SYRIE

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Stabilité retrouvée et consolidation du pouvoir du général Hafez al-Assad

Depuis novembre 1970, la Syrie se trouve sous l'autorité sans partage du général Hafez al-Assad. Soucieux de sortir le pays de l'état permanent de crise qui prédomine depuis l'indépendance acquise en 1946, le président syrien entreprend de réaliser son « mouvement de redressement » sous les couleurs du parti Baas. Mais le pouvoir repose d'abord sur l'appareil militaire et de sécurité. En son sein, la minorité alaouite, à laquelle appartient le chef de l'État, occupe une place dominante. En apparence très fort, le régime doit constamment s'appliquer à corriger, parfois brutalement, les déviations ou les excès de sa classe politique et de son administration, à réprimer une contestation, dont les Frères musulmans seront les principaux révélateurs, et à neutraliser les rivalités de clans soucieux de préserver leurs acquis et leur avenir politique. L'habileté manœuvrière du général Hafez al-Assad lui permet de maintenir une relative stabilité intérieure, malgré la persistance de difficultés économiques résultant du maintien d'un état d'alerte permanent face à Israël.

À l'extérieur, la Syrie entend poursuivre une politique de présence – d'ingérence ? – active. Elle reste d'une extrême fermeté dans le conflit israélo-arabe, tardant à s'aligner sur ceux des pays arabes qui, à l'instar de l'Égypte, n'écartent plus l'idée d'une paix négociée avec l'État juif. Elle n'autorise aux Palestiniens aucune liberté d'action, en dehors de sa stratégie. Au Liban, où elle intervient militairement à partir de 1976, elle s'emploie à rallier le gouvernement et les partis à ses conceptions et, finalement, réussira à les leur imposer. Attentive à ne pas laisser se développer, dans son voisinage immédiat, d'autres ambitions qui porteraient ombrage à ses desseins, elle alterne menaces et conciliations avec l'Irak et la Jordanie. Elle n'hésite pas à rompre la solidarité arabe en développant des relations avec l'Iran en guerre contre l'Irak avant de s'associer à la coalition occidentale contre ce pays dans la guerre du Golfe, en 1990. Enfin, devenue une alliée (1980-1988) proche encore de l'Union soviétique par la signature d'un traité d'amitié et de coopération (8 oct. 1980), la Syrie n'en recherchera pas moins une ouverture, rendue délicate à cause de certaines de ses pratiques, en direction de l'Occident.

Baassistes, militaires et alaouites

La Syrie est baassiste depuis mars 1963. En 1966, elle s'est séparée de ses chefs historiques, dont Michel Aflak, avant de revenir à la faction « militaire » du parti en 1970. Le coup de force du général Assad, opéré au détriment de l'aile « civile », consacre, depuis lors, la prééminence au sein du Baas des militaires et donc, en Syrie, de l'armée. Élu le 12 mars 1971 pour sept ans, il choisit le général Abdel Rahman Khlefaoui comme Premier ministre en avril. En février 1971, un Conseil du peuple de 173 membres, dont 87 appartiennent au Baas, est créé par décret. Pour consolider son emprise, le parti gouvernemental rassemble autour de lui, en mars 1972, au sein d'un Front national progressiste, toutes les forces nationalistes ou progressistes, dont le Parti communiste. Cette ouverture marque le retour, effectif quoique limité, à une certaine pratique de la démocratie. La réforme s'étend à la vie économique où le secteur privé, jusque-là tenu à l'écart, est invité à se développer.

Dans le nouveau gouvernement de décembre 1972, présidé par Mahmoud al-Ayoubi et qui demeure en place jusqu'en août 1976, date à laquelle Khlefaoui est rappelé, seize des trente et un ministres appartiennent au Baas. Une Constitution permanente est votée en janvier 1973 et des élections ont lieu en mai, attribuant 124 sièges sur 186 aux candidats du Front national. Les élections suivantes, en août 1977, confirment les positions du Front, qui détient alors 159 sièges sur 195. Au sein de cette coalition, c'est naturellement le Baas qui domine. Parti d'encadrement des masses plutôt que parti de masse, le Baas, dirigé par un Commandement national (panarabe) et un Commandement régional (syrien), n'a pas des assises aussi sûres que ses dirigeants le prétendent. Cela est dû en partie aux luttes de clans qui, de tout temps, ont divisé sa direction. En outre, le courant rival, installé à Bagdad et qui a récupéré certains des chefs (syriens) du parti, entretient de l'extérieur une tension dont les complots, attentats ou assass [...]

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Syrie : drapeau

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Restitution du portique-galerie d'une maison de Sergilla, Syrie

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Grande Mosquée de Damas

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Pour citer l’article

Fabrice BALANCHE, Jean-Pierre CALLOT, Philippe DROZ-VINCENT, Philippe RONDOT, Charles SIFFERT, « SYRIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/syrie/