WAITS TOM (1949- )

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Le chanteur et auteur-compositeur américain Tom Waits a développé depuis les années 1970 une œuvre singulière, produisant au fil des ans des albums toujours plus décalés et innovants. L’univers baroque de ce poète des marges s’appuie sur des descriptions à la fois crues et cyniques de milieux urbains bizarres peuplés de personnages marginaux et extravagants. Ancrée dans le jazz, le blues et le cabaret, sa musique s’est enrichie de collages sonores, d’instruments inhabituels servis par une voix rauque et gutturale, parfois proche du grognement.

Né le 7 décembre 1949 à Pomona (Californie) dans une famille d’enseignants, Thomas Alan Waits s’initie en autodidacte à la guitare et au piano. Il se passionne pour le jazz, l’œuvre de Bob Dylan et les romans de la beat generation, notamment ceux de Jack Kerouac. C’est au cours de ses années de lycée qu’il intègre son premier groupe de musique, The System, influencé par le rhythm and blues. Après avoir enchaîné les petits boulots, Tom Waits décide de s’installer à Los Angeles pour y roder son répertoire dans les clubs de la ville. En 1971, il fait la connaissance du manager de Frank Zappa, Herb Cohen. Cette rencontre marque en quelque sorte le début de sa carrière : son premier album, Closing Time, paru en 1973 chez Asylum Records, et dont certains morceaux seront repris par Tim Buckley ou encore par Screamin' Jay Hawkins, oscille entre le folk, la country et le jazz. Peu satisfait du résultat, Tom Waits commence une collaboration avec le producteur et amateur de jazz Bones Howe qui conduira à la création d’une série d’albums dont The Heart of Saturday Night (1974), Nighthawks at the Diner (1975) et Small Change (1976) auquel participe le batteur de jazz Shelly Manne. Tom Waits fait parfois appel à la technique du stream of consciousness (« flux de conscience ») pour écrire ses chansons. Les histoires qu’il raconte sont proches du vaudeville, parfois sombres ou encore caustiques, et mettent souvent en scène des personnages désaxés sur une musique jazzy-cabaret. Le musicien mène à cette époque une vie de bohème et d’alcoolique notoire, à l’image de son ami Charles Bukowski. Il séjourne au mythique Tropicana Motel, l’équivalent californien du Chelsea Hotel de New York, et vit une histoire d’amour avec la musicienne Rickie Lee Jones. À la fin des années 1970, Tom Waits enregistre plusieurs albums, dont Blue Valentine (1978), où il revisite notamment « Somewhere », un titre de Leonard Bernstein écrit pour la comédie musicale West Side Story, et Heartattack and Vine (1980) qui vient clore la première période de sa carrière.

Au début des années 1980, la musique de Tom Waits évolue profondément sous l’influence d’Harry Partch, compositeur américain avant-gardiste dont l’œuvre, qu’il interprète avec des instruments qu’il créé lui-même, propose un retour aux résonnances naturelles et aux fonctions rituelles et magiques de la musique. La musique de Tom Waits s’enrichit de nouvelles sonorités, de bricolages sonores destinés à créer une ambiance onirique à la fois sombre et féerique, comme en témoignent Swordfishtrombones (1983) et Rain Dogs (1985), auquel participent les guitaristes Marc Ribot et Keith Richards.

Tom Waits coécrit avec sa femme Kathleen Brennan la comédie musicale Frank’s Wild Years (1986) et collabore avec l’écrivain William Burroughs et le metteur en scène Robert Wilson à l’opéra The Black Rider (1990). Illustrant à merveille les expérimentations musicales qu’il mène dans les années 1990 à la recherche de sons primitifs, organiques, l’album Bone Machine (1992) reçoit le Grammy Award du meilleur album de musique alternative. Suivent Mule Variations (1999), Blood Money (2002), Alice (2002), inspiré d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll et que Tom Waits adapte également en spectacle avec Robert Wilson, Real Gone (2004), puis Orphans : Brawlers, Bawlers, and Bastards (2006), un triple album qui réunit près de deux décennies de titres inédits. En 2009, Tom Waits fait paraître Glitter and Doom, album live enregistré pendant la tournée de l’année précédente. Premier album studio depuis 2004, Bad as Me (2011) est un recueil de chansons d’amour teintées de blues et arrosées de whisky qui reçoit un excellent accueil du public et de la critique.

En parallèle, et depuis le début des années 1980, Tom Waits compose pour le cinéma : Down by Law (1986) et Night on Earth (1991) de Jim Jarmusch, Short Cuts (1993) de Robert Altman L'Armée des douze singes (1995) de Terry Gilliam ou encore The End of Violence (1996) de Wim Wenders. La théâtralité des représentations que donne le chanteur séduit les réalisateurs qui le font également tourner dans leurs films. Tom Waits commence ainsi une seconde carrière, au grand écran, notamment dans Down by Law (1986), Dracula (1992) de Francis Ford Coppola, Mystery Men (1999) de Kinka Usher, Coffee and Cigarettes (2003) de Jim Jarmusch ou encore Domino (2005) de Tony Scott. Endossant admirablement les rôles méphistophéliques grâce à ses traits sombres et à sa voix râpeuse, Tom Waits incarne également à merveille un des « responsables » du purgatoire dans Petits Suicides entre amis (2006) de Goran Dukić et le diable lui-même dans L’Imaginarium du Docteur Parnassus (2009) de Terry Gilliam.

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« WAITS TOM (1949- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/tom-waits/