SYRIE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Révoltes de la société et résistance du régime Assad

Le système Assad renouvelé au cours de la décennie 2000 paraît « stabilisé » dans une forme d'autoritarisme modernisé, à défaut d'être réformé. Le président lui-même semble s'en illusionner lorsqu'il répond au Wall Street Journal (31 janvier 2011), à l'heure où les « printemps arabes » commencent à ébranler le régime de Moubarak, après avoir fait chuter celui de Ben Ali, que la Syrie est à l'abri de tels développements. Cet aveuglement est démenti en mars 2011 à Deraa, une petite ville agricole du sud, laissée complètement à l'écart de la modernisation des années 2000.

La naissance du « volet » syrien du printemps arabe

Les protestations commencent après l'arrestation et la torture par les services de sécurité de quinze jeunes collégiens qui avaient inscrit sur des murs, par imitation des révolutions tunisienne et égyptienne (les images vues sur Al-Jazirah), le slogan « Le peuple veut la chute du régime ». La ville de Deraa se mobilise massivement dans des manifestations pacifiques, réprimées par des unités prétoriennes du régime (commandées par le frère du président, Maher al-Assad) ; les images de la répression violente provoquent en retour des protestations dans d'autres régions rurales ou périphériques des villes, par effet d'imitation, dans ces périphéries elles aussi délaissées par la modernisation, et qui étaient, dans les années 1970-1980, le pilier sunnite rural du régime Assad d'où sont issus de nombreux cadres baassistes.

Plus généralement, la circulation des images et les conversations sur les réseaux sociaux provoquent un effondrement du « mur de la peur », qui était un levier mis en place par le régime Assad (père, puis fils), comme en témoignait le rôle central des services de renseignement. Les multiples revendications socio-économiques mobilisent les larges « périphéries » du régime, tous ceux dans le monde rural mais aussi urbain (et qui représentent une majorité) qui ne profitent pas de ce régime, n'ont pas accès à ses réseaux pour obtenir au mieux un petit emploi permettant de survivre et n'ont aucune perspective en Syrie. Ces revendications se politisent (par exemple autour de la question de la levée de l'état d'urgence, régulièrement renouvelé malgré les promesses, de la libération des prisonniers, de la fin de la censure, etc.) et se cristallisent autour de slogans génériques de plus en plus politiques, demandant la liberté (huriyya), la dignité (karama), ou l'humanité (insaniyya), reprenant des slogans entendus en Tunisie, en Égypte et en Libye. L'attitude du pouvoir, qui fait la sourde oreille et engage la répression, nourrit rapidement une rage politique exigeant « la chute du régime ». Des mobilisations massives, non sectorielles (pas seulement les libéraux et la gauche comme en 2000, les Kurdes comme en 2004), interclassistes (des jeunes désœuvrés côtoient leurs congénères des classes moyennes), non dirigées par un courant politique (mais organisées par des coordinations locales à la base, reliées par des réseaux sur Internet et des pages Facebook), non armées et pacifiques (le slogan selmiyye, « pacifiquement ») tentent de prendre le contrôle de l'espace public. La jeunesse de la population joue un rôle important, une jeunesse présente massivement, même si la Syrie se trouve en pleine transition démographique (plus différenciée qu'ailleurs, les sunnites et les Kurdes étant moins avancés que d'autres groupes de la société syrienne). La population syrienne a augmenté d'un quart au cours des années 2000 et un tiers des Syriens environ a moins de quinze ans.

L'engrenage de la violence

La spécificité de la trajectoire syrienne dans les « printemps arabes » est la résistance du régime Assad, qui déploie une violence extrême et peut compter sur la fidélité des forces de sécurité et de l'armée, ou de larges parties de celles-ci. Comme dans tous les autres pays touchés par le « printemps arabe », le rôle de l'armée est fondamental, à partir du moment où la police (et la peur de la répression) n'est plus suffisante pour juguler les protestations dans l'espace public : le pouvoir fait alors appel à des unités prétoriennes ou à l'armée régulière pour engager une répression avec des moyens lourds. Le régime Assad utilise d'abord des unités d'élite dont le commandement est alaouite (comme dans toute l'armée syrienne, que ce soit le chef [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 54 pages

Médias de l’article

Syrie : drapeau

Syrie : drapeau
Crédits : Encyclopædia Universalis France

drapeau

Restitution du portique-galerie d'une maison de Sergilla, Syrie

Restitution du portique-galerie d'une maison de Sergilla, Syrie
Crédits : C. Duvette

photographie

Grande Mosquée de Damas

Grande Mosquée de Damas
Crédits : Bridgeman Images

photographie

Alep (Syrie)

Alep (Syrie)
Crédits : Waj/ Shutterstock

photographie

Afficher les 12 médias de l'article


Écrit par :

Classification

Autres références

«  SYRIE  » est également traité dans :

ÉTAT ISLAMIQUE (EI) ou DAECH ou DAESH

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 2 485 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Le théâtre syrien »  : […] Au début de 2011, en Syrie, l’insurrection contre le régime de Bachar al-Assad tourne rapidement à la guerre civile. C’est une occasion que saisit l’EII, dont les militants traversent sans difficulté la frontière irako-syrienne. Fin 2012, les groupes d’opposants syriens, majoritairement laïques au début, et qui constituaient la base du soulèvement anti-Bachar, sont affaiblis par les dissensions i […] Lire la suite

FRANCE - L'année politique 2016

  • Écrit par 
  • Nicolas TENZER
  •  • 4 160 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « La France dans la tourmente mondiale »  : […] Alors que la police et les forces militaires ont assuré la mise en œuvre sur le territoire national de l’opération Sentinelle (le plan Vigipirate étant porté à un niveau élevé), l’armée a été largement mobilisée au-delà des frontières en 2016. Présente au sein des forces de la coalition luttant contre Daech (acronyme arabe de l’organisation État islamique) en Irak (opération Chammal), elle est aus […] Lire la suite

FRANCE - L'année politique 2015

  • Écrit par 
  • Nicolas TENZER
  •  • 4 371 mots
  •  • 7 médias

Dans le chapitre « La politique étrangère  »  : […] En 2014, la France intervenait au Mali, en Centrafrique et au Sahel, et s’engageait en Irak au côté de la coalition internationale contre l’État islamique (E.I.). En 2015, les opérations extérieures s’amplifient, avec les frappes aériennes en Syrie, décidées après les attentats de novembre. Beaucoup de spécialistes militaires s’inquiètent toutefois des limites des capacités de l’armée française, […] Lire la suite

TURQUIE

  • Écrit par 
  • Michel BOZDÉMIR, 
  • Ali KAZANCIGIL, 
  • Robert MANTRAN, 
  • Jean-François PÉROUSE
  •  • 41 638 mots
  •  • 16 médias

Dans le chapitre « Les relations de la Turquie avec son voisinage »  : […] Depuis le milieu des années 1960, tout en continuant à rester fermement ancrée à l'Occident, la Turquie a cherché à établir des relations plus soutenues avec son environnement régional, qu'elle avait soit négligé, soit abordé strictement dans le cadre des stratégies et des alliances définies par les États-Unis. Une raison importante de cette diversification a été la prise de conscience que le tête […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

24 février 2022 France. Condamnation de la France par le comité des droits de l'enfant des Nations unies.

Depuis mars 2019, onze enfants français sur les quarante-neuf concernés par cette requête ont été ramenés en France, sur un nombre total d’enfants français détenus en Syrie estimés à deux cents.  […] Lire la suite

3 février 2022 Syrie – États-Unis. Mort du chef de l'organisation État islamique dans un raid américain.

L’Irakien Abou Ibrahim al-Hachimi al-Qourachi, chef de l’organisation État islamique (EI), est tué lors d’une opération américaine menée au sol à Atmé, dans la province d’Idlib. Il était le successeur d’Abou Bakr al-Baghdadi, tué en octobre 2019 dans des circonstances similaires. « Cette opération témoigne du rayon d’action et des capacités de l’Amérique à éliminer les menaces terroristes […] », commente le président Joe Biden. […] Lire la suite

20-30 janvier 2022 Syrie – Irak. Opérations meurtrières de l'organisation État islamique.

Le 20, près de deux cents combattants lourdement armés de l’organisation État islamique (EI) attaquent la prison de Ghwayran, à Hassaké, ville contrôlée par les Forces démocratiques syriennes (FDS) à dominante kurde dans le nord-est de la Syrie. Les combats meurtriers qui opposent les FDS soutenues par la coalition internationale aux djihadistes et aux détenus continuent les jours suivants. […] Lire la suite

13 janvier 2022 Allemagne – Syrie. Condamnation d'un tortionnaire syrien pour « crimes contre l'humanité ».

La Haute Cour de Coblence (Rhénanie-Palatinat) condamne le Syrien Anwar Raslan, ancien responsable du renseignement militaire, à la prison à vie pour « crimes contre l’humanité », en application du principe de compétence universelle. Anwar Raslan est reconnu coupable d’avoir ordonné ou commis des actes de torture à l’encontre d’au moins quatre mille détenus de la prison d’Al-Khatib, à Damas, et d’avoir tué vingt-sept d’entre eux, entre avril 2011 et septembre 2012. […] Lire la suite

27-29 décembre 2021 Russie. Dissolution de l'ONG Memorial.

Il enquêtait sur les exactions commises en Tchétchénie pendant les guerres des années 2000 et encore aujourd’hui, ainsi que sur les abus perpétrés par le groupe de mercenaires Wagner en Syrie. Il est reconnu coupable de violation de la législation russe sur les « agents étrangers », ainsi que d’« apologie de l’extrémisme » pour avoir considéré comme prisonniers politiques des personnes condamnées en Russie pour terrorisme. […] Lire la suite

Pour citer l’article

Fabrice BALANCHE, Jean-Pierre CALLOT, Philippe DROZ-VINCENT, Philippe RONDOT, Charles SIFFERT, « SYRIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/syrie/