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HOBBES THOMAS (1588-1679)

Thomas Hobbes appartient pratiquement à la génération de Descartes (il naît au moment où la Grande Armada menace l'Angleterre), mais sa longévité (il meurt à quatre-vingt-onze ans), la lenteur avec laquelle il élabore son œuvre laissent croire qu'il est venu après lui. En fait, leurs pensées se forment à la même époque et leur rivalité hargneuse tient à leurs ressemblances. Étendant à la pensée, au discours et au désir le mécanisme rigoureux qu'il discerne dans le monde physique et le mouvement animal, Hobbes s'intéresse de manière privilégiée à la morale et à la politique auxquelles il veut donner un véritable statut scientifique. Appliqué à l'analyse des forces en présence dans l'état de nature où « l'homme est un loup pour l'homme », le modèle mécanique conduit ainsi à poser la nécessité de la toute-puissance du souverain et celle d'un État conçu comme une machine parfaitement organisée. Cette conclusion suppose qu'au mécanisme naturel se trouve substitué, par le contrat, sous la forme du commonwealth, de l'État, un mécanisme tout artificiel dont le souverain est l'ingénieur et le maître. La souveraineté en est l'âme artificielle qui donne la vie et le mouvement au corps tout entier. Chaque citoyen, mû par ce mécanisme, accomplit son devoir. La justice et les lois sont une raison et une volonté artificielles. Le commonwealth est fabriqué à l'image de la machine humaine naturelle. Mais il est l'œuvre des hommes gouvernés par le souverain, « ce dieu mortel ». Son véritable sens est de fabriquer l'homme. « Let us make man  » : faisons l'homme. C'est le dernier mot de Hobbes.

L'auteur du « Léviathan »

La vie de Hobbes est toute simple et tout entière consacrée à l'étude et à la méditation. Il fait de bonnes études jusqu'en 1608 à Magdalen Hall, à Oxford, avant d'entrer au service des Cavendish, famille puissante, titulaire du comté de Devonshire, à laquelle il demeurera toute sa vie attaché. Les seuls événements marquants de son existence sont les trois voyages qu'il fait en France et en Italie (1610, 1629-1630, 1634-1636), à titre de précepteur et de compagnon, en particulier avec deux futurs comtes de Cavendish. Ces voyages l'ouvrent aux problèmes de la science et de la politique de son temps, tout comme le séjour d'exil auquel il se contraint lui-même de 1640 à 1651, à Paris, où il entre en contact avec tout ce que la ville compte de bons esprits.

Les hommes de sa génération sont encore capables d'un savoir encyclopédique. De fait, on le voit se passionner pour les mathématiques, étudier le problème de la vision, dont il présente une interprétation radicalement mécaniste, dès 1630, dans le Short Tract on First Principles ; il donne, en 1628, une traduction de l'Histoire de Thucydide, à laquelle on se réfère et que l'on réédite encore.

Ce dernier trait met en lumière l'intérêt dominant que Hobbes porte aux problèmes politiques, qui seront à trois reprises au centre de ses œuvres. En 1640, circule sous le manteau des Elements of Law qui constituent une première esquisse de ses réponses. Puis il conçoit une grande somme philosophique, les Elementa philosophiae, qui sont publiés en désordre ; la partie politique, le fameux De cive, qui assure sa réputation, paraît à Paris en 1642, mais la première partie, le De corpore, n'est publiée qu'en 1655 et la deuxième, le De homine, en 1658.

<em>Léviathan</em>, T. Hobbes

Léviathan, T. Hobbes

Entre-temps, le célèbre Léviathan, en 1651, rassemble en quelques chapitres les principes de l'anthropologie de Hobbes et présente, une troisième fois, dans une fresque grandiose, ses idées politiques. Entre sa cinquante-deuxième et sa soixante-dixième année, Hobbes aura donné le meilleur de son œuvre.

Après 1660, il écrira encore certains textes polémiques,[...]

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Écrit par

  • : professeur émérite à l'université de Paris-Sorbonne, membre de l'Académie des sciences morales et politiques

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

<em>Léviathan</em>, T. Hobbes

Léviathan, T. Hobbes

Autres références

  • LÉVIATHAN, Thomas Hobbes - Fiche de lecture

    • Écrit par Francis WYBRANDS
    • 956 mots

    S'il fut publié en 1651 en anglais, le Léviathan ou La Matière, la forme et la puissance d'un État ecclésiastique et civilconnut une version latine donnée par Thomas Hobbes (1588-1679) lui-même en 1668. C'est à juste titre que l'on peut considérer cet ouvrage comme le texte fondateur...

  • ABSOLUTISME

    • Écrit par Jacques ELLUL
    • 4 286 mots
    ...aucune opposition ni aucune discussion. Que pourrait opposer le particulier au bien général et à la vérité ? C'est finalement à ce point que nous conduit Hobbes par le renversement célèbre, lorsque partant de l'individualisme le plus total, fondé sur la peur individuelle, il aboutit à l'État total qui seul...
  • ALIÉNATION

    • Écrit par Paul RICŒUR
    • 8 006 mots
    ...maître, bref, s'il ne doit pas engendrer un pacte de sujétion, il faut que cet acte soit un acte d'association. Mais de quelle nature ? C'est ici que Hobbes introduit une expression qui, traduite, reprise et corrigée par Rousseau, deviendra l'aliénation. Dans le contrat selon Hobbes, chaque membre du...
  • AUTRUI (notions de base)

    • Écrit par Philippe GRANAROLO
    • 3 534 mots
    ...métaphysiques seront les approches généalogiques de nos relations avec les autres. Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) reprend l’hypothèse bâtie par Thomas Hobbes (1588-1679) dans le Léviathan (1651), celle d’un « état de nature » ayant précédé l’état de société. Bien que très critique...
  • CHANGEMENT SOCIAL

    • Écrit par François BOURRICAUD
    • 5 805 mots
    • 1 média
    ...de marquer à la fois les sources de cette conception et les prolongements qui en assurent la permanence jusque dans les travaux de nos contemporains. Hobbes (1588-1679) et Rousseau (1712-1778) avaient, chacun à leur manière, souligné que l'ordre social se construit à partir d'un certain nombre de pressions...
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Voir aussi