SYRIE

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Les longues années de « transition »

Les années 1990 sont celles de la lente transition politique sous l'effet de deux contraintes. D'une part, le régime d'Hafez al-Assad reste bien en place, la contestation organisée est faible, divisée, poussée à l'exil ou anesthésiée par la répression du soulèvement de Hama (1982). Mais derrière l'apparente unanimité, des demandes d'ouverture résonnent : à l'heure où le régime de Ceaucescu s'effondre en Roumanie, des slogans qualifiant la Syrie de Chām-escu (Chām signifiant la Syrie au sens géographique) apparaissent sur les murs de Damas. D'autre part, la Syrie ne peut plus compter sur le contrepoids que représentait l'URSS qui s'effondre au début des années 1990, et se retrouve prisonnière de la politique de sécurité régionale menée par les États-Unis, devenus l'unique puissance au Moyen-Orient. Mais toute transition politique de la Syrie est obérée par la mauvaise santé du président, dessinant une décennie perdue au cours de laquelle les évolutions sont bloquées et la question de la « succession » est dans tous les esprits.

Les blocages structurels du régime syrien

La maladie du président à partir de la seconde moitié des années 1990 obère toute possibilité d'évolution. Hafez al-Assad quitte rarement le palais présidentiel, consacre l'essentiel de son temps à visiter les unités militaires et effectue quelques voyages brefs en Iran, Russie, France et Égypte. Il est préoccupé par la contestation latente, écho de la vague de démocratisation liée à l'instauration de démocraties dans le monde de l'après-guerre froide. La Syrie n'est plus un pays totalement fermé sur lui-même comme dans les années 1980 : interdits officiellement mais tolérés en pratique par le régime, le fax puis les antennes paraboliques, les téléphones cellulaires et enfin Internet (autorisé à la fin de la décennie 1990) font leur apparition. Le débat public s'en trouve modifié et beaucoup plus ouvert, même s'il se déroule souvent par l'intermédiaire des quotidiens libanais.

Le régime répond à cette contestation par des libérations de prisonniers politiques, dont l'ancien président Nūr al-Dīn al-Atāsī ou le général Salah Jedid, ancien rival au sein de l'armée de Hafez al-Assad, mais aussi des centaines de Frères musulmans. Le pouvoir syrien opère une réconciliation prudente avec ces derniers, permettant le retour d'anciens hauts responsables de la confrérie (le guide Ali Sadreddin al-Bayanouni reste toutefois en exil à Londres). Le régime accepte une « réislamisation » de la société, avec la multiplication des voiles chez les femmes, des prières collectives du vendredi ou des écoles religieuses.

Pour répondre plus directement aux aspirations d'ouverture politique des Syriens, le gouvernement Assad réserve, à partir de mai 1991, des sièges (84 sur 250) au Parlement (Majlis al-Chaab) aux candidats dits « indépendants », c'est-à-dire non soumis au Baas ou aux partis autorisés groupusculaires (regroupés au sein du Front national progressiste). Des hommes d'affaires liés au régime, des notables locaux, des prêcheurs religieux, des leaders tribaux ou des vedettes de la télévision font ainsi leur entrée au Parlement et redonnent du lustre à des élections qui fonctionnaient à l'unanimisme, permettant ainsi une participation plus forte des électeurs en 1991 (environ 60 %). Des élites nouvelles très différentes de la nomenklatura traditionnelle du Baas font entendre une voix alternative au sein même du système. Mais les « indépendants » développent, en général, un discours apologétique encore plus fort que les cadres du Baas envers le président Hafez al-Assad. Le 17 novembre 1991, le Parlement approuve à l'unanimité la candidature d'Hafez al-Assad pour un quatrième mandat : il est réélu avec 99,8 % des suffrages. Un gouvernement est formé, avec dix-huit nouveaux ministres sur trente-sept, parmi lesquels vingt-quatre appartiennent au Baas.

Le régime ressent aussi la nécessité d'une ouverture économique (infitah) au sein d'un système qui doit trouver du travail à une population en très forte croissance démographique (3,3 à 3,5 % par an dans les années 1990) et doit faire face à un taux de chômage très fort. Le vote de la loi d'investissement no 10, en mai 1991, introduit une étape nouvelle en facilitant, par des exemptions de taxations et des régulations multiples (et contradictoires), les conditions de l [...]

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Syrie : drapeau

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Restitution du portique-galerie d'une maison de Sergilla, Syrie

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Grande Mosquée de Damas

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Pour citer l’article

Fabrice BALANCHE, Jean-Pierre CALLOT, Philippe DROZ-VINCENT, Philippe RONDOT, Charles SIFFERT, « SYRIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/syrie/