5. Une philosophie
Assez fréquemment Voltaire a mêlé littérature d'intervention et réflexion philosophique. À cet égard le Traité sur la tolérance à l'occasion de la mort de Jean Calas de 1763 est exemplaire. Il unit l'historique de l'affaire à des exemples de fanatisme tirés de l'Histoire, pour proposer ensuite une réflexion plus politique sur la tolérance, où il se demande si elle est fauteuse de guerre civile et dangereuse pour le pouvoir. L'ouvrage se poursuit par deux fictions le « Dialogue entre un mourant et un homme qui se porte bien » et une « Lettre écrite au jésuite Tellier par un bénéficier », qui permettent une analyse des limites possibles à la tolérance. L'ouvrage s'achève enfin sur une « Prière à Dieu ». Rien qui ressemble là à un traité de philosophie, à l'image de ceux de Locke ou de Leibniz. Mais un tel traité existe-t-il chez les écrivains des Lumières ? La démarche de Voltaire prouve que pour lui, la philosophie renvoie toujours au réel, à l'histoire dont elle permet, en même temps, la compréhension.
Loin de constituer un système, la philosophie de Voltaire est faite de quelques idées simples, facilement traduisibles en règles de vie et d'organisation sociale. On pourrait la résumer à trois temps : compréhension, critique, action, et la qualifier de strictement pragmatique. Sa religion, dont René Pomeau eut l'immense mérite de rappeler l'existence, est par définition utilitaire et pratique. Dieu est nécessaire pour rendre compte de l'ordre de l'univers et maintenir comme un gendarme le respect des biens et des rangs. L'homme possède donc une âme. Inutile de se demander son lieu ou sa forme, car il faut éviter tout ce qui peu conduire au fanatisme, à l'enthousiasme militant. Pas d'église ni de prêtres. Pas de Révélation non plus. Une religion sans autre église que celle des cœurs. Voilà bien l'essentiel de la métaphysique voltairienne, selon le Traité de métaphysique (1734-1737).
S'il existe une anthropologie de Voltaire (article « Homme » des Questions sur […]
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