SLAVES

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Le problème des origines

Une origine ancienne

Les sources dont on dispose ne permettent pas de déterminer si, au seuil de la préhistoire, les Slaves ont été des peuples migrateurs – et dans ce cas s'ils sont venus de l'est ou du sud – ou des autochtones attachés à leur sol, passant progressivement du stade de la cueillette, de la chasse et de la pêche à celui de l'élevage, puis de la culture itinérante avant d'atteindre celui de la culture sédentaire.

Le nom

Le terme « slave » a été employé pour la première fois par l'historien byzantin Procope de Césarée au vie siècle ; il apparaît ensuite chez tous les chroniqueurs postérieurs, byzantins et arabes (chez ces derniers sous la forme saglav ou szaqaleh). Les philologues se sont penchés sur le sens de ce mot. Depuis longtemps, la première identification, la plus facile, avec le mot latin slavus, esclave – du fait que, jusqu'au début du Moyen Âge, les Slaves avaient approvisionné les marchés d'esclaves de la Méditerranée orientale –, a été abandonnée, d'autant que la présence des Slaves à Rome a été très tardive, et surtout que ces peuples constituaient des sociétés d'hommes libres, ignorant l'esclavage.

Une autre tentative a consisté à rapprocher slave de Szaqaleh, Szglav, Sziglav en arabe pouvant désigner des hommes à peau claire, blanche et à cheveux blonds ou roux, mais sous ce vocable on englobait aussi bien les Germains que les Scandinaves.

On a alors rapporté leur nom au terme slava, la gloire, c'est-à-dire « les Glorieux », soit qu'ils se désignent ainsi eux-mêmes ou que d'autres leur aient attribué ce nom en raison de leurs exploits, ce qui, s'appliquant à un peuple plutôt pacifique, ne convainc guère. On n'a pas manqué non plus de remarquer que le terme de slave apparaît dans la composition de multiples noms propres : Jaroslav, Sviatoslav (Svjatoslav), Vlačeslav, Rotislav... où le premier élément se rattache à une divinité, Jarilo, Svjatovit ou Sventovit, Vlas ou Volos, Rod... ce qui aurait pu signifier « voué à telle ou telle divinité pour lui en assurer la protection », et dans ce cas le mot de « slave » serait lié à la religion et en relation avec la piété des Slaves.

D'autres spécialistes ont cherché un rapport avec le mot russe slovo, « le verbe, la parole ». À partir de là, ils ont échafaudé une théorie selon laquelle les Slaves seraient ceux qui articulent des mots (c'est-à-dire qui emploient des mots que l'on comprend), ceux qui parlent la même langue par opposition aux Nemčy, les muets, ceux qui parlent une langue que l'on ne comprend pas, expression par laquelle on désignait à l'origine les étrangers, et plus fréquemment les Germains en raison de leur proximité, ce qui explique qu'elle signifie actuellement Allemands.

Enfin des savants polonais ont voulu y voir la déformation de la racine Skloak-Sklav (latin cloaca ; égout, marais). Les Slaves seraient donc des gens qui habitent les marais, c'est-à-dire les régions de Pinsk et du Pripet. On aurait alors fait le transfert du nom du lieu au peuple qui y habite, phénomène analogue à celui qui s'est passé pour bon nombre de tribus slaves : les Vislane, ceux qui vivent sur les bords de la Visla ou Vistule, les Drevljane ou habitants des forêts (drevo désignant l'arbre en slave), les Poljane désignant les tribus des plaines ou pole... Cette théorie étayerait l'hypothèse de l'habitat primitif des Slaves à l'est de la Vistule ; malheureusement, l'archéologie n'a attesté, dans cette région, que l'existence d'un peuplement relativement tardif, puisque contemporain de l'époque romaine.

Le premier habitat

La même incertitude a longtemps subsisté quant à l'habitat primitif des Slaves. On les a fait venir successivement des bords de la Baltique, comme les Goths ou les Northmen, des Carpates, des bords du Danube, des régions marécageuses du Pripet, en faisant valoir divers arguments : tantôt la présence des sites archéologiques qu'on leur attribuait, tantôt l'existence d'une toponymie slave, tantôt les résonances et souvenirs du folklore, tantôt enfin leur désignation même, alors qu'il semble bien que ces divers lieux n'ont eu dans l'histoire des Slaves qu'un rôle épisodique et qu'ils ne représentent que des étapes successives de leurs déplacements ou, mieux, le lieu de certains de leurs établissements, puisque l'on sait que les Slaves, dès l'origine, se groupaient en multiples rody ou communautés tribales.

Aujourd'hui, on admet généralement que le berceau des Slaves se situe entre la Vistule, le Dniepr (Dnepr) et les Carpates. Cela s'accorde assez bien, d'une part, avec les quelques indications les concernant (sous le nom de oidinoi ou Venètes) fournies par les auteurs anciens, Ptolémée, Pline et Tacite, d'autre part, avec la tradition polonaise ancienne qui veut que les Polonais aient évolué sur le même territoire depuis les origines, et enfin avec les données de l'archéologie. Ces dernières attestent l'existence d'une puissante civilisation lusacienne dont on ignore en fait les créateurs, mais qui incontestablement s'est trouvée en rapport avec les Slaves, soit qu'elle ait été leur œuvre, comme le pensent les savants polonais, soit qu'elle ait été l'un des facteurs décisifs dans leur formation, comme le croient les savants russes ; civilisation qui a été, sinon anéantie, du moins fort ébranlée au ve siècle avant J.-C. par l'invasion des Scythes, dont on peut reconstituer la marche à partir des traces d'incendies et de ruines.

Les données archéologiques

De façon générale, les historiens admettent la présence de Préslaves ou Protoslaves dont les civilisations auraient évolué soit de façon autonome en fonction des progrès économiques et humains, soit sous l'influence de diverses invasions étrangères ou au contact de leurs voisins. Dans ce domaine, l'archéologie fournit la preuve de l'existence d'une civilisation à poterie cordée entre Dniepr, Carpates, Oder et Baltique, du IIIe au IIe millénaire avant J.-C., qui a été suivie, jusqu'au Ier millénaire, de la civilisation dite « des champs d'urnes funéraires », s'étendant sur la majorité de l'Europe centrale et orientale et recelant les fondements d'une véritable civilisation de peuples agricoles qui pratiquaient des rites funéraires d'incinération.

À la fin de l'âge du bronze et au début de l'âge du fer est apparue la civilisation lusacienne qui serait peut-être celle des Slaves primitifs ; elle se localisait entre l'Oder et le Dniepr et surtout de part et d'autre de la Vistule, et devait durer jusqu'au ve ou au ive siècle avant J.-C. Elle aurait fait place ensuite à des civilisations indiscutablement slaves. On trouve, en effet, à partir de là, côte à côte ou successivement, diverses cultures correspond [...]

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Slaves, VIe-Xe siècle

Slaves, VIe-Xe siècle
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Biskupin (Posnanie) en 700-400 av. J.-C;

Biskupin (Posnanie) en 700-400 av. J.-C;
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Langue polonaise : les phonèmes consonantiques

Langue polonaise : les phonèmes consonantiques
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Systèmes consonantiques du russe et du slovène

Systèmes consonantiques du russe et du slovène
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  • : maître assistant à l'Institut national des langues et civilisations orientales.
  • : professeur de langue et littérature slaves à l'université de Provence
  • : chargé de recherche au C.N.R.S.

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Pour citer l’article

Denise EECKAUTE, Paul GARDE, Michel KAZANSKI, « SLAVES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/slaves/