se détachent également les noms de Þórarinn Eldjárn (né en 1949) avec ses poèmes et ses récits dans le goût légendaire (Tête en miettes, 1985), et de Sigurᵭur Pálsson (née en 1948), qui oppose ses recueils de poèmes à toutes les tentations de l'histoire et de l'esprit.

Au plus loin du réalisme

L'Islande littéraire dont la fécondité a quelque chose de surprenant a entrepris maintenant de liquider le contentieux durable qu'elle a contracté vis-à-vis de la grande figure de Halldór Laxness (1902-1998), Prix Nobel dont il est juste de dire qu'il aura bouleversé les habitudes de son pays et lui aura ouvert toutes grandes les portes de la modernité. Il aura également rendu des lettres de noblesse au genre narratif. Cela peut suffire à justifier la manière d'effervescence qui s'est emparée des écrivains de son pays, au point qu'il serait vain de citer ici tant de noms dont beaucoup seraient mondialement connus s'ils n'avaient écrit... en islandais, encore qu'ils bénéficient de plus en plus de traductions dans les langues réputées « de culture ».

L'impact du mouvement dit des « poètes atomiques » a été considérable et a contribué puissamment à secouer le joug contraignant des règles formelles. Pour les romanciers, ils sont tout de même demeurés assez fidèles à une tradition conteuse immémoriale. Ainsi, Oláfur Joh. Sigursson (1926) exalte « l'élan vital » dans un petit chef-d'œuvre comme Le Nid (1972), Elias Már Gumundsson (1924) chante les êtres jeunes dans un monde de déracinés, voyez Histoire de Sóley ou surtout Les Anges de l'univers (1954), tandis qu'Indriᵭi Thorsteinsson (1926) médite dans Au nord de la guerre (1971) sur le problème désormais fondamental des Islandais, le déracinement qui résulte d'un vaste exil rural entraînant le développement monstrueux, à cette échelle, de Reykjavík.

1968 a, bien entendu, comme partout ailleurs dans le nord, suscité de belles recherches liées à un nouvel humanisme, socialisme et féminisme tenant le haut du pavé. On notera, toutefois, qu'un Islandais n'est pas capable d'un réalisme froid ou plat : il évolue sans cesse entre deux mondes, le sensoriel et l'imaginaire, car tout est hanté pour ces imaginations fiévreuses. Discernons trois tendances : la moderniste représentée par les satires sociales, au théâtre, de Jökull Jakobsson (1933-1978 : Ris donc, Madeleine, ris donc !), la satirique pour ceux qui, comme Gubergur Bergsson (Le Cygne) fustigent la laideur de notre société et se mettent en quête d'un merveilleux qui nous sauverait si nous savions le voir, ou comme Svava Jakobsdóttir (1930-2005) auteur d'un extraordinaire roman, La Saga de Gunnlö (1987) où elle revitalise le mythe qui remet en vigueur le thème de la naissance de la poésie sous les auspices d'une déesse. Depuis la disparition de Laxness, la place d'honneur revient sans conteste à Thór Vilhjálmsson, le maître incontesté de cette littérature, dont l'œuvre multiple et toujours animée d'un souffle poétique sans égal, mériterait certainement plus qu'une notoriété cantonnée dans le nord. Ses derniers ouvrages se situent dans une ligne que ne désavouent pas ses compatriotes : il retourne aux sources de la grande histoire nationale et remet en scène de très grands poètes comme Einarr Benediktsson (La mousse grise brûle, 1986) ou la prestigieuse histoire des Sturlungar, au xiiie siècle, dans Comptine matinale dans les brins d'herbe (1998) : son angoisse de vivre dans un monde apocalyptique est compensée par le culte souverain de la vie qu'il professe.

Se produit ensuite une sorte de répit qui tient aux succès de la social-démocratie, à la promotion de la société de bien-être, et aussi à une assimilation sans outrance des enseignements du marxisme et du freudisme. C'est alors le temps de bons romanciers comme Pétur Gunnarsson (né en 1947, Point, point, virgule, tiret, 1976), de poètes de haut vol, tel Sigurur Pálsson, auteur de toute une série de méditations sur l'opposition entre être humain et environnement, ou surtout Einar Kárason (1955) très grand narrateur (L'Île du diable, 1998) et, en plus intime, Steinunn Sigurᵭardóttir (1950) qui s'entend admirablement à mêler prose et poésie dans de petits bijoux comme Le Voleur de vie (1985), Princesse pomme de Terre (1987), sans parler de Thórarinn Eldjárn (1949). Sa Tête en miettes (1996) est une réussite, sur fond de réminiscences classiques.

Il est clair que les inspirations actuelles sont prises entre révolte et un culte de la tradition qui a toujours été très fort en Islande. Un Hallgrímur Helgason (né en 1950) règle ses comptes, avec violence, dans 101 Reykjavik, (1996), mais un Gumundur Andri Thorsson (né en 1957) parodie avec bonheur les récits fantastiques de voyages en Islande au xixe siècle, dans Voyage en Islande (1996). Il faut placer un peu à part Mikael Torfason (né en 1974) fustigeant le politiquement correct dans Le Père le plus stupide du monde (2002) ou Sjón et son Avec une larme tremblante (1902) qui mêle allègrement le Golem, la franc-maçonnerie, la mystique, la philatélie et les conjurations magiques, tout à fait dans le droit fil des grands textes médiévaux. On n'aurait garde d'oublier, d'une part, que comme toute la Scandinavie, l'Islande excelle dans le genre du livre pour enfants et que, d'autre part, elle développe un roman policier fort original dont le meilleur représentant est Arnaldur Indriᵭason (La Femme en vert, 2001). En fait, ce pays, qui se signale aussi bien par la richesse de sa littérature que par la curiosité et le nombre de ses lecteurs, sent bien qu'il est pris entre les deux grandes tendances qui se partagent notre monde : américanisme (particulièrement fort à Reykjavik) et fidélité aux grands chefs-d'œuvre du passé. Cela nous vaut un microcosme tout à fait passionnant à étudier.

—  Régis BOYER

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Écrit par :

  • : professeur émérite (langues, littératures et civilisation scandinaves) à l'université de Paris-IV-Sorbonne
  • : maître de conférences à l'université de Caen
  • : professeur des Universités à l'Institut de physique du globe de Paris, volcanologue
  • : professeur à l'université de Lille-III
  • : ancien élève de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm et de l'Institut national des langues et civilisations orientales, professeur d'histoire contemporaine à l'institut des hautes études européennes de l'université de Strasbourg

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  •  • 1 média

Fissure volcanique de 20 kilomètres de long située en Islande, exemple type de l'activité volcanique fissurale : au cours de l'éruption la plus marquante du volcan Laki, en 1783, la lave s'épanche durant sept mois, recouvrant une superficie de 565 kilomètres […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/laki/#i_16864

POINTS CHAUDS, géophysique

  • Écrit par 
  • Cinzia FARNETANI
  •  • 2 445 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Volcanisme des panaches et conséquences sur l'environnement »  : […] soient les plus actifs de la Terre, les éruptions effusives de laves basaltiques n'ont pas un effet significatif sur l'environnement. En revanche, en Islande, là où la dorsale océanique croise un point chaud, l'activité volcanique peut être explosive : en 1783, l'éruption du volcan Laki a émis dans la haute atmosphère de grandes quantités de […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/points-chauds-geophysique/#i_16864

REYKJAVIK

  • Écrit par 
  • Estelle DUCOM
  •  • 783 mots

Située dans le sud-ouest de l’Islande, dans la baie de Faxaflói, à 250 kilomètres du cercle polaire arctique, Reykjavik est la plus nordique des capitales. Elle bénéficie d'un climat subpolaire océanique. La température annuelle moyenne y est de 4,5 0C, en raison de l’influence de la dérive nord-atlantique, un courant chaud […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/reykjavik/#i_16864

SCANDINAVIE

  • Écrit par 
  • Martin Edvard BLINDHEIM, 
  • Régis BOYER, 
  • Georges CHABOT, 
  • Lucien MUSSET, 
  • Nicole PÉRIN, 
  • Jean-Michel QUENARDEL
  •  • 22 098 mots
  •  • 11 médias

Dans le chapitre « La solidarité nordique »  : […] Une place à part devrait être réservée à l'Islande, qui, séparée du Danemark en plusieurs étapes depuis 1918, représente le quatrième État scandinave. Cette île volcanique, en effet, est située au milieu de l'Atlantique nord, à quelque 800 kilomètres de la terre européenne la plus […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/scandinavie/#i_16864

VOLCANISME ET VOLCANOLOGIE

  • Écrit par 
  • Roger COQUE, 
  • Jean-François LÉNAT, 
  • Haroun TAZIEFF, 
  • Jacques VARET
  •  • 14 528 mots
  •  • 38 médias

Laki, en Islande, entraîna la mort de plus de 10 000 personnes par ses flots de lave et ses projections de cendres, qui couvrirent l'ensemble de l'île et engendrèrent des famines suivies d'épidémies. En 1792, l'éruption de l'Unzendake, au Japon, ensevelit 10 000 victimes sous les « lahars » (torrents de boue) qu' […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/volcanisme-et-volcanologie/#i_16864

Voir aussi

Pour citer l’article

Régis BOYER, Lucien MUSSET, Édouard KAMINSKI, Claude NORDMANN, Maurice CARREZ, « ISLANDE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 novembre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/islande/