BERNSTEIN LEONARD (1918-1990)

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Figure de légende de la musique américaine, Leonard Bernstein a marqué son époque à plus d'un titre. Lorsqu'il acquiert la renommée internationale avec West Side Story (1957), quand il accède à la direction musicale de l'Orchestre philharmonique de New York (1958) ou anime des émissions de télévision (à partir de 1954), il a déjà une solide carrière derrière lui qui révèle la polyvalence de son talent : chef d'orchestre, compositeur, pianiste, pédagogue, écrivain, homme de télévision, « Lenny » fait éclater les barrières sans jamais donner l'impression de se disperser, car il reste parfaitement maître de lui dans chacune de ces disciplines. Il est aussi l'un des premiers à comprendre l'importance de la communication et des médias dans un domaine jusqu'alors réservé à une élite. Sa démarche reflète exactement les mentalités et les structures de la société américaine, qu'il a exportées dans le monde entier avec un infatigable enthousiasme, une ferveur qu'il communiquait aux orchestres et aux publics qu'il côtoyait. Les excès auxquels il se livrait si volontiers auraient fait sombrer tout autre dans le ridicule ; mais pas lui, car il possédait un magnétisme envoûtant, un pouvoir de persuasion et une curiosité intarissable qui ne laissaient jamais indifférents ses interlocuteurs.

Leonard Bernstein

Photographie : Leonard Bernstein

Le compositeur, pianiste et chef d'orchestre américain Leonard Bernstein (1918-1990) en 1968. 

Crédits : Erich Auerbach/ Getty Images

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West Side Story à l'Orpheum Theatre de San Francisco en 2010

Photographie : West Side Story à l'Orpheum Theatre de San Francisco en 2010

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Crédits : SHNSF

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Wonderful Life

Né à Lawrence (Massachusetts) le 25 août 1918, dans une famille juive d'origine russe, Leonard Louis Bernstein vient relativement tard à la musique et commence ses études de piano à Boston avec Helen Coates et Heinrich Gebhard tout en jouant dans un orchestre de jazz. En 1935, il entre à l’université Harvard, où il travaille l’harmonie avec Edward A. Ballantine, la théorie avec A. Tillman Merritt, le contrepoint et la fugue avec Walter Piston, et l'orchestration avec Edward B. Hill.

En 1937, il rencontre Aaron Copland, dont l'influence sera déterminante. Il est admis au Curtis Institute de Philadelphie (1939-1941), où il est l'élève d'Isabelle Vengerova (piano), de Randall Thompson (orchestration) et de Fritz Reiner (direction d'orchestre). Il travaille la composition avec Nadia Boulanger et fréquente le Berkshire Music Center de Tanglewood, où il suit les cours de Serge Koussevitzky (étés de 1940 et de 1941). Il se produit aussi dans des cabarets au sein des Revuers, un petit groupe qui inclut Betty Comden et Adolph Green – ses futurs collaborateurs pour On the Town et Wonderful Town –, ainsi que la comédienne Judy Holliday. Koussevitzky lui donne l'occasion de diriger ses premiers concerts à Boston en 1942 et, un an plus tard, il est engagé comme assistant d'Artur Rodziñski à l'Orchestre philharmonique de New York. Le 14 novembre 1943, il y fait ses débuts en remplaçant au pied levé Bruno Walter, malade. Sa carrière se développe très rapidement : il est nommé chef permanent du New York City Center Orchestra (1945-1948), donne des concerts en Europe (Prague, 1946), dirige la première américaine de Peter Grimes de Benjamin Britten (1946), devient conseiller musical de l'Orchestre philharmonique d'Israël (1947-1949), crée la Turangalîla-Symphonie d'Olivier Messiaen (à la tête de l'Orchestre symphonique de Boston, le 2 décembre 1949)... Il succède à Koussevitzky, à la mort de celui-ci, comme professeur de direction d'orchestre à Tanglewood (1951-1955) et donne aussi des cours à l'université Brandeis de Waltham, dans le Massachusetts (1951-1956). Entre 1954 et 1962, les émissions de télévision qu'il anime dans le cadre du programme Omnibus de la C.B.S. ont un impact pédagogique étonnant et serviront de base à deux de ses livres (The Joy of Music, 1959, et The Infinite Variety of Music, 1966). Il est le premier chef d'orchestre américain invité à la Scala de Milan (Medea de Cherubini, avec Maria Callas et Fedora Barbieri, 1953). Après une saison pendant laquelle il dirige les concerts de l'Orchestre philharmonique de New York en alternance avec Dimitri Mitropoulos, il accède au poste de directeur musical de cet orchestre (1958-1969). Là encore, il est le premier Américain de naissance à connaître une telle distinction. Il débute au Metropolitan Opera de New York en 1964 et à l'Opéra de Vienne en 1966 avec Falstaff de Verdi ; mais l'essentiel de sa carrière se déroule au concert.

En 1969, il abandonne la direction de l'Orchestre philharmonique de New York, dont il est nommé laureate conductor à vie, pour se consacrer à la composition et à une carrière de chef invité dans le monde entier. Il noue ainsi des liens très étroits avec l'Orchestre philharmonique de Vienne (avec lequel il enregistre notamment sa deuxième intégrale des symphonies de Beethoven), l'Orchestre philharmonique d'Israël, l'Orchestre national de France, l'Orchestre symphonique de Londres (dont il devient président à la mort de Karl Böhm) et celui du Concertgebouw d'Amsterdam. Il donne des cours à Harvard (1972-1973) qui donneront naissance à un autre livre, The Unanswered Question (1976) ; il enseigne également à l'Institut de technologie du Massachusetts (1974), au Conservatoire américain de Fontainebleau...

L'homme est un infatigable défenseur des libertés individuelles : il n'hésite pas à donner des concerts en faveur des Black Panthers ou à composer une « ouverture politique », en hommage à Mstislav Rostropovitch, lorsque celui-ci est déchu de la citoyenneté soviétique (Slava !, A Political Overture, 1977) ; à peine plus d'un mois après la chute du Mur de Berlin, il y dirige la Neuvième Symphonie de Beethoven le 25 décembre 1989, réunissant pour l'occasion des instrumentistes et chanteurs des deux Allemagnes et des puissances occupantes.

Excellent pianiste, il aime à se produire en dirigeant du clavier (concertos de Mozart, Ravel et Chostakovitch, Rhapsody in Blue de Gershwin). Mais il se révèle aussi un accompagnateur de mélodies attentif, partenaire de Jennie Tourel, de Christa Ludwig ou de Dietrich Fischer- Dieskau.

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Leonard Bernstein

Leonard Bernstein
Crédits : Erich Auerbach/ Getty Images

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West Side Story à l'Orpheum Theatre de San Francisco en 2010

West Side Story à l'Orpheum Theatre de San Francisco en 2010
Crédits : SHNSF

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Sur les quais, E. Kazan

Sur les quais, E. Kazan
Crédits : Hulton Getty

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  • : chef d'orchestre, musicologue, producteur à Radio-France

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Pour citer l’article

Alain PÂRIS, « BERNSTEIN LEONARD - (1918-1990) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/leonard-bernstein/