LITUANIE

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Lituanie : carte physique

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Lituanie : drapeau

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Débarquement de Klaipéda

Débarquement de Klaipéda
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Lituanie : l'entrée dans l'Union Européenne

Lituanie : l'entrée dans l'Union Européenne
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Nom officielRépublique de Lituanie (LT)
Chef de l'ÉtatGitanas Nausėda (depuis le 12 juillet 2019)
Chef du gouvernementSaulius Skvernelis (depuis le 13 décembre 2016)
CapitaleVilnius
Langue officiellelituanien
Unité monétaireeuro (EUR)
Population2 807 000 (estim. 2018)
Superficie (km2)65 286

La Lituanie (Lietuva) a fêté en 2009 le millénaire de son existence. En effet, les Annales de Quedlinburg, rédigées en latin en 1009, parlent d'un pays appelé Litua.

Lituanie : carte physique

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Carte physique de la Lituanie. 

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Lituanie : drapeau

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Lituanie. (1918 ; modif en 1991 et 2004) La Lituanie, qui avait proclamé son retour à l'indépendance dès le 11 mars 1990 et l'a pleinement recouvrée en août 1991, a retrouvé en même temps le drapeau qui fut le sien déjà de 1918 (création de la république) à 1940 (occupation... 

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Parmi les peuples baltes établis sur la rive orientale de la mer Baltique, seuls les Lituaniens ont réussi à créer un État qui a résisté aux tentatives de conquête des chevaliers Teutoniques. On a peine à se représenter que le grand-duché de Lituanie fut au xve siècle, sous Vytautas le Grand, l'un des États les plus vastes et les plus prestigieux d'Europe, dont la souveraineté s'étendait jusqu'aux confins de la mer Noire. Ce sont les aléas de l'histoire et les conflits avec les États voisins qui ont ramené la Lituanie, appelée souvent le pays de l'ambre, à ses frontières actuelles. Frontières à l'intérieur desquelles elle a recouvré son indépendance en 1991 après cinquante ans de domination soviétique. La Lituanie a intégré l'O.T.A.N. et l'Union européenne en 2004.

Géographie

Basses terres et hautes terres

La Lituanie actuelle est située sur les bords de la mer Baltique, au nord-ouest de la grande steppe russe. Sa superficie est de 65 300 kilomètres carrés.

Le pays est formé par une vaste pénéplaine inclinée vers la mer. Il est bordé au nord par la Lettonie sur 610 kilomètres, à l'est par la Biélorussie sur 720 kilomètres ; la frontière sud et sud-ouest est partagée entre la Pologne sur 110 kilomètres et par l'enclave russe de Kaliningrad sur 303 kilomètres. Sa frontière maritime est de 99 kilomètres.

Ce pays plat est traversé du nord au sud par deux lignes de collines, restes de moraines glacières dont le point culminant est le « mont » Juozapiṇe (294 m) situé dans le sud-est du pays. Tout le centre du pays est occupé par une large plaine très richement irriguée. Partout l'eau affleure, formant de petites rivières ou des lacs ; le plus grand est le Drukšiai (45 km2) ; le plus profond est le Tauragnas (60 m).

Le fleuve Nemunas (Niémen), long de 937 kilomètres, coule sur 475 kilomètres au cœur de la Lituanie ; son cours a la forme d'un Z, il coule d'abord en Biélorussie vers l'ouest jusqu'à Grodno (Gardinas), puis il tourne brusquement vers le nord jusqu'à Kaunas, puis reprend sa direction vers l'ouest ; il se jette dans la mer à l'intérieur de la lagune dite baie de Courlande (Kuršiu Nerija). Cette lagune, formée par une bande de sable apportée depuis les côtes prussiennes par les vents, communique avec la mer par le détroit de Klaipeda, large de 390 mètres.

Le Nemunas reçoit sur sa rive droite de nombreux affluents : la Neris (235 km), la Šešupe (299 km), la Nevežis (209 km). La Venta, elle, coule vers le nord et se jette dans la mer en Lettonie.

La Lituanie est composée de quatre régions : au nord-est l'Aukštaitija, au nord-ouest la Žemaitija (Samogitie), au sud la Dzukija et la Suvalkija.

La forêt, où dominent conifères et feuillus, couvre un quart du pays. La faune y est très variée (élans, daims, chevreuils, lynx, sangliers et loups). C'est le pays des champignons et de la canneberge.

Le climat est semi-continental avec des hivers longs et enneigés et des étés courts mais chauds et ensoleillés. La moyenne des températures est de 19 0C en juillet et de — 6 0C en janvier.

Une population de plus en plus homogène

Avec 2 979 000 habitants (en 2013), la Lituanie est aujourd'hui le plus homogène des pays baltiques.

Elle compte 82 p. 100 de Lituaniens, 8,5 p. 100 de Russes, 7,7 p. 100 de Polonais, 1,6 p. 100 de Biélorusses et 0,9 p. 100 d'Ukrainiens. La minorité juive (environ 5 000 personnes) connaît aujourd'hui une renaissance culturelle. Les Tatars (5 000 environ), les Roms (3 000 environ), les Karaïtes (270 personnes environ, groupées autour de Trakaï) forment des minorités qui sont dans l'ensemble bien intégrées. La Lituanie ne connaît pas dans ce domaine les mêmes problèmes que la Lettonie.

La situation démographique du pays est un peu moins inquiétante que celles des deux autres pays baltiques, mais le taux d'accroissement naturel y est encore négatif (— 2 p. 1 000 en 2011).

La capitale Vilnius rassemble environ 16 p. 100 de la population totale (538 000 hab. en 2013). Kaunas, avec 307 000 habitants, est la deuxième ville du pays.

Une économie en pleine évolution

L'économie lituanienne a souffert pendant des siècles de la structure sociale du grand-duché. La noblesse propriétaire était peu soucieuse du mode d'exploitation et ne se préoccupait guère du sort de ses paysans. Dans ce pays agricole, les rendements étaient médiocres et bien inférieurs à ceux du reste de l'Europe. Cette situation a perduré pendant des siècles. À partir du soulèvement de 1863 s'est engagée une transformation sociale, avec la confiscation des terres de la noblesse dont profita une partie de la classe paysanne. Pourtant, l'agriculture est restée très traditionnelle dans ses méthodes jusqu'en 1914 : céréales, pommes de terres, élevage des moutons, des porcs et des oies représentaient l'essentiel de la production. Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, l'agriculture, principal atout du pays, a freiné l'évolution de la Lituanie vers les activités industrielles. Le retard du développement de l'industrie était dû aussi au manque de moyens de communication pratiques et à l'absence de ressources énergétiques.

Après l'annexion par l'U.R.S.S. (1940), la vocation agricole de la Lituanie, quoique désorganisée par la politique de collectivisation, a épargné à celle-ci la construction sur son territoire de complexes industriels qui auraient pu provoqué l'afflux d'ouvriers russophones.

Jusqu'à la construction de la centrale atomique d'Ignalina (1983) et de centrales thermiques ou hydrauliques, le pays a dépendu du pétrole russe, ce qui explique que la Lituanie se soit spécialisée dans l'industrie légère (radio, télévision), dans l'industrie chimique ou alimentaire, dans l'industrie du bois et du textile.

Après le retour de l'indépendance (1991), les Lituaniens ont mis en œuvre plus tard que leurs voisins, Lettons et Estoniens, les réformes rendues nécessaires par la rupture avec l'U.R.S.S. Le pays a mis près de dix ans pour rétablir sa situation économique, aggravée par la crise financière russe de 1998. Depuis 2000, les exportations dans le domaine alimentaire, dans ceux du bois et du raffinage ont permis de rétablir un équilibre qui a rendu possible l'adhésion de la Lituanie à l'Union européenne en mai 2004. Klaipeda (158 800 hab.), le principal port du pays, est maintenant un important centre de pêche et de transformation du poisson.

Aujourd'hui, ces secteurs sont devenus porteurs, en partie grâce au réseau routier qui s'est considérablement amélioré avec le grand axe est-ouest (Vilnius, Kaunas, Klaipeda).

Histoire

Les temps anciens

De tous les peuples établis sur la rive orientale de la mer Baltique dès le IIIe millénaire avant J.-C., seuls les Lituaniens ont réussi à créer un État national. Cet État s'est formé sous la pression des menaces extérieures, germaniques, polonaises ou russes. Auparavant des peuplades (Žemaičiai, Aukštaičiai, Jotvingiai et Borusses) ont coexisté avant de se regrouper sous l'autorité du grand-duc Mindaugas (1238-1263). Le xiiie siècle est marqué dans les régions baltiques par une double invasion germanique, celle des chevaliers Porte-Glaive au nord de la Daugava et celle des chevaliers Teutoniques ou Porte-Croix, installés à l'appel du prince de Mazovie sur la Basse-Vistule pour réduire les rebelles Borusses ou Prusai. De ce peuple exterminé par les Teutoniques, il ne reste que le nom de Prusse. Les Teutoniques s'attaquèrent alors à la Samogitie afin d'établir une liaison permanente avec les Porte-Glaive.

Ces tentatives amenèrent Mindaugas à accepter pour des raisons politiques le baptême en 1251 ; à cette occasion, il reçut des mains des Germaniques la couronne de roi de Lituanie (1253). Mais cette politique habile ne convainquit pas ses propres sujets qui voulaient rester païens et Mindaugas fut assassiné en 1263.

Gediminas chef de guerre et diplomate

Convaincu que le sort de son pays dépendait de son ralliement à l'Europe chrétienne et afin d'enlever aux Teutoniques tout prétexte d'attaquer son territoire, le grand-duc Gediminas (vers 1275/1316-1341) décida lui aussi de se convertir et de le faire savoir. Il transféra sa capitale de Trakaï à Vilnius d'où il essaya d'établir des relations avec la papauté et avec les souverains européens. Il mena une double politique : il étendit son autorité à l'Est en s'emparant de la Volhynie et de la Podolie et s'avança jusqu'à Kiev, posant ainsi les fondements du grand-duché de Lituanie. En même temps, il établit des relations familiales avec les familles régnantes des pays conquis. De plus, il donna sa fille Aldona en mariage au futur Casimir III de Pologne, préparant ainsi la future union des deux pays.

Cette politique a assuré à Gediminas un prestige certain en Europe, mais il n'a pas réussi à convaincre tous ses sujets d'adopter la foi chrétienne. Il fut assassiné, sans doute par des adversaires de sa politique religieuse, en 1341.

Du giron polonais à la décadence

Devant la pression incessante des Teutoniques, les héritiers de Gediminas cherchèrent à consolider l'alliance polonaise. Le grand-duc Jagellon (Jogaïla) épousa Hedwige de Pologne, unissant ainsi le sort des deux pays (union de Krewo, 1385). Par son mariage, il devint roi de Pologne sous le nom de Ladislas II. Le traité d'union imposait à la Lituanie de se convertir à la foi chrétienne, et livrait le pays à la noblesse polonaise.

Mais son cousin Vytautas (vers 1350/1392-1430) restait grand-duc de Lituanie et s'efforçait de maintenir, à l'intérieur de l'alliance, l'autonomie de son duché. Ensemble, les forces polono-lituaniennes battirent les Teutoniques à Grünwald-Tannenberg en 1410, mettant ainsi fin à leurs prétentions territoriales. Après cette victoire, Vytautas s'efforça d'agrandir encore son domaine en assurant son autorité sur les terres slaves de Pskov, de Novgorod et jusqu'aux portes de Moscou. Les dernières années de Vytautas, appelé maintenant le Grand, furent marquées par une rivalité entre les ambitions polonaises, qui tentaient de s'emparer des territoires conquis par les Lituaniens, et le désir profond de Vytautas de se dégager de cette tutelle.

Tant que dura la dynastie des Jagellons, jusqu'en 1572, les deux nations connurent une époque riche sur plusieurs plans : développement économique, extension des villes et du commerce, épanouissement artistique et intellectuel. La noblesse polonaise séduisit les nobles lituaniens par sa culture et par le rôle qu'elle jouait dans l'État. Cette admiration pour la noblesse polonaise fit perdre au grand-duché la maîtrise de son destin. L'Union de Lublin en 1569 concrétisa la prééminence polonaise par la création de la République polono-lituanienne (Rzeczpospolita), qui lia le sort des deux pays pour le meilleur et pour le pire. La Lituanie était devenue une partie de ce nouvel ensemble.

Le xvie siècle a été marqué par de longues et violentes querelles entre les prédicateurs de la Réforme et le clergé polonais qui reçut le soutien des jésuites. Ceux-ci, par leur dynamisme et leur bonne connaissance des langues locales, firent triompher la cause de Rome (Contre-Réforme) dans la Rzeczpospolita. À leur initiative fut fondée en 1579 une université polonaise à Wilno (Vilnius).

La République polono-lituanienne connut deux siècles de rayonnement culturel, en dépit d'un système monarcho-parlementaire qui affaiblit le pouvoir de l'État, notamment par l'institution à la demande des Lituaniens du liberum veto. Mais les conflits permanents entre les rois élus et la noblesse qui les élisait aboutirent à l'impuissance en politique intérieure, au déclin du prestige à l'extérieur et finalement au partage en trois étapes de ce qui avait été le plus grand État d'Europe.

Du joug russe à l'éveil national

Au terme des trois partages entre l'Autriche, la Prusse et la Russie, la Lituanie cessa d'exister. Elle fut annexée en 1795 à l'empire tsariste et devint pour près de cent vingt ans une simple province russe. Le troisième partage sépara définitivement le destin de la Lituanie de celui de la Pologne même si, lors des soulèvements anti-russes de 1831 et de 1863, des Lituaniens participèrent à la lutte lancée par des Polonais. L'échec de ces révoltes eut des conséquences importantes pour la population lituanienne : la noblesse, compromise dans ces soulèvements, subit une dure répression tsariste et le pays connut une véritable aliénation culturelle, avec la fermeture de l'université (1832) et l'abolition des lois lituaniennes remplacées par la législation russe. À partir de 1863 commença une période de russification systématique portant sur tous les plans : l'orthodoxie fut imposée aux dépens du catholicisme, l'enseignement du lituanien fut interdit et le gouvernement imposa l'utilisation de l'alphabet cyrillique pour écrire le lituanien. La Lituanie, réduite à sa zone ethnographique, perdit même son nom et devint le Territoire du nord-ouest.

Malgré la répression, des mouvements de renaissance nationale se manifestèrent peu à peu sous des formes diverses : à travers les chansons populaires, les Dainos, les mythes populaires reprirent vie, le chant choral, qui connut un grand succès, devint un vecteur de renouveau national et un enseignement du lituanien se développa dans la clandestinité. À partir de la Prusse, des publications en lituanien, livres et journaux officiellement interdits, pénétrèrent dans le pays malgré la censure ; elles contribuèrent à fortifier dans les communautés de paroisse le sentiment national face aux mesures de russification et face aussi à ce qui restait de l'emprise culturelle polonaise.

Ébranlé par la révolution de 1905, l'empire russe assouplit les contraintes qui pesaient sur la Lituanie : l'université fut rouverte, l'enseignement du lituanien fut réintroduit dans les écoles et la presse retrouva une certaine liberté. Vilna redevint Vilnius.

Les efforts, longtemps réprimés, de certains intellectuels comme le docteur Jonas Basanavičius ou Vincas Kudirka commençaient à porter leurs fruits et contribuèrent à l'éveil d'une conscience politique favorisée par l'élection d'une Diète lituanienne (Seimas) qui ne tarda pas à parler d'autonomie au sein de l'Empire.

Sur le chemin de l'indépendance

La déclaration de guerre de l'Allemagne à la Russie en 1914 changea le cours des événements. Occupés par les troupes allemandes à partir de 1915, les Lituaniens, d'abord accueillants, rejetèrent les tentatives de germanisation forcée mais, avec l'accord des occupants, ils mirent en place une autorité politique, le conseil lituanien (Taryba), qui réclama immédiatement l'indépendance. Celle-ci fut proclamée en pleine guerre, le 16 février 1918. L'armistice de Brest-Litovsk, signé en mars 1918 entre la Russie et l'Allemagne, mit fin aux prétentions des bolcheviks sur la Lituanie. Pourtant, jusqu'en 1920, le nouveau gouvernement dirigé par Antanas Smetona dut lutter contre trois ennemis : les bolcheviks qui lui refusaient l'indépendance, les Allemands qui, avec le général von der Goltz, refusaient d'évacuer les régions baltes et les Polonais qui, à peine rétablis dans leur pays, n'abandonnaient pas leurs prétentions sur Vilnius. Après une période confuse, la Lituanie et le gouvernement soviétique signèrent la paix à Moscou (juillet 1920). Les Polonais signèrent aussi l'armistice de Suvalkaï (7 octobre) mais, dès le surlendemain, un commando polonais, dirigé par le général Želigowski, s'empara de Vilnius. Toutes les relations entre les deux pays furent immédiatement rompues, Vilnius redevint Wilno et la Lituanie dut se donner une autre capitale, Kaunas.

La République de Lituanie (1920-1940)

Le premier souci du pouvoir lituanien fut de donner au pays les bases d'un régime démocratique et de se faire reconnaître par les institutions internationales. L'Assemblée constituante vota une série de textes fondamentaux, notamment une Constitution, une réforme agraire, et créa une monnaie nationale convertible, le litas.

La nouvelle Constitution de 1922 adopta le principe d'une assemblée unique et confia l'État à un président de la République élu, comme elle, pour trois ans. Elle garantissait les libertés fondamentales, protégeait les minorités et donnait aux femmes le droit de vote. Mais le manque d'expérience démocratique entraîna de nombreuses crises gouvernementales ; elles furent à l'origine, en décembre 1926, d'un coup d'État. Celui-ci porta à la présidence Antanas Smetona et au poste de Premier ministre Augustinas Voldemaras. Le gouvernement promulgua en 1928 une nouvelle Constitution qui tendait à écarter les partis politiques au profit d'un pouvoir personnel. Le président Smetona exerça alors un pouvoir discrétionnaire jusqu'en 1940. La réforme agraire transforma les structures sociales de la nation par une nouvelle répartition des terres confisquées à l'État russe, qui furent redistribuées aux paysans sans terre et aux anciens combattants.

La République de Lituanie fut admise à la Société des Nations en septembre 1921, mais elle ne put récupérer sa capitale, qui fut attribuée officiellement à la Pologne en 1923. En outre, l'attribution de Memel à la Lituanie en 1923, sous le nom de Klaipeda, suscita une très vive opposition de la part de l'Allemagne à partir de 1933. Le Reich obtint, en mars 1939, la rétrocession de la ville et de son territoire.

Parmi les minorités, la communauté juive occupait une place importante et ancienne. Dès le xive siècle lui avait été accordé un statut qui lui permettait de grandir et de s'organiser, si bien que le grand-duché était devenu un lieu de refuge pour les Juifs persécutés en Europe occidentale. Dans cette communauté, naquit à la fin du xixe siècle un mouvement pro-communiste, le Bund, qui inspirera les révolutionnaires russes. Entre les deux guerres, pendant l'occupation polonaise se forma à Wilno un foyer de pensée juive, le Yivo.

Les années de l'entre-deux-guerres permirent au peuple lituanien de reprendre conscience de son unité, de ses valeurs et de son identité. Cette période est restée dans la mémoire collective, peut-être par comparaison avec les années qui suivirent, comme une époque heureuse.

Les années difficiles (1939-1944)

Le sort de la Lituanie a été déterminé par le pacte germano-soviétique du 23 août 1939. Celui-ci prévoyait, avec le quatrième partage de la Pologne, que la Lituanie passerait dans la sphère d'influence allemande, tandis que la Lettonie et l'Estonie entreraient dans la zone soviétique. Le 28 septembre, un deuxième accord fut signé qui contenait un protocole secret par lequel le Reich échangeait la Lituanie contre la région de Lublin et une partie de la région de Suvalkaï. Staline y envoya immédiatement des troupes, en même temps qu'il lui rendait sa capitale Vilnius. En juin 1940, l'U.R.S.S. exigea la formation d'un gouvernement populaire et commença à déporter la plupart des dirigeants nationaux et leurs familles ainsi que des membres de l'intelligentsia. Elle imposa une nouvelle Constitution qui transforma la Lituanie en République socialiste soviétique.

Débarquement de Klaipéda

Débarquement de Klaipéda

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23 mars 1939 : les troupes allemandes débarquent dans le port de Klaipéda, en Lituanie. 

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L'attaque allemande du 22 juin 1941 interrompit une seconde vague de déportations et les soldats du Reich furent d'abord bien accueillis. Mais, très vite, les Lituaniens comprirent qu'ils avaient seulement changé de maîtres. La population juive fut rapidement exterminée (près de 300 000 victimes). Une partie des Lituaniens dut travailler pour les occupants. Plusieurs mouvements de résistance, soit anti-allemands, soit anti-russes, se créèrent, tandis que le Reich essayait de former des divisions lituaniennes anti-bolcheviques.

La reconquête du pays, sa « libération » par l'Armée rouge, dura plusieurs mois : Vilnius fut prise en juillet 1944 et Klaipeda en janvier 1945. Beaucoup de Lituaniens fuirent devant le retour des Soviétiques et se réfugièrent en Suède ou en Allemagne.

Une chape de plomb (1945-1991)

La remise au pas du pays fut menée brutalement sous la direction d'Antanas Sniečkus, le chef du Parti communiste. Les premières années de la réoccupation soviétique furent difficiles, tant sur le plan humain qu'économique : pendant la guerre, près de 20 p. 100 de la population avaient disparu pour des raisons diverses ; dans ce pays catholique, la répression frappa durement les prêtres et l'Église. Elle provoqua un mouvement de résistance de la part des « Frères de la forêt ». La collectivisation forcée de l'agriculture, entreprise dès 1947, accompagnée de la déportation des paysans hostiles, baptisés koulaks, transforma les campagnes. L'opposition à cette politique, notamment celle des Frères de la forêt, se prolongea jusqu'en 1953. La production agricole s'effondra et il fallut attendre 1960 pour retrouver le niveau de production d'avant guerre. En raison de sa faible industrialisation, la Lituanie fut moins envahie par les migrants soviétiques que les pays voisins. Peut-être la politique de Sniečkus joua-t-elle un rôle modérateur.

Après la mort de Staline (1953), la situation se normalisa avec une amnistie qui permit le retour de trente mille déportés, alors que dans le même temps, Nikita Khrouchtchev imposait l'usage du russe. Malgré la censure, une Chronique de l'Église catholique de Lituanie réussit à paraître clandestinement, renforçant ainsi les convictions religieuses du peuple. L'immolation en 1972, à Kaunas, du jeune Romas Kalanta entraîna des manifestations massives. Après la signature des accords d'Helsinki (1975), de nombreux Lituaniens formèrent des comités de vigilance pour veiller à leur application. En 1988, le mouvement populaire Sajudis renforça le processus de protestation nationale qui conduira à l'indépendance.

—  Suzanne CHAMPONNOIS

La Lituanie indépendante

La fronde lituanienne au sein de l'U.R.S.S. est mémorable. Les manifestations révélant l'opposition des Lituaniens au système soviétique, puis leur volonté de restaurer l'indépendance du pays, se sont en effet multipliées dès les années 1970. Que cela soit pour stopper la construction, imposée par Moscou, de ce qui devait être la plus grosse centrale nucléaire soviétique, pour obtenir le droit d'affirmer leur catholicisme, ou pour réclamer l'instauration du lituanien comme langue officielle de la République, les motifs permettant d'exprimer la singularité lituanienne ont été nombreux.

Le premier Front populaire des républiques baltes fut créé à Vilnius, le 3 juin 1988 : le Sajudis rassembla autour de son programme les autonomistes lituaniens, qui eurent tôt fait de se transformer en indépendantistes. Le succès du Sajudis réside en partie dans cette capacité qu'il eut de rassembler des volontés aussi diverses que celles d'un Vytautas Landsbergis, nationaliste qui en prit la tête, ou d'un Algirdas Brazauskas, premier secrétaire du Parti communiste lituanien à compter de novembre 1988, tout en s'assurant le soutien de l'Église catholique lituanienne.

Lors des élections des représentants au Soviet suprême de l'U.R.S.S., au printemps de 1989, le Sajudis remporta 75 p. 100 des sièges. Le 18 mai 1989, la Lituanie proclama sa souveraineté et, lors des premières élections libres organisées dans la République soviétique au printemps de 1990, Vytautas Landsbergis fut propulsé au poste de président du Soviet suprême de la République. Le 11 mars 1990, le Parlement lituanien proclama l'indépendance du pays, imité quelques semaines plus tard par l'Estonie et la Lettonie.

La Lituanie paya cher cette célérité, d'abord par le blocus économique terrible imposé par Moscou, puis par le tristement célèbre assaut des locaux de la télévision de Vilnius, le 13 janvier 1991, qui fit quinze morts parmi les Lituaniens.

Alternances politiques

Au début de l'indépendance, le paysage politique lituanien a pu sembler moins complexe que celui de l'Estonie ou de la Lettonie, essentiellement du fait de la présence d'un nombre moindre de partis politiques et de coalitions moins changeantes. Pourtant, le pays connut également l'alternance politique, ce que révèle en particulier la rapidité avec laquelle les présidents se sont succédé pendant près de quinze ans à la tête de l'État.

Dès avant la restauration de l'indépendance, le Sajudis s'est trouvé en proie à d'importantes querelles internes, la politisation excessive des débats faisant souvent perdre de vue les impératifs de la transition économique. Ces dérives sont en grande partie responsables de la perte de confiance des Lituaniens dans la personne de Landsbergis, pourtant reconnu comme le père de l'indépendance. Lorsqu'il tenta un plébiscite autour de sa personne, en présentant, le 23 mai 1992, un projet de Constitution instaurant un régime présidentiel fort, ce fut un échec. Le 14 février 1993, les Lituaniens élirent à la tête de l'État Algirdas Brazauskas, dont le Parti démocratique du travail avait remporté les élections législatives du 15 novembre 1992. Cet ancien communiste se maintint au poste de président jusqu'en février 1998, même si, entre-temps, il subit un sort similaire à celui de Landsbergis, les municipales du 25 mars 1995 voyant son parti devancé par la coalition Conservateurs – Union de la patrie menée par... Vytautas Landsbergis. Le 4 janvier 1998, Valdas Adamkus, représentant émérite de cette communauté de Lituaniens émigrés aux États-Unis et de retour en Lituanie indépendante, fut élu à la tête de l'État, inaugurant pour son pays une période de grande ouverture vers l'Ouest et, plus particulièrement, de politique pro-atlantiste et pro-américaine. Il fut battu à la surprise générale le 5 janvier 2003, Rolandas Paksas gagnant le scrutin présidentiel d'une courte tête et contre tous les pronostics. Ancien champion soviétique d'acrobaties aériennes, personnage flamboyant et controversé, souvent qualifié de populiste ou de démagogue, lancé dans les affaires depuis le retour de l'indépendance, entretenant des liens étroits avec des entrepreneurs russes, capable de changer à plusieurs reprises d'affiliation politique, l'ancien maire de Vilnius et ex-Premier ministre (1999 puis 2000-2001), concentra d'emblée sur lui la haine des élites. Aux termes d'une procédure complexe, Rolandas Paksas fut destitué le 6 avril 2004, reconnu coupable d'avoir violé la Constitution, divulgué des informations confidentielles à une puissance étrangère (la Russie) et de s'être ingéré dans des affaires privées. Valdas Adamkus fut réélu à la présidence de Lituanie le 27 juin 2004. En février 2009, c'est Dalia Grybauskaite qui accéda à la présidence, élue dès le premier tour et avec 68 p. 100 des voix. L'ancienne ministre des Finances (2001-2004) puis Commissaire européenne en charge de la programmation financière et du budget (proclamée « Commissaire de l'année » en 2005) jouissait, il est vrai, d'une énorme popularité dans le pays. Souvent qualifiée de « dame de fer » lituanienne, elle a été la première femme à accéder à la fonction présidentielle dans son pays.

Avec son élection, la période d'instabilité liée aux nombreux imbroglios politico-judiciaires qui avaient mis en cause le consensus initial sur le rôle de l'État sembla d'abord s'apaiser : le comportement de certains dirigeants avait en effet pu faire douter les électeurs, alors que l'État était parfois perçu comme une contrainte et une entrave au redressement du pays. Même si la procédure qui a conduit à la destitution du président Paksas a montré à quel point le cadre institutionnel de la Lituanie est abouti, cette affaire a révélé un climat de méfiance, à la frontière entre les affaires et la politique, alors que l'ingérence étrangère (russe comme américaine) ne faisait pas le moindre doute. À cet égard, Dalia Grybauskaite a donc contribué à rétablir la confiance des Lituaniens. Toutefois, l'électrochoc provoqué par le virage à gauche des électeurs à l'occasion du scrutin législatif d'octobre 2012, s'il a plus à voir avec les soubresauts de la crise économique qu'avec ceux d'une démocratie désormais bien installée, a réveillé les vieux démons. Le Premier ministre conservateur Andrius Kubilius, en poste depuis fin 2008, s'attendait certes à cette sanction des urnes après quatre ans de politique d'austérité. Mais la victoire des sociaux-démocrates et du Parti du travail, formation populiste de gauche, a suscité nombre de réactions, entre une présidente annonçant son refus de voir un Premier ministre issu du Parti du travail et la formation laborieuse d'un gouvernement de coalition.

Économie : du gradualisme à l'austérité

Au début des années 1990, la Lituanie a opté pour une stratégie de réformes plus graduelle mais aussi moins cohérente que l'Estonie ou la Lettonie. Durant la phase de transition, les choix politiques retenus ont révélé la volonté des élites d'atténuer, pour la population, le choc des réformes, mais aussi leurs doutes quant aux bénéfices à court terme de l'instauration d'une économie de marché. Il en est résulté une transition à la fois plus lente et plus chaotique que dans les pays voisins. La maîtrise de l'inflation y a été plus tardive, de même que la reprise de la croissance, et les déficits publics y sont traditionnellement plus importants. Toutefois, l'économie lituanienne a renoué avec la croissance à partir de 1995, évolution positive confirmée ensuite, avec un pic de croissance du P.I.B. enregistré en 2007 (+ 9,8 p. 100). Elle est également rentrée plus tardivement que les deux pays voisins dans la récession liée à la crise de surchauffe (relative en Lituanie) et à la crise financière internationale. Le P.I.B. s'est néanmoins contracté de 14,8 p. 100 en 2009, plaçant le pays dans le palmarès des États de l'U.E. pour la décroissance, et la sortie de crise a, elle aussi, été retardée. Contre toute attente, la Lituanie a alors opté, comme les deux pays voisins, pour une politique d'austérité assumée, au risque de provoquer le mécontentement de la population et, notamment, de subir des sanctions électorales. Les salaires réels, les retraites et les prestations sociales ont connu des baisses impressionnantes mais, en 2012, Vilnius a pu se targuer d'un taux de croissance record en Europe (3 p. 100). Cette embellie a été essentiellement tirée par les exportations et par une timide mais encourageante reprise de la consommation intérieure, cette dernière s'expliquant en partie par les améliorations apportées au marché du travail.

La monnaie nationale, le litas, introduite le 25 juin 1993, a été rattachée au dollar en 1994, puis à l'euro en février 2002. En janvier 2006, le Parlement lituanien a commencé à voter les amendements nécessaires pour le passage du pays à l'euro, envisagé dans un premier temps pour janvier 2007. Mais le fort taux d'inflation n'a pas permis à la Lituanie de respecter les critères de convergence imposés par Bruxelles pour l'introduction de la monnaie européenne, et la Commission européenne a rendu un avis défavorable à ce sujet au printemps de 2006. En 2009, si l'option de la dévaluation a d'emblée été écartée par les autorités, c'est que celles-ci tenaient néanmoins à respecter les autres critères de convergence (dont le taux de change stable) imposés par l'objectif de l'adhésion à la zone euro. En outre, une dévaluation aurait eu pour conséquence de renchérir le remboursement des dettes des particuliers, majoritairement libellées en euros. L'ancrage à la monnaie européenne avait d'ailleurs eu pour avantage – et il n'est pas des moindres dans le contexte actuel de crise de la dette en Europe – de placer le pays sur une trajectoire « vertueuse » en matière de politique des finances publiques, ce qui a permis d'afficher une dette publique de 40,5 p. 100, bien en deçà des 60 p. 100 prônés par Maastricht. Dans le marasme qui a atteint les pays européens, le Premier ministre lituanien s'est démarqué, déclarant en 2012 que la monnaie européenne n'était pas la cause, mais la solution de la crise. Vilnius est pourtant en retrait sur cette question, se refusant désormais à afficher une date butoir pour l'adhésion à la zone euro.

À l'abri des problèmes de minorités ?

À la différence de l'Estonie et de la Lettonie, la Lituanie est un pays où la minorité russophone est proportionnellement moins présente. La structure démographique, à cet égard, est globalement homogène, ce que l'on explique généralement par le fait que, pays plus rural et moins industrialisé, la Lituanie a moins attiré, durant l'occupation soviétique (1940-1991), les migrants russophones. En 1989, on estimait que la population était à 79,6 p. 100 ethniquement lituanienne, contre 9,4 p. 100 d'origine russe et près de 7 p. 100 d'origine polonaise. Cette situation permit à la Lituanie d'adopter, dès le 3 novembre 1989, une loi, connue sous le nom d'« option zéro », conférant la citoyenneté à tous les habitants ayant résidé de façon permanente dans le pays depuis trois ans. Cette loi a été complétée par une seconde loi, un peu plus restrictive, adoptée le 5 décembre 1991. Sporadiquement, des tensions se font jour dans le pays, entre majorité lituanienne et minorité polonaise (environ 205 000 personnes, essentiellement concentrées dans la région de Vilnius et au sud-est du pays). Les différends exprimés sont suffisants pour entraver les relations avec la Pologne voisine, chaque pays reprochant à l'autre de réserver un sort peu enviable à la minorité présente sur son sol. C'est ainsi qu'en 2012 la présidente lituanienne a renoncé à se rendre à Varsovie pour y préparer un sommet de l'O.T.A.N.

L'option euro-atlantique

L'affirmation européenne de la Lituanie au lendemain de la restauration de l'indépendance a été grandement facilitée par son passé étatique, sa taille et son poids démographique. La marche vers l'Union européenne, couronnée par l'adhésion du 1er mai 2004, s'y est dès lors déroulée de façon peut-être moins crispée qu'en Estonie ou en Lettonie, où la question de la survie de la nation était alors clairement posée.

L'objectif essentiel de la politique intérieure et étrangère de Vilnius à partir du début des années 1990 n'en fut pas moins, comme dans les pays voisins, le double rapprochement avec les structures européennes et atlantiques.

Après avoir signé un accord d'association avec l'U.E. en juin 1995 puis déposé sa demande d'adhésion en décembre 1995, Vilnius vécut comme une « douche froide » la décision prise par Bruxelles, en juillet 1997, d'écarter la Lituanie du premier groupe des pays invités à entamer les négociations. Dès que Bruxelles est revenu sur cette décision et que Vilnius a pu, en mars 2000, entamer ce processus, la Lituanie est apparue comme l'un des pays candidats dont les négociations avançaient le plus vite. Le référendum sur l'adhésion, organisé les 10 et 11 mai 2003, a donné lieu à un véritable plébiscite de la part des Lituaniens : avec 91 p. 100 de oui, le pays se positionne indéniablement dans le groupe des euro-enthousiastes.

Lituanie : l'entrée dans l'Union Européenne

Lituanie : l'entrée dans l'Union Européenne

photographie

Les 10 et 11 mai 2003, les Lituaniens approuvent par referendum, avec 91 p. 100 des suffrages, l'adhésion de leur pays à l'Union européenne. Quelques jours avant, ils manifestaient déjà leur enthousiasme. 

Crédits : P. Malukas/ AFP/ Getty

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L'objectif de l'adhésion à l'O.T.A.N., concrétisé le 29 mars 2004, a plus encore fédéré les Lituaniens, parfaitement conscients d'être incapables d'assurer seuls leur propre sécurité. Malgré les réticences de la Russie, la Lituanie a adhéré au Partenariat pour la paix de l'O.T.A.N. le 27 janvier 1994. Dès 2002, le pays a atteint l'objectif des 2 p. 100 du P.I.B. consacrés au secteur de la Défense, posé par l'Alliance atlantique comme condition préalable à l'adhésion. Sa participation a baissé depuis lors, peinant à atteindre désormais 1 p. 100 du P.I.B. En revanche, la Lituanie n'a pas hésité à participer à certaines opérations de l'O.T.A.N. sur les théâtres extérieurs, en Afghanistan notamment. Par ailleurs, depuis 2011, Vilnius accueille le tout nouveau Centre pour la sécurité énergétique de l'O.T.A.N., domaine d'intervention dans lequel l'Organisation atlantique compte faire jouer les coopérations.

Des ambitions politiques internationales

La Lituanie bénéficie d'une assise internationale qui lui permet de jouer un véritable rôle régional et, lorsque cela lui paraît nécessaire, d'affirmer une identité centre-européenne renforcée par sa proximité avec la Pologne. Elle est attentive à son environnement direct à double titre : d'une part afin d'éviter toute dégradation de la situation dans les pays limitrophes, d'autre part afin de s'imposer en tant qu'acteur international. Ainsi, les frontières qu'elle partage avec la Biélorussie ou avec l'enclave russe de Kaliningrad sont sources d'inquiétudes pour elle, consciente que toute agitation sociale ne serait pas sans conséquence pour son territoire. Mais on se souvient également que, lors de la « révolution orange » de décembre 2004 en Ukraine, le président lituanien, Valdas Adamkus, était au côté du président polonais dans le cadre des négociations organisées entre les deux candidats à la présidence ou qu'en août 2008, lors de la guerre russo-géorgienne, il était allé jusqu'à comparer cette guerre avec l'annexion des Sudètes par l'Allemagne, en 1938. De même, c'est sans doute à Vilnius que l'on doit la prise de conscience, à Bruxelles comme à Moscou, de la nécessité de traiter la question de Kaliningrad en tant que telle dans les négociations Russie-U.E. La présidente Dalia Grybauskaite a été pour beaucoup dans la décrispation des relations avec la Russie, aux termes d'une démarche pragmatique en partie dictée par la conjoncture : la fermeture complète de la centrale nucléaire d'Ignalina, le 31 décembre 2009, a accru la dépendance de la Lituanie vis-à-vis des importations d'hydrocarbures russes et, même si Vilnius se veut leader dans le projet de construction d'une nouvelle centrale, en partenariat avec l'Estonie, la Lettonie et la Pologne, les obstacles restent nombreux.

(Voir également LITUANIE, chronologie contemporaine)

—  Céline BAYOU

La littérature

Dans la grande principauté de Lituanie, qui s'étendait aux xive et xve siècles de la Baltique à la mer Noire, la langue officielle était le biélorussien, et plus tard le latin. Au xvie siècle, l'établissement temporaire du protestantisme et ensuite de la Contre-Réforme ont amené les auteurs d'œuvres religieuses à s'exprimer en langue vernaculaire.

À côté d'une poésie populaire, dite de servage (celui-ci ne fut aboli qu'en 1861), et qui demeura orale, la littérature écrite ne comporte jusqu'en 1700 que des écrits religieux.

L'élan de libération nationale et sociale déclenché dans la seconde partie du xixe siècle suscite une vague d'écrivains engagés dont témoigne l'œuvre du poète romantique Maironis où se déploie l'ensemble des thèmes qu'il porta à leur maximum d'expression.

Après l'indépendance en 1918, les mouvements d'avant-garde de l'étranger influencèrent les lettres lituaniennes qui les assumèrent sans infléchir pour cela le génie national. Jusqu'à nos jours, la veine lyrique garde la primauté, ainsi qu'en témoigne le poète lituanien d'expression française Oscar Milosz.

Les origines

Le premier livre imprimé lituanien s'intitule Les Mots communs du catéchisme de M. Mažvydas (1547). Plus tard, il y eut les œuvres religieuses de J. Bretkūnas (1513-1602). Le Nouveau Testament fut publié en 1701 et la Bible tout entière en 1727. En dehors des livres religieux, on peut citer le Dictionarium trium linguarum de K. Širvydas (1629), le premier dictionnaire lituanien. À cette période appartiennent quatre-vingt-cinq auteurs et soixante-dix publications, mais leur intérêt est plus linguistique que littéraire.

Le xviiie siècle a produit plus de livres profanes, y compris des grammaires, des dictionnaires et la première collection de chants populaires. L'œuvre la plus marquante de cette période est le poème de Kristijonas Donelaitis (1714-1780), appelé Les Quatre Saisons, écrit en hexamètres ; il se ressent de l'influence allemande. C'est une peinture de la vie au village au fil de l'année, mais où, à l'opposé de la pastorale en dentelles, le ton est authentique : ses paysans sont vrais, la vie paysanne, toute célébrée qu'elle est, n'en demeure pas moins âpre, parfois grossière, avare en idylles, tout entière soumise au labeur.

L'élan national

De nouvelles tendances se manifestèrent au xixe siècle. Dans la première moitié, un mouvement littéraire national fut lancé, principalement par les étudiants de l'université de Vilnius, mais un plus grand effort fut fait dans le sens de la création d'une langue littéraire lituanienne et, en partie sous l'influence du romantisme, l'intérêt se porta sur l'histoire ancienne de la Lituanie. En même temps que la poésie patriotique de Simanas Stanevičia (1799-1848) et de Dionyzas Poška (1757-1830), Simanas Daukantas (1793-1864) s'essayait à des écrits historiques. Parmi beaucoup d'autres écrivains, A. Strazdas-Strazdelis (1763-1833) se signale par des chants profanes et sacrés. Dans tous ces écrits passe l'influence occidentale et le souvenir de la Révolution française.

Cette renaissance se poursuivit dans les œuvres de l'évêque M. Valančius (1801-1875), connu pour ses ouvrages religieux et pédagogiques et pour sa prose pleine d'imagination ; ensuite par l'évêque A. Baranauskas (1835-1902), un poète dont l'œuvre maîtresse est Anykščiu vSilelis, 1858-1859 (Le Forestier d'Anykščiu). En 1864, les autorités russes interdirent la publication d'écrits lituaniens en caractères latins. Dès lors, pendant quarante ans les livres et les périodiques furent imprimés en Petite-Lituanie dite encore lituanie prussienne sous l'occupation allemande ; on les passait en fraude à la frontière. La littérature de cette période cherche à ranimer le sentiment national et à rallier les Lituaniens contre l'autorité de la Russie et contre l'influence culturelle de la Pologne.

Le premier périodique moderne lituanien, Aušra (Aurore), fondé en 1883 par Jonas Basanavičius et imprimé en Petite-Lituanie, a donné son nom à la littérature de la génération suivante. C'est pourquoi, Basanavičius, connu comme spécialiste du folklore et comme essayiste, est appelé le « père du mouvement nationaliste lituanien ».Vincas Kudirka (1858-1899) était journaliste et auteur de nouvelles ; un de ses poèmes est devenu l'hymne national de la Lituanie indépendante. Le père J. Mačiulis (1862-1932), qui écrivait sous le nom de Maironis, le plus célèbre des poètes lituaniens, à la fois pour sa poésie dramatique et pour sa poésie lyrique, a été appelé « le poète prophète de la renaissance lituanienne ». Citons encore, à la même époque : V. Storasta-Vydūnas (1868-1953), né en Petite-Lituanie, philosophe, poète et dramaturge ; J. Biliūnas (1879-1907), auteur de nouvelles d'une grande sensibilité ; le père J. Tumas-Vaižgantas (1869-1933), essayiste et critique littéraire ; parmi les femmes de lettres, J. Žymantieṇe-Žemaiṭe (1845-1921), dont les nouvelles sont renommées ; S. Pšibilauskieṇe-Lazdynu Peḷeda (1867-1926), auteur de romans et de nouvelles ; et M. Pečkauskaiṭe-Šatrijos Ragana (1878-1930), qui apporta une perfection sensible à la nouvelle.

En 1908, l'interdiction de publier des livres lituaniens en caractères latins fut levée, et en 1918 les Lituaniens retrouvaient leur indépendance. Les écrivains lituaniens poursuivirent leur œuvre de développement de la culture nationale et, peu à peu, les recherches formelles et le souci de psychologie aiguillèrent les jeunes auteurs vers un art plus soucieux d'esthétique que d'engagement.

V. Kṛeṿe-Mickievičius (1882-1954), romancier et dramaturge, passait pour le plus grand écrivain lituanien, l'apôtre de l'unité nationale. J. Baltrušaitis (1873-1944) eut une réputation de poète lyrique aussi bien en Russie qu'en Lituanie.

À l'époque, les noms célèbres ne manquent pas : V. Putinas-Mykolaitis (1893-1967), romancier, dramaturge et pionnier du roman d'aventures et d'histoire ; B. Sruoga (1896-1947) et K. Binkis (1893-1942), tous deux poètes et auteurs dramatiques ; J. Savickis (1891-1952), romancier et auteur de nouvelles ; F. Kirša (né en 1891), poète ; P. Vaičiūnas (1890-1959), auteur dramatique ; I. Šeinius (1889-1959), auteur de romans et de nouvelles ; et S. Čiurlionieṇe (1886-1958), romancier et auteur dramatique. Le chef des poètes de la jeune génération était B. Brazdžionis.

La prose d'A. Vaičiulaitis révèle un certain esthétisme et celle de N. Mazalaiṭe un style très personnel et décoratif. Citons encore les romanciers J. Grušas, J. Jankus, V. Alantas, L. Dovyḍenas, P. Orintaiṭe, l'auteur de romans historiques F. Neveravičius, le critique littéraire B. Babrauskas.

Quand la Lituanie fut occupée en 1940, et de nouveau en 1944 par l'Union soviétique, les écrivains restés dans le pays furent contraints de s'aligner sur les directives communistes. Ceux qui se trouvaient dans le monde libre essayèrent de poursuivre l'effort de développement d'une littérature nationale. Il y eut de nouveaux modes d'expression qui se manifestèrent dans la poésie philosophique d'A. Nyka-Niliūnas, dans les idylles de J. Mekas et dans les romans de M. Katiliškis.

La Lituanie possède un riche folklore et, dans l'ensemble, les écrivains lituaniens ont donné la préférence à la nouvelle et à la poésie lyrique, et ont puisé dans le conte et les chants populaires.

—  D.A. SEALEY

Bibliographie

※ Histoire et politique

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T. Lane, Lithuania. Stepping Westward, Routledge, Londres-New York, 2001

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Y. Plasseraud, Les États baltiques : des sociétés gigognes, Armeline, 2006

Y. Plasseraud dir, Histoire de la Lituanie : un millénaire, Armeline, Crozon, 2010

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J.-F. Soulet, Histoire de l'Europe de l'Est de la Seconde Guerre mondiale à nos jours, Armand Colin, 2006.

※ Littérature

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Lietuviu literatūros istorija, Vilnius, 1957

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J. Mauclère, Panorama de la littérature lithuanienne contemporaine, Paris, 1938

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Tarybinis lietuviu literatūros mokslas ir kritika apie literatūrini palikima, Vilnius, 1959.

Écrit par :

  • : traducteur
  • : docteure en civilisation russe, option géographie (Institut national des langues et civilisations orientales), rédactrice pour les revues Questions Internationales et P@ges Europe de la Documentation Française, corédactrice en chef de la revue Regard sur l'Est, chargée de cours à l'Institut national des langues et civilisations orientales
  • : docteur de l'Université, ancien maître de conférences à l'Institut national des langues et civilisations orientales (histoire des pays Baltes)

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Autres références

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LITUANIE, chronologie contemporaine

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Voir aussi

Pour citer l’article

D.A. SEALEY, Céline BAYOU, Suzanne CHAMPONNOIS, « LITUANIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 octobre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/lituanie/