SOMALIE

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Somalie : carte physique

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Somalie : drapeau

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Somalie : peuplement et activités

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Somalie italienne, 1889-1905

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Nom officielSomalie (SO) 1
Note : La république du Somaliland, proclamée en mai 1991, est en attente de reconnaissance par la communauté internationale. Cette entité correspond à l'ancien Somaliland britannique (qui avait formé l'État somalien en s'unifiant avec la Somalia italienne en 1960) et couvre environ un quart du territoire somalien.
Chef de l'ÉtatMohamed Abdullahi Mohamed (depuis le 8 février 2017)
Chef du gouvernementHassan Ali Kheyre (depuis le 1er mars 2017)
Note :
CapitaleMogadiscio ou Muqdisho
Langues officiellesarabe, somali
Unité monétaireshilling de Somalie (SOS)
Population13 573 000 (estim. 2018)
Superficie (km2)637 657

À la pointe orientale de l'Afrique, formant une péninsule bordée par le golfe d'Aden au nord et l'océan Indien à l'est, la Somalie (636 000 kilomètres carrés et environ 10 millions d'habitants au milieu des années 2000) est un État en ruine. Créé en 1960 par l'unification de deux colonies devenues indépendantes, le Somaliland britannique et la Somalia italienne, l'État somalien naît avec le sentiment d'être incomplet. Il revendique, en effet, l'incorporation de territoires limitrophes habités par des Somali : à l'est de l'Éthiopie, au nord du Kenya, et au sud de la Côte française des Somalis (qui devient la République de Djibouti en 1977). Ce nationalisme irrédentiste, qui exige que les contours de l'État soient conformes à ceux de la nation, échoue pour deux raisons. D'abord, la communauté internationale ne tient pas à ouvrir la boîte de Pandore du redécoupage des frontières. Ensuite, l'État somalien doit faire face à la fragmentation de la société somali en une multitude de clans répartis en six branches principales. Dans ce système, les solidarités entre individus dépendent de leurs positions dans des groupes de descendance se rattachant à des ancêtres communs. Si la dictature du général Siyad Barre, établie en 1969, réussit dans un premier temps à dépasser ces clivages, elle dérive dans le culte de la personnalité, la manipulation des clans les uns contre les autres et la répression des groupes récalcitrants. Son échec militaire en 1978 face à l'Éthiopie exacerbe les tensions intérieures, notamment entre le Nord et Sud dont l'union n'a jamais véritablement fonctionné.

Depuis le déclenchement de la guerre civile en 1991, les violences subies par les Somaliens sont sans commune mesure avec les difficultés ordinaires de vie et de survie sur ce territoire aride et structurellement fragile (sécheresses, inondations, manque d'infrastructures). Les régions du Nord ont réussi à remettre sur pied des institutions stabilisées et fonctionnelles. Le Somaliland revendique la reconnaissance de son indépendance proclamée en 1991, tandis que le Puntland défend son autonomie dans un État somalien unifié qui reste à reconstruire. Le centre et le sud du pays, et plus particulièrement la capitale Mogadiscio, sont ravagés par les rivalités entre factions guerrières, face auxquelles les interventions de la communauté internationale sont restées impuissantes, quand elles n'ont pas déstabilisé la recomposition d'équilibres fragiles.

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Carte physique de la Somalie. 

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Somalie : drapeau

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Somalie (1954). Une étoile blanche sur un champ bleu ciel, s'inspirant de celui du drapeau des Nations unies, organisme qui assista le pays durant la décennie précédant l'indépendance. L'étoile est hautement symbolique, puisque ses cinq branches marquent les composantes de la « Grande... 

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—  Éloi FICQUET

Géographie

La Somalie occupe l'extrémité de la Corne de l'Afrique. Indépendante en 1960, elle réunit, au nord, le Somaliland britannique et, au sud, la Somalie italienne. En dépit de son homogénéité religieuse et linguistique, elle peine à retrouver une unité politique perdue lors de la chute de la dictature de Mohamed Siyad Barre en 1991.

Un Sahel équatorial

La péninsule somali, bien que traversée au sud (à la hauteur de Kismaayo) par l'équateur, appartient au domaine aride (moins de 250 mm/an de précipitations) car le courant frais de Mogadiscio, qui longe la côte de l'océan Indien, limite l'évaporation. Les précipitations, irrégulières en volume, suivent des rythmes équatoriaux. La grande saison des pluies (gu, de mars à juin) est séparée de la petite saison humide (dayr, septembre-octobre) par la petite saison sèche (xaaga, juillet-août). La grande saison sèche s'étend de novembre à février. Toutefois, de nombreux puits (ceel) atteignent des nappes phréatiques abondantes, palliant ainsi l'absence d'écoulement pérenne.

Au nord, les plateaux sédimentaires s'abaissent à l'ouest de la ville de Hargeisa puis se relèvent à l'est, à 1 707 mètres au Goliis, à 2 416 mètres au Shimbiris près de Ceerigaabo, et à 2 135 mètres (mont Surud) au sud du port de Qandala. En Majeerteen, le cap Guardafui (Raas Caseyr), prolongement des plateaux, sépare le golfe d'Aden de l'océan Indien. Les montagnes volcaniques, qui reçoivent plus de 500 millimètres de précipitations annuelles, retombent par un escalier de failles sur l'étroite plaine littorale de Guban qui borde le rift du golfe d'Aden et où est situé le port de Berbera. La brousse à épineux, qui apparaît à partir de 600 mètres, est remplacée, au-delà de 1 800 mètres, par une forêt relique de genévriers où pousse l'encens. Au sud-ouest de Burco, les montagnes s'inclinent vers les pâturages du plateau du Hawd (sud) partagés avec l'Éthiopie, et vers la vallée du Nugaal jusqu'à l'océan Indien. Au sud de Garoowe et d'Eyl s'étendent les plaines arides du Mudug et du Galguduud qui se terminent par un littoral dunaire aux rares abris (Hobyo). À Beled Weyne, dans le Hiiraan, le Wabi Shabeele qui vient des montagnes du Balé en Éthiopie, pénètre en Somalie. Sa large vallée inondable et boisée court vers le sud jusqu'à Mogadiscio, où elle s'infléchit parallèlement à la côte, sur 400 kilomètres, jusqu'à rejoindre le confluent du Jubba. Le Shabeele est bloqué par le cordon littoral du Bénadir (Benaadir), formé d'une succession de lagunes et de dunes. Le Jubba, venu également des montagnes du Balé, pénètre en Somalie à Doolow et court vers le sud dans une large vallée inondable, boisée et coupée de rapides et de barrages, qui s'ouvre sur un profond estuaire, au nord de Kismaayo. Entre les deux fleuves, aux hautes eaux estivales, s'étend la Jasiira (Mésopotamie) dans laquelle les collines de Bakool et de Bay reçoivent plus de 500 millimètres de précipitations annuelles.

Guerriers, éleveurs et croyants

La Somalie compterait environ 10 millions d'habitants en 2007, dont 99 p. 100 parlent le somali, une langue couchitique. Toutefois, 4,4 millions de Somali peuplent la région-État Somali centrée sur l'Ogaden en Éthiopie, et les Somali représentent la moitié des Djiboutiens et la majorité des Kenyans de la province du nord-est. Les Somaliens sédentaires se concentrent dans le nord du pays, ainsi qu'au Bénadir et en Jasiira. Ailleurs, le peuplement lâche se calque sur le réseau des puits des lignages (reer, les unités minimales des clans). Les Somaliens, à l'exception des hors-clans (les midgan, c'est-à-dire les descendants d'esclaves, les forgerons, les tanneurs) se répartissent en six grandes fédérations de clans. Les fédérations d'éleveurs, les plus prestigieuses, dominent les fédérations d'agriculteurs des Rahanwein (Raxanweyn) et Digil établis entre les fleuves Jubba et Shabeele, au contact, au nord, avec les Hawiye, une fédération d'éleveurs. Les Darod (Daarood), les plus nombreux, traversent en diagonale la péninsule : au nord, les clans Majertin (Majeerteen) et au sud-ouest, les Marehan (Mareehan) et les Ogaden (Ogaadeen) qui sont au contact des Rahanwein. Dans le bas-Jubba et le bas-Shabeele subsistent les enclaves des Wagoni et des Wagosha, des minorités de chasseurs-pêcheurs de langue bantou. La fédération des Dir se partage entre Djibouti, l'Éthiopie et la Somalie, et celle des Issaq domine le Somaliland. La structure clanique est à l'origine de l'organisation de la mobilisation des ressources des éleveurs et des agriculteurs en cas de sécheresse. Afin de limiter l'extension des inévitables conflits pour les pacages qui surviennent au début de chaque saison sèche, les membres de reer voisins se réunissent en assemblée (shir). Ils concluent des pactes dans le cadre de la loi coutumière (xeer), qui fixent le « prix du sang » (compensation payée par le meurtrier et son lignage à la famille et au lignage de la victime), afin de mettre un terme au cycle des vengeances qui est fréquent chez les éleveurs très attachés à l'éthique guerrière.

Somalie : peuplement et activités

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Clans, éleveurs et agriculteurs en Somalie. 

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L'islam, qui transcende les divisions claniques, est pourtant un facteur de division. Les Somaliens ont été sensibles à la prédication des seyyid et des aw (cheikh) et sont entrés dans des confréries soufies (Qadiriya au xve s., Salihiya et Ahmadiyya au xixe s.). Ils se rendent en masse à de nombreux pèlerinages sur les tombeaux des fondateurs, des aw locaux, et s'établissent dans le voisinage dans des zaouïas (jamaca en somali), des communautés observant le même ordre soufie et vivant de l'agriculture. L'islam somali est régulièrement la proie de jihad fomentés par des prédicateurs, formés en Arabie Saoudite ou touchés par la baraka (bénédiction). Ainsi, le dictateur Siyad Barre (1969-1991) lutta contre l'emprise des clans et des confréries musulmanes et promut des hors-clans dans l'administration. Au grand scandale des lettrés musulmans, il imposa, en 1972, le somali, épuré de ses emprunts à l'arabe et écrit en caractères latins, comme langue officielle. Cependant, après la défaite de 1978 en Ogaden, la disparition progressive de l'État et l'effondrement de la production des biens et des services ont réactivé les appartenances claniques et confrériques qui permettent, en dernier ressort, de bénéficier de la dilapidation des ressources, des trafics et de disposer d'armes après le déclenchement de la guerre civile en 1988.

La Somalie menacée

La céréaliculture pluviale à l'araire s'étend sur les plateaux et dans les montagnes du nord qui prolongent le plateau du Harar. Comme en Éthiopie, la culture du khât, une plante à drogue, s'est imposée, éclipsant la cueillette de l'encens, une ressource qui était exploitée depuis l'Antiquité. Les bovins transhument entre la plaine littorale et les hauteurs, et vers les riches pâturages du Hawd, partiellement situés en Éthiopie. Les clans de la fédération Issaq s'y affrontent, pendant xaaga, avec les clans Ogaden de la fédération Darod. La sécheresse de 1973-1974 fit 75 000 victimes, entraîna la perte d'un tiers du cheptel et le déplacement forcé de 300 000 éleveurs vers le sud, dans la Mésopotamie. Par ailleurs, le conflit avec l'Éthiopie en 1977-1978 provoqua l'afflux de milliers de réfugiés, surtout dans le nord. L'ex-Somaliland britannique exporta, dans les années 1980-1990, de plus en plus de bovins vers l'Arabie Saoudite, notamment lors du pèlerinage à la Mecque, en plus de son débouché traditionnel vers le port d'Aden (Yémen). En retour, la Somalie, membre de la Ligue arabe depuis 1974, accueillit des prédicateurs wahhabites. En plus des sécheresses, des vols et des tueries d'animaux, la guerre civile a précipité les pasteurs vers les camps de réfugiés et vers les villes.

Héritées de la colonie italienne, les plantations irriguées du Bénadir le long du Wabi Shabeele (Jawhar, Balcad, Afgooye) et du Jubba (Jilib, Jamaane, Kismaayo) produisaient du sucre, du coton, des bananes, des agrumes et des légumes destinés aux marchés urbains et à l'Italie. Des tissages, des sucreries, des conserveries et des ateliers, souvent dirigés par des Italo-Somaliens, s'établirent à Mogadiscio, Balcad et Marka. Ces entreprises nationalisées périclitèrent sous la dictature de Siyad Barre, qui développa, dans la Jasiira, la céréaliculture mécanisée pluviale dans des villages socialistes.

Toutefois, la guerre civile, commencée dans le nord en 1988 puis étendue au sud en 1991, aboutit à la captation, à la destruction ou à l'abandon des infrastructures et des équipements industriels et urbains. Enjeu des luttes entre les seigneurs de la guerre, la capitale est tombée en juin 2006 sous la coupe des tribunaux islamiques qui ont ensuite pris Kismaayo. L'intervention éthiopienne a rétabli le gouvernement provisoire à Mogadiscio où se concentre au moins un tiers des Somaliens (2 à 3 millions d'hab.) qui tentent d'y survivre. Au gré des alliances et des luttes entre les clans, ainsi que des interventions éthiopiennes et érythréennes (officiellement depuis fin 2006), des « États » autoproclamés surgissent puis disparaissent au sud, au centre et en Majeerteen où le Puntland a déclaré son autonomie par rapport au Somaliland en 1998. L'ex-Somaliland britannique a proclamé son indépendance depuis 1991 et bien qu'il exerce les pouvoirs régaliens sur tout le territoire, la communauté internationale refuse de le reconnaître. L'Union africaine et la Ligue arabe, entraînées par l'Égypte et l'Érythrée, maintiennent coûte que coûte l'unité fictive de la Somalie, dans la mesure où elle constitue un contrepoids à l'Éthiopie qui soutient le Somaliland et étend son influence sur l'ensemble de la Corne.

—  Alain GASCON

Histoire

Le « pays du bout du monde » des Anciens

Rares sont les indices qui permettent de reconstituer l'histoire ancienne des territoires de la Corne de l'Afrique avant l'expansion des Somali, même si les rivages sont mieux connus grâce aux contacts anciens avec le monde méditerranéen. Au milieu du IIIe millénaire avant J.-C., les Égyptiens explorent la mer Rouge et découvrent des côtes où abondent encens et aromates, qu'ils nomment le pays de Pount. Les expéditions vers ces confins s'amplifient sous la reine Hatchepsout (xve siècle avant J.−C.), qui les fait représenter dans les bas-reliefs du temple de Deir el-Bahari à Louxor. La localisation exacte de ce territoire fait débat : se trouve-t-il au nord de l'actuelle Érythrée, ou au-delà du détroit de Bab-el-Mandeb ? Correspond-il à un endroit précis ou est-ce un lieu mythique ? Quoi qu'il en soit, les bâtisseurs de la nation somalienne contemporaine se sont emparés de ce toponyme ancien pour revendiquer une historicité concurrente de celle de l'Éthiopie et, depuis 1998, la pointe orientale de la Somalie s'est constituée en gouvernement autonome dénommé Puntland.

Dans les sources grecques du début du Ier millénaire après J.-C., à l'est du détroit de Bab-el Mandeb s'étend « le pays du bout du monde » dont les places commerciales regorgent d'encens et d'épices. Malao, port le plus actif de cette région, correspond probablement à l'actuelle rade de Berbera. Au-delà, au sud du cap Gardafui (où se trouve le « port des épices ») et du ras Hafun (appelé alors Oponé), les côtes de l'océan Indien constituent la contrée d'Azania, dont les échanges commerciaux sont contrôlés par le royaume sudarabique de Himyar (Aden et son arrière-pays).

Les grandes migrations des Somali

C'est en plusieurs vagues migratoires que les groupes constitutifs du peuple somali vont s'installer dans la péninsule orientale de l'Afrique. Les sources historiques (arabes surtout) sont tardives et peu nombreuses, mais l'étude comparée des langues, des mythes et des structures claniques permet d'en retracer les grandes phases.

Dans un premier temps, au début de l'ère chrétienne, dans une région probablement située dans la zone aride au nord de l'actuel Kenya, les ancêtres des Somali, nomades qui élèvent le zébu et le chameau, suivent la direction du nord, en longeant les contreforts orientaux des massifs du Sidamo et de Balé et atteignent les bassins des fleuves Jubba puis Shabeele.

Ensuite, dans un deuxième temps, vers les ive-vie siècles, a lieu la première scission entre ceux qui s'établissent entre les deux fleuves pour y pratiquer l'agriculture (les Sab), et ceux qui poursuivent une vie nomade et cheminent vers le nord (les Samalé, d'où dérive l'ethnonyme Somali, indiquant la primauté du statut des nomades par rapport aux sédentaires).

Enfin, le troisième mouvement migratoire commence autour du xe siècle. Les clans nomades, qui se sont répartis dans les zones de pâturages des montagnes surplombant le littoral du golfe d'Aden, vont refluer vers le sud selon trois grands axes. Les Issaq s'étendent au nord sur le massif et sur les côtes (xiie-xive siècle). Les Darod partent de la pointe nord-est pour se déployer vers le sud-ouest, dans les plaines qui sont aujourd'hui à l'est de l'Éthiopie (xve-xvie siècle) et au nord-est du Kenya (xixe siècle). Enfin, les Hawiye se lancent vers le sud, pour s'installer, d'une part, dans la vallée du Shabeele et sur les côtes jusqu'à Mogadiscio (xiie-xvie siècle) et, d'autre part, sur le territoire à la confluence de la Jubba et de la Dawa (xviie siècle) entre la Somalie, l'Éthiopie et le Kenya.

En ce qui concerne les populations antérieures aux Somali, les sources témoignent de relations intenses, sur les côtes, avec la péninsule arabique, avant l'introduction de l'islam. Elles ont probablement engendré une population métissée arabo-africaine, concentrée dans les cités portuaires et ouvertes aux influences méditerranéennes, abyssiniennes, perses et indiennes. La situation à l'intérieur des terres est plus mystérieuse. Au nord, selon les traditions orales, les Somali auraient repoussé les Galla, terme désignant généralement les Oromo. Mais cette hypothèse est discordante avec ce que l'on sait par ailleurs des origines plus méridionales de ce peuple, et elle renverrait plutôt à un phénomène de diffraction de la mémoire repoussant dans un passé lointain des confrontations plus récentes. Au sud, il est attesté que les côtes de l'océan Indien et l'arrière-pays entre les deux fleuves étaient habités par des peuples de langue bantou connus sous le nom de Zanj (d'où vient le toponyme Zanzibar, « côte des Noirs »). Depuis l'Antiquité, les Zanj étaient esclaves en Orient, en Mésopotamie notamment, jusqu'à ce qu'ils se soulèvent à la fin du ixe siècle. Cette traite a cessé avec l'expansion des Somali qui assimilèrent certains groupes en leur conférant des statuts subalternes. D'autres groupes zanj, dont descendent les Giriama ou les Mijikenda du Kenya, ont été repoussés vers le sud.

Intégration dans la communauté religieuse et politique de l'islam

Si on estime aujourd'hui que 99 p. 100 des Somali sont musulmans sunnites, la pénétration graduelle de cette religion dans l'ensemble de la société s'est achevée à la fin du xixe siècle.

Après son avènement, l'islam se diffuse rapidement dans la mer Rouge et le golfe d'Aden à travers le réseau portuaire dominé par les communautés sudarabiques et perses. Jusqu'au xiie siècle, cette religion reste un phénomène côtier. Puis ses adeptes, marchands et hommes de foi, s'implantent à l'intérieur en suivant les routes des caravanes. Sur les principaux carrefours se forment alors une série de royaumes musulmans interconnectés, fournisseurs mais aussi rivaux du royaume chrétien d'Éthiopie. Au nord, la plaque tournante de ces échanges est le port de Zeila, sous la souveraineté du puissant royaume de l'Adal. Au sud, la cité portuaire de Mogadiscio est fondée au xe siècle par des colons arabes et perses. Mogadiscio et les cités voisines de Brava et de Marka, sur la côte du Benadir, forment le maillon le plus au nord de l'espace économique et culturel swahili (les cités-État du littoral africain de l'océan Indien). Elles seront absorbées par les Somali au xviie siècle.

Aux marges de ces places commerciales cosmopolites et islamisées, les Somali nomades peuplant l'intérieur des terres seront longtemps considérés comme des pillards avant de devenir des intermédiaires. Les sources arabes les nomment « Barbares » (barbara), opérant un rapprochement avec les Berbères connus pour leur attitude récalcitrante. Avant leur conversion à l'islam, les Somali pratiquaient une religion animiste, dominée par une divinité céleste nommée Waaq, dont dépendait la régulation du climat.

Les préceptes de l'islam sont portés par des hommes de religion venus d'Arabie Saoudite (wadad) pour mener leur mission. Par leur sagesse et leur charisme, ils se font reconnaître comme médiateurs des conflits et parviennent à imposer les valeurs du Coran. L'adhésion à une communauté universelle dépassant les divisions claniques provoque de nouveaux rassemblements mais ne transforme pas les fondements du lien social entre les Somali. Si la loi islamique de la charia est respectée, celle-ci forme un ordre idéal superposé à l'ordre temporel du xeer.

À l'intérieur des terres, le sultanat Ajuran (nom d'un clan hawiye), formé au xive siècle, est le premier ordre politique à fonder son autorité sur l'islam. Basé à Qallafo, sur les rives du Shabeele, il exploite les richesses agricoles de l'interfleuve et développe le commerce grâce au port de Hobyo sur l'océan Indien. Il se désintègre au xviie siècle, en raison de dissensions avec les autres clans hawiye et des incursions portugaises sur les côtes. À la fin du xixe siècle se produit la dernière vague d'islamisation, portée par le mouvement du renouveau confrérique dans le monde musulman, qui confronte violemment les partisans de l'ancienne confrérie Qadiriya, tolérante envers les cultes de saints locaux vénérés pour leurs pouvoirs miraculeux, aux représentants des mouvements réformistes, comme la Salihiya, prônant une plus grande rigueur dans la pratique des fondements de l'islam.

Confrontations des Somali aux impérialismes, XVIe-XIXe siècle

La première implication des Somali dans la géopolitique régionale remonte au xvie siècle. En 1529, l'émir Ahmed ibn Ibrahim, dit Ahmed Gragne (le « gaucher »), homme fort de la cité de Harar, centre religieux et politique du royaume de l'Adal, forme une coalition de tous les territoires musulmans avoisinants, pour lancer une guerre sainte contre le royaume chrétien d'Éthiopie. Cette armée puissante et multiethnique intègre des contingents somali, majoritairement issus des clans darod, mais aussi dir et issaq. Ce conflit prend une ampleur internationale lorsque chaque camp fait appel, selon son obédience religieuse, aux empires portugais et ottoman qui s'affrontent en mer Rouge pour le contrôle de l'océan Indien. Pour imposer leur monopole, les Portugais avaient bombardé Mogadiscio en 1499, occupé Brava en 1503, incendié Zeila en 1516, et mis à sac Berbera en 1517. À la demande des Éthiopiens, ils envoient un corps expéditionnaire qui permet de mettre un terme à la guerre en 1543. Mais ils n'en tirent aucun profit, les Ottomans ayant mis, entre-temps, toutes les côtes sous leur juridiction.

À partir du xviie siècle, les Ottomans se contentent de contrôler indirectement cette région en déléguant leur autorité à des États subalternes. Zeila et Berbera sont confiés aux chefs de Moka au Yémen, qui prélèvent un tribut annuel auprès des gouverneurs somali. De même, les côtes africaines de l'océan Indien passent, en 1704, sous la tutelle du sultanat d'Oman, qui se détache de l'empire ottoman en 1741. Au début du xixe siècle, Mogadiscio tente, à l'instar de Mombasa, de se soustraire aux taxations et aux contraintes commerciales imposées par les Omanais. En représailles, la ville est bombardée en 1828. À partir de 1861, ces côtes appartiennent au sultan de Zanzibar qui s'est séparé d'Oman.

Les Somali partagés entre quatre empires coloniaux

Ouvert en 1869, le canal de Suez aiguise les convoitises européennes sur la mer Rouge. C'est pourtant l'Égypte qui se lance la première dans la conquête de ces rivages. Émancipée de la tutelle turque depuis le début du xixe siècle, elle veut dominer le bassin du Nil dont dépend sa survie. En 1866, le khédive Ismâ'il avait repris les possessions ottomanes sur les côtes africaines jusqu'au cap Gardafui. En 1875, il envoie des corps expéditionnaires conquérir l'arrière-pays, notamment la cité de Harar, au centre des trafics débouchant sur Zeila, qui est occupée et restera dix ans sous domination égyptienne. Une flottille vise aussi l'embouchure de la Jubba avec l'objectif de réunir tous les territoires Somali, mais les protestations du sultan de Zanzibar obligent le khédive à renoncer à ce projet. Cette politique hasardeuse et dispendieuse mène à la banqueroute de l'Égypte, obligeant les gouvernements de Londres et de Paris, principaux créanciers (du canal de Suez et du secteur capitaliste que son percement attire), à superviser les affaires égyptiennes. En 1882, un début d'insurrection contraint les Britanniques à mettre le pays sous tutelle.

Les Britanniques assument donc la charge des conquêtes égyptiennes en Afrique. Soucieux de ne pas laisser s'installer une puissance adverse en face d'Aden, position stratégique acquise en 1839, ils avaient déjà négocié avec l'Égypte les conditions d'usage des ports de Zeila et de Berbera. Ces côtes présentent également à leurs yeux un autre intérêt lié à l'abondance en bétail pour nourrir Aden. Le protectorat du Somaliland, proclamé en 1884, fait donc office de colonie accessoire soutenant l'empire colonial britannique.

En achetant une concession sur le port d'Obock en 1862, les Français prennent également position en mer Rouge, avec l'intention de développer leurs intérêts en Éthiopie. Par des accords de protectorat avec des sultans afar et des chefs coutumiers somali du clan issa, ils agrandissent ce territoire puis ils forment, en 1896, la colonie de la Côte française des Somalis. Djibouti, en territoire somali, en devient le centre et connaît un essor économique grâce au chemin de fer vers Addis Abeba construit entre 1898 et 1917.

Par ailleurs, l'Italie récemment unifiée ambitionne de renouer avec sa grandeur impériale antique, en participant à la colonisation de l'Afrique. Parmi le peu d'options laissées par la rivalité entre Britanniques et Français, les Italiens jettent leur dévolu sur la Corne. Ils achètent d'abord des concessions le long des côtes, puis négocient des traités de protection avec des chefs de clans. En 1892, Vincenzo Filonardi, consul à Zanzibar, obtient du sultan un bail sur la côte du Bénadir. Ces premiers établissements, d'où partent des explorations à l'intérieur des terres, forment les bases de la Somalie italienne, colonie qui sera établie en 1905. Après la Première Guerre mondiale, de longues négociations avec le Royaume-Uni permettront à ce territoire de s'agrandir d'une bande de 100 kilomètres de large à l'est de la Jubba, cédée en 1924.

Somalie italienne, 1889-1905

Somalie italienne, 1889-1905

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Territoires sur lesquels l'Italie exerce un protectorat à partir de 1889 puis impose une politique de colonisation qui donne naissance à la Somalie italienne en 1905. 

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Enfin, l'Éthiopie, avec le souverain Ménélik, entend ne pas être un « spectateur indifférent » du partage colonial. Pour se prémunir des appétits étrangers, il étend son royaume jusqu'à Harar, qu'il prend en 1887, puis soumet les territoires musulmans de l'est. En 1891, il indique aux chefs d'État européens que la sphère d'influence éthiopienne s'étend de Khartoum à Mogadiscio, et propose une base de négociations en dessinant un cadre frontalier moins large. Il revendique la souveraineté sur plusieurs clans somali liés à Harar, notamment le vaste ensemble de l'Ogaden. Après la victoire d'Adoua contre les troupes italiennes, le 1er mars 1896, ses exigences sont prises au sérieux, et une série de traités fixent les frontières entre les pays de la Corne. Celles avec la Somalie italienne ne seront jamais bien démarquées et feront l'objet de nombreux contentieux.

Le Somaliland britannique, une colonie négligée et rebelle

Voué à la sécurité et au ravitaillement d'Aden, le Somaliland ne représente qu'une colonie d'appoint sur la route de l'Inde. La présence coloniale et le développement de ce territoire sont faibles, à l'exception du port de Berbera où les échanges prospèrent. Les rudes conditions climatiques ne sont pas propices, et la population est hostile. Un mouvement de résistance très pugnace est mené, à partir de 1899, par un guerrier de la foi, le cheikh Muhammad 'Abdallah Hasan, surnommé « Mad Mullah » par les Britanniques. Cet homme prêche la doctrine salihiya prônant un strict respect de l'islam contre les attitudes libérales de l'ancienne confrérie qadiriya. Le mouvement prend de l'ampleur en jouant des rivalités claniques. Aux marges de la colonie, les Dulbahante et les Ogaden sont plus défavorisés que les Issaq qui bénéficient de l'exportation de leur cheptel. Lié aux deux premiers clans, le cheikh parvient à rallier suffisamment de combattants pour lancer une guerre sainte contre les infidèles européens ou éthiopiens et leurs alliés. Repoussé en 1905 au nord-est de la Somalie italienne, il fonde une théocratie qui sera rapidement discréditée pour son radicalisme. Cependant, la Première Guerre mondiale accentue la situation d'abandon par les autorités coloniales, et permet à l'insurrection de trouver un second souffle. En 1920, il est toutefois définitivement écrasé par des bombardements aériens. En fuite, le cheikh meurt (1921) et deviendra le héros fondateur du nationalisme somalien. Après 1920, l'administration coloniale, qui estime avoir trop dépensé pour le maintien de l'ordre, continuera de délaisser cette « Cendrillon » de l'empire.

La Somalie italienne, point d'appui d'ambitions expansionnistes

Contrairement aux Britanniques, les Italiens misent sur le développement de la Somalie méridionale, irriguée par deux fleuves. Les entreprises de bonification agricole sont encouragées pour attirer des colons de l'Italie du Sud. Malgré quelques avancées, ces investissements sont déficitaires et les autorités coloniales doivent recourir au travail forcé pour pallier les réticences de la main-d'œuvre indigène.

La politique coloniale du régime fasciste est polarisée par la préparation du conflit avec l'Éthiopie. La Somalie et l'Érythrée forment un étau pour conquérir l'Empire du Négus. Durant les années 1930, l'Italie infiltre l'Ogaden éthiopien en fournissant des armes aux chefs de guerre. En décembre 1934, l'incursion d'une troupe italienne à 100 kilomètres de la frontière somalienne provoque un accrochage avec l'armée éthiopienne, et fournit à Mussolini un prétexte pour envahir l'Éthiopie à partir d'octobre 1935. Après la prise d'Addis-Abeba, en mai 1936, l'Impero italien en Afrique orientale est proclamé. Les frontières intérieures sont reconfigurées et l'Ogaden est incorporé à la Somalie. Cet empire durera moins de cinq ans, mais aura un certain impact, en réalisant notamment des transformations importantes dans les infrastructures urbaines et le réseau routier.

Entrés en guerre en juin 1940, les Italiens se saisissent du Somaliland en août. Mais les Britanniques lancent, depuis le Soudan et le Kenya, une vaste contre-offensive en s'appuyant sur les patriotes éthiopiens. Sur les fronts somaliens, les forces alliées prennent Kismaayo et Mogadiscio en février 1941, puis contrôlent toute la Somalie italienne en mars 1941, tout en reprenant pied au Somaliland.

La préparation sous tutelle de l'indépendance, 1942-1960

La campagne d'Afrique de l'Est, qui s'achève en novembre 1941, marque la première victoire des Alliés. Les Britanniques contrôlent l'ensemble des territoires de la Corne, sauf la Somalie française qui rejoint la France libre à la fin de 1942. Entre 1942 et 1950, l'unification des Somali sous une même autorité contribuera à concevoir le projet d'une indépendance dans l'unité.

L'administration militaire britannique, qui rétablit sur les territoires somali quelques infrastructures économiques et permet la liberté d'association, favorise l'émergence d'une société civile. En mai 1943, le Club de la jeunesse somali (Somali Youth Club) est créé à l'initiative de dignitaires religieux. Son objectif est de promouvoir le sentiment national pan-somali en abolissant les rivalités claniques. Il se développe rapidement, y compris en Éthiopie et au Kenya, recrutant dans tous les clans, surtout les Darod. En 1947, ce club se transformera en parti appelé Ligue de la jeunesse somali (Somali Youth League, SYL), qui sera la principale force politique jusqu'à l'indépendance. Un mouvement rival se crée parmi les groupes sédentaires du sud (Rahanwein et Digil) qui ont des intérêts différents de ceux des nomades du nord. Le parti Hizbia Digil Mirifle Somali (HDMS, parti des Somali Digil et Mirifle) est contraint, en 1957, d'abandonner sa dénomination ethnique et se renomme Hizbia Dastur Mustaqil Somali (Parti constitutionnel indépendant Somali).

Au printemps de 1946, Ernest Bevin, ministre britannique des Affaires étrangères, favorable à la décolonisation, propose de réunir tous les territoires somali sous une même administration. Ce plan est accueilli avec enthousiasme par le mouvement nationaliste naissant (le Somali Youth Club) mais il attise les revendications éthiopiennes et italiennes.

En Éthiopie, l'empereur Haïlé Sélassié est rétabli sur son trône, en mai 1941, mais sous tutelle britannique. En janvier 1942, il obtient la restitution de la souveraineté, à l'exception des territoires somali. Une administration militaire britannique est toutefois maintenue au cours de la Seconde Guerre mondiale pour des raisons de sécurité. En septembre 1948, l'Ogaden est officiellement rendu à l'Éthiopie, malgré l'hostilité de la population ralliée à la SYL. Quelques « zones réservées », aux frontières avec le Somaliland et la Somalie française, restent sous contrôle britannique jusqu'en 1954.

Un autre tournant de cette période est le retour de l'Italie dans la Corne. Après d'intenses tractations sur le devenir des colonies italiennes (dont l'enjeu principal est la Libye), l'ONU mandate, en novembre 1949, l'Italie pour préparer la Somalie du sud à l'indépendance dans un délai de dix ans. En avril 1950, l'Administration fiduciaire italienne de la Somalie (AFIS) est établie à cette fin. Les militants nationalistes de la SYL s'y opposent et affrontent une coalition pro-italienne formée par les anciens colons et les clans sédentaires. Malgré ce climat de défiance, l'AFIS développe l'éducation et forme des cadres somali aptes à gérer les nouvelles institutions. Les élections législatives, organisées en 1956, sont remportées par la SYL, qui propose l'unification de tous les territoires somali sous une administration centralisée, alors que l'opposition des groupes sédentaires est en faveur d'une option fédérale.

Dans le protectorat britannique, la mobilisation politique se déclenche tardivement. En 1954, la cession à l'Éthiopie des dernières zones réservées, notamment le Hawd, vital pour ses pâturages, provoque une unanime réaction d'outrage. Ce sursaut nationaliste oblige les autorités à accélérer leur retrait en se calant sur le calendrier de l'indépendance de la Somalie du Sud, prévue pour juillet 1960. C'est dans la précipitation, mais aussi dans l'enthousiasme, que les Assemblées représentatives des deux territoires décident de s'unir.

La Somalie depuis l'indépendance

Les premières années de l'indépendance, 1960-1969

À peine indépendantes, les deux Somalie fusionnent, le 1er juillet 1960, pour former la République unie de Somalie. Cet État adopte un régime parlementaire, dont la Constitution est approuvée par référendum en juin 1961, bien que les électeurs du Nord se soient prononcés contre. Ils sont moitié moins nombreux (600 000 habitants) que ceux du Sud (1 300 000 habitants), et se sentent donc marginalisés. En outre, tout acte administratif ou juridique se heurte à l'incompatibilité de cultures politiques issues d'expériences coloniales différentes. Pour dépasser ces obstacles, le seul projet mobilisateur est l'union de la Grande Somalie. Cet irrédentisme crée des tensions avec l'Éthiopie et le Kenya, et il place la Somalie en porte à faux avec la communauté internationale qui prône l'intangibilité des frontières coloniales.

Les premières élections parlementaires multipartites se tiennent en mars 1964. Plus de soixante partis représentent les intérêts des divers clans. Mais la SYL est la seule formation d'envergure nationale qui, une fois élue, se comporte en parti unique. En contradiction avec le mot d'ordre officiel d'abolir le tribalisme, elle distribue les charges ministérielles et administratives entre les clans. Ce système génère une corruption massive, des crises gouvernementales à répétition et une perte de confiance de la société civile envers l'État perçu comme parasitaire. Les Somaliens tendent alors à se replier sur les formes traditionnelles de solidarité.

La dictature militaire de Mohamed Siyad Barre (1969-1977)

À la fin d'octobre 1969, l'expérience de démocratie parlementaire somalienne s'effondre à la suite de l'assassinat du président Abdirashid Ali Shermarke, et de la prise de Mogadiscio par l'armée. Un Conseil de la révolution est instauré, il fait table rase des institutions républicaines, déclare les partis illégaux et emprisonne les plus hauts dignitaires. L'homme fort du nouveau régime est le général Mohamed Siyad Barre. Issu du clan Darod-Marehan, lié aux Darod-Ogaden par sa mère, il est né du côté éthiopien de la frontière en 1919, a fait sa carrière sous l'administration italienne provisoire. À l'indépendance, il devient commandant en chef de l'armée et se rapproche de l'URSS.

Après un an de stabilisation, grâce à des mesures populaires de lutte contre la corruption, le nouveau pouvoir adopte le socialisme, permettant ainsi au bloc communiste d'occuper une place de choix face à l'Éthiopie sous protection américaine. La dictature combat l'ordre traditionnel, encourage la scolarisation et la participation politique des femmes, favorise les groupes de statut inférieur, prône la laïcité en réprimant les mouvements islamistes. Sa principale cible est le « tribalisme », c'est-à-dire l'ordre clanique. La peine capitale est ainsi instituée pour mettre fin aux cycles de vengeance liés au « prix du sang ». Cependant, la dictature continue de répartir les responsabilités selon les appartenances claniques. Les groupes Darod du centre imposent ainsi leur suprématie au détriment des Darod-Majeerteen du nord qui dominaient auparavant. Cette distribution clanique du pouvoir s'accentuera jusqu'à se fermer sur le cercle des parents proches du chef de l'État. Siyad Barre développe également un culte de la personnalité empruntant au modèle nord-coréen.

Les réformes les plus significatives sont prises sur le terrain linguistique. En 1972, le somali est imposé comme langue officielle. Cette mesure réduit deux fractures à l'échelle nationale, d'une part au sein de l'élite, divisée entre les anglophones et les italophones, et, d'autre part, entre l'élite et la grande majorité de la société qui ne parle que le somali (et plus ou moins l'arabe). Toutefois, la transcription fait débat entre l'écriture arabe, pratiquée de longue date par l'intermédiaire des écoles coraniques, l'alphabet appelé osmaniya, inventé dans les années 1920 par le cheikh Osman Yussuf Kenadid, mieux adapté aux inflexions du somali, et l'écriture latine. Cette dernière est jugée plus compatible avec les objectifs de laïcité et de modernité. Une grande campagne d'alphabétisation est lancée et les fonctionnaires sont sommés d'apprendre en quelques mois à lire et à écrire le somali dans sa graphie officielle.

Mogadiscio (Somalie)

Mogadiscio (Somalie)

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Une institutrice et ses élèves dans une école improvisée, à Mogadiscio, capitale de la Somalie. Dans ce pays, un des plus pauvres du monde, une personne sur quatre est considérée comme alphabétisée. 

Crédits : Andrea Booher, Getty Images

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La défaite d'Ogaden et la lente désagrégation du régime, 1977-1991

Pour que son autorité soit totale, Siyad Barre doit réaliser le projet de la Grande Somalie, véritable ferment de la mobilisation nationale. Mais il essuie son premier revers avec l'indépendance de Djibouti, en mai 1977, et la volonté de cette République de ne pas être rattachée à la Somalie. Le second, la défaite contre l'Éthiopie, lui est fatal. En juillet 1977, l'armée somalienne pénètre en Ogaden éthiopien en s'appuyant sur la guérilla locale du Front de libération des Somali de l'Ouest. Les tumultes qui secouent l'Éthiopie depuis la destitution de Haïlé Sélassié en septembre 1974 profitent d'abord au camp somali. Mais, en septembre 1977, l'URSS et le bloc communiste font volte-face en soutenant l'Éthiopie qu'ils considèrent comme une option stratégique plus intéressante. L'afflux d'armement soviétique et l'appui de troupes cubaines permettent aux Éthiopiens de contre-attaquer. Les combats font rage autour des villes de Harar et de Jijiga. En février 1978, l'armée somalienne est en débâcle.

Cette défaite a de multiples répercussions. D'une part, des centaines de milliers de réfugiés, regroupés dans des camps au nord de la Somalie, créent une situation d'alerte humanitaire et exacerbent les frictions entre les Darod-Ogaden, favorisés par le régime, et les Issaq, marginalisés. D'autre part, l'autorité du chef de l'État est discréditée et son pouvoir se désagrège. En avril 1978, des militaires appartenant au clan Darod-Majeerteen fomentent un coup d'État qui est rapidement déjoué. Il s'ensuit une répression violente contre l'ensemble de ce clan. Les conspirateurs s'enfuient en Éthiopie et fondent, sous la direction du lieutenant colonel Abdullahi Yusuf Ahmed, le Somali Salvation Democratic Front (SSDF). Cette rébellion bénéficie de la protection de l'Éthiopie et joue un rôle important dans la déstabilisation du régime somalien. De même, les Issaq forment, en 1981, le Somali National Movement (SNM) afin de lutter pour l'indépendance de l'ancien protectorat britannique.

Dans ce contexte, Siyad Barre se tourne à la fois vers les puissances occidentales et vers les États islamiques (Iran, Arabie Saoudite), qui consentent à fournir une aide essentiellement humanitaire. Cette rente, évaluée à 100 millions de dollars par an, est détournée par la famille du dictateur. Grâce à cette dérive mafieuse, mêlant brutalité, corruption et népotisme, le pouvoir survit quelques années, mais il perd toute légitimité. Chaque groupe clanique se replie sur lui-même, multipliant ainsi le nombre de mouvements armés, dont seules les dénominations préservent l'apparence d'une dimension politique nationale (Somali Democratic Movement, United Somali Congress...). Les Somali vivant à l'étranger jouent un rôle important dans le financement de ces guérillas. Si tous les clans s'opposent à la dictature, ils s'affrontent également entre eux. En 1990, la dislocation est totale. L'effondrement final a lieu en 1991, avec le déclenchement de la guerre civile à Mogadiscio qui se propage ensuite dans tout le pays, sauf au Somaliland qui se sépare et suit une autre voie.

L'indépendance du Somaliland en 1991

En 1988, profitant d'un apaisement diplomatique avec l'Éthiopie, l'armée gouvernementale lance des raids aériens contre la guérilla nordiste des Issaq (SNM). Les villes de Hargeisa et de Burao sont rasées, provoquant des dizaines de milliers de victimes. Le mouvement rebelle s'affaiblit à la suite de ces massacres, d'autant qu'il connaît des divisions internes et des dissensions avec la rébellion voisine des Darod-Majeerteen (SSDF) qui défend le principe de l'unité nationale. Mais la déliquescence du pouvoir à Mogadiscio et la fuite du dictateur au début de 1991 permettent au SNM de déclarer, en mai, l'indépendance du Somaliland. Il s'ensuit un long processus de réunions de conciliation entre les clans et de mise en place de nouvelles institutions. Malgré une paix intérieure fragile, et sans aucune aide extérieure, cet État qui n'est pas reconnu par les instances internationales fonctionne. En 1993, Mohamed Ibrahim Egal, ancien Premier ministre dans les années 1960, qui a passé douze ans en détention sous la dictature, est élu président. En 1997, une Constitution originale est rédigée, associant les principes de la loi islamique, de la démocratie parlementaire et de l'organisation sociale traditionnelle des Somali. Ce texte est approuvé par référendum en 2001. Après la mort du président Egal en mai 2002, le vice-président Dahir Rihale Kahin lui succède. Il est élu de justesse en avril 2003. Malgré la contestation de l'opposition, les élections parlementaires de septembre 2005 se déroulent dans le calme et l'Union des démocrates, au pouvoir, les remporte. Ce pays jouit d'une évolution économique favorable en raison du développement du port de Berbera, utile à l'Éthiopie depuis la guerre contre l'Érythrée. La prospection de champs pétrolifères attire aussi de nombreux investisseurs. Cependant, depuis 1998, le Somaliland est fragilisé par la déclaration d'autonomie du Puntland, à la pointe nord-est de la Somalie. Ce territoire regroupe plusieurs clans Darod (Majeerteen, Dulbahante, Warsangeli), dont certains occupent l'est du Somaliland. Opposé à la fragmentation de la Somalie en États indépendants, le Puntland promeut l'idée d'une fédération d'entités autonomes. Mais cette situation est la cause d'accrochages fréquents entre Somalilandais et Puntlandais.

Explosions à Mogadiscio et propagation de la guerre civile

Au sud, l'effondrement du régime de Siyad Barre est provoqué par la rébellion des Hawiye jusqu'alors restés neutres. À partir de 1990, les clans de cette fédération, qui peuplent le centre du pays et sont majoritaires dans la capitale, expriment leur hostilité notamment en créant une force armée, le Congrès de la Somalie unifiée (CSU, United Somali Congress). Ces troupes, conduites par le général Mohamed Farah Aïdid, ancien chef des services de renseignements, contrôlent la vallée du Shabeele et se déploient dans l'interfleuve aux dépens des populations sédentaires.

Le dernier acte se joue dans les banlieues de Mogadiscio où l'insurrection tourne à l'émeute généralisée. Le 27 janvier 1991, le palais présidentiel est assailli par la foule. Siyad Barre doit fuir avec sa garde rapprochée ; il mourra en exil au Nigeria en 1995. Ces événements déclenchent une explosion de violences perpétrées par des milices de jeunes délinquants manipulés par des factions rivales. Les combats visent l'appropriation de sources de revenus (ports, aéroports, routes, plantations), et les Hawiye s'entredéchirent. L'homme d'affaires Ali Mahdi Mohamed est proclamé président de la République, le 29 janvier, par les Hawiye-Abgal, en majorité citadins. Cette initiative unilatérale provoque la colère des autres mouvements rebelles, notamment les nomades Hawiye-Habr Gidir, conduit par le général Aïdid. Cette lutte entre Hawiye redouble le climat d'insécurité dans la capitale. À travers un jeu complexe d'alliances, la guerre civile se propage dans le centre et le sud du pays.

Ali Mahdi Mohamed

Ali Mahdi Mohamed

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Ali Mahdi Mohamed, chef de l'État somalien de 1991 à 1995. 

Crédits : Getty

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Intervention internationale dans la crise somalienne, 1992-1995

Pour enrayer ce conflit qui entraîne en plus une grave situation de famine, l'ONU adopte une résolution en janvier 1992, proclamant l'embargo sur les armements et une assistance humanitaire. En décembre 1992, George Bush engage des troupes américaines en Somalie pour une opération humanitaire baptisée Restore Hope, suivie par vingt-quatre pays (dont la France) qui engagent au total 36 000 hommes constituant l'Unitaf (United Task Force). La communauté internationale pense qu'une intervention militaire suffira à rétablir l'ordre, sans avoir diagnostiqué les raisons de la volatilisation de l'État ni identifié les acteurs pour une réorganisation politique. Les chefs des milices, reconnus comme interlocuteurs légitimes et protecteurs des organismes humanitaires, bénéficient d'une rente de situation. Ces erreurs d'appréciation rendent caduques toutes les tentatives de réconciliation, organisées dans les pays voisins (en Éthiopie en 1993, 1997, 1998 ; en Égypte à la fin de 1997 ; à Djibouti en 2000 ; au Kenya en 2002 puis 2004).

Somalie: opération Restore Hope, 1992

Somalie: opération Restore Hope, 1992

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Opération Restore Hope. Débarquement des marines sur les plages de Mogadiscio le 9 décembre 1992, sous les projecteurs des médias. 

Crédits : E. Feferberg/ AFP/ Getty

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Sous le commandement du nouveau président Bill Clinton, les forces américaines opèrent un premier retrait en mars 1993. Une seconde opération de l'ONU, baptisée Onusom II, prend le relais en mars 1993, et concentre son action contre le général Aïdid qui tente de réveiller le nationalisme somali pour chasser toutes les forces étrangères. Ces dernières sont acculées lorsque, en octobre 1993, un hélicoptère de combat américain est abattu au-dessus de Mogadiscio et ses pilotes lynchés. La mission subit plusieurs débâcles militaires et humanitaires qui aboutiront au retrait complet des casques bleus en mars 1995.

Stabilisation et morcellement régional

Après le départ de l'ONU, la crise somalienne se stabilise. Le général Aïdid est assassiné à Mogadiscio en août 1996. Son fils Hussein Aïdid lui succède. De nationalité américaine, il jouit d'une meilleure image internationale mais continue d'incarner l'expansionnisme violent des Hawiye-Habr Gidir. Si la capitale reste livrée aux conflits entre milices, les périphéries s'inspirent de l'expérience du Somaliland pour se constituer en entités régionales autonomes, suffisamment stables pour relancer des activités économiques. Au nord-est, le Puntland s'appuie sur l'essor du port de Bossasso et sur la valorisation de la pêche. Au sud-ouest, les Rahanwein organisent une armée de résistance pour protéger leur économie agricole des incursions des Hawiye, conduits par Hussein Aïdid, qui se présentent comme les « libérateurs ».

À l'encontre de ces processus de reconstitution d'un tissu politique local, la communauté internationale persiste à vouloir rétablir une autorité centralisée, fondée sur un accord entre les chefs de milices. Une treizième conférence, qui se tient à Arta (République de Djibouti), en août 2000, aboutit à la formation d'un gouvernement transitoire et à la désignation d'un président, Abdiqasim Salad Hassan, ancien ministre de Siyad Barre, qui sera accueilli triomphalement à Mogadiscio. Mais les affrontements entre milices reprennent vite. Pour éviter l'échec, le nouveau gouvernement tente de s'appuyer sur le mouvement islamique montant et bénéficie du soutien financier des pays arabes.

Formation des forces politiques islamiques

Souterraines et réprimées sous la dictature, les expressions fondamentalistes de l'islam se renforcent dans le contexte de la guerre civile. Face à l'anarchie et au banditisme, les normes religieuses apparaissent comme un facteur de cohésion, en particulier pour les individus appartenant à des groupes minoritaires ou désolidarisés de leurs attaches claniques. Les mosquées sont fréquentées comme des lieux de refuge, et l'adhésion affichée aux valeurs religieuses (par des codes vestimentaires et corporels) procure une respectabilité protectrice (pour les femmes en particulier). Pour pallier la disparition de l'État, la restauration d'un certain niveau de sécurité passe par la remise en marche du système judiciaire. Comme la loi islamique, la charia constitue le référent incontestable entre toutes les parties adverses, des tribunaux islamiques sont institués à l'échelle locale, dans quelques villes ou des quartiers de la capitale. Rétablissant un climat propice aux affaires, ils bénéficient de soutiens financiers transnationaux et s'étendent à d'autres domaines sociaux, particulièrement l'éducation. Ils forment aussi leurs propres milices, plus pour protéger leurs intérêts que dans un projet de conquête du pouvoir. L'organisation islamiste al-Ittihad al-Islami, fondée en 1992, se distingue toutefois par son caractère plus agressif et son intention de provoquer un soulèvement dans l'Ogaden éthiopien.

Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, la Somalie est identifiée comme une base potentielle d'Al-Qaida et al-Ittihad est inscrite sur la liste des organisations terroristes. Les avoirs de la principale compagnie commerciale somalienne, Al-Barakat, qui gère les transferts de fonds avec la diaspora, sont gelés. Le gouvernement transitoire qui misait sur le rétablissement de l'ordre à travers le soutien des pays arabes est désarçonné. Les chefs de faction, qui se posent en rempart contre l'islamisme, sont discrètement réarmés par les États-Unis et leurs alliés en même temps qu'ils sont remis en selle politiquement (relance des négociations sous l'égide de la communauté internationale).

En octobre 2002, une nouvelle conférence de réconciliation nationale est organisée à Nairobi (Kenya), contrôlée en sous-main par l'Éthiopie. Elle se conclut en 2004 par la formation de nouvelles institutions de transition, qualifiées de fédérales et présidées par Abdullahi Yussuf Ahmed, ancien président du Puntland. Un gouvernement fédéral transitoire est installé à Baidoa, à proximité de la frontière éthiopienne, sous la protection et le contrôle de ce pays. Mais les représentants des factions qui composent ce gouvernement s'affrontent à nouveau, laissant se dégrader la situation à Mogadiscio.

Cette situation favorise la montée en puissance des tribunaux islamiques, qui se fédèrent, en février 2006, pour former l'Union des tribunaux islamiques. Les milieux d'affaires et la population y voient la seule solution pour rétablir l'ordre. Ils se mobilisent largement contre les factions identifiées comme pro-américaines depuis qu'elles se sont coalisées dans une Alliance pour la restauration de la paix et contre le terrorisme.

Après avoir repoussé les seigneurs de guerre à la suite de combats intenses, le pouvoir islamique s'installe à Mogadiscio en juin 2006 et étend son autorité jusqu'à Kismaayo au sud. Les deux principales figures du régime sont le cheikh Cherif Ahmad, réputé modéré, président du comité exécutif, et le cheikh Hassan Dahir Aweys, président du conseil consultatif, identifié comme radical parce qu'ancien leader d'al-Ittihad. Ils doivent coordonner un difficile processus de stabilisation en essayant de faire fonctionner un agrégat très composite de tribunaux idéologiquement fractionnés et militairement faibles. De juin à septembre, des négociations ont lieu à Khartoum (Soudan) avec les institutions transitoires, mais la logique de l'affrontement l'emporte. À la fin de décembre 2006, l'armée éthiopienne, appuyée par les États-Unis, pénètre en force en Somalie pour renverser l'Union des tribunaux islamiques. En trois jours, le 28 décembre, Mogadiscio est prise. Les bataillons de jeunes recrues formés à la hâte par les tribunaux sont balayés sans difficulté. Cette déroute révèle la faiblesse réelle de la menace qu'ils faisaient pourtant peser.

—  Éloi FICQUET

Situation après l’intervention éthiopienne

Depuis le conflit qui les a opposés dans l’Ogaden en 1977-1978, l’Éthiopie considère son voisin somalien comme un ennemi potentiel dont il importe de diminuer la puissance. Soutenue par les États-Unis, elle intervient donc militairement à la fin de 2006, convaincue que les islamistes radicaux sont sur le point de prendre le pouvoir à Mogadiscio. La violence aveugle de son intervention qui cible indistinctement miliciens et population civile suscite une opposition acharnée et contribue à l’émergence du mouvement radical Al-Shabab (la Jeunesse), issu des tribunaux islamiques, qui mène la résistance. Parallèlement à l’invasion éthiopienne se déploie la Mission de l’Union africaine en Somalie (Amisom). Créée en janvier 2007 avec l’aval de l’ONU, celle-ci exclut au départ toute participation des pays frontaliers et comporte essentiellement des soldats ougandais et burundais. L’Éthiopie se retire finalement de la Somalie en janvier 2009 après le renforcement de l’Amisom et les assurances de bon voisinage du nouveau gouvernement fédéral né du processus de Djibouti qui organise la transition avec, à sa tête, Cheikh Cherif Ahmed, ancien dirigeant des tribunaux islamiques. Al-Shabab mène alors une offensive au cours de l’été de 2009 en compagnie de l’Hizb al-Islam, le « Parti de l’Islam » fondé quelques mois plus tôt, mais celle-ci se solde par un échec. Dans la nuit du 5 au 6 août 2011, les milices islamistes Al-Shabab évacuent définitivement Mogadiscio, chassées par l’Amisom et l’Armée nationale somalienne, devenues résolument offensives.

Parallèlement à ces événements, la piraterie maritime se développe au large des côtes somaliennes à partir de 2008. Elle constitue une très rentable activité économique pour le Puntland où sont basés la plupart des pirates. Elle conduit à l’intervention des marines occidentales. En décembre 2008, l’Union européenne lance ainsi l’opération Atalante pour assurer la sécurité des navires dans le golfe d’Aden et l’océan Indien.

L’entrée en force de l’armée kenyane en Somalie le 15 octobre 2011 marque une nouvelle étape dans l’histoire du pays. Le Kenya lance l’offensive militaire Linda Nchi (« protection de la patrie ») pour sécuriser sa frontière et mettre fin à l’enlèvement de touristes occidentaux sur son sol. Grâce au renforcement de l’Amisom, notamment avec l’intégration du contingent kenyan en juin 2012, et à la suite des interventions ponctuelles de l’Éthiopie, qui rejoint à son tour l’Amisom en janvier 2014, les milices islamistes Al-Shabab sont chassées des villes qu’elles contrôlaient, comme à Kismaayo et dans la région frontalière du Kenya. Le processus de transition prend fin en août 2012 avec l’adoption d’une nouvelle Constitution et l’élection à la présidence de la République, le 10 septembre 2012, de Hassan Cheikh Mohamoud. Cependant, malgré l’élimination de certains de ses leaders comme Mokhtar Abou Zuber, alias Ahmed Abdi Godane, tué par un drone américain en septembre 2014 et d’importantes défaites militaires, Al-Shabab, qui a fait allégeance à Al-Qaida en février 2012 et a opté pour une forme de guerre asymétrique, parvient à conserver le contrôle de larges zones rurales du centre et du sud du pays. Le mouvement islamiste harcèle les forces gouvernementales et l’Amisom quand il n’exporte pas sa violence au-delà des frontières de la Somalie. En effet, après les attentats de Kampala en Ouganda en juillet 2010, le Kenya est à son tour victime de sanglantes attaques. Le centre commercial de Westgate à Nairobi en septembre 2013 puis l’université de Garissa en avril 2015 sont ainsi successivement frappés par des commandos d’Al-Shabab.

Patrouille de la Mission de l’Union africaine en Somalie (Amisom) en Somalie, février 2012

Patrouille de la Mission de l’Union africaine en Somalie (Amisom) en Somalie, février 2012

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Les véhicules blindés de la Mission de l’Union africaine en Somalie (Amisom) patrouillent, en février 2012, près de l'université de Mogadiscio. Après avoir chassé les milices islamistes Al-Shabab de la capitale somalienne en 2011, l'Amisom tente de reconquérir d'autres villes du pays... 

Crédits : John Cantlie/ Getty

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Malgré la présence de 22 000 soldats africains de l’Amisom dans le pays au début de l’année 2016, la Somalie est donc toujours en proie à l’insécurité. Des assauts qui font à chaque fois plusieurs dizaines de victimes visent désormais les cantonnements des contingents africains. Ainsi, la base militaire burundaise de Lego en juin 2015, la base ougandaise de Janaalé en septembre 2015 et le camp kenyan d’El Adde en janvier 2016 ont été les cibles d’attaques meurtrières. À Mogadiscio même, des attentats terroristes sont organisés régulièrement. La crainte est telle que, en décembre 2015, le gouvernement, soucieux de ménager les extrémistes qui avaient lancé une attaque à Noël de 2014 contre l’aéroport de la capitale, interdit la célébration des fêtes de fin d’année. La situation n’est guère meilleure dans la province autonome du Puntland du fait de la perte des revenus liée à la surpêche étrangère dans ses riches eaux poissonneuses et de la criminalité liée à la piraterie. Cette dernière, qui a considérablement décliné à partir de 2011, est encore loin d’être éradiquée malgré la présence d’une imposante flottille internationale et la poursuite de l’opération Atalante. Seul le Somaliland, État indépendant autoproclamé sans reconnaissance internationale, jouit d’une relative stabilité et connaît un essor économique certain. Le Koweït a ainsi financé à hauteur de 12 millions de dollars la rénovation de l’aéroport d’Hargeisa inauguré en mai 2015 et investit chaque jour davantage dans la région. Une approche rigoriste de l’islam étend cependant peu à peu son influence aux dépens du soufisme traditionnel. Quant aux zones frontalières de l’Éthiopie, elles sont aux mains d’un groupe islamique soufi, Ahl Sunna Wal Jamma, farouchement opposé à Al-Shabab.

La Somalie, dont une grande partie de la population ne survit que grâce à l’aide alimentaire internationale et qui dépend pour sa reconstruction des importants transferts de fonds des émigrés de la diaspora, semble donc très loin d’en avoir fini avec ses vieux démons.

(Voir également SOMALIE, chronologie contemporaine)

—  Francis SIMONIS

Bibliographie

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Écrit par :

  • : maître de conférences en anthropologie et en histoire au Centre d'études africaines, École des hautes études en sciences sociales
  • : professeur des Universités, Institut français de géopolitique de l'université de Paris-VIII, membre du Centre d'études africaines, C.N.R.S., École des hautes études en sciences sociales, chargé de cours à l'Institut national des langues et civilisations orientales
  • : maître de conférences d'histoire de l'Afrique, habilité à diriger des recherches, université d'Aix-Marseille

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Pour citer l’article

Éloi FICQUET, Alain GASCON, Francis SIMONIS, « SOMALIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 février 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/somalie/