BERBÈRES

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L'aire historique des Berbères couvre toute l'Afrique du Nord, de l'Égypte à l'Atlantique, de la Méditerranée aux régions saharo-sahéliennes. Mais l'Algérie et le Maroc sont les pays où la présence berbère est la plus marquée et ceux où la « question berbère » se pose avec le plus d'acuité. Si les Romains les appelaient Mauri, qui donnera Maures en français, le terme Berbères est probablement un exonyme dérivé du grec Βάρβαροι et du latin Barbari, repris par les Arabes avec le même sens péjoratif initial d'« étrangers à la civilisation ».

Espace immense composé de régions géographiques très différenciées, le monde berbère est divers sur le plan des modes de vie traditionnels, des densités humaines, des cultures matérielles et des insertions géopolitiques. Cette diversité est accentuée par la fragmentation des Berbères depuis l'arabisation partielle de l'Afrique du Nord. La langue et ses expressions littéraires constituent le principal lien entre les composantes de ce monde éclaté.

Civilisation

Dominations étrangères et résistances

La question de l'origine des Berbères a fait couler beaucoup d'encre. Les auteurs grecs et latins, puis arabes et européens ont avancé les légendes les plus fantaisistes à ce sujet : origine perse, mède, cananéenne, yéménite, ibérique, celtique, germanique, grecque... La motivation idéologique de ces thèses est évidente : chaque conquérant a fait venir les Berbères d'ailleurs pour légitimer sa propre présence et sa domination en Afrique du Nord. Dans le champ scientifique, l'origine moyen-orientale a longtemps prévalu, cette région étant considérée comme le berceau du monde méditerranéen. Les tenants d'une origine africaine sont nombreux aussi et ont proposé des localisations primitives en Afrique centrale ou orientale. Mais il n'y a aucun indice positif d'un mouvement d'est en ouest ou du sud - sud-est vers le nord - nord-ouest qui pourrait conforter l'une ou l'autre de ces thèses. Au contraire, les données préhistoriques et linguistiques établissent l'ancienneté et la continuité du peuplement et de la langue berbères dans leur aire d'extension. Les Berbères ont des racines anciennes en Afrique du Nord et il est raisonnable de les considérer comme les « autochtones » de l'Afrique du Nord, avec tout ce que peut avoir de relatif cette notion.

L'histoire des Berbères apparaît comme une succession d'invasions et de dominations étrangères : celle des Phéniciens et de leurs successeurs, les Puniques, de la fin du IIe millénaire avant J.-C. jusqu'à la destruction de Carthage (– 146), celle de Rome (– 146 à + 439), celle des Vandales (439 à 533), des Byzantins (533 à 647), des Arabes qui apportent l'islam (la conquête est achevée au début du viiie siècle), celles des Turcs Ottomans (début du xvie siècle), enfin celle des puissances coloniales européennes à partir du xixe siècle. Depuis longtemps, les Berbères semblent avoir été un peuple « aux marges de l'histoire », dominé et marginalisé par les conquérants successifs. Pourtant, contrairement à bien d'autres peuples de la périphérie méditerranéenne, ils ont survécu jusqu'à nos jours. Leur société, leur culture et leur territoire recelaient sans doute des capacités de résistance exceptionnelles.

À leur apogée, les royaumes berbères antiques (iie siècle avant J.-C. : dynasties numides et maures), subissent déjà la suprématie de Carthage. Avec l'annexion progressive par Rome (à partir de – 40), l'Afrique du Nord entre dans le giron latin pour plus de cinq siècles. L'occupation romaine a accentué le processus de refoulement aux marges des populations indigènes fidèles à leurs modes de vie. Le phénomène est net pour les périodes tardives où l'effondrement du pouvoir romain s'accompagne d'un retour de la « berbérité » jusque-là réfugiée dans les zones montagneuses et présahariennes. Ainsi, Masuna, un prince de la région de Tlemcen peut se proclamer au début du vie siècle : rex gentium romanorum et maurorum : roi des Romains et des Maures.

Après une longue résistance au viie siècle, conduite notamment par Koceila et la Kahina, la conquête arabe fait basculer l'Afrique du Nord dans l'orbite arabo-musulmane. L'islam s'impose, mais en prenant souvent la forme d'hérésies locales ou de courants sectaires (comme le kharidjisme), dans lesquels on a vu des résistances indigènes à la suprématie arabe. L'arabe se diffuse dans les villes et remplace le latin en tant que langue des élites et des cités. Plus tard, après l'arrivée de nomades arabes (invasions hilaliennes) venus du Moyen-Orient au xie siècle, l'arabe va concurrencer le berbère en milieu rural, dans les zones de plaines, de hautes plaines et de piedmonts sahariens, favorables à l'installation de ces éleveurs nomades. En cinq siècles, les progrès de l'arabisation sont tels que le berbère est éliminé dans de larges zones du Maghreb.

Principaux traits traditionnels

Il est difficile de caractériser les sociétés berbères de manière globale tant les situations locales sont spécifiques, mais on identifie quelques grands traits communs, qui expliquent pour une bonne part la résistance des groupes berbères.

Ce sont d'abord des sociétés « segmentaires » faites de l'imbrication d'entités indépendantes : famille élargie, clan (formant village en zone sédentaire), tribu, confédération de tribus. Ces entités sont identifiées comme « Descendants de X » : Ayt X, ou autres formes. Bien entendu, il s'agit d'une représentation fictive dès que l'on dépasse le niveau de la famille élargie : les grandes entités, village, tribu, confédération de tribus, sont toujours des constructions politiques agrégeant des composantes hétérogènes.

Ce sont des sociétés sans État : à l'échelle du village, de la tribu, des assemblées détentrices de toute légitimité désignent pour une courte période un chef et ses assesseurs. On a souvent parlé de « démocratie directe » à propos des Berbères, tout adulte pouvant prendre part à l'assemblée et à ses décisions, une vision quelque peu idyllique car les femmes n'y participaient pas et le poids des plus anciens y était décisif. Parfois, au Maroc notamment, les assemblées étaient réduites aux notables (inflas). Le terme amghar, qui désigne le chef élu du village ou de la tribu, signifie d'abord ancien, vieillard ! La confédération de tribus était un ensemble lâche qui ne trouvait son unité d'action que dans les circonstances extrêmes, notamment les guerres extérieures.

Ce sont aussi des sociétés en armes. Durant des siècles, les Berbères ont été en conflit avec les pouvoirs centraux. Sociétés sans pôles de centralisation stabilisés, les groupes vivaient aussi en état de tension interne permanent. Tout homme était d'abord un guerrier prêt à défendre son groupe. La défense de l'honneur collectif (familial, tribal) ou individuel (notamment à travers le respect de la parole donnée) étaient des valeurs cardinales.

Enfin l'islam y est fortement teinté de pratiques locales, assez éloigné de l'orthodoxie sunnite des villes : le culte des saints, le maraboutisme, garde des traces importantes de paganisme ; la fidélité à des codes coutumiers entre souvent en contradiction avec le droit musulman... Sans que l'on puisse parler d'un islam berbère, la pratique religieuse présente donc de fortes spécificités qui ont toujours rendu les Berbères suspects d'hérésie aux yeux de l'islam officiel.

Les Berbères dans le monde contemporain

Au Maghreb, les Berbères sont insérés dans un environnement arabo-musulman et des États-nations qui se définissent comme tels. Marqués par un nationalisme forgé dans la lutte contre l'occupation coloniale, ces pays ne reconnaissent aucune minorité, régionale ou ethnique, en leur sein. Les Berbères ont été perçus comme un danger potentiel pour la nation et combattus comme tel, surtout en Algérie. Plus que d'une répression anti-berbère généralisée, il s'est agi, pour le Maroc et l'Algérie, d'une occultation systématique, d'un déni de réalité, qui a persisté jusqu'au milieu des années 1990.

Au Sahel, les Touaregs, autrefois dominants, sont en situation critique. Le Niger et le Mali sont des pays très pauvres et la sécheresse qui y sévit régulièrement a accéléré l'effondrement de la société de pasteurs nomades. Sur le plan politique, il existe depuis les indépendances une défiance tenace des pouvoirs à l'égard des Touaregs, considérés comme potentiellement déstabilisateurs et soumis à contrôle et à répression constants. Les révoltes touarègues se sont répétées depuis 1963, au Niger comme au Mali.

On distinguera aussi les pays (Algérie, Maroc, Niger-Mali) qui comptent des populations berbérophones importantes, pouvant significativement peser sur les équilibres internes, et les autres (Tunisie, Libye, Égypte, Mauritanie) qui abritent des groupes berbérophones réduits, dont le poids social et politique est insignifiant. Le cas des Kabyles est frappant à cet égard : ils ont à la fois fourni une grande part des élites de l'Algérie indépendante et constitué une des principales forces d'opposition au régime politique.

La colonisation et l'intégration dans les États modernes ont remis en cause les fondements des sociétés berbères, qui ont partout subi la généralisation du salariat, les migrations internes (vers la ville) et externes (vers la France et l'Europe), la scolarisation de plus en plus généralisée (dans des langues qui ne sont pas la leur). Les Berbères ne sont plus protégés ni par la géographie ni par les formes d'organisation sociale traditionnelles.

Parallèlement, l'affirmation identitaire berbère touche désormais de larges couches dans la plupart des régions. Le phénomène a d'abord concerné la Kabylie, puis s'est étendu après les années 1970, notamment au Maroc, et prend généralement la forme d'une demande de reconnaissance de la composante berbère de la nation par l'État. Divers quant à son ampleur et à ses formes, il est particulièrement vif et constant en Kabylie depuis 1980 où il connaît des formulations politiques qui vont jusqu'à la revendication d'une large autonomie.

Devant cette poussée, l'Algérie puis le Maroc ont progressivement assoupli leur position et sont passés de l'hostilité à la tolérance contrôlée, puis à une prise en charge mesurée. Dans les deux pays, la berbérité est désormais acceptée comme composante du patrimoine culturel national et des institutions ont été chargées de sa promotion. En Algérie, le berbère est même devenu depuis 2002 seconde langue nationale à côté de l'arabe qui reste « langue officielle et nationale ».

La situation globale des Berbères reste incertaine et tout pronostic quant à leur avenir doit être avancé avec prudence. Les facteurs anciens de résistance ont en général disparu et les éléments qui fondent la possibilité d'une survie berbère sont réels, au moins dans des pays comme l'Algérie, le Maroc, le Niger et le Mali. La disparition annoncée des Berbères et de leur langue n'a rien d'inéluctable.

—  Salem CHAKER

La langue

Le nom « berbère » est depuis fort longtemps appliqué en français au groupe linguistique le plus anciennement connu dans l'Afrique septentrionale et saharienne. Rien ne montre son arrivée à l'époque historique, mais on n'est pas davantage renseigné sur les langues des populations préhistoriques antérieures, qui ont pu laisser des traces au moins dans la toponymie, de même que l'on connaît encore mal l'effet des contacts du berbère avec les langues africaines. Le mot « berbère » paraît venir de l'arabe. Expressif, il a été appliqué à un langage incompris, donc jugé bredouillant. Grecs et Latins employaient de même « Barbari », que du reste ils n'ont jamais réservé à la seule Afrique. D'où une connotation souvent jugée fâcheuse, qui devrait être oubliée depuis longtemps. Les Berbères n'ont jamais adopté ce nom. Traditionnellement, ils désignaient leur langue par des termes d'acception plus limitée, évoquant le groupe local ou régional : « chleuh », « kabyle », etc. Depuis les dernières décades du xxe siècle, la prise de conscience de l'identité berbère a créé le besoin d'une appellation ayant une portée générale : le choix s'est porté sur amazigh, au féminin tamazight (gh ressemble au r parisien), qui passe sans réelle preuve pour avoir été le nom premier des Berbères.

Situation générale

L'emploi d'un terme unique pour désigner l'ensemble linguistique berbère est justifié par son unité profonde, immédiatement perceptible. Mais cette « langue berbère » ne se présente que sous la forme de parlers locaux, ou de dialectes régionaux qui mériteraient le nom de langues. Souvent l'intercompréhension n'est pas assurée. Tout favorisait la dialectalisation : la dispersion des locuteurs sur un espace immense, leur appartenance à des états peu enclins à promouvoir le berbère, l'absence d'un vrai support culturel ou religieux, la concurrence de langues plus favorisées, à quoi il faut bien ajouter, malgré quelques exceptions, une apparente indifférence des Berbères eux-mêmes. À partir des années 1950, cependant, un mouvement s'est développé pour défendre l'identité berbère et d'abord la langue, désormais dégagées de toute compromission avec les anciens colonisateurs. Des associations de militants ont surgi, d'abord chez les immigrants, puis en Afrique où le berbère est maintenant plus ou moins nettement reconnu.

Faire de lui une langue écrite est devenu une priorité. Il possédait une écriture très ancienne. Des inscriptions rupestres de tout âge sont attestées un peu partout et surtout au Sahara, seules ou à côté de gravures. Au iie siècle av. J.-C., les inscriptions libyques d'Afrique du Nord sont un cas particulier de cette écriture consonantique aux tracés géométriques, qui subsiste chez les Touaregs sous le nom de tifinagh. En fait, elle était réservée à des usages limités. À partir du Moyen Âge, on dispose de textes berbères en caractères arabes. Enfin les chercheurs actuels recourent à des caractères latins aménagés. La modernisation du berbère passe donc par un choix entre les trois écritures, libyco-berbère, arabe et latine. Les Touaregs gardent leur écriture en la perfectionnant. Au Maroc, l'Institut royal de la culture amazighe a retenu les tifinagh révisés. Les Kabyles publient des textes littéraires en caractères latins.

Présent dans neuf États, le berbère occupe sur la carte des aires très inégales. Une liste, qui n'est pas exhaustive, désigne du nord au sud : au Maroc, les montagnes, du Rif à l'Anti-Atlas ; en Algérie, divers points à l'ouest d'Alger et surtout la Kabylie et l'Aurès ; quelques villages tunisiens, notamment à Djerba ; en Libye, Zouara et le Djebel Nefousa ; en Égypte, Siwa. Pour le sud, on mentionnera quelques oasis, Timimoun, le Mzab, Ghat et Ghadamès ; en Mauritanie, le zénaga est près de s'éteindre ; par contre, le touareg est présent au Burkina Faso et il a le statut de langue nationale au Mali et au Niger. Au Maghreb, l'espace restant est occupé par l'arabe dialectal, que de nombreuses populations ont adopté. Beaucoup de Berbères vivent dans les grandes villes du Maghreb, d'Europe et d'Amérique du Nord. On ne dispose pas de statistiques sûres pour évaluer le nombre des berbérophones : les estimations vont de treize à trente millions ; un total de vingt ou vingt-cinq millions paraît admissible. Enfin l'ancienne langue des îles Canaries, aujourd'hui éteinte, présente avec le berbère des liens qui demandent à être précisés.

Caractéristiques du berbère

Le berbère est une branche de la famille chamito-sémitique (afro-asiatique), qui réunit l'égyptien, le sémitique (dont l'arabe), le couchitique, l'omotique et le tchadique. Il partage certains traits avec tout ou partie de cette famille, qu'il s'agisse des pronoms ou du système des racines et des schèmes. Tout n'est pas expliqué pour autant et il faudrait faire la part d'éventuels substrats et de l'influence des langues voisines.

Phonie. La diversité des parlers est très sensible. Dans le nord, ils comptent trois phonèmes vocaliques, a, i, u [ou], dont la réalisation varie selon l'environnement ; une voyelle d'appui [ə] peut apparaître, mais n'est généralement pas pertinente, non plus que la longueur des voyelles. Par contre, le touareg possède au moins sept voyelles et une opposition de longueur. Le berbère a des consonnes pharyngalisées (« emphatiques »),̣d, ̣z, etc. Dans certains parlers, les occlusives sont devenues des spirantes. Les pharyngales ̣h et ε ont souvent été réintroduites avec les emprunts à l'arabe. Les consonnes dites géminées ou tendues, notées par une lettre double ou par une majuscule, sont prononcées avec une tension plus forte : on distingue ainsi yuf (« il vaut mieux ») et yuF (« il est enflé »). L'accent tonique n'est pertinent que dans les parlers orientaux, mais partout la prosodie (intonation, pauses) joue un rôle essentiel.

Morpho-syntaxe. Les pronoms supports de détermination, comparables au français celui, ont un rôle très important. Ils constituent le noyau de syntagmes du type celui-ci, celui de..., celui qui et ils sont à l'origine de nombreux outils grammaticaux. Leur base est vocalique (surtout a, i), mais elle peut recevoir des marques de genre ou des déictiques : touareg wa-rəgh « celui-ci », etc.

Les pronoms personnels se répartissent en deux groupes : les affixes dits « objets directs » en raison de leur fonction la plus courante (t, « le ») et les pronoms obliques, déterminatifs d'un nominal ou d'une préposition (s dans Ns, « de lui ») ; a-s « ce de lui » est devenu un « objet indirect » as (« à lui »). Des pronoms autonomes (nTa, « lui ») ont été formés par étoffement de la série « directe ».

Il n'y a pas en berbère de véritable pronom relatif, mais on peut trouver des relateurs, invariables, qui annoncent une proposition relative.

Les noms et les verbes comportent d'abord un radical, formé par l'insertion d'une racine, série ordonnée de consonnes (souvent trois), dans un schème, moule qui peut recevoir également des voyelles et d'autres consonnes. La racine véhicule un concept général, le schème identifie le nom comme désignant l'action, l'agent, etc., ou comme pluriel, et le verbe comme exprimant tel ou tel aspect. Au radical s'ajoutent des indices de genre et de nombre, qui révèlent aussi l'état du nom et la personne grammaticale du verbe. Exemple : i-wragh « il est jaune », ta-wrghi, « le jaune ». Ce système a subi de multiples altérations.

La structure canonique des noms se construit sur le modèle V— au masculin, tV—t au féminin singulier (V est une voyelle). On a ainsi, asrdun « mulet » ; tasrdunt, « mule ». Le nom complément de nominal ou de préposition prend l'état d'annexion, avec chute de V et, sauf en touareg, préfixation de w/u au masculin : ạdạr (n) usrdun, « la patte du mulet ». Mais ce processus est fortement perturbé, notamment par la présence de nombreux emprunts qui gardent l'article arabe à l'initiale. Les noms de parenté ont un statut particulier. Les numéraux berbères sont fortement concurrencés par l'arabe.

Le système verbal est fondé sur l'opposition d'aspect, marquée par les schèmes. Un thème d'accompli s'oppose à un thème d'inaccompli. Un aoriste, aujourd'hui extérieur à l'opposition d'aspect, assume la valeur que lui donne le contexte ; mais il tend de plus en plus, sauf au Maroc, à n'être employé qu'avec la particule ad pour prendre une valeur modale et rendre, notamment, le futur. Ces trois thèmes sont complétés par un accompli négatif, placé après la négation wər/ur, et, dans certains parlers, par un accompli résultatif (touareg), voire par un inaccompli négatif. Le participe est la forme prise par le verbe dans les relatives correspondant aux propositions en qui du français. Un processus de dérivation, connu ailleurs en chamito-sémitique, permet d'obtenir, par des schèmes à consonnes préformantes, des causatifs/factitifs, des passifs et des verbes exprimant la réciprocité. La structure des schèmes dépend notamment du nombre des consonnes de la racine, ce qui aboutit à un grand nombre de types verbaux. Les parlers ont complété le système en recourant à des thèmes supplémentaires, à des particules ou à des verbes auxiliaires.

Les principales prépositions ont deux formes, selon qu'elles régissent un nom ou un pronom ; leur réseau se retrouve pour l'essentiel dans l'ensemble des parlers et semble ancien. Le système des conjonctions, au contraire, compte plusieurs emprunts et semble résulter d'élaborations régionales.

La phrase de base place le verbe en tête. Incluant un indice personnel (en somme un pronom), il peut constituer à lui seul un énoncé : yuZl « il a couru » ; mais l'indice reçoit souvent un complément explicatif, à l'état d'annexion, qui en explicite le référent : yuZl usrdun « le mulet a couru ». Suivent d'autres compléments s'il y a lieu.

La thématisation, très fréquente, crée un contexte : asrdun yuZl « le mulet, il a couru ». La rhématisation, fondée sur une proposition relative mais grammaticalisée, met en relief une information : asrdun a yuZln « le mulet (est) ce (qui) a couru, c'est le mulet [et pas le cheval] qui a couru ». La langue parlée favorise ces deux procédés.

Lexique. Le vocabulaire est très riche dans les activités traditionnelles, élevage, agriculture, arboriculture, etc.). Le long contact avec l'arabe, langue cousine et surtout voisine, a permis de nombreux emprunts. Les mouvements culturels font appel aux procédés connus pour créer un vocabulaire moderne : adaptation de termes anciens, néologismes, emprunts. Un berbère rajeuni cherche sa voie.

—  Lionel GALAND

Les littératures berbères

Les « littératures berbères », depuis trente ou quarante ans, sont en évolution. Les minorités berbérophones ont pris conscience de l'importance de leur langue, élément premier de leur identité. La migration des campagnes ou du désert vers les agglomérations d'Afrique, d'Europe ou d'Amérique, en transformant l'économie du travail et des revenus ainsi que les modes de vie et les contacts entre cultures, a modifié la structure littéraire et la diffusion des œuvres littéraires.

La tradition

Il faut continuer à employer un pluriel – « les littératures berbères » –, car les particularismes linguistiques régionaux subsistent. On ne dit pas « la littérature romane », on distingue « la littérature française », « la littérature espagnole », etc. Et on est encore loin d'une langue littéraire qu'utiliseraient tous les berbérophones. Il faut aussi poser le problème de la notion de « littérature » dans un domaine qui connaît des textes à la fois dans l'expression orale et dans l'expression écrite. Les écrivains berbères, des lettrés en sciences de l'islam, ont employé à partir du xiie siècle des termes berbères ou empruntés à l'arabe et berbérisés qui peuvent caractériser leurs types de textes, écrits en caractères arabes, comme textes littéraires, qualifiés par exemple de « beaux » et « dignes d'admiration ». La langue des œuvres, qui traitaient du dogme, des obligations religieuses et du droit ou chantaient Allah, son Envoyé et les saints était la variété de berbère de la région où elles étaient écrites, lues, commentées.

La critique occidentale a longtemps refusé de considérer comme littéraires des productions orales associant un texte à des circonstances diverses. Pourtant, dans de vastes territoires, il existe chez tous les auditeurs le sentiment d'une différence entre leur langage quotidien et celui des contes ou poèmes véhiculés par des chanteurs-compositeurs professionnels ambulants, avec ou sans troupe, et même celui des contes et poèmes exécutés par des amateurs dans leur propre groupe. On verra ci-dessous qu'on peut préciser, par l'analyse, cette intuition.

Les itinéraires des professionnels délimitent des zones d'intercompréhension du texte, une compréhension qui n'est pas forcément totale. Ces modes de production des textes en vers ou de contes particuliers aux professionnels sont très anciens, de loin antérieurs aux témoignages sur l'organisation de troupes qui se produisaient par exemple en Allemagne à la fin du xixe siècle. Elles étaient composées de chanteurs musiciens, parmi lesquels le chef de troupe, mais aussi d'acrobates et de tireurs. Cela permettait à l'impresario d'étendre les itinéraires à des contrées où se réduisait la compréhension du texte. Ce circuit de diffusion a été connu au Maghreb jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Quant aux contes et légendes villageois, leur naissance se fond dans l'archaïsme des sociétés africaines et méditerranéennes ; même islamisé, le Cyclope du Maroc a des racines préhistoriques communes avec celui de l'Odyssée et celui du Caucase. Le conteur des veillées de village, jusqu'à des dates récentes avait besoin de se dégager par des formules du monde magique recréé par la nuit et par l'histoire qu'il disait. Le poète avait, naguère encore, besoin du don de parole qu'accordait un saint marabout ou un ange, substitué à un génie préislamique.

Il ne faut pas tomber dans l'illusion selon laquelle on aurait affaire, dans toutes ces productions orales traditionnelles, à de simples manifestations folkloriques à l'usage des touristes. En effet, le travail du texte oral et de sa mise en scène fournit des arguments pour prouver que dans les sociétés berbères traditionnelles existe la notion d'une forme d'art que l'on peut nommer littérature ; chaque type de production a localement son nom, même s'il n'existe pas (ou pas encore) de terme berbère général pour désigner l'ensemble des productions. La spécificité littéraire peut en fait se définir par un nombre limité de traits lexicaux comme l'emploi de termes berbères archaïques ou de tournures berbères rares, ou d'emprunts à l'arabe inconnus du parler courant, ou par des traits grammaticaux en nombre limité également, comme les accords ou la place des termes, ce qui justifie l'impression d'une « différence » chez les auditeurs. Mais le vocabulaire et la syntaxe ne sont pas seuls en cause ; les textes berbères littéraires sont marqués par les procédés que les rhétoriciens des littératures européennes ont répertoriés avec des noms savants et que les chercheurs occidentaux se sont longtemps refusé à appliquer à une littérature orale, comme le « soulignement » (mise en relief) ou « l'énallage » (qui échange masculin et féminin, singulier et pluriel). On a pourtant retenu l'image, la métaphore, la métonymie, l'allégorie, tout ce que les auditeurs berbères prennent plaisir à déchiffrer. L'entraînement à la recherche d'un sens caché est une des fonctions du texte berbère traditionnel, que ce soit à travers le conte, la poésie, le proverbe ou l'énigme ; la lyrique et le discours actuels les utilisent toujours, mais la fonction herméneutique cède peut-être le pas aujourd'hui à la fonction esthétique.

Les productions orales se conforment à des règles de composition de leurs discours, autant qu'à l'emploi des ornements rhétoriques. Le soin apporté aux prologues en est une preuve : ils sont précédés d'un prélude musical, suivi ou non de plusieurs formules ; ils peuvent comporter un appel à la bénédiction divine, une affirmation de la bonne moralité du poète, un appel à la bienveillance du public, une annonce du sujet et diverses invocations. Parfois une invocation suffit à l'annonce :

Ô gerbe de miracle porteuse de sequins / Tu n'as su nous donner ni la mort ni la vie / Votre bouche ignore même les paroles / Que ferions-nous alors ensemble ? / Ah ! Montre-toi généreuse je t'en prie / Tu n'es plus mon aimée qu'un rêve dans mes nuits. / Ma raison tu me l'as ravie seul me reste un souffle de vie / Ma raison telle que le roseau pris dans le vent / Jusqu'aux cieux enlevés puis projetés à terre.

Ces vers de prologue sont extraits du répertoire d'un chanteur professionnel marocain dans les années 1960. L'adresse fait de la femme désirée – et perdue – le symbole d'un idéal de prospérité et de luxe. L'invocation à l'aimée ne se réduit pas à la simple image d'une gerbe d'épis et d'un bijou ancien de cérémonie, diadème à chaînettes d'argent auxquelles sont suspendues des pièces d'argent, ce métal ayant un pouvoir bénéfique. Sur l'aire à battre les céréales, on invoquait, comme ailleurs dans le Maghreb berbérophone, une vertu magique d'alchimie, un « miracle » (lkimit), pour que gonfle la récolte, qui se vendrait ainsi plus cher, et pour que la gerbe « enfante » davantage de pièces. Les poèmes berbères sur le thème des aléas amoureux se retrouvent partout. Dans la « ronde » des femmes aimées et des amours déçues, on peut encore citer un asefru du poète kabyle Si Mohand ou Mohand (1860-1906), trois tercets unis par l'assonance, dans le chapitre « Amour. Les jardins » de l'édition Mammeri (1969) :

J'avais planté jardin de prix / De toutes les fleurs empli / Que les langues peuvent nommer / Raisin pourpre / Pêche d'ambre / Le basilic à la rose mêlé / Ah ! n'ai-je donc si longue vie vécu / Que pour le voir de mes yeux devenu / Cette pâture aux troupeaux des bergers.

On retrouve dans d'autres poèmes kabyles, marocains ou touaregs et même dans certains contes kabyles, des portraits féminins stéréotypés, avec les évocations de la bouche, des dents, du visage, de la peau fine, du teint lumineux, du cou de gazelle, des bijoux, de la lourde et longue chevelure, avec la touffe frontale symbole de chance, qui s'orne au Maroc de perles, de coquillages et de corail, avec ailleurs le pied menu. Si le port et l'allure se réfèrent ici à la perdrix, ailleurs à la colombe ou au palmier, ces images et d'autres n'évoquent pas seulement des paysages, des plantes ou des animaux familiers du pays réel, mais sont souvent les traces qu'a laissées la poésie arabe andalouse de l'Espagne médiévale. On notera que le portrait féminin n'évoque qu'un nombre limité des parties du corps, ce qui est visible ; pourtant l'érotisme, absent dans les termes, est présent dans l'effet sur le destinataire.

Le système de convenance

Ce système, qui suppose les remplois, de poème à poème et d'époque à époque, des thèmes, des motifs, des stéréotypes rhétoriques n'est pas propre aux communautés berbérophones ; son organisation a été analysée avec précision par les médiévistes dans les sociétés à littérature courtoise des trouvères ou des troubadours. La convenance fonctionne également dans d'autres communautés européennes modernes, comme l'ont montré les analyses de l'héritage homérique. Elle repose sur une convention tacite entre l'auteur ou le transmetteur du texte et son destinataire ; cette convention n'est pas mise par écrit, il n'existe pas – ou pas encore – d'art poétique berbère. Il y a aussi des règles, qui se perpétuent dans et par les pratiques, de présentation du texte manuscrit et du texte oral. La langue est le premier indice auquel le destinataire reconnaît qu'il appartient au même système culturel que le chanteur ou le conteur. La rythmique du texte en prose, la rigueur de la métrique qui encadre l'improvisation, les rapports entre métrique et musique appartiennent aussi au système culturel.

On a vu que la modification grammaticale est l'un des traits distinguant l'expression littéraire de la langue quotidienne, mais ce sont les procédés rhétoriques qui constituent le trait majeur. Il existe dans tous les textes berbères écrits et oraux une même nécessité de les employer. Tout public d'une autre zone dialectale peut reconnaître qu'il y a une métaphore grâce à sa place dans un contexte de prologue, même si le sens du mot ou de la locution ne lui est pas complètement accessible ; par exemple la « gerbe de miracle », tadla n lkimit, citée ci-dessus, est riche de significations en chleuh, où les trois constituants sont compris : « gerbe-de-alchimie ». Dans le Maroc central ou en Kabylie la perception du sens ne sera pas identique, lkimit n'y sera pas forcément compris et l'image de la tadla est, localement, soit celle de la poignée d'épis, soit celle de la javelle, brassée de céréales sur le chaume. Mais le a (« ô ») d'invocation, les sequins, le mal d'amour évoqué en termes largement intelligibles sont reçus comme les signes d'une métaphore de la femme. La facture des contes et celle de petites unités connues partout, comme le proverbe, la maxime, l'énigme appellent les mêmes remarques.

Parmi les exigences littéraires communes à l'ensemble ou à une grande partie des régions berbérophones, on note aussi le soin apporté à la composition des textes, – en particulier, on l'a vu, pour les prologues –, qui doivent capter l'attention du public. Le destinataire des textes écrits ou oraux peut déterminer la disposition des parties de ce texte grâce à l'emploi des formules. Dans les contes, une formule comme « Il marcha, marcha, marcha » clôt un épisode concernant un ou plusieurs acteurs et annonce qu'on passe à un autre épisode de l'histoire ou qu'on revient en arrière, avec les mêmes acteurs ou avec des acteurs différents. On peut établir des listes de ces nombreuses formules, qui diffèrent du conte à la poésie, mais souvent recourent de même manière à ces maximes, proverbes ou sentences, eux-mêmes de facture rhétorique. Pour les autres caractéristiques littéraires qui peuvent être reconnues dans la totalité des littératures berbères, on retiendra des thèmes aussi généraux que l'amour ou la mort, mais dans leur traitement berbère spécifique. Ainsi du souci morbide de représenter l'horreur physique du trépas, souci qui va du poème chleuh sur la bonne conduite de la vie (al-Awzali, 1714), avec le mourant qui « se tourne et se tord dans la lumière et dans la nuit / Livide le regard vague et l'œil qui se révulse », jusqu'aux vers touaregs (Ayr, 1992) montrant l'aimée infidèle maudite par le poète ; dans la Géhenne, son séant, sa joue, ses cheveux seront brûlés et sa « bouche hideuse en cendres tombera ». Il faut aussi remarquer la fréquente association des thèmes de l'amour et de la mort dans un pessimisme qu'expriment les poèmes lyriques des sédentaires comme ceux des nomades. Les petits contes mettant en scène des animaux ou des personnages, codes des comportements sociaux dans une présentation humoristique, insistent, comme les poèmes, sur les pièges du « monde d'ici-bas », cette ddunit des tentations qui peut mener aux sanctions du Jugement dernier. L'errance imposée par le rejet de l'amoureux ou par son dénuement est un autre de ces thèmes qui, à travers les pays et les âges, ont marqué les œuvres berbères.

On peut certes voir dans ces aspects pessimistes des littératures berbères les manifestations d'un lyrisme que connaissent bien d'autres littératures, mais il faut y reconnaître avant tout les liens traditionnels qui existent entre l'écrit religieux et l'oral profane berbères. Il existe une véritable osmose entre les deux, de l'islam du dogme, du droit et des règles de vie ou des poèmes hagiographiques à ces poésies profanes où transparaît la crainte du Jugement dernier et jusqu'aux historiettes par ailleurs plaisantes qui rappellent pourtant que la mort est inéluctable. La « science des entrailles », distincte de la science de l'islam et accessible à tous, que véhiculent les œuvres héritées ou recréées des professionnels, a maintenu l'héritage lettré islamique ; la recherche et l'étude des poèmes hagiographiques, déjà établie, doit se poursuivre aujourd'hui. Pourtant, autant que les professionnels, les héritiers d'une tradition rurale anonyme savent célébrer la fête et ses joies, dans les réunions familiales, les réunions de groupes sociaux, souvent associées à des rituels propitiatoires, les pèlerinages en commun. C'est aussi une jouissance paysanne qu'expriment les célébrations de l'année agricole. Quand l'eau arrive, « La pluie d'octobre tombe pour la joie des champs » dit une chanson dansée à la saison des labours.

L'évolution

L'urbanisation progresse. Quels espaces communs la ville aux immeubles divisés en appartements peut-elle fournir aux grandes réjouissances d'antan et à leurs chants ? La population urbaine maintient les réunions lors des fêtes de famille ou lors des grandes fêtes de l'islam, mais elle connaît maintenant, avec les festivités qu'organisent les États, des spectacles nouveaux. Même si les techniques contemporaines d'enregistrement peuvent conserver ou stimuler des productions locales, on peut mesurer les pertes de textes que cause à la tradition littéraire berbère la disparition d'une partie des fêtes collectives. Où sont les autres facteurs de maintien, de disparition ou de tranformation des textes ? La langue berbère, pratiquée dans les régions rurales ou nomades, enseignée dans le système scolaire, diffusée par la radiotélévision est indispensable à la survie littéraire, mais pas suffisante. Il faudra examiner l'évolution région par région et faire le compte des contacts avec des cultures étrangères et de leurs influences.

C'est à partir de l'immigration en Europe que les contacts avec les cultures occidentales ont commencé à modifier la typologie littéraire berbère. En France, dès la fin des années 1930, les publics cultivés se sont ouverts au « génie africain » symbolisé par Jugurtha grâce à l'engagement de l'écrivain Jean Amrouche (1906-1962). Si la langue n'est pas le berbère, les thèmes de ses œuvres n'en appartiennent pas moins aux thèmes traditionnels qui subsistent dans les littératures berbères contemporaines, celui de l'exil des travailleurs contraints à s'expatrier, comme celui de la mort mais aussi celui de la beauté méditerranéenne du Maghreb, « l'autre rive », le « trésor » des poèmes berbères et de leurs mélodies, que Taos Amrouche (1913-1976), sœur de Jean, révèle dans ses concerts. Le rôle de ces passeurs de littérature est sans doute capital. Taos a des successeurs, en France avec Idir ; ses chansons à texte berbère représentent un type nouveau. D'autres chanteurs berbères suivront, y compris des femmes (le groupe kabyle Djurdjura avait comme public à Paris autant de Français que d'Algériens immigrés). Dans une génération postérieure, une jeune Marocaine, Hindi Zahra, s'oriente vers le vedettariat anglo-saxon des albums.

Un autre passeur est Mouloud Mammeri (1917-1989). Né en Kabylie, il a aussi résidé au Maroc. Écrivain de réputation internationale, il est l'auteur de romans français édités à Paris, comme plusieurs autres Algériens écrivant en français. Mais Mammeri est aussi un chercheur dans le domaine de l'anthropologie culturelle, un éditeur scientifique d'une grande part du patrimoine littéraire berbère. Il faut souligner, dans les générations suivantes, le rôle majeur des chercheurs berbères pour la conservation du patrimoine et la promotion des œuvres nouvelles. Une des questions qui semble diviser les spécialistes des littératures maghrébines est de savoir si une œuvre d'un écrivain berbère dans une langue autre que la sienne appartient à la littérature berbère ; c'est un problème culturel et politique qui se résoudra au fil du temps.

Le roman en berbère a déjà bien frayé sa voie. L'art de la narration en prose existait dans la tradition. Mais la diffusion actuelle est différente ; elle concerne un public capable de lire le berbère et directement intéressé par les thèmes proposés. Or les thèmes actuels qui relèvent de ce genre sont politiques et rénovent la traditionnelle fonction de satire bien assumée par d'autres genres du passé. On notera aussi un genre en voie d'apparition, analogue au vieux Roman de Renart, aventures du goupil français, une longue narration unifiée, en berbère, faite à partir des petits contes traditionnels en berbère du chacal, du hérisson, du renard. L'attention a déjà été attirée sur ce sujet par une traduction en français. C'est, ou ce sera, un genre littéraire nouveau, prêt à entrer dans la littérature pour enfants, avec ses illustrations différentes de celles de la BD, qui existe déjà au Maghreb avec ses fonctions de divertissement et d'enseignement scolaire.

Un autre type littéraire de narration semble naître de travaux de linguistes berbérisants. Quand le linguiste veut étudier une langue, il a besoin de textes pour établir le système grammatical. Ce peut être un récit qui est souvent l'histoire de la vie du témoin. On peut citer aujourd'hui une biographie recueillie par T. F. Mitchell et Le Récit de Ghabdouane Mohamed, Touareg du Niger. Il existe aussi quelques textes inédits provenant d'autres régions. Ces textes pourraient facilement devenir une variété du roman berbère et s'insérer, par leurs traductions, dans le circuit français à la mode de la biographie, qui a son parallèle au cinéma.

La poésie lyrique continue à vivre, dans des genres nouveaux, libérés des mètres et des variations de motifs propres aux chanteurs professionnels berbères. Des recueils de poètes berbères marocains paraissent en écriture arabe ou latine, avec une rhétorique habilement utilisée. La fonction esthétique du fonds ancien se perpétue en poésie mais aussi en prose.

Des types littéraires nouveaux, comme le théâtre algérien par exemple, dès 1950, en arabe classique et en arabe dialectal étaient proches des citadins berbérophones. Le genre humoristique à fonction satirique du sketch (un acteur berbérophone contrefaisant plusieurs personnages) est également connu au Maroc depuis 1950. Il ne faut pas oublier qu'existe en pays berbère toute une tradition de la mise en scène du texte dans un espace organisé, avec des groupes bien répartis dans leurs rôles, ni que la gestuelle du chant et du conte peut aider à la constitution d'un genre théâtral berbère ; dans les pays à carnavals, les personnages travestis sont déjà des acteurs de théâtre. En France, les cercles d'étudiants berbères ont été particulièrement actifs, dès les années 1970-1980, dans le renouvellement littéraire. Le théâtre de l'Algérien kabyle Mohand U Yah'ia, inspiré de Molière, Sartre ou Brecht, est une véritable création berbère, dans une langue savoureuse, qui se nourrit de proverbes, de poésie populaire et qui incite le public immigré à réfléchir sur sa vie, sur le statut de l'exilé en France et sur les difficultés économiques et politiques du retour au pays :

Tristes jours / Sombres jours / Je ne sais plus où j'en suis / Sur les genoux / Sans un sou / Seul et muet / Souliers qui baillent et quolibets / Même des amis / Comme un homme ivre / Fourvoyé / Chancelant, / dit le poète A. Meki traduit par U Yah'ia.

—  Paulette GALAND-PERNET

BIBLIOGRAPHIE

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Collection

Berber Studies, H. Stroomer dir., Köppe Verlag, Cologne, depuis 2001.

Revues

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Awal, Maison des sciences de l'homme, Paris

La Lettre du Répertoire des inscriptions libyco-berbères, E.P.H.E., Paris

Littérature orale arabo-berbère, C.N.R.S., Paris

Études et Documents, Maison des sciences de l'homme - Paris-Nord.

Écrit par :

  • : professeur de langue berbère à l'Université de Provence
  • : directeur d'études retraité de l'École pratique des hautes études, section des sciences historiques et philologiques, Sorbonne, Paris, correspondant de l'Institut de France (Académie des inscriptions et belles-lettres), membre étranger de l'Académie royale des Pays-Bas.
  • : directeur de recherche honoraire au C.N.R.S.

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  • Écrit par 
  • Jean-Louis MIÈGE
  •  • 950 mots
  •  • 2 médias

« Les villes et les monuments tombèrent en ruine, les routes et les chemins s'effacèrent, les maisons demeurèrent désertes, les gouvernements et leurs sujets connurent l'abaissement et tout ce qui était stable fut transformé. » En termes d'apocalypse Ibn Khaldoun, qui fut commensal des Mérinides, retrace la fin d'un monde dans lequel s'effondra […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/merinides-les/#i_14679

MOUVEMENT ALMORAVIDE

  • Écrit par 
  • Jean BOULEGUE
  •  • 178 mots

En 1048, des Berbères sanhaja de l'ouest du Sahara (actuelle Mauritanie) se coalisèrent sous l'impulsion d'un prédicateur malikite marocain, Abdallah ibn Yasin, et d'un chef local. On les a appelés Almoravides, de al-murabitun, « ceux du ribat […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/mouvement-almoravide/#i_14679

MOZABITES

  • Écrit par 
  • Charles-Robert AGERON
  •  • 2 292 mots

Dans le chapitre « La survivance d'une communauté religieuse »  : […] rij, les sortants), le plus ancien schisme de l'islam, qui fut un temps la doctrine au nom de laquelle les Berbères luttèrent contre les Arabes et redevinrent maîtres de la partie orientale du Maghreb. Pourtant, dès 761, les ibāḍites du djebel Nefousa, qui avaient triomphé sous la conduite de leur premier imām Abū l-Khaṭṭāb, perdaient l' […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/mozabites/#i_14679

MŪSĀ IBN NUṢAYR (640-716/17)

  • Écrit par 
  • Georges BOHAS
  •  • 340 mots

Général umayyade qui s'illustre dans la conquête du Maroc et de l'Espagne. D'abord haut fonctionnaire en Orient, Mūsā ibn Nuṣayr est nommé gouverneur de l'Ifrīqiyya (Tunisie actuelle) aux environs de 698. Il organise alors plusieurs campagnes et, aidé de ses fils, soumet les Berbères du Maroc. Il a l' […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/musa-ibn-nusayr/#i_14679

PRÉHISTORIQUE ART

  • Écrit par 
  • Laurence DENÈS, 
  • Jean-Loïc LE QUELLEC, 
  • Michel ORLIAC, 
  • Madeleine PAUL-DAVID, 
  • Michèle PIRAZZOLI-t'SERSTEVENS, 
  • Denis VIALOU
  •  • 27 701 mots
  •  • 12 médias

Dans le chapitre « La méthode culturelle »  : […] Fezzan, au Djado et au Tibesti. Elles correspondent vraisemblablement à la première occupation berbère du Sahara, et représentent surtout des hommes dessinés en position frontale, arborant volontiers des lances aux armatures (lames) exagérément agrandies, qui sont souvent munis d'un bouclier rond et tiennent des chevaux par une longe. Des […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/art-prehistorique/#i_14679

SAHARA

  • Écrit par 
  • Ali BENSAÂD, 
  • Jeffrey Allman GRITZNER
  •  • 7 608 mots
  •  • 8 médias

Dans le chapitre « Un territoire structuré par un millénaire d'échanges transsahariens  »  : […] avec un schisme religieux, l'ibadisme, alors que 99 p. 100 des Maghrébins sont sunnites. La plus grande zone de peuplement berbère se trouve au centre et au sud du Sahara, de Ghadamès au nord-ouest de la Libye jusqu'à l'Azawad malien en passant par l'Aïr nigérien et le Hoggar algérien. Elle déborde, hors du Sahara, au Burkina […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/sahara/#i_14679

TOUAREGS

  • Écrit par 
  • René OTAYEK
  •  • 4 562 mots
  •  • 1 média

dans les régions centrales et méridionales du Sahara, les Touaregs font partie de l'ensemble linguistique berbère. Soumis à l'administration française pendant l'ère coloniale (à l'exception toutefois des Touaregs de Libye, sous domination italienne), ils se partagent actuellement entre cinq États : le Niger, le Mali […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/touaregs/#i_14679

TUNISIE

  • Écrit par 
  • Michel CAMAU, 
  • Roger COQUE, 
  • Jean GANIAGE, 
  • Claude LEPELLEY, 
  • Robert MANTRAN, 
  • Khadija MOHSEN-FINAN
  •  • 19 914 mots
  •  • 15 médias

Dans le chapitre « Arabes et Berbères »  : […] un grand essor économique, et ils ont fondé les villes de Mahdiya et de Sabra Mansouriya. Mais l'Ifrīqiyya n'était qu'une étape pour les Fāṭimides, et, lorsqu'ils eurent conquis l'Égypte et s'installèrent au Caire (973), ils confièrent le gouvernement de l'Ifrīqiyya à l'un de leurs fidèles, le Berbère Bologgin ibn Zīri, qui fonda la dynastie zīride […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/tunisie/#i_14679

Voir aussi

Pour citer l’article

Salem CHAKER, Lionel GALAND, Paulette GALAND-PERNET, « BERBÈRES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 novembre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/berberes/