ARCTIQUE (géopolitique)

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Des perspectives énergétiques prometteuses

Lorsqu'ils ont pris possession, de façon plus formelle qu'effective, des territoires arctiques, les grands pays riverains n'avaient pas conscience des richesses qu'ils pourraient y trouver. Il suffit de rappeler le mépris affiché par Voltaire pour les terres du Canada français, qu'il qualifiait de « quelques arpents de neige ». En dehors de la chasse de mammifères marins et d'un peu de pêche, activités pratiquées depuis longtemps sous ces latitudes, ce n’est qu’après de longues années de campagnes d'explorations géologiques que furent localisés des gisements de minerais très variés, précieux ou non.

Arctique : géo-économie

Dessin : Arctique : géo-économie

Principales ressources minières et énergétiques et routes maritimes arctiques (conception : F. Carré et F. Bonnaud). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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L'inventaire de ces ressources minières est sans doute encore incomplet aujourd'hui, mais la majeure partie a pourtant été découverte, du moins à terre. Cependant, les coûts d'exploitation se sont souvent révélés prohibitifs, en raison de la présence du pergélisol, de l'absence d'eau à l'état liquide, de l'éloignement des centres industriels et d'une évacuation des productions nécessairement saisonnière, de sorte que les industries extractives ont un caractère ponctuel et temporaire, à quelques exceptions près. Selon les cours mondiaux des matières premières, on ouvre ou on ferme des mines.

Ce sont les économies les moins sensibles au critère de la rentabilité, celle de l'URSS en particulier, qui se sont le plus engagées dans la mise en valeur de ces régions. Ainsi les Soviétiques ont édifié, à partir de 1935, un énorme complexe métallurgique pour exploiter le gisement polymétallique (cuivre, platine, nickel...) de Norilsk et fait surgir une agglomération de plus de 250 000 habitants à 300 kilomètres au nord du cercle polaire, à proximité de l'embouchure de l'Enisej (Ienisseï).

Mais ce sont plutôt les ressources énergétiques qui retiennent aujourd'hui l'attention et sont même susceptibles de faire naître des tensions entre les pays riverains.

Des gisements de houille, les premiers recherchés, ont été repérés dès le xixe siècle en maints endroits, mais les coûts d'extraction et les difficultés de l'évacuation du charbon par voie maritime ou continentale ont été souvent dissuasifs. Aussi n'y a-t-il eu exploitation de grande envergure qu'en Russie/URSS et surtout dans sa partie européenne, dans le bassin de la Pečora (Petchora) jusqu'au rivage de la mer de Barents. En comparaison, la production russe de houille au Spitsberg est anecdotique, car son intérêt est ici plus politique qu'économique, puisque pour une production négligeable elle autorise, au titre du traité de 1920, la présence russe dans cet archipel norvégien.

Les potentialités de l'Arctique en énergie hydroélectrique sont grandes, mais là encore le coût des installations en milieu polaire et les distances à parcourir pour atteindre les centres consommateurs, sauf présence de quelques industries locales, ont fait obstacle aux équipements. Citons cependant, à la bordure de l'Arctique, les énormes installations de la baie James au Québec, celles de la Norvège, de la péninsule de Kola ou du bas Enisej.

Les perspectives énergétiques les plus prometteuses de l'Arctique reposent désormais sur les hydrocarbures, notamment sur le gaz, puisqu'on estime que la région recèlerait de 20 à 25 % des ressources mondiales non encore découvertes. Les recherches portent sur la périphérie de l'océan Arctique, en mer et sur terre, si bien que de nombreux champs ont été identifiés sans être encore précisément délimités, mais l'exploitation n'est engagée qu'en quelques endroits. En Alaska septentrional, dans la région de Prudhoe Bay, du pétrole est extrait depuis les années 1970, lorsque fut mis en service l'oléoduc transalaskien qui aboutit à Port Valdez, sur la côte du Pacifique. En Russie d'Europe, deux secteurs sont productifs, celui de la Pečora, celui de la basse vallée de l'Ob et de la péninsule de Jamal, riche en pétrole et en gaz. Grâce à des gazoducs et oléoducs, ces champs ravitaillent l'ouest du pays et l'Europe occidentale. Depuis 2001, les Russes ont mis en exploitation un gisement en Iakoutie, dont le pétrole est évacué par le port de Tiksi et la route maritime du Nord. Enfin, à la limite des mers de Norvège et de Barents, une zone de production a été ouverte en 2007 par les Norvégiens sur le champ de gaz de Snøhvit. Pour cela, la première usine de liquéfaction du gaz dans l'Arctique a été construite près d'Hammerfest, [...]

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Arctique : situation politique

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Écrit par :

  • : professeur de géographie de la mer à l'université de Paris-Sorbonne

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François CARRÉ, « ARCTIQUE (géopolitique) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/arctique/