SYRIE

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Luttes pour l'indépendance politique

Restauration parlementaire et influences extérieures

L'armée rentrée dans ses casernes, le Baas (Baas, « Résurrection ») peut lancer le pays dans des réformes socialistes de plus en plus audacieuses. Le droit de vote à 18 ans, introduit par Za‘īm, a apporté de l'eau au moulin du Baas ; de ce fait, son score électoral passe de 5 à 15 p. 100 des voix. Le Baas participe à trois des cinq cabinets parlementaires de la restauration, et le Parti communiste compte son premier député en la personne de son secrétaire général, Khālid Bagdaš (Khaled Bagdache).

À cette époque, les tentatives des États-Unis pour s'allier la Syrie redoublent, mais la presse arabe s'irrite du traitement trop bienveillant de la politique américaine envers Israël, et accueille mal le plan Johnston (1954) de mise en valeur des eaux du Jourdain ; il s'agit, en réalité, d'une politique de la carotte à laquelle les Syriens opposent un refus formel. Washington choisit alors de brandir le bâton, et c'est l'escalade des notes de protestations sans que cela affecte le neutralisme syrien. Les États-Unis pensent, par le pacte de Bagdad (24 févr. 1955), emporter l'adhésion de la Syrie (après celles de l'Iran et du Pakistan) à la nouvelle alliance turco-irakienne. Mais le gouvernement de Damas craint l'Irak, lié à Washington par le relais d'Ankara, et estime que son indépendance est menacée par la réalisation du « Croissant fertile » soutenu par les Américains ; la force turque et l'agressivité d'Israël qui venait d'être démontrée dans le secteur de Gaza effraient la Syrie.

Un tel environnement diplomatique se répercute sur la vie politique intérieure du pays, déchiré entre les tendances pro-égyptiennes et pro-irakiennes. Sǔkrī al-Quwwatlī, revenu de son exil égyptien, est porté à la magistrature suprême en août 1955, précipitant ainsi le pays dans la zone d'influence du Caire (oct. 1955) par un traité d'alliance militaire prévoyant un commandement militaire commun. C'est l'époque des complots qui échouent ou avortent, des assassinats, des agitations politiques ; en bref, une période parlementaire troublée pendant laquelle le Baas met tout en œuvre pour accéder au pouvoir. L'armée, sous les traits du capitaine Sarrādj du deuxième bureau, avec l'appui des jeunes officiers progressistes, permet au Baas de s'affirmer comme parti dirigeant. Une lutte implacable oppose alors la gauche dirigeante contre les partisans des régimes occidentaux. Peut-être plus que d'autres pays du Proche-Orient, la Syrie a besoin d'une armée moderne ; l'aveuglement des démocraties occidentales, redoutant d'armer un ennemi d'Israël, donne l'occasion d'un premier envoi d'armes provenant des pays socialistes, effectué grâce à l'intervention du président Nasser.

Bien qu'isolée, la Syrie s'est portée au secours de l'Égypte lors de la crise de Suez. Le 4 novembre 1955, Sarrādj fait sauter les stations de pompage de l'Irak Petroleum Company (IPC) à la frontière irako-syrienne. La fermeture du canal de Suez, l'arrêt du transit pétrolier privent l'Europe occidentale de carburant. Le rapprochement avec l'Union soviétique reçoit sa consécration, en pleine crise de Suez, par la visite du président Quwwatlī au Kremlin. L'URSS fournira désormais tout l'armement nécessaire. La pénétration des Soviétiques en Syrie devient la cible des organes de presse occidentaux. En réalité, le danger militaire d'une base avancée russe n'est encore que potentiel, le vrai danger pour la Syrie vient d'ailleurs : la réaction des États-Unis et de ses alliés se concrétise par le complot pro-irakien dénoncé le 23 novembre 1956 par Radio-Damas. L'arrestation des conspirateurs et le procès retentissant qui suivit accentuent le glissement du pays vers la gauche. Le Baas lance l'idée d'un front populaire et, malgré quelques graves émeutes dans la région d'Alep, les élections de mai 1957 font triompher les partis de gauche (Parti communiste, Bloc socialiste, Baas) au détriment du front conservateur (Parti populiste, Frères musulmans, MLA). Le nouveau ministère syrien tente pourtant une importante démarche de rapprochement avec l'Occident. Les ministres au pouvoir Khālid el-Azam (Khaled al-Azam), Salāh al-Bītār, recherchent une aide économique sans aliéner pour autant l'indépendance nationale. De Paris où ils se trouvent, ils lancent des appels discrets à Bonn, Londres et Washington ; mais l'attente se prolonge en vain et, finalement, ils se retrouvent à Moscou, le 6 août 1957, pour conclure avec l'URSS un accord d'assistance économique, technique, et militaire. Mais la Syrie est à la veille d'un bouleversement touchant à son indépendance nationale.

L'union syro-égyptienne

Il est impossible de comprendre l'évolution des rapports de la Syrie avec l'Égypte en faisant abstraction de la politique des États-Unis pour mettre fin au neutralisme syrien qui paralyse son système de pactes. Dans un premier temps, on assiste à des violations répétées de l'espace aérien syrien, à des concentrations des troupes turques à la frontière nord, à des mouvements de la VIe flotte américaine au large du littoral. Début août 1957, un porte-parole de l'armée syrienne dénonce une tentative de complot appuyée par les États-Unis. Le département d'État fait monter la tension ; en même temps, l'Union soviétique met en garde les puissances occidentales. Les décisions du Congrès américain, y compris celles d'envois accélérés d'armes dans la région, sont rendues publiques. Radio-Moscou accuse les États-Unis de préparer l'invasion avec l'aide de la Turquie. À Damas, la tension est à son comble ; les États-Unis amorcent alors un léger retrait. Après quelques jours de calme, la crise rebondit à l'ONU (19 sept. 1957), l'escalade continue à la tribune des Nations unies ; F. Dulles, A. Gromyko, puis N. Khrouchtchev brandissent la menace d'un conflit armé ; les États-Unis avertissent l'URSS qu'en cas d'attaque ils ne considéreraient plus le territoire soviétique comme domaine réservé. La capitale syrienne, estimant la guerre proche, appelle à la lutte : des tranchées sont creusées, des accords économiques signés avec l'URSS. Pourtant, une solution est en vue. Le roi Saoud d'Arabie, qui, depuis septembre, se démarquait des Américains et ralliait autour de lui le Liban, la Jordanie, l'Irak, se range aux côtés de la Syrie. Le 13 octobre 1957, les troupes égyptiennes débarquent à Latakieh ; Saoud est doublé, Nasser triomphe. Le Baas syrien se sent renforcé ; le 14 octobre 1957 Awrānī est élu président de l'Assemblée nationale.

Tandis que la situation internationale se détend, le désordre intérieur se généralise ; le seul espoir d'amélioration du climat politique est une union « profonde » avec [...]

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Syrie : drapeau

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Restitution du portique-galerie d'une maison de Sergilla, Syrie

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Grande Mosquée de Damas

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Pour citer l’article

Fabrice BALANCHE, Jean-Pierre CALLOT, Philippe DROZ-VINCENT, Philippe RONDOT, Charles SIFFERT, « SYRIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/syrie/