SLAVES

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Syntaxe

Les langues slaves, considérées dans leur forme livresque, semblent offrir, en matière de syntaxe, peu de surprises pour un Européen occidental : le russe des ouvrages scientifiques ou des journaux se laisse traduire presque mot à mot en français, et de même, à onze siècles de distance, le vieux slave des textes scripturaires calque fidèlement l'original grec dont il est traduit. Mais, à ce niveau stylistique, une partie des ressources syntaxiques reste inexploitée : la langue parlée, que l'on ignore pour le vieux slave, mais que l'on connaît bien pour les langues modernes, révèle une syntaxe plus différente de la nôtre.

Conformément au modèle indo-européen, le slave présente une nette différenciation entre nom et verbe, et toute proposition contient en principe un verbe. Toutefois, en cas de prédicat nominal, il n'y a d'autre forme verbale que la copule (verbe « être ») ; en russe, la copule est exprimée aux temps autres que le présent, mais ne l'est pas au présent (copule zéro). Ainsi « tout était prêt, tout sera prêt, tout est prêt » se disent respectivement en serbo-croate sve je bilo gotovo, sve će biti gotovo, sve je gotovo (copule exprimée à tous les temps), mais en russe vse bylo gotovo, vse budet gotovo (copule exprimée au futur et au prétérit), vse gotovo (copule zéro au présent). La copule zéro apparaît aussi sporadiquement dans d'autres langues : polonais to prawda « c'est la vérité ». Le prédicat peut aussi être exprimé par une interjection (russe myšelovka menja hlop « la souricière s'est refermée sur moi », littéralement « la souricière me clac ! »), par un complément circonstanciel (russe Tat'jana v les, medved' za neju « Tatiana entre dans la forêt, l'ours la suit », littéralement « Tatiana dans la forêt, l'ours derrière elle »), par un infinitif (russe a on revet' « et lui de hurler »). On rencontre donc au total un assez grand nombre de propositions ne contenant pas effectivement de forme verbale conjuguée. Ce trait est particulièrement net en russe ; il est plus rare dans les autres langues et surtout en slave méridional.

Dans le type de phrase le plus courant, le prédicat est accompagné d'un sujet, mis au nominatif, et avec lequel il s'accorde. Mais les langues slaves connaissent aussi une très grande variété de propositions impersonnelles, ne contenant pas de sujet : russe temneet « il fait sombre », menja znobit « j'ai des frissons » (menja est un pronom de première personne à l'accusatif), mne vezët « j'ai de la chance » (mne est un pronom de première personne au datif), ou avec un prédicat nominal : mne skučno « je m'ennuie », mne nel'zja « je ne peux pas » ; avec un infinitif : mne zdes' ne usest'sja « je n'arriverai pas à m'asseoir ici » (usest'sja est un verbe à l'infinitif).

L'objet du verbe transitif se met à l'accusatif, mais il existe de nombreux verbes gouvernant d'autres cas : génitif, datif, instrumental, tournures prépositionnelles.

Le génitif connaît dans les langues slaves de nombreux emplois qu'on ne retrouve pas ailleurs, et qui se rattachent à une valeur partitive (les langues finnoises, voisines géographiquement des langues slaves, emploient dans toutes ces tournures un cas qui leur est propre, le partitif). On a ainsi le génitif pour un objet qui n'est atteint que partiellement par l'action du verbe : russe daj mne hleba (génitif) « donne-moi du pain » (cf. daj mne hleb, accusatif, « donne-moi le pain »), ou qui n'est atteint que temporairement par elle : daj mne nožika « donne-moi ton couteau (pour un instant) » ; pour l'objet d'une proposition négative : russe vy ne znaete ukrainskoj noči (génitif) « vous ne connaissez pas la nuit ukrainienne » (cf. znaete li vy ukrainskuju noč ?, accusatif, « connaissez-vous la nuit ukrainienne ? ») ; génitif dans une phrase d'existence négative, s'appliquant au terme qui serait sujet dans la phrase affirmative : ne bylo tumana (génitif) « il n'y avait pas de brouillard » (cf. byl tuman, nominatif, « il y avait du brouillard ») ; génitif quantitatif après les numéraux : russe dva, tri, četyre rublja (génitif singulier) « deux, trois, quatre roubles », pjat', desjat', sto rublej (génitif pluriel) « cinq, dix, cent roubles », et après d'autres mots à valeur quantitative : russe hvatit deneg (génitif) « il y aura assez d'argent » (cf. budut den'gi, nominatif, « il y aura de l'argent »). Ces emplois sont plus répandus dans la partie nord du domaine slave que dans la partie sud : ainsi le génitif nég [...]

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Slaves, VIe-Xe siècle

Slaves, VIe-Xe siècle
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Biskupin (Posnanie) en 700-400 av. J.-C;

Biskupin (Posnanie) en 700-400 av. J.-C;
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Langue polonaise : les phonèmes consonantiques

Langue polonaise : les phonèmes consonantiques
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Systèmes consonantiques du russe et du slovène

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  • : maître assistant à l'Institut national des langues et civilisations orientales.
  • : professeur de langue et littérature slaves à l'université de Provence
  • : chargé de recherche au C.N.R.S.

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Pour citer l’article

Denise EECKAUTE, Paul GARDE, Michel KAZANSKI, « SLAVES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/slaves/